L’urgence de revaloriser l’enseignement de notre littérature

Secret bien gardé, mais vérité néanmoins : la littérature québécoise est notre littérature nationale. Ne devrait-elle donc pas, en toute logique, être traitée comme telle à tous les niveaux d’enseignement ?

 

Elle devrait l’être, en effet, mais ne l’est pas. À titre d’exemple, au cégep, parmi les quatre cours de français obligatoires de la formation générale, un seul est entièrement consacré à la littérature québécoise. Et dans ce cours, l’étudiant ne lira au mieux que quatre oeuvres complètes. C’est bien peu pour avoir accès à sa littérature nationale. Dans les trois autres cours, la place qu’elle occupera dépendra du bon vouloir du professeur. En effet, il est théoriquement possible d’inclure des oeuvres québécoises dans chacun des cours de la formation collégiale, mais peu de professeurs choisissent de le faire.

 

Au secondaire, durant les trois dernières années, 8 des 15 oeuvres littéraires à l’étude doivent avoir été produites par des auteurs québécois. Dans la réalité, toutefois, le choix de la totalité des oeuvres, québécoises ou étrangères, dépend encore et avant tout de la seule volonté de l’enseignant. Il serait pourtant aisé d’introduire ces oeuvres littéraires québécoises dans le cursus scolaire. Pourquoi, par exemple, les enseignants de français ne profiteraient-ils pas des notions incluses dans le programme d’histoire pour faire un survol des écrits des découvreurs et de nos premiers écrivains ? De plus, pour s’assurer que la moitié des oeuvres qui seront lues par les élèves soient effectivement québécoises, il faudrait coordonner les lectures mises au programme par l’ensemble des enseignants en français, ce qui est rarement fait.

 

Au primaire, la situation est encore plus déplorable. Le programme a peu d’exigences en ce qui concerne la littérature québécoise : les élèves doivent seulement découvrir une « variété » d’oeuvres incluant des contes, des légendes ou des fables. Par ailleurs, les suggestions de lecture apparaissent tellement hétéroclites, passant des recettes de cuisine aux règles de jeux ou aux messages publicitaires, qu’on ne voit pas comment elles pourraient bien servir une littérature nationale.

 

Enfin, à l’université, forme-t-on les futurs enseignants de français à la littérature québécoise ? Pas vraiment. Une seule université offre aux étudiants en formation des maîtres deux cours obligatoires sur le corpus québécois. Les autres soit n’en dispensent aucun, soit n’en proposent qu’un seul, parfois facultatif. Facultative, la connaissance de sa littérature nationale quand on aura la tâche d’initier à la lecture des générations de jeunes Québécois ?

 

L’Union des écrivaines et des écrivains québécois a donc décidé de mettre à la disposition des enseignants de tous les niveaux une liste de 150 oeuvres de ce patrimoine littéraire, écrites ou publiées au Québec depuis les origines de la Nouvelle-France jusqu’en 1950. Les oeuvres ont été choisies en fonction de leur intérêt littéraire et historique et ont été recensées dans quatre grandes catégories : le théâtre, la poésie, les oeuvres narratives et les essais. Le document, qui a été mis en ligne sur le site de l’UNEQ, donne accès aux livres en version numérique lorsqu’ils existent dans ce format et indique, sinon, comment les trouver en bibliothèque, en librairie ou chez un bouquiniste.

 

L’UNEQ souhaite que cet inventaire soit bonifié par les enseignants et les chercheurs en littérature. À terme, le répertoire sera rendu interactif pour que les utilisateurs puissent y commenter les oeuvres ou donner des conseils sur leur exploitation en classe. L’objectif est de faire de ce répertoire un outil performant et adapté aux besoins afin d’accroître la présence de la littérature québécoise dans les programmes d’enseignement.

10 commentaires
  • Serge Bouchard - Abonné 10 mai 2014 11 h 43

    Changer le règlement

    Le règlement actuel permet à l'école d'obliger l'élève à acheter un cahier d'exercices, par exemple au coût de $15.00, mais lui interdit de demander l'achat d'un roman à $7.00. En effet, pour imposer un achat il faut que ce soit pour du "périssable", allez-y donc comprendre quelque chose.

