Se garder d’oublier

Avant l’épisode de la charte, il y a eu les audiences de la commission Bouchard-Taylor. N’y a-t-il rien à retenir de cet exercice démocratique?
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Avant l’épisode de la charte, il y a eu les audiences de la commission Bouchard-Taylor. N’y a-t-il rien à retenir de cet exercice démocratique?

insi donc, à en croire les déclarations de Kathleen Weil, ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, l’heure est à la « guérison des blessures » occasionnées par la charte de la laïcité proposée par le Parti québécois, alors que sa collègue Christine St-Pierre, ministre des Relations internationales, a renchéri à ses côtés pour nous faire la promesse d’améliorer « l’image » du Québec à l’étranger, qui aurait été « assurément » ternie pour les mêmes raisons.

 

Curieux propos de la part de ces deux ministres, tenus avec empressement au lendemain de leur assermentation. Ni l’une ni l’autre n’a songé, un seul instant, à prendre quelque hauteur, quelque distance, quelque recul pour envisager notre avenir avec plus de sagesse et d’aptitude. Et surtout, quelle drôle de façon de résumer un débat sociétal aussi important et sensible en termes de « blessures », « d’image » et de « guérison ».

 

A-t-on parlé pendant toutes ces longues et nombreuses années, et ce depuis 2006, pour ne rien dire ? Car rappelons-nous qu’avant l’épisode de la charte, il y a eu les audiences de la commission Bouchard-Taylor. N’y a-t-il vraiment rien d’autre à retenir de cet exercice démocratique où l’on a entendu des témoignages rigoureux et percutants ? N’y a-t-il vraiment rien à faire en matière de laïcité et d’accommodements religieux ? N’y a-t-il vraiment rien d’autre à dire, au sujet de la forte mobilisation de la société civile, que de reproduire une rhétorique infantilisante : victimaire à l’égard des « immigrants » et forcément « culpabilisatrice » à l’endroit de la « société d’accueil »? Car il faut bien aller jusqu’au bout du raisonnement de Mme Weil : s’il y a des victimes, il y a forcément des coupables. Coupables de quoi, au juste ?

 

Cette sémantique traduit bel et bien un état d’esprit au sein du Parti libéral, lequel démontre clairement, encore une fois, son incapacité à saisir la complexité de faire société ensemble, à cerner les défis auxquels fait face la nation québécoise en plus de méconnaître les préoccupations du vivre-ensemble à l’échelle internationale.

 

Que l’on ait été pour ou contre la charte, notre questionnement collectif était nécessaire, légitime et pertinent. Au moment d’un nouveau départ pour le Parti libéral au pouvoir et à l’heure d’un douloureux bilan pour le Parti québécois, il serait suicidaire, dans un cas comme dans l’autre, de jeter le bébé avec l’eau du bain et surtout de faire semblant que ce débat n’a jamais existé. Se garder d’oublier, voilà le défi des uns et des autres. Car force est de reconnaître que nous avons cheminé comme société, et ce, en assumant nos divergences idéologiques et politiques.

 

Le débat est un outil à part entière de la démocratie et non fatalement le symptôme d’un mal-être ou d’un malaise. À travers ce levier, nous retrouvons le sens de la citoyenneté et l’envie d’agir collectivement. Cependant, débattre suppose un certain sens civique, l’acceptation du jeu démocratique, du pluralisme. Bref, cessons de dramatiser les divergences et surtout de cataloguer la confrontation des points de vue en termes de « victimes » et de « coupables » ! Débattre nécessite, enfin, une façon d’appréhender le monde loin du déni, des accusations et de la partisanerie. Ceux qui prétendent que ce débat sociétal est clos se trompent lourdement, les raisons de son existence n’étant pas conjoncturelles mais structurelles. C’est un peu comme la dette, monsieur Couillard !

