La stratégie du «bon gouvernement» est dépassée

Le 26 mars 2007, le Parti québécois connaît une défaite historique en devenant le troisième parti d’opposition à l’Assemblée nationale.
Photo: Jacques Nadeau - Archives Le Devoir Le 26 mars 2007, le Parti québécois connaît une défaite historique en devenant le troisième parti d’opposition à l’Assemblée nationale.

C'est la deuxième fois que, comme un cardiaque qui fait un nouvel infarctus, le Parti québécois reçoit un avertissement que, s’il ne change pas radicalement sa façon de vivre, il est en danger sérieux de mort prochaine. La première fois, ce fut la défaite électorale de 2007 qui, même si elle avait laissé le PQ en troisième position, n’a malheureusement rien changé à son comportement. Il lui serait désormais fatal d’ignorer encore une fois le message pourtant clair que lui donne à nouveau l’électorat.

 

Ce message est le suivant : le PQ ne peut plus continuer à jouer, en même temps, sur deux tableaux à la fois, celui de la souveraineté et celui du bon gouvernement. Cette stratégie a pu être valable dans les premières années, alors que le PQ était un nouveau parti qui devait se faire connaître, mais elle ne l’est plus aujourd’hui. Il doit maintenant choisir quel est celui des deux qui est l’objectif principal de son action politique. Ou bien il met définitivement en sourdine son projet de pays et vise franchement et simplement à former le gouvernement, ou bien il opte pour être le promoteur du projet de pays en renonçant à gouverner tant qu’il ne pourra pas proposer aux Québécois de devenir souverains dans des conditions où il a toutes les raisons de croire que la réponse sera positive.

 

Article 1

 

Si le Parti québécois met en sourdine son projet souverainiste, il peut soit continuer à être un parti distinct, soit chercher à fusionner avec un autre parti, soit se saborder en laissant ses membres rejoindre le parti de leur choix, comme l’a fait le RIN. S’il décide de continuer comme parti autonome, il n’aura qu’à renoncer à l’article 1 de son programme et continuer d’agir comme au cours des dernières années, puisqu’il n’a pratiquement rien fait pour la promotion de la souveraineté.

 

Il en va autrement si le PQ décide de revenir à sa raison d’être originale : faire du Québec un pays souverain. À ce moment-là, les sondages significatifs deviennent ceux qui portent sur le soutien à la souveraineté et non plus ceux qui portent sur le positionnement des partis en vue de l’élection. L’action parlementaire devient accessoire à l’action d’information et de promotion du parti dans son ensemble. Le score électoral n’est significatif que si l’appui à la souveraineté dépasse de façon continue et persistante la majorité des voix, ce qui permettrait au PQ de promettre un nouveau référendum dans la première année de son mandat et espérer gagner les élections.

 

Dans chacune de ces deux hypothèses, le chemin sera long et ardu.


Louis Bernard - Ancien conseiller de René Lévesque, ancien haut fonctionnaire, il fut candidat à la chefferie du PQ en 2005

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37 commentaires
  • François Ricard - Inscrit 11 avril 2014 05 h 37

    Le pays: plus grand qu'un parti

    Depuis 1995, le PQ et, depuis 2007, QS nous parlent de souveraineté.
    Mais ni l'un ni l'autre ne répondent aux questions de base de la population, surtout des plus jeunes.
    Il aura l'air de quoi, votre pays? Sera-ce une monarchie? une république? Une dictature?
    Pourquoi l'indépendance? Quels en sont les avantages? les inconvénients?
    Comment vous y prendrez-vous? Quelles sont les étapes prévisibles?
    Pourquoi trois, quatre partis alors qu'un seul suffirait?
    Répondre à ces questions de base est une oeuvre pédagogique que tous les partis indépendantistes ont le devoir mettre sur pied.
    Pas seulement le PQ.

  • Pierre Labelle - Inscrit 11 avril 2014 05 h 59

    La sagesse!

    Ce texte ne peut pas être plus clair, comme à son habitude, monsieur Bernard est limpide dans ses propos. Pas de place aux faux fuyants, Louis Bernard n'est pas politicien c'est un politique tout comme l'était René Lévesque avec qui il a travaillé durant plusieurs années. Plusieurs indépendantistes ou supposé l'être, auraient intérêt à lire ce texte et prendre contact avec son auteur. Dans un passé pas si lointain, sa sagesse a permit au Québec de faire de grands pas en avant. Il serait malheureux que tout ce travail accompli par des milliers de bénévoles mène à un cul de sac, nous méritons mieux que cela. Donnons-nous cette chance!

