L’échec d’une certaine idée de la souveraineté

Ce n’est pas le projet souverainiste qui a été battu le 7 avril dernier, mais une certaine idée de la souveraineté. C’est une certaine manière de concevoir et de défendre ce projet politique, au premier plan par le Parti québécois, qui a été mise en échec.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Ce n’est pas le projet souverainiste qui a été battu le 7 avril dernier, mais une certaine idée de la souveraineté. C’est une certaine manière de concevoir et de défendre ce projet politique, au premier plan par le Parti québécois, qui a été mise en échec.

Ce serait une erreur pour les souverainistes de se précipiter à la recherche de solutions toutes faites et commodes pour se relancer dès maintenant ; ce qui constituerait une voie facile pour éviter d’avoir à prendre la pleine mesure de la défaite. Dans le même sens, le Parti québécois serait très mal avisé de se lancer hâtivement dans une course à la chefferie. Ce qui pourrait également servir de prétexte idéal pour occulter certains problèmes de fond à l’origine de cette débâcle électorale, problèmes pour lesquels la question de la chefferie ne saurait être tenue pour l’unique responsable. L’heure est au travail d’introspection et d’analyse et non à la fuite en avant.

 

Ce n’est pas le projet souverainiste qui a été battu le 7 avril dernier, mais une certaine idée de la souveraineté. C’est une certaine manière de concevoir et de défendre ce projet politique, au premier plan par le Parti québécois, qui a été mise en échec. Le manque se trouve dans le sens même de ce projet politique, tel qu’actuellement défendu par cette formation.

 

Dans les années 1970, on pouvait naturellement concevoir ce projet comme l’aboutissement logique du processus général d’émancipation collective de la Révolution tranquille. On pouvait à cette époque adhérer à cette option politique ou, au contraire, y être défavorable au nom du fédéralisme, mais les explications n’étaient pas nécessaires pour en comprendre le sens. Tous savaient de quoi il en ressortait. Pareillement, dans les années 1990, on pouvait instinctivement comprendre ce projet comme une sorte de « pied de nez » du Québec au Canada anglais à la suite des échecs de Meech et de Charlottetown et du coup d’État constitutionnel de 1982. L’idée de la souveraineté du Québec apparaissait alors clairement.

 

Quel est le sens de ce projet politique en 2014 ?

 

La raison essentielle qui justifie et rend légitime le projet de souveraineté du Québec demeure inchangée : il s’agit pour un peuple, élevé à sa conscience nationale et qui en a les moyens, d’être pleinement maître de lui-même. Cette raison était à l’oeuvre au moment de la sécession des 13 colonies américaines en 1776, de l’indépendance d’Haïti en 1804, en passant par l’indépendance du Soudan du Sud il y a trois ans. Cette raison est intemporelle et universelle. Seulement, pour que celle-ci puisse, dans un contexte politique donné, mobiliser des citoyens prêts à engager la lutte en son nom, encore faut-il que cette raison revête un « sens » fort à leurs yeux. C’est dans sa capacité de mobilisation que se mesure toujours la vigueur d’une idée politique. Et ici, il faut reconnaître que l’idée de souveraineté, telle que défendue aujourd’hui par le Parti québécois, ne présente plus la même force qu’auparavant. Depuis 1995, celle-ci s’est tranquillement appauvrie et le 7 avril dernier est venu confirmer cette tendance.

 

Le Parti québécois et le projet souverainiste

 

Depuis le scrutin général de 1994, on observe à chaque élection un déclin relatif de la place du projet souverainiste dans les plateformes électorales et dans le discours de campagne du Parti québécois. Pour prendre le pouvoir, il serait préférable aux yeux de la direction péquiste de mettre de l’avant d’autres enjeux comme l’économie, la santé, les finances publiques, etc. Aussi, n’était-il pas si étonnant d’entendre lors de la dernière campagne celle-ci déclarer que les Québécois ne sont aujourd’hui pas « prêts » à tenir un référendum, alors même que ce parti a si peu fait ces dernières années pour les y en préparer, notamment en parlant clairement et franchement de ce projet politique lors des campagnes électorales. En réalité, c’est bien plutôt les dirigeants péquistes qui ont montré ces dernières années qu’ils n’étaient pas prêts pour la souveraineté…

 

Ce serait toutefois une solution trop simple que de penser, comme le suggèrent certains militants, qu’il suffirait d’adopter une approche plus volontariste et déterminée en faveur de l’indépendance pour faire avancer l’idée de pays. Les maigres résultats obtenus par Option nationale nous rappellent les limites d’une telle approche « courageuse » vers la souveraineté…

 

En vérité, le problème ne saurait se résumer à un manque de détermination ou de volonté de la part des dirigeants du Parti québécois, mais plus fondamentalement au manque de clarté de l’idée souverainiste elle-même. De la clarté procède la détermination.