 

D’une façon générale, la problématique de la séparation des pouvoirs politiques et religieux est récurrente en démocratie. Dans le cas qui nous préoccupe, c’est-à-dire celui du Québec, la question de l’existence de notre nation, de son émancipation et de son devenir n’est pas chose du passé. Le caractère particulier, au sein de la fédération canadienne, du Québec, assujetti à une Constitution ainsi qu’à sa Charte canadienne des droits et libertés (qu’il n’a pas signée en 1982, qui consacre dans son préambule la « suprématie de Dieu », « la primauté du droit » et qui promeut le bilinguisme et le multiculturalisme comme idéologie d’État), fait partie du problème et non de la solution.

 

Si Mme St-Pierre avait porté une attention particulière à toutes ces questions, à l’échelle internationale, elle aurait certainement réalisé que les questions du vivre-ensemble font largement débat ailleurs dans le monde, que ce soit en Occident, en Orient ou encore au Maghreb. Elle aurait aussi compris que ce qui ternit « l’image du Québec » dans le monde, ce n’est pas son envie de définir sa propre destinée en débattant de tous ces sujets comme le font tous les autres pays, mais l’incapacité de son État à tracer une ligne claire entre le politique et le religieux en raison d’une interprétation trop large de la liberté de religion, confondue avec la liberté de conscience.

 

Pensons à l’histoire de la petite fille de cinq ans en maternelle obligée de porter un casque insonorisé de façon à la « prémunir contre la musique » dans une école publique de Montréal, histoire qui fit le tour du monde. Pensons à la secte de Lev Thaor qui a fui Israël pour le Canada. Pensons aussi au kirpan, poignard à double tranchant, permis dans les écoles et interdit à l’Assemblée nationale (pour le moment). Et que dire du crucifix qui trône sur la tête du président de l’Assemblée nationale, symbole accroché par Duplessis pour justement marquer l’alliance qui unissait l’État et la religion ?

 

Quant à Mme Weil, si elle avait affiché une plus grande ouverture lors des audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi 60, elle se serait rendu compte que les immigrants de culture musulmane ne constituent pas un bloc monolithique. Cette disposition lui aurait probablement évité de s’enfermer dans une posture essentialiste qui relève d’une forme de racisme et qui prétend, comme elle l’a soutenu, que « la communauté maghrébine a été particulièrement blessée par la charte des valeurs du Parti québécois ».

 

Nous sommes d’origine maghrébine et nous avons soutenu la charte. Plus encore, nous l’avons défendue sous la bannière du Parti québécois aux dernières élections. Nous n’accepterons pas que nos voix soient étouffées, bâillonnées ou encore oubliées, car nous sommes d’abord et avant tout des Québécoises et Québécois, citoyennes et citoyens laïques avant toute considération.

 

Et pour nous, définir les contours du vivre-ensemble au Québec dans une société démocratique, pluraliste et multiethnique est une urgence, surtout à l’ère de la mondialisation, de la montée des intégrismes religieux, des mouvements d’extrême droite et de la prolifération des communautarismes, de l’intensification des flux migratoires et de la nécessaire exigence des solidarités internationales.

 

* Les quatre signataires ont été candidates du Parti québécois aux élections du 7 avril. Une cinquième, Yasmina Chouakri, ayant repris ses activités professionnelles, n’a pas cosigné ce texte pour respecter son devoir de réserve et de neutralité.

38 commentaires
  • Pierre Lefebvre - Inscrit 3 mai 2014 07 h 19

    Merci

    Merci d'avoir écrit cette lettre. Malgré ma déception devant la tournure des choses, j'ai réussi à passer par-dessus pour la lire au complet. En ces temps d'oppositions monolithiques, enfin présentés comme tel, vous posez un baume sur ma blessure.

    Malgré les belles tournures de phrases de Mme Weil et de ses acolytes, leur position demeure une insulte à l’intelligence et à l’ouverture.

