Réparer la bourde qui a offensé la France

Le Québec, en partenariat avec la France, cherche à enrichir la présence d’étudiants étrangers dans ses universités.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le Québec, en partenariat avec la France, cherche à enrichir la présence d’étudiants étrangers dans ses universités.

Depuis près d’un demi-siècle, le lien à la France et le lien aux pays membres de l’Organisation internationale de la Francophonie (77 aujourd’hui) ont fait l’objet d’un large accord politique au Québec. La famille libérale peut s’enorgueillir d’avoir créé la relation diplomatique avec la France, et la famille péquiste d’avoir négocié la formule assurant la présence du Québec au sommet francophone. Les deux familles peuvent se féliciter de n’avoir pas fragilisé l’héritage construit par l’une et l’autre. Cette attitude devrait servir d’exemple à nos dirigeants, tant il illustre le besoin de cohésion durable dans les domaines où nos intérêts vitaux sont en cause.

 

La présence des étudiants français au Québec appartient à ces intérêts, les nôtres, les leurs et ceux virtuellement des étudiants de l’espace francophone international.

 

D’un succès bilatéral à un succès multilatéral

 

Une bourde a été apparemment commise par l’ancien gouvernement. Dans son dernier budget, il aurait proposé une modification aux règles concernant les droits de scolarité des étudiants français au Québec. Cette posture unilatérale est offensante pour la France. Il faut prendre acte. À la vérité, cette bourde est lettre morte, le projet de budget n’ayant jamais été débattu et accepté par l’Assemblée nationale, son contenu est, en conséquence, sans effet. Il appartient au nouveau gouvernement de trouver une sortie de ce malaise avec Paris, une sortie par le haut, pour m’associer au souhait du consul général de France à Québec. Cette sortie passe par la Francophonie.

 

Peut-on imaginer l’extension de l’entente entre le Québec et la France à l’ensemble des pays francophones ? Imaginer la fusion des ressources consacrées à cette entente et celles dédiées à la réduction des droits de scolarité dont bénéficient certains étudiants africains inscrits dans nos universités comme contribution du Québec à un fonds multilatéral alimenté par l’ensemble des pays francophones du Nord et du Sud. Ce fonds pourrait être confié à l’OIF qui en assurerait la gestion en lien avec l’Agence universitaire de la francophonie. Oui, les pays de la francophonie du Sud peuvent apporter leur contribution comme ils l’ont fait, en son temps, pour le lancement de la chaîne TV5 Afrique.

 

L’entente Québec-France concernant les droits de scolarité est un grand succès. Elle a ouvert les chemins de la mobilité entre nos deux sociétés, conduit au Québec des jeunes instruits, francophones, dont plusieurs ont décidé de s’installer chez nous. Certes, son déploiement est déséquilibré tant le nombre d’étudiants français au Québec dépasse celui des étudiants québécois en France. Cette question pourrait faire partie des examens nécessaires et préalables au lancement du Fonds multilatéral pour la mobilité des étudiants universitaires et en technologie avancée en francophonie.

 

Le Québec, en partenariat avec la France, qui, elle aussi, cherche à enrichir la présence d’étudiants étrangers dans ses universités, peut et doit transformer son problème actuel en proposition utile pour le sommet de la Francophonie qui se tiendra à Dakar !

 

Le Québec trouverait alors de nombreux alliés autour de la table : le Maroc qui, sur ses ressources propres, accueille plus de 10 000 étudiants africains annuellement, et le Sénégal, le Cameroun, qui dispose d’établissements de haut niveau, et Maurice, la Communauté française de Belgique et la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et la Suisse et bien d’autres. Bienvenue au XXIe siècle, qui est celui de toutes les mobilités et de toutes les diversités.

 

Le Québec trouverait chez les jeunes, spécialement en Afrique, un appui enthousiaste tant ils ont le sentiment, à tort ou à raison, à raison selon moi, que l’espace francophone est aujourd’hui moins hospitalier pour eux que l’Inde ou la Chine, les États-Unis ou le Brésil, l’Allemagne ou la Turquie. Ce serait un grand moment si le sommet de Dakar, sur proposition du Québec et de la France et de quelques autres partenaires, lançait ce grand programme de mobilité qui manque cruellement à la francophonie. Alors l’espérance pourrait revivre dans l’esprit et le coeur de ceux qui sont l’avenir de notre communauté, les jeunes du continent africain.


L'auteur est délégué général du Québec en France (1986-1990), secrétaire général de la Francophonie (1990-1998)

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10 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 16 avril 2014 06 h 01

    Que la France paie pour ses étudiants au Québec

    Il y a un déséquilibre flagrant entre le nombre de Français étudiant ici et le nombre de Québécois étudiant en France. En toute équité, il serait préférable que l'État français assume la facture pour chaque étudiant français installé au Québec et que l'État québécois fasse de même pour les Québécois qui étudient en France.

    La France n'est pas un pays pauvre. Le Québec n'a pas les moyens d'assumer à la place de la France le coût des études des nombreux Français qui viennent étudier ici. La stimulation des échanges serait la même et l'équité serait totale.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 17 avril 2014 01 h 01

      "Que la France paie pour ses étudiants au Québec". Oui, mais seulement pour ceux qui viennent étudier ici en anglais. On n'a pas à payer pour angliciser les Français de France!

  • Martin Pelletier - Inscrit 16 avril 2014 07 h 11

    Pendant ce temps

    Nos jeunes gradués vont étudier à gros prix aux États-Unis parce que la France, tsé...

