La souveraineté, objectif ou moyen?

Avec les résultats des élections du 7 avril dernier, la souveraineté est devenue inaccessible à court et moyen terme.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Avec les résultats des élections du 7 avril dernier, la souveraineté est devenue inaccessible à court et moyen terme.

Au long des années, les porte-parole du Parti québécois ont de bonne foi expliqué que la souveraineté était en même temps objectif et moyen. C’est-à-dire le but à atteindre aussi bien que la clef qui permettra aux Québécois d’accéder à la maîtrise des instruments politiques et autres dont ils sont actuellement privés.

 

Cette façon de décrire les choses s’est à la longue révélée piégée. Utilisés comme synonymes, les mots objectif et moyen ont entretenu la confusion sur la véritable raison d’être du Parti québécois et, de là, sur le sens de son action et les modalités de sa démarche. Confusion exploitée par les adversaires et à l’origine de débats entre souverainistes.

 

Si la souveraineté est présentée et perçue comme étant à la fois objectif et moyen, il devient en effet très inconfortable pour le PQ de tracer sa ligne de conduite quand elle se trouve hors de portée. Par exemple, lorsque la population le rejette par référendum ou que les circonstances forcent à en renvoyer l’atteinte à un avenir indéfini comme c’est devenu le cas à la suite de la défaite électorale du 7 avril. La souveraineté devenant inaccessible à court et moyen terme, le parti perd-il du coup sa justification ? De quels arguments dispose-t-il pour s’autoriser à poursuivre son action si n’est pas discernable à l’horizon la réalisation de ce que le public et ses militants comprennent comme étant sa raison d’être ?

 

En revanche, les contradictions se résolvent si on considère que l’objectif du PQ est la sauvegarde et l’épanouissement de l’identité québécoise et que la souveraineté est le moyen qu’il privilégie à cette fin. Ce qui signifie en pratique ceci : si les circonstances empêchent le recours au moyen privilégié qu’est la souveraineté, l’objectif lié à l’identité demeure et, par rapport à lui, d’autres moyens restent en réserve.

 

L’identité québécoise

 

D’où vient cette idée que l’objectif du Parti québécois est la sauvegarde et l’épanouissement de l’identité québécoise ?

 

Réponse : personne n’aurait songé à inventer un parti comme le PQ n’eût été au départ l’existence au Québec d’un « Nous » fondateur persistant à travers les générations. Car il n’y aurait chez nous ni volonté autonomiste, encore moins aspiration souverainiste, faute de cette identité québécoise, à la fois cause et conséquence du fait que les Québécois forment une nation construite sur une histoire, une langue, un héritage religieux, une culture, un territoire et des institutions économiques et sociales qui lui sont propres.

 

Sans le Nous initial de langue française et ces citoyens de toutes origines qui s’y sont déjàjoints et s’y intègrent encore, le Québec serait une province ordinaire. Il n’y aurait pas et n’y aurait jamais eu de « problème Québec-Canada ». On ne se serait pas interrogé sur la place faite au Québec dans l’ensemble fédéral. Et, par la force des choses, tant et aussi longtemps que le Nous fera partie de cet ensemble, la question nationale continuera de se poser.

 

Qui plus est, de tous les États de l’Amérique du Nord, le Québec est le seul à devoir assumer, par ses lois, ses actions et ses organismes, la responsabilité de préserver et de promouvoir la spécificité d’une société à 80 % de langue française qui, pour cette raison notamment, se distingue de la population nord-américaine presque totalement de langue anglaise, quarante-six fois plus nombreuse, qui l’entoure.

 

Comme peuple, nous nous sommes toujours souciés de la sauvegarde et de l’affirmation de notre personnalité nationale. L’une et l’autre ont pris, chez nous, figure de valeurs essentielles. Elles ont fait et font encore consensus dans la population

 

Dans tout cela, il n’y a rien qui soit excessif ou outrageant. Comme n’importe quelle identité nationale ailleurs et ainsi que le prescrit le sens commun, la nôtre a le droit de se manifester et de se développer. Et ceux qui la partagent — « pure laine » ou non nés ici ou pas — ont tout à fait raison de voir à ce qu’elle soit respectée et qu’elle détienne les outils nécessaires pour s’épanouir. C’est même un devoir élémentaire.

 

La souveraineté conférerait donc aux Québécois le statut politique par excellence qui pourrait leur permettre d’exister comme nation à part entière, à l’instar de tant d’autres dans le monde. Mais en ce qui concerne l’identité nationale, ce moyen n’est pas le seul disponible.

 

Il me semble qu’il y a là une piste pour la réflexion qui s’amorce. En tout cas, je reviendrai sur le sujet avec des propositions précises.

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