  • Martin Pelletier - Inscrit 11 avril 2014 07 h 12

    Un parti souverainiste, point à la ligne

    Le PQ doit laisser les garderies et les urgences d'hopitaux, les frais de scolarité et les champignons dans les écoles, bref toute la poutine provinciale, à la CAQ et au PLQ et devenir enfin un véritable parti souverainiste.

    L'ennemi ce n'est pas le PLQ, ce n'est pas GESCA, mais bien le Canada. La monarchie. Le Sénat. Harper. C'est là qu'il faut viser parce que ca fait 19 ans que le PQ n'a rien fait de ce côté.

    Le PQ doit sortir du parlement et envahir les cegeps et universitaires pour reconquérir la jeunesse. Il doit publier son livre blanc et en discuter avec tout le monde. Le PQ ne doit parler que d'un seul et unique sujet: la souveraineté. Et ne plus jamais, jamais, jamais, parler de référendum. Le mot le plus tabou de la langue québécoise.

    • Nicole Moreau - Inscrite 11 avril 2014 17 h 50

      je crois que le parti peut subsister à côté d'un mouvement important qui se chargerait de sensibiliser la société à l'importance d'avoir un pays, pas nécessairement pour l'identitaire, on le sait maintenant qu'on est québécois et on a des preuves dans tous les domaines qu'on peut agir et être reconnu, mais pour amener les différents groupes de la société à être conscient de ce que ça veut dire comme compromis de vivre dans cette fédération, le prix qu'on paie pour y être.

      le pouvoir et la sensibilisation des divers groupes à l'importance de ce pays, c'est deux et deux acteurs importants doivent se complémenter, un parti (composé de qui voudra y être) et un mouvement qui associe tous les souverainistes, quels qu'ils soient.

  • michel lebel - Inscrit 11 avril 2014 07 h 13

    Les idéologies...

    Pourquoi ne pas simplement reconnaître qu'une majorité de Québécois ne veule pas la souveraineté! En prendre acte en bon démocrate! Si les idéaux et les idées ne meurent pas, les idéologies politiques,elles, peuvent mourir, et heureusement pour certaines. Je ne pense pas ici du tout au souverainisme québécois, mais au communisme, au nazisme, au fascisme, etc., à toutes les idéologies qui bafouent la dignité de l'Homme.

    Michel Lebel

    • François Ricard - Inscrit 11 avril 2014 08 h 10

      Alors, M. Lebel, si l'idéologie indépendantiste est à proscrire, comme toutes les idéologies, il doit en être de même pour l'idéologie fédéraliste qui bafoue la dignité de nombre de Québécois.
      L'indépendance, en général, rallie 40% de la population.
      Et bien des gens, à tort, concluent que tous les autres sont fédéralistes.
      Mais est-ce bien le cas?
      Je serais fort curieux de voir les résultats d'un référendum qui demanderait aux Québécois: Acceptez-vous la constitution de 1982?
      D'autant plus que nous vivons, du moins on le dit, en régime démocratique. Alors pourquoi 40% de la population devrait-il se soumettre à la volonté de la supposée majorité?

    • michel lebel - Inscrit 11 avril 2014 08 h 40

      Petit correctif: une majorité de Québecois ne "veut" pas et non "veule" pas. Le français, quelle langue!

      M.L.

    • michel lebel - Inscrit 11 avril 2014 09 h 47

      Je n'ai jamais perçu le fédéralisme comme une idéologie mais comme un mode de gouvernement, un mode d'État. Ceci est d'autant plus vrai qu'il y a autant de types de fédérations que d'États! Le nationalisme ou sa mouture souverainiste me semblent, quant à eux, des idéologies. Ainsi, à titre d'exemples, la France comme l'Espagne, se disent dans leur Constitution, comme étant "une et indivisible".

      Dans le Canada fédéral, la Cour suprême et la Loi sur la clarté, ont reconnu à une province le droit de séparer du Canada. Ce qui confirme, il me semble, l'idée que la fédéralisme canadien ne relève pas de l'idéologie. Les nationalismes canadien et québécois, selon moi, sont par contre des idéologies.

      Michel Lebel

    • Mark Osterman - Inscrit 11 avril 2014 10 h 04

      @M. Ricard: Mais vraiment, vous n'avez rien compris de ce qui c'est passé depuis dix ans. Au lieu de dire qu'il faudrait "mieux expliquer" au québécois, il me semble que vous devez, plutôt, les écouter. Les québécois ont dit à maintes reprises qu'ils n'en veulent pas de votre projet! Même quand la question était alambiquée et que Lucien Bouchard promettait mer et monde, la souverainté "lite" (avec tous les avantages du Canada sans les prétendus "inconvénients"), le Québec a voté contre. Posez donc aux québécois la question suivante, comme le fait l'Écosse: "voulez-vous que le Québec devienne un pays indépendant?" et ce n'est pas 40% qui votera pour ca. Si vous êtes chanceux, ce sera 25%.