    M. Roy vit sur une autre planète! Il plane au-dessus de la réalité, à commencer par le froide réalité des chiffres. Il n'est pas normal que 12,000 Français viennent étudier ici contre seulement 1,000 québécois en France. Il n'est pas normal qu'ils étudient à 2k par année alors que nos frères franco-ontariens et acadiens paient 6k.

    Quant au Maroc....
    http://www.slateafrique.com/99053/etudiants-afriqu

    Les étudiants africains, victimes du racisme ordinaire au Maroc
    Originaires d'Afrique de l'Ouest, des étudiants témoignent de la violence et du racisme quotidien dont ils sont victimes au royaume chérifien

  • Gendreau-Hétu Jean-Pierre - Inscrit 16 avril 2014 07 h 29

    Aveuglement volontaire de Jean-Louis Roy

    La francomanie de Jean-Louis Roy n'est plus à démontrer. En voici une autre preuve s'il en faut, en dépit de l'évidence que le cadeau récurrent du Québec à la France - historiquement injustifiable par ailleurs - n'a plus sa raison d'être. Monsieur Roy aurait eu intérêt à tendre l'oreille aux arguments pleins de bon sens écrits par plusieurs lecteurs suite à l'article de Christian Rioux dans les pages du Devoir cette semaine. L'entente Québec-France (entente? une farce plutôt!) n'a plus aucun sens sous sa forme actuelle et Québec a tout à fait raison d'imposer unilatéralement sa révision. La situation est tellement à l'avantage de la France qu'il est indécent de même chercher à la défendre en l'état - la France gagnerait en respect si elle reconnaissait au moins le profit excessif qu'elle en retire (rapport de 12 pour 1 en sa faveur!). Monsieur Roy reste au niveau des grands principes mais n'apporte aucuns chiffres significatifs en appui... On comprend pourquoi : il n'y en a pas. Monsieur Roy gagnerait en crédibilité s'il regardait par-dessus son épaule plutôt que par-delà les continents : quand on pourra m'expliquer (mais on ne le peut pas) comment cette «bonne entente» fait qu'Acadiens et Francos du Canada doivent payer trois fois ce que paie un Parisien pour étudier au Québec, on en reparlera. Vous dénoncez la paille dans l'oeil du gouvernemet québécois mais c'est une poutre qui est dans le vôtre : votre passion de la francophonie mondiale est telle qu'elle vous rend aveugle à celle qui est dans votre cour! Et que doit attendre le Québec de la France? Rien - l'histoire le montre bien. Cessons donc de chercher son amour aveuglément. Nos cadeaux ne changeront rien à l'affaire, les temps ont changé : le «France chérie» de votre génération n'est plus de mise. (Dieu merci.) N'est-il pas le temps de toute façon de cesser de se comporter en colons? Cette entente en est la pire incarnation. À défaut d'avoir eu notre révolution...

    • André Le Belge - Inscrit 16 avril 2014 22 h 52

      Que cherche les Québécois en France? La notoriété!
      Pensons à tous nos chansonniers faisant recette en France...

  • Cyril Dionne - Abonné 16 avril 2014 08 h 00

    Et pour les francophones hors Québec ?

    « La présence des étudiants français au Québec appartient à ces intérêts, les nôtres, les leurs et ceux virtuellement des étudiants de l’espace francophone international. »

    « Peut-on imaginer l’extension de l’entente entre le Québec et la France à l’ensemble des pays francophones ? »

    Et pour les francophones hors Québec, ceux-ci ne font-ils pas partis de cette francophonie à saveur altermondialiste ? Sommes-nous des citoyens francophones à part entière ? Quand j'entends ce discours de sauver la planète francophone et qui en même temps, les principaux interlocuteurs ne regardent même pas dans leur cour arrière, ceci me laisse pantois. Je suis un de ces francophones hors Québec qui a étudié dans une université québécoise. C'est comme si des étudiants de Dakar ou autres pays avaient plus d'affinités avec les Québécois que les francophones hors Québec. Et si j'ai bien compris, les étudiants français au Québec ne paient que le tiers du coût des étudiants étrangers et que les francophones hors Québec sont considérés comme des étudiants étrangers.

    Et c'est bien beau de parler des pays africains, mais ceux-là ne parlent-ils pas la langue de leur ancien colonisateur, ceux-là mêmes qui les ont opprimés en plusieurs occasions ? Si le futur de la langue française dépend de ceux qu'on a forcé de parler la langue de Molière, et bien, moi je démissionne tout simplement.

    Que tout le monde paie la même chose que les autres. De toute façon, après avoir élu un gouvernement néolibéraliste au Québec, vous pouvez être assurés que les frais de scolarité vont augmenter de façon assez drastique dans les années à venir. Ce gouvernement aux tendances anglophones se fout bien des aspirations des francophones.

    Et je n'ai jamais eu l'intention d'aller étudier en France ou en Angleterre puisque la plupart des meilleurs universités si situent sur le continent nord-américain.

  • Jean Lengellé - Inscrit 16 avril 2014 13 h 00

    Il y a des bourdes françaises encore plus significatives...

    Vouloir nous culpabiliser face à ce qui accable déjà largement les absurdités franco-françaises dans tous les domaines, témoigne d'un imaginaire déroutant. Et tant mieux si on finit par s'ouvrir les yeux en pensant à l'absurde prétention des péquistes ou assimilés de dominer la francophonie!
    Jean de La Fontaine l'a pourtant dit, en vers, qui plus est :
    "Tout flatteur (flagorneur serait plus juste) vit aux dépens de celui qui l'écoute".
    L'équivalent des diamants de Bokassa se trouverait-il dans les universités du Québec?