    Il y a pire pourtant que l’opposition : L’ignorance ! Et elle est impardonnable quand elle est avancée par ceux qui devraient savoir.

    Bienvenu parmi nous, ceux qui sont ignorés par leur gouvernement qui ne prône que de former de bons employés au lieu de bons citoyens.

    Bonne journée.

    PL

    • Céline A. Massicotte - Inscrite 5 mai 2014 16 h 50

      Former de bon citoyens ça se fait comment? Vous avec la recette?

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 6 mai 2014 07 h 28

      Mme Massicotte, ça commence en ne considérant pas les citoyens comme des pots Massons qu'on peut remplir de n'importe quoi. Le seul effet inévitable à cette façon de faire est exactement ce qui arrive : le cynisme et le désintéressement.

      Voici le seul endroit où l’individualisme prend tout son sens : «Connais-toi toi-même !», «Méfis-toi toujours des vendeurs d’autos usagées !» et «Ne répètes pas ce que tu n’as pas réfléchi toi-même !»

      Bonne journée.

      PL

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 6 mai 2014 16 h 02

      Monsieur Lefebvre,

      il faudrait m'expliquer en quoi confier à madame Vallée la responsabilité de préparer un projet de loi balisant les accommodements raisonnables, l'affirmation de la la laïcité de l'État et favorisant la lutte à l'intégrisme constituerait une insulte à l'intelligence... D'autant plus que monsieur Drainville lui-même indique aujourd'hui même qu'il était prêt à faire des compromis qui eussent rejoint la position de la CAQ après la commission parlementaire.

      Je comprends la déceptions des auteures, mais le fait qu'une partie de la charte projetée ne soit pas dans les cartons du nouveau gouvernement ne signifie pas que tout le travail ait été fait pour rien, il me semble?

      Expliquez moi, je vous prie...

  • Gilles Delisle - Inscrit 3 mai 2014 07 h 40

    Réflexion intelligente!

    La lettre de ces femmes me rassure, parce que les Québécois ne semblent pas avoir eu cette réflexion au 7 avril dernier. Triste peuple, incapable de se brancher depuis si longtemps, sur les questions essentielles, mais toujours allumé sur l'inutile et le futile. Que ce soient vous, des Québécoises d'origine maghrébine, qui ayez une vision globale de la question du religieux dans notre société québécoise m'indique que votre place ici est plus que rafraîchissante, mais également garante d'un mieux vivre futur dans ce Québec en berne depuis le 7 avril dernier. Ce ne sont pas les tristes paroles de cette Ministre de l'Immigration, de la "Diversion" et de "l'Exclusion" qui devrait nous arrêter dans cette démarche.

    • Louise Melançon - Abonnée 3 mai 2014 17 h 28

      Je suis tellement d'accord avec vous. Cette lettre me fait beaucoup de bien. Oui, merci chère concitoyennes!

    • Nicole Moreau - Inscrite 4 mai 2014 08 h 14

      moi aussi, je souhaite vous remercier de votre prise de position qui permet de rappeler, à nouveau, que la situation est fort différente de celle que nous présentent les deux ministres Weill et St-Pierre, c'est une position beaucoup plus nuancée qui permet de mieux les balises idéologiques du PLQ qui ne semble pas prendre en considération le fait que les communautés, quelles qu'elles soient, ne sont jamais monolithiques et que le vote du 7 avril dernier, n'a pas une seule explication, mais plutôt que plusieurs facteurs l'expliquent.

      vous aurez compris que je suis vraiment en accord avec vous.

    • Mario K Lepage - Inscrit 4 mai 2014 21 h 26

      Ironie du sort, nos co-signataires de cette lettre, candidates vedettes des dernières élections, se voyaient déjà à l'Assemblée Nationale au lemdemain des élections... On peut être pour ou contre le projet de cette charte, mais aurait-il fallu que l'on amorce un dialogue à tout le moins, chose que les extrémistes de tout acabit, ces jeunes femmes incluses, refusent au nom de leurs idées...

