Quelques voies d’avenir pour la stratégie péquiste

Pauline Marois, en compagnie de sa collègue et amie Nicole Léger, lors de l’annonce de sa démission comme chef du Parti québécois lundi soir.
Photo: - Le Devoir Pauline Marois, en compagnie de sa collègue et amie Nicole Léger, lors de l’annonce de sa démission comme chef du Parti québécois lundi soir.

L'ampleur de la défaite du Parti québécois rend plus que jamais nécessaire une remise en question de sa stratégie et de sa doctrine. Aucune voie d’avenir ne devrait être exclue a priori.

 

Mais d’abord, il convient de faire un dur constat : le Parti québécois a perdu l’élection notamment en raison de son option constitutionnelle et de la stratégie qui l’accompagnait. L’idée de promettre « pas de référendum… tant que les Québécois ne seront pas prêts » s’est avérée désastreuse : les souverainistes ont compris qu’il n’y en aurait pas, d’où la démobilisation et la division, et les fédéralistes qu’il y en aurait un, d’où le ralliement au Parti libéral.

 

Second mandat

 

S’il veut avoir une chance d’un jour reprendre le pouvoir, le Parti québécois doit s’attaquer à cette question. Plusieurs hypothèses méritent d’être mises sur la table. Il serait possible de simplement clarifier la position actuelle, qui a tout de même le mérite de ne pas précipiter les choses tout en ne s’apparentant pas trop à un renoncement. Concrètement, cela pourrait se traduire par une promesse de tenir un référendum non pas dans un premier mandat, où il n’y en aurait pas, mais dans un deuxième. Le premier mandat serait consacré entre autres à la rédaction d’un livre blanc sur l’avenir du Québec, à la réalisation ou à la mise à jour d’études sur les questions afférentes à l’accession à la souveraineté, à un débat interne sur l’association avec le Canada, à des consultations publiques, etc.

 

Bref, il s’agirait de prendre quatre ans non pas pour attendre les conditions gagnantes, mais pour préparer le Québec et les Québécois à l’heure du choix. Une telle proposition permettrait aux ténors souverainistes de défendre leur projet, même au moment de solliciter un premier mandat, plutôt que de le cacher de peur qu’il suscite la crainte d’un référendum à court terme.

 

Objectif à long terme

 

Une autre possibilité, plus radicale, consisterait à fixer un objectif beaucoup plus modeste : non plus réaliser la souveraineté à court terme, mais simplement la rendre à nouveau possible à moyen ou long terme. Cette option se baserait sur une analyse selon laquelle à force de perdre des élections en attendant le grand soir, le Parti québécois ne participerait pas seulement à perpétuer le statu quo, mais il contribuerait à le solidifier. En laissant planer la possibilité d’un référendum à court terme, il offrirait le pouvoir sur un plateau d’argent aux libéraux qui ne s’en priveraient pas pour l’exercer de manière à rendre tout projet d’émancipation collective plus difficile à envisager (minorisation des francophones à Montréal et bientôt en banlieue, utilisation de l’appareil d’État pour promouvoir un ultralibéralisme qui dévalorise toute forme de droits collectifs, etc.). La solution consisterait alors à faire de la souveraineté non plus un projet à court terme, mais un objectif à long terme, voire un simple idéal à maintenir en vie, ou encore une police d’assurance à conserver et à invoquer en cas d’offensive canadienne contre l’autonomie québécoise ou de refus du Canada d’accommoder le Québec. Entre-temps, des politiques nationalistes, qui contribueraient à rendre la souveraineté ou un autre projet d’émancipation nationale comparable réellement envisageable à nouveau, seraient au coeur de la proposition du Parti québécois : extension considérable de la loi 101, amélioration de l’enseignement de l’histoire nationale, nationalisme économique, etc.

 

Au-delà des différences de modalités, ces deux options traduisent en fait des choix existentiels. La première équivaudrait à réclamer un troisième tour, après ceux de 1980 et de 1995. La deuxième signifierait tourner la page. La première supposerait un rapprochement pré ou postélectoral avec Option nationale et Québec solidaire. La deuxième poserait l’hypothèse d’un rapprochement avec la CAQ.

