La charte des valeurs, un premier bilan

Depuis la présentation des orientations de la charte des valeurs en septembre 2013, beaucoup, beaucoup d’encre a coulé. Il s’est dit sur les propositions de notre gouvernement tellement de choses ! Trop peut-être. L’arrivée d’un gouvernement libéral majoritaire à l’Assemblée nationale clôt ce chapitre. Je me permets donc, moi qui ai eu droit aux premiers mots sur cet enjeu, d’en faire un premier bilan.

 

Nous avons proposé aux Québécois une charte des valeurs plutôt qu’une charte de la laïcité parce que l’égalité entre les femmes et les hommes et le respect d’un patrimoine commun étaient des éléments fondamentaux, des valeurs aussi importantes dans notre réflexion, que la neutralité religieuse de l’État et la laïcité de nos institutions. Nous dépassions le concept de laïcité pour affirmer, dans une vision plus large, des valeurs communes qui définissent le Québec d’aujourd’hui. Qu’une nation affirme haut et fort ses valeurs n’a rien de nouveau, pensons seulement à la France et à son célèbre « liberté, égalité, fraternité ».

 

La volonté d’inscrire la laïcité au coeur de nos institutions n’est pas nouvelle au Parti québécois. Dès 2011, nous avions ajouté à notre programme politique, à la vue de tous, les éléments qui allaient constituer notre projet de charte, y compris l’interdiction du port de signes religieux pour le personnel de l’État.

 

Mme Marois, une grande défenderesse de la laïcité, m’avait mandaté, dès septembre 2012, pour proposer aux Québécois une charte correspondant à ce à quoi nous nous étions engagés au congrès de 2011. La charte des valeurs visait deux objectifs fondamentaux : affirmer la neutralité religieuse de l’État et l’égalité entre les femmes et les hommes, et mettre un terme aux accommodements religieux déraisonnables, sources de tension sociale au Québec. Nous avons donc, avec ces objectifs en tête, proposé cinq orientations aux Québécois afin de connaître leur point de vue sur cette question. Certains trouvaient que nous allions trop loin, d’autres pas assez. Nous en étions conscients, mais nous souhaitions proposer un modèle québécois de laïcité respectant l’équilibre entre les libertés individuelles et nos valeurs communes.

 

Le modèle de multiculturalisme canadien préconise une forme de cohabitation côte à côte dans laquelle les différentes communautés vivent séparément. Il n’y a pas dans le multiculturalisme de volonté de construire une fondation commune. Nous croyons le fait que de définir clairement un espace où les différentes religions ne s’immiscent pas dans le rapport entre les citoyens et leur État est un gage d’égalité et de respect pour tout un chacun. L’État, comme une grande table où tous les citoyens sont invités à venir s’asseoir. Peu importe leurs différences de sexe, d’orientation sexuelle, d’origine, de croyance ou de non-croyance. L’interdiction du port de signes religieux pour les employés de l’État visait cet objectif. Tout le contraire d’exclure.

 

Évidemment, nous étions conscients que nous en demandions à certaines communautés plus qu’à d’autres. Nous en étions conscients et préoccupés ; d’où la création d’une période de transition d’un an pour tous les employés de l’État et jusqu’à cinq ans pour les employés du réseau de la santé, des municipalités, des cégeps et des universités.

 

Si nous croyions que la neutralité religieuse de l’État doit s’incarner aussi dans l’apparence de ses employés, nous avons pu constater que cet enjeu divisait davantage les Québécois. Et malgré le fait que nous n’étions pas prêts à faire de compromis sur le principe, nous étions ouverts au compromis sur les moyens, y compris à limiter à certaines classes d’employés l’interdiction du port des signes dans un premier temps. J’ai la profonde conviction que, si les partis d’opposition n’avaient pas annoncé leur intention de voter contre le budget Marceau, nous aurions pu, avec la CAQ, en arriver à un compromis qui aurait permis l’adoption de la charte.

 

L’élection du 7 avril ne portait pas sur la charte. Elle portait sur une vision du gouvernement en matière économique, sociale et identitaire et, il faut le reconnaître, s’est transformée en élection référendaire dont la question était : « Voulez-vous d’un référendum ? ». C’est pourquoi notre projet de charte n’a pas joué un rôle fondamental dans les résultats. La charte n’a été ni cachée ni utilisée à des fins électoralistes. Elle n’aura été qu’un élément de notre bilan et qu’un élément de nos engagements. Un élément important, certes, mais loin, très loin, de la « question de l’urne ».