  • Rafik Boualam - Inscrit 3 mai 2014 08 h 01

    La mise à mort

    A écouter les commentaires des libéraux, il semblerait bien que la laïcité et toutes les questions relatives aux accommodements raisonnables soint enterrées. Si les libéraux sont les faussoiyeurs de la charte, les péquistes dont vous êtes membres en sont les principaux bourreaux. Ce sont les péquistes qui sont responsables en premier chef de la mise à mort de la charte. Si après la soumission de la première mouture, le PQ s'était entendu avec la CAQ et QS, ils auraient marginalisé les libéraux, auraient rejoint le consensus, et probablement, gagné les élections. Au lieu de quoi, vous avez plutôt choisi de muscler la charte, de mettre l'accent sur les 15% de son contenu au détriment du reste et du consensus pour des fins purement électoralistes et manœuvrières. Et vous osez encore nous la ramener avec vos lamentations et atermoiements. Une défaite aussi percutante devrait vous amener à réfléchir et à apprendre de vos erreurs.

  • Marc Bourdeau - Abonné 3 mai 2014 09 h 03

    Une devise

    J'adore la photo où on voit le grand philosophe Taylor regarder ailleurs... dans quelque empyrée inspirant.

    En ce qui me concerne, à lire votre texte qui rappelle que le formidable débat qui a eu lieu chez nous est mis sur la glace des Libéraux, d'autres qui regardent ailleurs, je me suis mis à penser à la devise française bien connue «Liberté, égalité, fraternité». Tous les éléments de la Charte que nous n'aurons plus nous rappelle que le vivre-ensemble du PQ pouvait se placer sous cette triade.

    Chaque fois j'entre dans une classe et que je vois tous ces foulards islamiques qui excluent leurs possesseures si fières des autres étudiants, viennent leur rappeler que 'non, je ne suis pas comme vous', mettent des frontières, vivent aussi ailleurs dans un autre empyrée mâle et chauvine. Je me demande aussi de quelle liberté elles me parlent, ces voilées de plus en plus nombreuses qui ont peur des autres, surtout des hommes et s'en excluent? Et si on était tous frères et soeurs? sur une pied d'égalité pour vivre ensemble dans la fraternité?

    Je me mets souvent à penser aussi à la devise de l'empereur Hadrien que je vous donne dans son latin d'origine: «Libertas, humanitas, felicitas». Elle devrait bien devenir celle du Québec auquel j'aspire. Qui est aux antipodes du PLQ et des religieux de tous les poils.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 3 mai 2014 09 h 26

      François Plassard, écrivain français, dit que la liberté et l'égalité ont été bien réalisées, en gros, mais que l'idée de la fraternité reste à accomplir. J'ai trouvé intéressante cette idée.

    • Marc Bourdeau - Abonné 3 mai 2014 17 h 48

      @Monsieur Saint-Jarre,
      et Régis Debray a écrit tout un livre (2009) sur cette «moins pratiquée» de la triade. Intitulé justement «Le moment fraternité»...
      Merci pour ce rappel.

  • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2014 09 h 52

    Entre procès d'intention et arguments de fond

    Sémantique pour sémantique, la vôtre n'est pas mal non plus. Votre manière est connue. On commence par caricaturer la position de l'autre dont on se fait pour soi et pour tous un adversaire objectif, complice au mieux inconscient, au pire complaisant à l'égard de la montée des intégrismes. Toutes les larmes de la juste indignation versées, le tableau bien brossé et refait à sa manière, les arguments en faveur de votre point de vue, déjà pas du tout méprisables en effet, réclament pourtant pour eux une adhésion où la rationalité devrait presque s'excuser de vouloir chercher autrement sa justification.

    Le nouveau gouvernement a annoncé son intention de légiférer sur ces questions. On aurait mauvaise grâce à le nier simplement parce qu'il ne le fera pas selon les termes qu'on désire.