 

Il va sans dire qu’aucune de ces deux possibilités n’est parfaitement réjouissante pour les militants du Parti québécois, et ceux du mouvement souverainiste en général. C’est pourquoi il sera sans doute tentant pour eux d’en envisager une troisième : mettre leur échec sur le dos non pas de causes structurelles liées à la question constitutionnelle, mais sur le dos de causes conjoncturelles (mauvaise campagne électorale, chef expérimentée et donc au passé pouvant être attaqué même injustement, etc.). Bien qu’ils ne doivent pas exclure cette hypothèse trop rapidement, les souverainistes feraient mieux d’éviter d’y adhérer par facilité, pour éviter d’avoir à envisager sérieusement les deux autres possibilités. Car à défaut de véritablement se remettre en question et d’écouter humblement les Québécois, la réalité pourrait les rattraper… et ce, dès l’élection fédérale de 2015.


Guillaume Rousseau - Professeur à la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke et conseiller politique au cabinet de Pauline Marois de 2010 à 2012

43 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 10 avril 2014 03 h 37

    La seule voie...

    La république souhaitée n'appartiendra à personne d'autre qu'au peuple lui-même.
    Ni tyran, ni groupe organisé, ni roi ou reine ne devra en revendiquer la propriété. Tous, du plus humble au plus célèbre, y trouveront l'égalité en droits.
    La seule voie qui m'apparaît donc aujourd'hui envisageable et souhaitable est l'organisation d'Etats Généraux sur l'indépendance par un organisme non-partisan, électoralement parlant.
    Pour ma part, une parité d'organisation qui se partagerait entre la Société Saint-Jean Baptiste et le Conseil pour la Souveraineté me semblerait être tout désigné pour ce faire. Cela ayant pour avantage notable d'allier la continuité historique de notre peuple et l'avant-gardisme du pays à nous donner.
    Sans doute d'autres ont-ils des idées différentes ou complémentaires et il me semblerait personnellement intéressant de les connaître par le biais de la discussion actuelle autour de l'article de Monsieur Rouseau.
    Peut-être ne suis-je pas le seul intéressé par cela ?
    Vive le Québec libre !

    • Pierre Villeneuve - Abonné 10 avril 2014 08 h 49

      M. Coté,
      Votre proposition a le mérite de replacer le projet de pays là où il devrait se retrouver: chez le peuple. Nos politiciens veulent se contenter du rôle de gérant. Nous les évaluerons sur cette base. Quant au projet de pays, il est trop grand pour le limiter à des périodes de 4 ans. Il doit vivre et se développer en permanence, indépendamment des pouvoirs politiques. Le jour où la population comprendra le projet proposé et en aura confiance, elle exigera de nos gérants politiques qu'ils le mettent en action. Entre-temps, jeunes et moins jeunes, vieux et plus vieux, doivent rétablir la communication et les échanges. Un pays ne se développe pas qu'avec des jeunes ou qu'avec des vieux. Le regroupement que vous proposez aurait le mérite de pouvoir communiquer en plus de 140 caractères.
      Merci pour votre suggestion.

    • Gilbert Talbot - Abonné 10 avril 2014 10 h 54

      QS appelle cela la Constituante. Connaissez-vous son programme ?

    • Patrick Lépine - Inscrit 10 avril 2014 17 h 52

      QS ferait ça après 4-5 mandats majoritaires consécutifs s'ils ont jour besoin d'argent, après que quelqu'un ait fait les comptes comme Legault l'a déjà fait il y a dix ans.

    • Gilbert Talbot - Abonné 11 avril 2014 07 h 51

      Non! QS lancera le processus de mise en place de la Constituante, dès son élection au premier mandat.

    • Tremblay Hugo - Inscrit 11 avril 2014 13 h 34

      une frange significative de la population francophone craint l'éventualité d'un référendum sous le parti Québécois. Il est encore plus irréaliste de penser qu'un projet plus a gauche sous l'égide de QS qui peine a s'approcher du 8 % du vote attirerait les électeurs.

  • Marie-Josée Gagné - Inscrit 10 avril 2014 05 h 28

    Une autre possibilité

    Il est temps de revenir aux sources et de se demander pourquoi un jour avons-nous cru que la séparation était la solution.

    Il serait intéressant de se remémorer les bénéfices que cette solution comportait.

    Cela nous permettra de réaliser que la séparation était un MOYEN et non pas une fin.

    Force est de constater que ce moyen ne fait pas consensus mais les bénéfices qu'il devait engendrer sont-ils pour autant hors d'atteindre. Pas du tout!

    La garantie de vivre en français et dans notre culture, de mettre à profit nos capacités distinctives (ex.: créativité, laïcité, etc.) n'est pas ou n'est plus dépendante d'une séparation avec le ROC.

