Un combat perdu? Au contraire!

Le Parti québécois ne peut plus ignorer le message pourtant clair que lui lance à nouveau l’électorat à la lumière des résultats du scrutin du 7 avril.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Le Parti québécois ne peut plus ignorer le message pourtant clair que lui lance à nouveau l’électorat à la lumière des résultats du scrutin du 7 avril.

Je n’arrive pas à partager les sentiments pessimistes exprimés dans Le Devoir cette semaine par les Gilles Vigneault, Louise Beaudoin et autres à la suite du résultat des élections de lundi dernier. Il me semble au contraire qu’il est temps de se rendre compte qu’une bataille importante a été remportée depuis l’époque de la fondation du Parti québécois : celle de l’identité nationale. Il est temps de passer à une autre étape. Refaire la bataille de l’identité québécoise, comme si on en était encore aux années 1960-1970, miser sur ce thème pour faire avancer l’idée d’indépendance, c’est retaper sur un clou déjà bien enfoncé. On n’avance à rien.

 

Pendant les années de la montée du Parti québécois (1968-1976), une rengaine occupait les ondes des postes de radio : « Québécois ! / Nous sommes Québécois ! /
Le Québec saura faire
/ S’il ne se laisse pas faire… »

 

Entité distincte

 

J’en entends encore la musique entraînante, due au talent d’un Québécois né en Italie, Angelo Finaldi. Nous en étions à affirmer haut et fort une nouvelle façon de nous nommer, de nous placer dans le monde, de nous définir, nous qui auparavant avions été Canadiens puis Canadiens français. Pouvoir se nommer, c’est aussi prendre possession de soi-même, c’est un nom propre, un nom à soi qui signifie que désormais on agit pour son propre compte.

 

Ce qui s’est passé depuis cette époque témoigne du fait indéniable que le peuple québécois n’a cessé de s’affirmer comme une entité distincte, ayant ses héros à soi dans tous les domaines, qu’il s’agisse du sport, de la chanson, de la littérature, des affaires, etc. Ce qui était exceptionnel avant les années 60 (un Félix Leclerc à Paris !) a cessé d’étonner aujourd’hui. Dans le monde entier, on sait que le Cirque du Soleil et Céline Dion sont québécois. Les Québécois ne sont plus les complexés qu’ils étaient.

 

Cette identité normale est une chose acquise pour l’ensemble du peuple québécois, toutes générations confondues. C’est un combat qui a réussi. L’image du porteur d’eau que l’on retrouve encore dans les chansons de Félix pour définir le Canadien français fait partie du folklore d’une époque révolue.

 

Nouvelle étape

 

C’est pourquoi je pense que la défaite du Parti québécois n’est pas celle du combat qui a été mené depuis une cinquantaine d’années. Ce combat, il a été gagné et le Parti québécois en a été le principal artisan sur le plan politique. Si, comme on le dit, les jeunes ne se retrouvent pas dans le discours de ce parti, si le thème identitaire ne les mobilise pas, c’est que ce discours est celui d’une lutte qu’ils n’ont pas eue à mener. Ils sont Québécois naturellement, ils n’ont pas besoin de le chanter.

 

Passer à l’étape de l’indépendance politique est une autre affaire. Ce n’est plus une question de sensibilité identitaire, de sentiment d’appartenance, ce n’est pas une chose qui se met en musique aussi facilement qu’une affirmation de type patriotique. Si l’identité québécoise ne s’accompagnait pas déjà d’un État doté d’importants leviers d’intervention, le combat pour l’indépendance politique pourrait difficilement se dissocier de celui de l’identité nationale. Mais tel n’est pas le cas. À tort ou à raison, les Québécois ont le sentiment de posséder déjà une large mesure de souveraineté politique. Pour aller plus loin, il faudra leur démontrer qu’il est dans leur intérêt de franchir cette nouvelle étape. Et développer un discours qui ne soit pas celui d’une bataille ancienne.