    En tout respect, je me réjouis d'avance de l'occasion que vous aurez de faire part de vos inquiétudes et de vos préoccupations légitimes dans le débat public qui sera ouvert et dont je ne doute pas que vous l'alimenterez avec conviction et courage.

    En tout respect, je me réjouis aussi que désormais vous ayez moins les moyens de vos procès d'intention et d'un certain mépris dont vous devrez vous garder d'oublier qu'il ne semble pas partagé par tous ceux qui n'ont pas voté pour le PQ. Sinon, soyez en sûres : on vous le rappellera. Sans acrimonie, mais fermement. Ce débat doit être mené de manière sereine, ouverte et respectueuse.

    • Gilles Théberge - Abonné 3 mai 2014 12 h 32

      Comme vous dites bien monsieur Maltais Desjardins, sémantique pour sémantique vous n'en êtes pas dépourvu non plus.

      Les propos des ministres citées sont clairs et ne manquent pas de toupet. Pour avoir vu et écouté les audiences de la Commission parlementaire à ce propos de la Charte, je n'ai pu que constater la fermeture complète, totale et absolue de la ministre Weil représentant le parti libéral.

      Aucun argument ne l'a jamais ébranlée. Aucune ouverture n'a jamais été exprimée. Toujours et encore le discours victimaire qu'elle propage encore aujourd'hui a été l'excate attitude qu'elle a manifesté au cours de l'exercice. Alors si vous permettez, une vessie est une vessie et une lanterne n'est pas une vessie et ça ne prends pas un doctorat pour faire la différence.

      Quand à la St-Pierre son bilan dans le dossier identitaire au cours de son premier mandat n'est pas brillant. Devantles écoles passerelles, devant une bonification de la loi 101. Devant la possibilité d'agir de façon concrète efficace et efficiente pour faire du français la langue du travail, elle a accouché d'une opération osmétique. Des dépliants publicitaires pour mousser l'usage du français dans les ateliers de misère.

      J'ai passblement d'admiration pour mesdames Abitbol, Bandou, Benhabib et Mahiout. Elles nous parlent à partir de leur expérience concrète, un vécu que ni vous ni moi ne pouvons pas comprendre de l'intérieur.

      Ce qui permet hélas de rejeter du revers de la main avec légèreté et une certaine insolense, une réalité que nous ne voulons pas voir et surtout pas considérer, pour la simple et bonne raison que nous ne la connaissons pas.

    • David Boudreau - Inscrit 3 mai 2014 13 h 23

      Vous semblez plutôt optimiste quant à la volonté politique des libéraux Alors que La formule gagnante de ce parti est le statu quo. Vous croyez vraiment qu'ils seront prêts à se compromettre sur des questions de fond, au-delà du cosmétique? À suivre....dans quelques annés.

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2014 15 h 35

      Cela dépend un peu de ce qu'on entend par « cosmétique ». Si projet de loi commandé à la ministre de la justice couvre la majorité des points qui faisaient déjà consensus, en serez-vous satisafait, ou l'absence des restrictions sur les signes ostentatoires constitue-t-il à vos yeux une solution bancale? Si oui, pourquoi?

      J'ai lu avec intérêt votre commentaire précédent. Vous savez comme moi que pour plusieurs, de telles restrictions ne constituent pas particulièrement un comportement fraternel. Ce sont à la fois les intentions quelquefois, les conséquences toujours qui sont mises en balance dans les différends concernant ce point particulier. Qu'en dites-vous vous même (je suppose que vous vous êtes déjà pronconcé là-dessus en ces pages de commentaires) ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2014 15 h 35

      Cela dépend un peu de ce qu'on entend par « cosmétique ». Si projet de loi commandé à la ministre de la justice couvre la majorité des points qui faisaient déjà consensus, en serez-vous satisafait, ou l'absence des restrictions sur les signes ostentatoires constitue-t-il à vos yeux une solution bancale? Si oui, pourquoi?