 

Le dernier scrutin a montré que l’idée deréférendum sert aujourd’hui davantage les intérêts des fédéralistes que ceux des souverainistes. Le réquisitoire lancé par le Parti libéral du Québec, sous la forme du « si vous ne voulez pas de référendum, votez pour nous », s’est avéré d’une redoutable efficacité politique. Et cette efficacité doit beaucoup à la réaction qu’elle suscita de la part du Parti québécois : il n’y aura pas de référendum « tant que les Québécois ne seront pas prêts ». Face à la charge libérale, la direction péquiste a choisi la retraite. Elle a cherché à tout prix à rassurer ceux qu’un tel épouvantail risquait de repousser. Cette défense est tombée complètement à plat.

 

Ainsi, la direction du Parti québécois est-elle aujourd’hui placée devant cette difficulté que l’idée de référendum, moyen pourtant incontournable pour accéder à l’indépendance du Québec, apparaît désormais pour elle comme un boulet. C’est un peu comme si celle-ci ne savait plus quoi faire de cette idée de référendum, tout en sachant qu’elle ne peut toutefois s’en débarrasser. Le véritable problème vient non du référendum lui-même, mais du manque de clarté du projet politique sur lequel doit déboucher cet exercice démocratique. Cette formation ne possède plus une idée claire du projet de souveraineté du Québec. Une stratégie tire toujours sa pertinence politique de la puissance même de l’idée politique dont elle sert à la mise en oeuvre.

 

Ainsi, le vaisseau amiral de la souveraineté doit aujourd’hui s’engager dans une réflexion de fond. Les débats sur la stratégie et les tactiques, voire les plans de communications pour faire avancer l’idée de souveraineté, viendront plus tard. Pour l’instant, c’est le sens même de ce projet politique qui doit être renouvelé.

49 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 2 mai 2014 06 h 09

    Le sens des mots...

    En somme c'est le sens même que l'on donne au mot souveraineté qui crée la confusion. Ches les péquistes senior, on s'évertue à soutenir que souveraineté veut dire indépendance, et qu'indépendance voudrait dire souveraineté. Rien de plus troublant pour un électeur. La notion de souveraineté est apparue dans le vocabulaire péquiste associé au concept d'association. Et il l'a été jusqu'au référendum de 1995 qui promettait une négociation (excessivement complexe) avant de proclamer une sorte d'indépendance ou de souveraineté. D»'ailleurs le concept d'association était totalement inclus dans l'utilisation de la pièce d'un dollar canadien, dans la publicité officielle, pour former le "O" du OUI proposée comme réponse à la question référendaire.

    Tant que la notion d'indépendance ne sera présentée comme distincte de la souveraineté, on s'écrira en vain que l'on veut "un pays", les citoyens comprendront "souveraineté-association" et exigeront de comprendre en quoi un Québec qui aurait voté OUI à un prochain référendum serait différent du Québec d'aujourd'hui si les citoyens comprennent qu'ils utiliseraient la même monnaie, le même passeport, les mêmes permis de conduire et jouiraient de la même liberté de circuler et de s'établir à leur guise partout au Canada.

    De plus, au moment ou 28 pays comme la France et l'Italie se fondent littéralement dans le système fédéral qu'est l'union européenne, après, pour la plupart, avoir abandonné leu monnaie et leur passeport, on ne doit plus se demander pourquoi les Québécois doutent de la sagesse d'un projet qui les invite à faire cavalier seul.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 2 mai 2014 09 h 56

      M.Paquet vous oubliez de mentionner que les 28 pays europeens ont tous conservé leur langue et leur culture,alors qu'ici il faut se defendre sans arret contre l assimilation :Devenir une autre Louisiane bref le reve de Lord Durham. Vous devez etre heureux des intentions du Ministre de l Education. Le Quebec fera cavalier avec les autres nations du monde. J-P.Grise

    • Martin Pelletier - Inscrit 2 mai 2014 10 h 23

      La France et l'Italie n'ont pas du tout abandonné leur passeport.
      Les Français ont toujours leur passeport, passeport différent des Italiens.