Roch Côté - Auteur et ancien journaliste au Devoir, entre autres

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29 commentaires
  • Florence Péloquin - Abonnée 11 avril 2014 06 h 38

    La peur, toujours la peur

    Depuis le soir du 7 april, on n'entend que ça chez les dirigeants, ministres réélus ou battus, stratèges, idéologues, certains militants de haute visibilité (tel M. Gilles Vigneault) péquistes; et même chez M. François Legault: ce peuple québécois que nous sommes est un peuple de peureux, un peuple qui se laisse berner et manipuler, un peuple qui n'arrive pas à comprendre une vérité que eux, les seuls détenteurs de la clef du futur des québécois, comprennent.

    J'espère qu'en octobre 2018 nous nous souviendrons, nous peuple du Québec, dans quel mépris ce gens nous tiennent qui nous conçoivent comme des poltrons qui n'ont rien compris, et nous croient incapables de dire: "Ce que vous voulez pour nous, eh bien nous, on en veut pas, un point c'est tout".

    • Gilles Théberge - Abonné 11 avril 2014 07 h 32

      Notre peuple se comporte globalement comme tout groupe humain dont l'histoire et les expériences l'ont conduit à développer les attitudes propres à ce que l'on appelle les "minorités psychologiques". C'est aussi simple que ça je pense.

    • Nicole Bernier - Inscrite 11 avril 2014 08 h 35

      Personnellement, je n'ai pas peur de la séparation, je ne la souhaite pas vraiment, mais, surtout, je n'ai aucune confiance en des nationalistes carriéristes qui n'ont pas fait leurs devoirs pour développer des institutions différentes qui donneraient le goût de les enraciner dans une constitution différente...

      Je suis totalement contre tout projet qui n'existe que dans les bonnes intentions de ceux qui se sont constitués des carrières en vendant du vent... Ce que le gouvernement Marois a proposé n'ouvre sur absolument rien de neuf..

    • Réjean Drouin - Inscrit 11 avril 2014 19 h 23

      Un peuple normal ne peut pas vouloir rester soumis à des étrangers qui le volent et le font disparaitre.

      Vous n'en voulez pas PARCE QUE vous avez peur, un point c'est tout.

  • Gilbert Talbot - Abonné 11 avril 2014 08 h 29

    Une idée ne meurt pas, elle migre!

    Une idée ne meurt pas, M.Côté, elle passe d'un coeur à l'autre; elle y séjourne quelques temps et parfois elle se concrétise dans des actions précises. Ce faisant, elle se transforme. Elle s'agglomère à d'autres idées pour transformer le monde. Ce que vous dîtes M. Côté est fort intéressant. L'idée d'indépendance du Québec est née. elle a déjà commencé à agir, à transformer notre culture, nos institutions politiques, nos chansons, notre économie. Mais en passant au Parti Québécois, elle s'est aggloméré à l'idée d'association avec le reste du Canada, de Marché commun nord-américain, de libre-échange, de monnaie unique, elle s'est collée à l'idéologie néolibérale. Elle nous a mené à vouloir explorer nos ressources minières et pétrolières, même au détriment de la salubrité de notre air et de notre territoire. On en était rendu à sacrifier l'idée première d'indépendance, simplement pour rester au pouvoir et faire comme les autres vieux partis: exploiter le peuple, au lieu de travailler à sa libération. Ce qui devenait inévitable, c'est que cette noble idée migre du parti Québécois, vers d'autres partis, d'autres mouvements qui sauront mieux la faire grandir.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 avril 2014 16 h 56

      Est-ce qu'on pourrait prendre une pause sur les méchants capitalistes parce que la situation ne se réduit pas à un discours corollaire de gauche-droite. Cette condition existentielle n'existe même pas. Les dictatures sont aussi de droite comme de gauche si on utilise la nomenclature de nos rêveurs. En fait, le terme gauche-droite nous vient d'un temps monarchique résolu ou ceux qui étaient pour le roi s'assoyaient à la droite de celui-ci.