      Alors, regardez vous dans le mirroir, cessez de blamer les autres (médias, peureux, etc.) et prenez les décisions qui s'imposent.

      Mark

    • François Ricard - Inscrit 11 avril 2014 10 h 53

      M. Osterman,
      N'eut été des magaouilles, des tricheries du camp du non, en 1995, le "oui" eut été vainqueur.
      Posez donc la question suivante aux Québécois:
      Voulez-vous signer la constitution de 1982?
      Si c'est un non, il faudra aussi prendre les dispositions qui s'imposent.
      Mais je crois le camp fédéraliste trop poeureux pour poser la question.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 11 avril 2014 11 h 28

      Et le libéralisme ? Cela ne bafoue pas la dignité de l'homme, alors que les puissances européennes se sont bâtis sur l'esclavage et le colonialisme, alors que l'expansion états-unienne du 19e siècle s'est fait à coup de génocide des autochtones ? Et toutes ces sales guerres et ces coups d'État que les États-Unis ont mené au nom de la liberté d'entreprise ? C'est de l'humanisme, ça ?

      Ça me fait rire quand les capitalistes s'adonnent à faire la leçon aux autres.

    • Mark Osterman - Inscrit 11 avril 2014 15 h 44

      M. Ricard, je vous rappèle les paroles de Françoise David à Mme Marois au premier débat: l'intégrité, c'est aussi une question de respecter sa parole et être honnête avec les gens. La première magouille de 1995 fut la question. La deuxième fut les propos trompeurs de Parizeau et Bouchard. La cage aux homards, on s'en souvient. Et vous oubliez trop rapidement la question des bulletins de votes rejetés sans raison valable dans certaines circonscriptions à tendance fédéralistes (Chomedy, par exemple, si ma mémoire est bonne). Pour ce qui est de la constitution, on peut ne pas vouloir cette mouture là, tout en demeurant fédéraliste.

      Et M. Rozzi la dignité de l'homme se bâti sur les libertés individuelles. Pour le reste je vous trouve dans le champ. Et moi aussi, ça me fait rire quand les anti-capitalistes s'adonnent à faire la leçon aux autres, car les plus grands bafoueurs de la dignité de l'homme au 20e siècle ont été soit communistes ou fascistes, et non capitalistes .

      Mark

  • Jean-Pierre Roy - Abonné 11 avril 2014 07 h 29

    Merci monsieur Bernard

    LE PSYCHODRAME RÉFÉRENDAIRE

    En premier lieu, merci beaucoup monsieur Bernard pour votre importante prise de position.

    En continuité avec votre texte, je suggère ce qui suit.

    Monsieur Michel David a publié dans Le Devoir du 1ier mars un excellent article au sujet des aléas d’un référendum dans l’histoire du Québec.

    Depuis le premier référendum tenu par le gouvernement de monsieur René Lévesque le 20 mai 1980, à chaque élection provinciale au Québec, l’idée de tenir un autre référendum provoque un « psychodrame politique ».

    Pour clarifier les choses, pour simplifier la question et pour la paix et le bien être des citoyens, ne conviendrait-il pas de modifier la méthode par laquelle les citoyens québécois déterminent s’ils veulent ou pas que le Québec soit un pays indépendant?

    Cette modification consisterait d’abord en la tenue d’élections décisionnelles quant à la question de l’indépendance du Québec, celle-ci étant décidée par un vote majoritaire (50 +1 %) des électeurs québécois pour des candidats favorables à l’indépendance, peu importe de quel parti, et par la suite par un vote majoritaire (50 +1 %) des députés à l’assemblée nationale. Il s’agirait d’une double majorité, celle des citoyens et celle de leurs députés, et ça à chaque élection jusqu’à la décision favorable à l’indépendance.

    Je me permets de signaler que tenir une élection sur l’indépendance ne consiste pas à diviser les québécois. Ils le sont déjà sur cette question. En démocratie, c’est la normale des choses que de gérer démocratiquement les divergences d’opinions et d’intérêts.

    Jean-Pierre Roy

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 11 avril 2014 09 h 35

      Je suis d'accord, ainsi qu'avec l'article clair et concis de monsieur Bernard.