      J'ai lu avec intérêt votre commentaire précédent. Vous savez comme moi que pour plusieurs, de telles restrictions ne constituent pas particulièrement un comportement fraternel. Ce sont à la fois les intentions quelquefois, les conséquences toujours qui sont mises en balance dans les différends concernant ce point particulier. Qu'en dites-vous vous même (je suppose que vous vous êtes déjà pronconcé là-dessus en ces pages de commentaires) ?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 3 mai 2014 22 h 00

      Monsieur Théberge, heureux de vous retrouver avec votre verve habituelle. Je comprends de votre propos que madame Weil est si totalement fermée à toute forme d'argument qu'il devient accessoire de même les évoquer. Quant à «la» Saint-Pierre, je ne peux qu'admirer l'aplomb avec lequel vous résumez en deux lettres ce qu'il faut en penser. On est dans les arguments de fond, là!

      Mais n'ayez crainte: si le PLQ se montre aussi nul que le PQ en matière de subventionnement d'écoles privées ou de maintien des symboles religieux dans notre Assemblée nationale, je ne vous accuserai pas à mon tour de vouloir faire prendre des vessies pour des lanternes. Le temps du mépris est passé.

    • David Boudreau - Inscrit 4 mai 2014 13 h 11

      Moi ce qui m'interpelle dans votre réponse M. Maltais, c'est le côté deux poids deux mesures qui reproduit un des paradoxe important de ce débat, celui de se positionner sur ce qui rassemble et qui divise, ce qui est fraternel et ce qui ne l'est pas. On a beaucoup décrier l'interdiction, en disant qu'interdire ne valait mieux pas que d'obliger. Mais lorsqu'on pense ainsi, il y a toujours des oubliés, i.e. les membres d'une communauté qui ne veulent pas assujettir leur vie à la religion de leur communauté mais qui sont coincés dans cette pression sociale que représente l'expression religieuse. Alors la question de la fraternité peut se poser en ces termes: l'État doit-il d'abord protéger la liberté de ceux qui veulent exprimer leur religiosité ou ou bien protéger ceux qui sont susceptibles de subir les pressions relatives à ce type expression?

    • Richard Maltais Desjardins - Abonné 5 mai 2014 08 h 03

      « l'État doit-il d'abord protéger la liberté de ceux qui veulent exprimer leur religiosité ou ou bien protéger ceux qui sont susceptibles de subir les pressions relatives à ce type expression? »

      Y a-t-il vraiment alternative? Une société neutre (je préfère cela à laïque qui connote un rapport à la religion dont l'État doit se déprendre totalement) ne devrait prendre l'intiative ni d'obliger ni d'interdire mais s'assurer que des contraintes religieuses ou autrement idiosyncrasiques n'obligent que ceux qui y consentent librement. Cela s'appliquant notamment bien sûr à celles des religions qui ne reconnaissent pas des droits égaux aux hommes et aux femmes. Le principe de l'égalité étant déjà reconnu dans nos chartes, on ne peut pas faire beaucoup mieux que d'en protéger et promouvoir l'exercice en laissant toutefois à celles qui sont concernées le soin de décider de quelle manière elles ont le sentiment d'agir le plus librement.

      Ceci peut paraître un peu formel, mais le droit n'a-t-il pas ce rôle, limité, de rendre possible ce qui ne peut être porté que par la poursuite effective de nos idéaux, dont celui de fraternité? Il y a ici une société de droit où nulle religion ne doit pouvoir imposer des obligations ou requérir des privilèges spécifiques. Du travail reste à faire, mais dans notre droit, pour en retirer tout reste de référence (et de privilège pour l'instant, de restrictions dans la charte projetée) à cette forme particulière de la liberté d'expression qui se proclame religieuse.