      Il n'y a qu'une option pour la souveraineté. Le Parti québécois. Le reste ne sont que des rêves chimériques pondus à partir d'un livre de la pensée magique qui ne font que passer.

    • Gilbert Talbot - Abonné 11 avril 2014 20 h 13

      Et que feras-tu Cyril lorsque le Parti Québécois se sera sabordé ?

    • Cyril Dionne - Abonné 11 avril 2014 21 h 46

      Moi, si j'étais vous, je serais plutôt concerné à propos de la situation précaire de Québec solidaire dans un futur pas si lointain. Qu'arrivera-t-il à QS lors de la prochaine élection lorsque le NPD provincial sera présent ? Le petit 7% de support risque de fondre comme de la neige sous un soleil ardent de juillet. QS ne fait pas parti de la solution, mais plutôt du problème comme dans la division des votes francophones. Une cinquième colonne quoi.

      Et ne vous en faites pas pour moi, l'indépendance comme pour ma langue, je les parle par cœur.

  • Marcel Bernier - Inscrit 11 avril 2014 08 h 31

    Dites-moi si je me trompe...

    J'entends, à travers les branches, que certains essaimeraient la peur parmi nous afin de faire des gains électoraux. Et que ce stratagème aurait fonctionné lors de la dernière campagne électorale!
    Mais dans quel pays vivons-nous?
    Je revendique, pour mes concitoyens et mes concitoyennes, une assurance tranquille lorsque vient le temps d'élire des mandataires de la volonté générale.
    Et ceux et celles qui ne conforment pas à cet impératif vont le payer chèrement par notre mépris, le langage de nos tripes et notre combatitivité.
    Quant à votre suggestion, monsieur Côté, d'élaborer un discours cohérent en phase avec nos préoccupations les plus essentielles, je crois bien que beaucoup s'affairent à réaliser votre souhait. Et que c'est la voie juste à adopter. Mes salutations!

    • Loraine King - Abonnée 11 avril 2014 09 h 26

      Parlez-vous des dangers de l'Islamisation du Québec?

    • Marcel Bernier - Inscrit 11 avril 2014 10 h 33

      @ Lorraine King

      Je crois que vous êtes mieux placée que moi pour en parler puisque cela vous semble un sujet que vous associez à la peur.

  • Jean-Pierre Roy - Abonné 11 avril 2014 08 h 42

    Les aspects économiques et politiques

    J'apprécie beaucoup votre texte.

    Je suggère que les questions à développer sont les avantages économiques pouvant résulter de l'indépendance et les avantages politiques et de bonne gouvernance pouvant découler de l'indépendance.

    À tire d'exemples, il pourrait être fait référence à des pays comme la Suède, le Danemark, la Norvège, la Finlande, la Suisse, l'Autriche, pays ayant une population de 10 millions ou moins, et étant aussi plus prospères que le Canada, sinon plus dans la pluspart des cas.

    Jean-Pierre Roy

    • Marcel Bernier - Inscrit 11 avril 2014 09 h 27

      Il faudra bien, un jour, cesser de se regarder le nombril, élargir notre horizon et être à l'affût de ce qui se fait de mieux en termes de vivre-ensemble sans renier nos propres avancées, j'en conviens.
      Mes yeux sont actuellement fixés sur l'Écosse et sur le discours qui y est tenu afin d'amener les habitants de ce pays en devenir de dire «oui» à leur émancipation.
      Leur guide et leader, dans ce faire, Alex Salmond, énonce, dans des termes éloquents, ce que nous pourrions, nous aussi, faire nôtre en termes de pensum: «Au fond, la question de l'indépendance ne porte pas sur ce gouvernement ou un parti politique quelconque. Elle concerne un choix démocratique fondamental pour le peuple écossais. Il s’agit du pouvoir de choisir qui devrait nous gouverner et de celui
      de bâtir un pays qui traduise nos priorités en tant que société et nos valeurs en tant que peuple.» Remplacez «peuple écossais» par «peuple québécois» et nous sommes en pays de connaissance.