    • Catherine Paquet - Abonnée 2 mai 2014 11 h 39

      M. Martin Pelletier, Il doit y avoir bien longtemps que vous avez vu des passeports détenus par des Français, des Italiens ou des Allemands. Ils portent tous la mention "Union européenne" en page couverture. Bien sûr, on indique encore, pour un certain temps, que le détenteur jouit de la nationalité française, italienne, ou autre...
      Vous savez, sans doute, que tous les Européens possèdent désormais une deuzième nationalité, la nationalité européenne, en plus de leur nationalité d'origine. Et vous aurez remarqué également que les Chefs d'État ou de gouvernement sont toujours accompagnés de deux drapeaux quand ils prononcent des discours officiels. Le drapeau de l'Union européenne et le drapeau de leur pays. Enfin, une brève analyse vous conviancrait que le Québec jouit dans la fédération canadienne, d'une autonomie comparable à celle de la France ou d'autres pays membres dans l'Union européenne.

    • Catherine Paquet - Abonnée 2 mai 2014 11 h 51

      M. Grisé, Si vous aviez voyagé récemment en France, vous auriez constaté l'immense valeur du patrimoine culturel de nos cousins français, mais vous auriez senti également que le combat contre l'anglicisation de la publicité et des communications est loin de pouvoir être déclaré gagnant...

    • Martin Pelletier - Inscrit 2 mai 2014 15 h 12

      @Paquet

      Voyons donc, ce n'est pas du tout les mêmes passeports

      Voici le passeport français:
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Passeport#mediaviewer

      voici le passeport bulgare
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Passeport#mediaviewer

      voici le passeport espagnol
      http://fr.wikipedia.org/wiki/Passeport#mediaviewer

      Trois passeports différents dans autant de langues différentes. Chaque pays émet son propre passeport. Ca n'existe pas un passeport européen
      L'Europe n'est pas un pays.

      Quant à l'autonomie du Québec, faites-moi rire. La France, comme l'Espange, ont leur pleine indépendance, leur siège aux NU, leur équipe nationale au Mondial du mois prochain, leur équipe olympique, etc. Rien à voir avec notre statut provincial

    • Marc Bourdeau - Abonné 2 mai 2014 16 h 53

      La brièveté des analyses de Monsieur Paquet.

      Votre texte « Enfin, une brève analyse vous conviancrait que le Québec jouit dans la fédération canadienne, d'une autonomie comparable à celle de la France ou d'autres pays membres dans l'Union européenne.» est inepte.

      Sachez au moins ceci pour compléter votre analyse. Le budget de l'UE fait un peu plus que 1% des PIB nationaux des pays de l'UE. Et n'a pas augmenté depuis presque le début de l'UE.

      Au Canada, le bugdet du Centre, fait environ 25% du PIB du Canada. somme de nos impôts et taxes.

      Ne pensez-vous pas que cela donne aux institutions du Centre de l'UE un peu moins de marge de manoeuvre pour régir les pays de leur pseudo-fédération que celle d'Ottawa pour régir les provinces fédérées...

      Quand au nombre de fonctionnaires requis pour régir le traité de l'UE, qui comporte environ 400 millions d'habitants, il ne dépasse pas celui de la ville de Montréal... De l'ordre de 75 mille.

      Cela vous donne une idée du pouvoir des quelque 300 mille fonctionnaires fédéraux pour les 32 millions de canadiens.

      Vos affirmations et votre ignorance, monsieur, sont affligeantes.

    • Catherine Paquet - Abonnée 3 mai 2014 05 h 26

      Les insultes de Marc Bourdeau ne changeront rien à la réalité. Des pays qui ont abandonné leur monnaie pour partager une monnaie commune et, forcément, adopter des politiques communes ne jouissent plus de la même indépendance qu'avant. Ils l'ont fait sciemment, volontairement et définitivement. Lasuite des mises en commun suit et suivra, car les citoyens et leurs leaders savent que la poursuite de leur intérêt national et de leur bien-être va dans ce sens et dans le sens de l'histoire..