 

Je suis fier que nous ayons fait avancer la laïcité au cours de la dernière année, fier des Québécois, fier de notre façon démocratique de faire connaître nos désaccords. Malgré le jugement sévère de la population le 7 avril, je maintiens plus que jamais que nous sommes un grand peuple et qu’il est normal d’affirmer haut et fort ce que nous sommes. D’affirmer nos valeurs et de les défendre, pour assurer l’avenir du Québec et de tous les Québécois, sans exception.

49 commentaires
  • Jean Jacques Roy - Abonné 14 avril 2014 05 h 29

    une apologie au lieu d'un bilan

    Monsieur Drainville, la campagne électorale est terminé. Laissez passer du temps, prenez davantage de recul, écoutez ce que vos collègues élus ont à dire! Vous vous êtes donné à coeur ce projet de loi... trop peut-être. Une loi n'est pas une propriété personnelle, sa portée dépasse la personne et le parti qui en porte le projet: elle demeure et est universelle.

  • Umm Ayoub - Inscrite 14 avril 2014 05 h 31

    Quel bilan ?


    Je ne vois pas quel est le bilan dont ce texte parle. C'est plutôt un texte de justification et d'auto congratulation.

    Le bilan qui devrait être fait est que, somme toutes, les Québécois ne considèrent pas qu'il y a péril en la demeure et qu'ils n'ont pas fait de l'adoption de cette charte une priorité.

    Le nationalisme, le féminisme, la laïcité, ces valeurs que défend M. Drainville, ne sont peut-être pas, après tout, les vrais valeurs profondes des gens. Si les fibres profondes des Québécois avaient été atteintes, ils n'auraient pas laissé tomber si facilement le morceau.

    C'est là l'erreur du PQ, ce c'est sur cela qu'ils doivent réfléchir.

    Se sont leurs valeurs à eux, et ils les ont confondues avec celles du peuple.

    Mais le peuple semble se définir de plus en plus, avant tout, non comme des Québécois, mais comme des êtres humains. Les chartes des droits humains ont profondémment influencées les gens. Ils se considèrent désormais comme des êtres humains dont la conscience n'est pas déterminé par la culture, l'histoire, la société. Des êtres humains profondémment, fondamentalement libre de se choisir, et respectueux des choix d'autrui. Des gens qui voyagent de plus en plus, qui acceuillent de toutes les races et de toutes les religions, qui surfent sur le net avec des gens qui vivent à l'autre bout du monde et qui se reconnaissent en eux.

    M. Drainvile. Je suis Québécoise et je suis musulmane. M. Drainvile, si vous me lisez. Mes valeurs ne sont pas celles que vous défendez. Je suis née sur ce coin de terre, comme vous. Je suis québécoise comme vous. De la plus pure des ligées. Je me suis choisie, c'est mon droit le plus fondamental. Respectez-le, et laisser l'Histoire déterminer qui de vous ou de moi aura eu raison. Laissez l'histoire déterminer qui nous sommes vraiment.

    • Mark Osterman - Abonné 14 avril 2014 12 h 59

      Merci, Mme Chabot;

      Vous êtes québécoise et musulmane; je suis québécois et athé. Nous sommes tous deux des êtres humains. Et nous nous entendons très bien. Car ce n'est pas la religion qui nous sépare, mais le respect de l'autre, des droits fondamentaux qui nous unit.

      M. Drainville n'a pas compris et ne veut pas apprendre la leçon du 7 avril. En espérant que cette triste épisode de notre histoire soit chose du passé, car les québécois (quelle que soit leur souche!) peuvent très bien vivre ensemble.

      (et nonobstant mon nom, je me considère aussi québécois de souche: du coté de ma mère, Toussaint Giroux émigra au Québec, du Perche, en 1654. Du coté de mon père, c'est plus récent: le 19e siècle. Mais tout compte fait, celà n'a aucune importance!