    • Jacques Nadon - Abonné 11 mai 2014 08 h 19

      Si on permettait l'achat d'autres choses que du "périssable", que pourrait-on permettre? Le livre de mathématiques, le dictionnaire, le manuel de français? Il y a eu et il y a toujours des abus. J'aimerais bien pouvoir demander aux parents des élèves qui me sont confiés de faire l'achat de romans.
      La réalité est que le roman devient un outil de travail au même titre que le manuel de mathématique ou d'univers social. Idéalement, on devrait pouvoir le demander... mais si deux enseignants travaillent différemment, il serait inéquitable qu'un groupe doivent payer davantage que l'autre. Ni les directions, ni les membres du CÉ apprécient cela.
      L'an dernier, j'ai demandé à la direction si je pouvais obtenir un budget pour me permettre de faire l'acquisition d'une série de 5 romans. La réponse a été négative... Étant donné que je voulais réaliser le projet que j'avais élaboré durant l'été, je les ai payés de ma poche. Souvent , il faut convaincre de la pertinence de tel achat et de telle approche et si par malheur la direction n'y croit pas... on abdique ou on s'endette.

  • Yves Côté - Abonné 11 mai 2014 05 h 29

    Suggestion...

    "L’objectif est de faire de ce répertoire un outil performant et adapté aux besoins afin d’accroître la présence de la littérature québécoise dans les programmes d’enseignement."
    Et si l'objectif englobait d’accroître la présence de la littérature québécoise dans le quotidien des lecteurs de tous horizons ?
    Pourquoi cette liste ne serait-elle pas publiquement disponible pour tous les lecteurs ?
    Moi, en tout cas, il m'intéresse de la connaître et de l'exploiter pour ma propre connaissance...
    Merci à l'UNEQ de prendre égalitairement en compte l'intérêt de lecture et d'étude autonome de tous les intéressés/es.

  • Guy Lafond - Inscrit 11 mai 2014 06 h 51

    Bravo...


    ...pour cette belle initiative!

    "L’Union des écrivaines et des écrivains québécois a donc décidé de mettre à la disposition des enseignants de tous les niveaux une liste de 150 oeuvres de ce patrimoine littéraire, écrites ou publiées au Québec depuis les origines de la Nouvelle-France jusqu’en 1950."

    http://www.uneq.qc.ca/nouvelles-communiques/l-uneq

    • Yvette Lapierre - Inscrite 11 mai 2014 15 h 48

      Je joins ma voix à la vôtre, quelle belle initiative!

      Je souhaite que nos jeunes tombent en amour avec la littérature du pays ... et du monde!

      Doublement BRAVO!

  • Claude Goulet - Inscrit 11 mai 2014 09 h 35

    Au primaire

    J'ai passé ma vie d'enseignant au primaire et même si je suis retraité depuis 1996, je constate que l'enseignement de la littérature est toujours oublié. J'ai même dû enseigner la littérature en cachette en 5ème année car on reprochait aux auteurs des attitudes sexistes : «pendant que les hommes travaillaient au champ, les femmes préparaient la cuisine ». On venait d'éliminer Chateaubriand et toute la littérature du 19ème siècle.
    Heureusement, j'avais les textes de Félix Leclerc, de petits extraits certes, mais tellement utiles pour l'apprentissage de la grammaire que j'enseignais aussi en cachette car, disait-on, c'était dépassé.
    Il y a quelques années, un de mes anciens élèves, marié, père de famille, m'a présenté à sa femme en lui disant : voici le professeur qui m'a appris à lire. J'avoue que ça m'a fait plaisir.

    • Michel Vallée - Inscrit 11 mai 2014 11 h 14

      @Claude Goulet

      « (...) On reprochait aux auteurs des attitudes sexistes :''Pendant que les hommes travaillaient au champ, les femmes préparaient la cuisine'' ».

      Je me demande comment les curés de la rectitude interprèteraient l'énoncé suivant :

      Pendant que les femmes travaillaient au champ, hommes les préparaient la cuisine.

  • Denise Lauzon - Inscrite 11 mai 2014 11 h 32

    La lecture à la base de tout

    Les jeunes qui lisent beaucoup réussissent généralement bien du point de vue académique. La lecture a aussi un impact positif sur l'élocution et en ce sens, les grands lecteurs ont souvent une vie sociale plus satisfaisante car ils ont acquis de bons outils pour entretenir de bonnes conversations. L'école ne valorise pas assez la lecture: un jeune peut très bien passer à travers son Primaire et son Secondaire sans lire un seul livre. Il faudrait aussi présenter aux jeunes l'actualité transmise par les différents médias de façon à ce qu'ils puissent bien saisir les enjeux de notre société moderne.

    En plus d'encourager la lecture, l'école devrait aussi inciter les jeunes à partager leurs opinions relatives à leurs lectures ou sur toutes sortes de sujets qui les touchent directement ou indirectement car le but ultime est de favoriser une communication optimale entre les humains et cela devrait commencer à l'école.