  • Pierre-Antoine Ferron - Inscrit 2 mai 2014 06 h 24

    A point et pertinent

    Bonjour,

    Votre billet est très intéressant et souligne une incongruité dans le discours politique du Parti Québécois, un problème de longue date, qui a influencé la formulation de sa stratégie et qui a certainement influencé un bon nombre d’électeurs dans leur choix.

    La mission du projet du Parti Québécois doit être redéfinie en termes logiques et clairs qui peuvent résister la dialectique, ce qui n’est pas le cas en ce moment. C’est subséquemment que l’on pourra élaborer une stratégie logique et cohérente garante du succès.

    Merci.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 2 mai 2014 07 h 26

    La question

    M. Parenteau, vous êtes professeur au Collège militaire royal de Saint-Jean. Dites-moi, comment un Général redonne espoir à ses troupes ? Ici, les troupes sont le peuple.

    Surtout quand celles-ci n'ont plus le goût de l'effort, quand elles se méfient de ses dirigeants au point d'en être désabusées et surtout quand certains de ceux qui la composent ne se sentent bien que dans le maquis ?

    Quand vous aurez trouvé la réponse à ces questions, vous aurez trouver le moyen de redonner le goût de vivre au peuple que vous défendez.

    Merci de votre attention.

    PL

  • Christian Montmarquette - Inscrit 2 mai 2014 08 h 04

    Une coquille-vide n’intéresse que les convaincus

    «Le véritable problème vient non du référendum lui-même, mais du manque de clarté du projet politique» - Danic Parenteau

    Exact, et le PQ s'est pourtant entêté à présenter une coquille vide aux citoyens plutôt qu'un projet de société emballant, et pourquoi ?

    Tout simplement parce que ce qui est emballant et émancipant est à gauche et que le PQ est devenu un parti de droite. Voilà pourquoi. Prenez la pilule, et avalez-la bien à fond.

    Si le projet de pays était assis sur une constitution qui ferait en sorte de rétablir la justice sociale; d'interdire les paradis fiscaux; d'avoir une véritable démocratie et de revoir notre mode de scrutin désuet; de pouvoir voter pour le chef de l'État; de protéger l'État des affairistes et la mafia; de pouvoir révoquer des élus et des gouvernements; de mieux répartir la richesse; de garantir la gratuité scolaire; de garantir un système de santé public efficace; d'éradiquer la pauvreté; d'éradiquer l'itinérance; de créer une banque nationale au service des citoyens; de garantir un les pensions décentes à nos aînés; de nationaliser notre eau, notre sous-sol, nos forets et notre énergie éolienne etc. l'indépendance gagnerait beaucoup d'appuis.

    Mais en refusant de proposer une véritable social-démocratie de peur de diviser les forces souverainistes, Le PQ ne propose plus que cette éternelle coquille vide, pour ne pas dire cette coquille de droite qui ne changerait rien et qui n'intéresse plus que les convaincus.

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 2 mai 2014 08 h 48

      Très intéressant. Il faudrait enrichir votre "etc" cependant. Moi je verrais d'un bon oeil un Ministère pour le développement de l'intelligence humaine comme il y en a eu un au Vénézuéla et un Ministère du bonheur!

    • Christian Montmarquette - Inscrit 2 mai 2014 09 h 05

      À Claude Saint-Jarre,

      Je crois avoir donner une liste assez longue pour faire comprendre que le projet national ne devrait pas être dissocié du projet social pour être attrayant et mobilisant.

      On ne change pas de pays pour le plaisir de changer de pays, mais pour améliorer son sort. Or, en associant lutte nationale à la lutte sociale, tout ce qui va dans le sens de l'amélioration des conditions de vie de la majorité militerait du même souffle pour le pays.

      Regardons un peu ce qui nous dégoûte du Canada, si ce ne sont les 155 milliards par année qui fuient dans les paradis ficaux; les politiques de droite du gouvernement Harper qui investi dans la guerre, attaque les chômeurs; ferme Poste Canada, supporte la pollution des sables bitumineux; agit en dictateur et en monarchiste; nomme ses députés défaits au sénat et se moque de la démocratie?

    • Jacinthe Lafrenaye - Inscrite 2 mai 2014 10 h 06

      @ Claude Saint-Jarre

      Comme nouveau ministère, on devra se contenter pour l'instant du Ministère l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion de Kathleen Weil.

      Parions qu'on recevra maintenant plus que 55,000 immigrants qui n'auront pas à s'associer au projet d'indépendance.