    • Kim Cornelissen - Inscrite 11 avril 2014 11 h 43

      Cet argumentaire existe, et il a été réalisé par Jane Jacobs, une auteure en économie qui s'est exilée des États-Unis à Toronto et qui a très bien expliqué à quel point les petites économies peuvent être performantes. Elle croyait que le Québec pourrait très bien tirer son épingle du jeu, et elle a cité l'exemple de la Norvège qui s'est séparé de la Suède en 1905, et ce, de façon très diplomate...
      Par ailleurs, il faut tenir compte du fait que les jeunes sont nés sur la Planète et non au Québec (ça, c'était leurs parents)... Il faut reprendre le débat de la souveraineté en tenant compte de ce fait essentiel. Et de plus, unir les forces de la gauche et de la droite pour faire un pays, c'est selon moi, de la bouillie pour les chats. On ne veut pas juste un pays, mais également que celui-ci ait des valeurs.

    • Marcel Bernier - Inscrit 11 avril 2014 13 h 48

      @ Kim Cornelissen

      Je me joins à votre constat.
      Et n'oublions pas que la Norvège, la Finlande, le Danemark et la Suède sont en tête des classements mondiaux concernant la richesse et le bien-être.
      Ces petits pays sont indépendants et sont en mesure de prendre
      des décisions au mieux des intérêts de leurs propres économies.
      Ils ne laissent pas les décisions importantes, à ce sujet, être prises par des parlements dont les intérêts sont nécessairement ailleurs.
      Leur indépendance est un avantage qu’ils ont utilisée pour bâtir des sociétés qui procurent une meilleure qualité de vie à leurs citoyens.

  • Michel Mondat - Inscrit 11 avril 2014 09 h 08

    Une bataille de perdue

    Mais certainement pas la guerre!

    • Daniel Gagnon - Abonné 11 avril 2014 21 h 53

      Rien n'est perdu...mais je pense que la Belle Province ne sait pas penser son indépendance... qu'elle ne sait pas ébaucher son discours...c'est le drame...non seulement elle n'a pas de plan d'action.

      Mais plus grave encore, elle n'a pas de plan de défense...son discours sur l'indépendance est mal bâti, mal conçu...l'idée est tombée à plat, et l'adversaire l'a encore vaincue... elle n'est pas entre bonnes mains...elle rencontre de graves dangers... la menace de sa disparition pure et simple, le piège de sa louisianisation.... son assimilation n'est pas un obstacle insurmontable pour le ROC...la province aurait besoin d'une équipe imbattable...

      C'est une sacrée belle province, belle comme une belle jeune femme qui embellit de jour en jour... mais elle est battue à chaque fois sur son propre terrain...quand elle se farde et se maquille outrageusement...quand elle joue à perdre son identité...quand elle rajoute des ornements qui ne conviennent pas à son style... là elle s'expose à tous les périls...elle donne le bras à n'importe quel blanc-bec, Tartuffe ou faux-médecin...

      La belle province se laisse dicter ses réponses...elle se laisser graisser la patte et agit par imbécillité comme un perroquet d'Ottawa...dont elle attend la prochaine becquée... elle écoute un tas de sottises le bec grand ouvert...elle vient de faire une grosse sottise en élisant ce gouvernement de lèche-bottes....

      Mais j'ai l'intuition que cette grosse sottise commise ingénument suscite une vague d'indignation unanime...c'est peut-être le chemin détourné qui mènera à notre réveil... cette flamme française qui brûle en elle tout au fond vacille, mais elle ne s'éteint pas...elle se ranime au contraire... elle reste invaincue...j'en suis convaincu... cette élection est une leçon...