      Mark

    • Jean-Philippe Delorme - Inscrit 14 avril 2014 13 h 19

      Le problème avec les les religions, comme avec les partis politiques, c'est qu'une fois qu'on y adhère, on est pris à endosser toute leur plate-forme.
      Ainsi je ne peux prétendre être péquiste seulement en appui aux mesures économiques du pq et me dire contre la souveraineté.
      TOUTES les grandes religions utilisent des termes comme: apostat, goy et infidèle pour désigner ceux qui ne les rejoignent pas. En terme de rejet de l'autre c'est pas mal!
      Et c'est sans parler de leurs opinions anti-homosexuels, anti-pro-choix, mysogines et rétrogrades. C'est votre héritage, soit.
      Les signes religieux sont des symboles et ces symboles parlent; ils vous identifient aux valeurs de votre confession. En les portant vous les propagez et affirmez que vous y adhérez "globalement". Chez vous, dans la rue, au Provigo ou à l'église, soit. C'est pas invitant à aller vous jaser mais comme vous vous suffisez dans votre communautarisme...
      De là à vous laisser en faire la promotion comme quelque chose de "normal", "banal" en tant qu'éducatrice de garderie, enseignant, personnel soignant ou employé payé par les fonds publics, il n'en est pas question!

  • michel caron - Inscrit 14 avril 2014 05 h 51

    Au revoir M. Drainville.

    J'ai 55 ans et pour la première fois de ma vie je n'ai pas voté pour votre parti à cause de votre charte. Je vais vous donner mon évaluation de profane sur le rôle de la charte sur le résultat de l'élection. Lors des sondages avant les élections les résultat du PQ ont été gonflés par des électeurs de la CAQ et du PLQ qui étaient en accord avec "les sacrifices plus grands" demandé à certaines communauté, ceux-ci ont été plus nombreux que des partisants de longue date comme moi qui ont quitté. Mais durant la campagne quand le référendum est devenu un sujet d'actualité, ces électeurs potentiels sont retournés à leurs anciens amours et des anciens partisants comme moi, nous vous avons vu coulé avec un certain plaisir. Votre gouvernement disait souvent lors du débat sur la charte que vous vous inspiriez de la France, vous aviez raison. Regardez les similitudes entre vos résultats électoreaux avec ceux du PS pour la dernière élection municipale.
    Michel Caron

  • michel lebel - Inscrit 14 avril 2014 06 h 17

    Du recul requis!

    Que dire de ce texte, sinon que le ministre n'a pas pris assez de recul par rapport à "sa" charte des valeurs. Je dirai simplement qu'un État ne légifère pas sur des valeurs, celles-ci étant fort personnelles et donc subjectives. Un État légifère sur des principes et émet des règles, des normes. Quant aux "valeurs"d'égalité entre hommes et femmes et de neutralité religieuse de l'État, faut-il rappeler qu'elles étaient déjà garanties juridiquement et dans les faits avant le projet de charte du ministre. Oui! Le minstre Drainville a encore un très sérieux travail de réflexion à faire!

    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 avril 2014 12 h 36

      L'État passe son temps à légiférer sur les valeurs, comme l'égalité homme-femme, l'avortement, la peine de mort, le traitement salarial non discriminatoire, la neutralité religieuse.

    • Sylvain Auclair - Abonné 14 avril 2014 12 h 36

      L'État passe son temps à légiférer sur les valeurs, comme l'égalité homme-femme, l'avortement, la peine de mort, le traitement salarial non discriminatoire, la neutralité religieuse.

  • Robert Beauchamp - Abonné 14 avril 2014 06 h 32

    La charte et le référendum

    Toute l'attention fut détournée en faveur d'un référendum sur un référendum. Une réaction épidermique s'est manifestée sur 3 fronts. Ils y a ceux qui craignent que le référendum offre toujours le potientiel d'un oui. Ils y a ceux qui craignent qu'un non fasse trop mal encore une fois, et se refusent à revivre cet événement. Et il y a ceux qui, et cette fois-ci plus que jamais, se manifestent avec une conviction soutenue.

    À la lumière de cette réflexion, j'estime qu'il faille MAINTENIR le cap sur les enjeux nationaux du Québec, et que pour se faire, il faille plutôt mettre l'accent sur un nouvel attrait auprès des jeunes adultes en faveur de la cause nationale en leur donnant plus de place, et travailler de façon efficace en faveur d'une coalition avec les autres formations souverainistes et autonomistes.

    Robert Beauchamp