    • Michel Raymond - Inscrit 2 mai 2014 10 h 18

      Une idéologie économique ne doit pas être enchâssée dans une constitution. La constitution doit permettre à la droite comme à la gauche de pouvoir s'exprimer.

    • Michel Richard - Inscrit 2 mai 2014 11 h 59

      Mme Salette, le problème avec votre proposition est d'abord qu'elle est utopique et ensuite qu'elle n'est pas partagée.
      1) Coryez-vous vraiment qu'il suffit de mettre des mots dans une constitution pour qu'il soit possible d'éradiquer la pauvreté et l'itinérance ? Pourquoi pas éradiquer la pluie, sauf sur les terres agricoles et alors selon un horaire permettant des moissons d'or ?
      2) La raison pour laquelle le PQ refuse de préciser de détailler le projet de société, c'est parce que dès qu'on commence à préciser, on commence à perdre des adhérents. Quand on laisse flou, chaque participant peut voir ce qu'il veut dans le projet.
      Vous êtes manifestement une personne de gauche. Je connais nombre d'indépendantistes qui sont de droite et qui seraient perdus à la Cause si ce que vous exprimez était inclu dans le projet.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 2 mai 2014 12 h 04

      «Une idéologie économique ne doit pas être enchâssée dans une constitution.»- Michel Raymond

      Parce que vous croyez que le Canada, sa monarchie et ses 155 milliards par année dans les paradis fiscaux n'est pas enchâssé dans une idéologie libérale?

      Voyons donc. Une constitution ne peut pas être neutre elle doit définir les valeurs, les droits et libertés, le rôle et le fonctionnement de l'État. Ou alors, c'est du n'importe quoi qui ne vaut même pas la peine qu'on sorte du Canada.

      D'ailleurs, ceux qui nous disent qu'il ne faut pas définir le pays avant de le faire, n'on «aucune» espèce d'idée de leur Québec idéal et devraient se retirer du débat s'ils n'ont rien que du vide à nous proposer. Mais sachons aussi beaucoup ne veulent pas de changement, parce que le néolibéralisme et la corruption généralisée les arrangent.

      Sachons bien que le Capital n'a pas besoin de l'État pour se défendre, il a déjà le pouvoir économique pour ce faire. L'État doit au contraire représenter et défendre les intérêts «des citoyens».

      D'ailleurs, si le Québec abandonne au privé tous ses actifs au privé, votre indépendance ne sera qu'une indépendance de pacotille, pour ne pas dire une république de banane.

      Pour votre information:

      René Lévesque et le rôle de l'État comme arbitre entre le Capital et les citoyens ordianires :

      https://www.youtube.com/watch?v=M6qUbsLMvUc

    • Michel Raymond - Inscrit 2 mai 2014 23 h 55

      @ Viviane Salette: alors vous êtes contre la liberté du peuple de choisir le système économique et social dans lequel il veut vivre.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 3 mai 2014 09 h 24

      À Michel Raymond,

      Le peuple ne dispose d'aucune liberté quand il se fait voler de «10 milliards» par année par les oligarques qui contrôlent sa démocratie et son gouvernement: Chiffres de Léo-Paul Lauzon.

  • Nicolas Vincent - Inscrit 2 mai 2014 08 h 59

    Le noeud du problème

    "La raison essentielle qui justifie et rend légitime le projet de souveraineté du Québec demeure inchangée : il s’agit pour un peuple, élevé à sa conscience nationale et qui en a les moyens, d’être pleinement maître de lui-même. Cette raison était à l’oeuvre au moment de la sécession des 13 colonies américaines en 1776, de l’indépendance d’Haïti en 1804, en passant par l’indépendance du Soudan du Sud il y a trois ans."

    Vous voyez, je crois bien que c'est dans ce passage que se trouve le noeud du problème pour le PQ et les souverainistes en général.

    Comme je l'ai (trop?) souvent répété, la souveraineté ne doit pas être une fin en soi, mais plutôt un moyen afin d'en arriver à un monde meilleur. La difficulté, en 2014, est d'articuler en quoi le monde post-indépendance serait meilleur que celui d'aujourd'hui.

    Dans le passage ci-haut, vous tombez dans le même piège: vous élevez le projet souverainiste sur la base du fait qu'il irait de soi, que plusieurs autres l'ont fait dans le passé, donc pourquoi pas nous. Vous nommez des exemples un peu déroutants parce qu'il semblent être si peu reliés à la situation du Québec du moment. Les colonies américaines, par exemple, voulaient échapper à un empire qui ne leur donnait aucune représentation politique à Londres tout en ne se gênant pas à collecter taxes et impôts. Le Soudan du sud, dans un contexte de nettoyage ethnique, représente une autre comparaison extrêmement boîteuse.

    Ainsi, donc, malgré votre désir de recentrer le débat entourant la souveraineté, vous tombez dans les même pièges. Le Québécois moyen, lui, qu'on aime ça ou non, aimerait qu'on lui parle un peu de concret, non pas de "l'ordre naturel des choses", argument trop souvent utilisé par les souverainistes convaincus. Le mouvement indépendantiste pourra-t-il se réinventer? Nous verrons bien...

    • Michel Raymond - Inscrit 2 mai 2014 10 h 35

      Au Canada, nous vivons dans un régime politique néo-colonial. La "constitution du Canada" est la reconduction presque intégralement du régime de 1867 de l'amérique du nord britannique. Parce que la province de québec est en fait une création de ce régime colonial anglais, la comparaison avec les pays cités par M. Parentau est effectivement difficile. Parcontre si on parle du peuple et du Canada, la situation est analogue: nous sommes soumis à un régime cololial.

      Parce que tous les peuples d'amérique se sont libérés du colonialisme, on doit avouer que c'est l'ordre naturel. Il est par conséquent anormal que le Canada et les canadiens ne se soient pas débarrassé de ce colonialisme.

    • Michel Richard - Inscrit 2 mai 2014 12 h 09

      M Raymond. Lâchez nous avec votre néo-colonial. Voilà bien une expression qui ne veut rien dire. Il n'y a pas de régime colonial, nous avons plein droit de vote au gouvernement fédéral, le Premier Ministre du Canada était jusque récemment issu du Québec (le fait qu'on aime pas le gars qui est là présentement n'est pas une raison de se séparer) on paye des impôts mais on perçoit moulte péréquation et autres transferts.
      Parler de néo-colonialisme, c'est comme parler du nombre d'anges qu'on peut assoir sur une tête d'épingle, c'est aimer s'écouter parler.

    • Max Windisch - Inscrit 2 mai 2014 13 h 14

      @N. Vincent,

      Personnellement je vois les choses sur le même axe que vous, mais je me situe peut-être à l'autre bout du spectre.

      Effectivement, il faudrait réfléchir aux origines de cette "normalité" - celle-là même que revendiquait si clairement Falardeau. Et pour ce faire, comment éviter l'histoire de la naissance des nations, des peuples, des tribus? Et si on y regardait de près, aimerait-on encore ce qu'on y verrait?

      Je trouve insatisfaisante toute explication qui se limiterait à des cas de "re"-libération reliés au colonialisme, comme celui de l'Inde par exemple. Qu'est-ce qui fonde l'Inde? Pour le peu que j'en connaisse, c'est le Mahabharata qui me vient en tête (dont à peu près tout le monde connaît une version là-bas), le Ramayana, les Upanishads etc. Ce n'est même pas une seule langue commune, dans leur cas. Mais des mythes et une philosophie, inscrits dans une épopée de familles royales, un esprit de filiation. Un rapport à la nourriture également, et bien d'autres choses encore. Le peuple est "un" parce qu'il vient de quelque part. Et on le revendique parce qu'il nous unit. On s'y retrouve, on le conçoit comme l'extension de sa famille.

      Pour le reste, toute interprétation pragmatique fondée sur des conditions gagnantes (réelles ou inventées) me laisse froid, pour la simple raison que si un opportunisme fortuit rendait avantageuse telle forme d'indépendance aujourd'hui, cette même providence pourrait très bien renverser les choses demain.

    • Michel Raymond - Inscrit 2 mai 2014 23 h 50

      Le rapatriement de la "constitution" en 1982 est bel ét bien du néo-colonialisme. Celui de la majorité anglaise au Canada qui impose son régime politique aux minorités. Car cette chose ne fut pas adoptée par vote populaire. Et pire elle fut négociée hypocritement sans le québec. Lui-même une création coloniale de l'angleterre d'ailleur.

      Il n'y a aucune démocratie là-dedans. Il n'y a aucune liberté du peuple à choisir la manière de régir la vie publique.

      Voilà ce que ça veut dire.