    Nous sommes passés d'une nation qui devait protéger ses différences à une nation qui a accru et capitalisé sur ses différences. Nos mesures sociales, la place de la femme dans notre société, l'éclosion de nos capacités culturelles (musique, cinéma, théâtre, cirque, humour, etc.), la réputation grandissante de nos produits du terroir, notre capacité à réaliser de grands travaux sur la planète, notre force en recherche et développement, etc.; tous ces éléments et bien d'autres se sont matérialisés sans une séparation.

    Paradoxalement, ces avancés sont surtout dus au fait que nous souhaitons affirmer nos différences et que le Parti Québécois a eu le courage de décisions difficiles mais combien structurantes.

    Alors donnons-nous des objectifs de développement et un plan concret de les réaliser et cessons de les confondre au moyen (la séparation) que nous avons cru un jour indispensable.

    Et donnons-nous aussi un gouvernement qui souhaite capitaliser sur nos différences !


    Richard Dancause

    • Daniel Allard - Inscrit 10 avril 2014 16 h 04

      Monsieur Dancause c'est le plus beau résumé de la situation que j'ai lu depuis que j'ai quitté la cause souverainiste. La souveraineté était un moyen et nous devons passer à autres choses maintenant.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 11 avril 2014 15 h 54

      M. Allard,
      l'indépendance est toujours un moyen de sortir le Québec du carcan néolibéral anglosaxon.
      Si nous voulons un jour vivre dans une société verte et égalitaire, l'indépendance est un moyen nécessaire pour y parvenir.

      Mais si nous voulons continuer à vivre dans le déni et le confort, alors là continuons à voter libéral!

  • Marcel Bernier - Inscrit 10 avril 2014 05 h 57

    Une chose (ou deux) est sûre...

    Nos amis-es d'ascendance anglaise et ceux et celles qui contemplent leur position privilégié de minorité choyée n'en veulent pas de pays. À cet effet, ils et elles votent immanquablement pour le Parti libéral, car ils et elles savent que ce parti va leur permettre de continuer à vivre dans une province et leur laisser l'impression qu'ils et elles sont encore au temps de la Colonie. Cette attitude «vintage» ne correspond pas à l'état actuel de la conjoncture politique qui s'est installée au Québec.
    Quant au gens du milieu des affaires et de la finance, qui sont des partisans inconditionnels de ce même parti parce que, pour eux, le marché est la seule contrée qui vaille et le profit est le seul viatique de leur vie, eh bien, un jour ou l'autre, ils s'apercevront qu'avoir tous les pouvoirs d'un pays souverain ouvre un champ de possibilités insoupçonnées. Mais ça, c'est une autre histoire...

    • Yvon Giasson - Abonné 10 avril 2014 09 h 54

      Avant qu''entre en scène le parti québécois, c'est à dire avant 1970, les anglophones du Québec votaient aussi en masse pour le parti libéral.
      Quand le parti libéral est devenu plus nationaliste dans les années 80, les anglophones ont formé leurs propre parti et ont envoyé à l'assemblée nationale leurs propres députés...tous contre la loi 101.
      Ce n'est donc pas seulement d'un pays dont ils ne veulent pas; c'est aussi d'un peuple francophone qui s'affirme.

    • Cyril Dionne - Abonné 10 avril 2014 17 h 41

      Comme vous avez raison M. Giasson. Le 40% du Parti libéral du Québec est un vote anti-francophone et contre l'émancipation du Québec comme nation à part entière. Point à la ligne.

      Ceux qui ne sont pas encore convaincus, ils n'ont qu'à lire les commentaires et les blogues qui accompagnent les éditoriaux et articles des médias anglophones du ROC.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 11 avril 2014 15 h 56

      Donc, M. Dionne, les francophones qui ont voté libéral sont des anti-francophones ?

      Des colonisés, certes. Des gens qui vivent dans le confort et l'indifférence, OK. Mais de là à supposer qu'ils entretiennent la haine de soi-même ? Je crois tout simplement que ces gens ne veulent pas de changements, point final.

  • Nicole Bernier - Inscrite 10 avril 2014 06 h 11

    Avec le nombre de ministres péquistes, il n'y aucune excuse que ce livre blanc n'ait pas déjà été écrit...


    Et la différence entre ceux qui ont réussi à fonder Israël, et les nationalistes québécois qui échouent tout le temps:

    1) les pionniers juifs ont construits des organisations sociales différentes qui leur a permis de prendre le pouvoir, car ces organisations sociales visaient de soutenir leur spécificité tout en s'enracinant dans les différentes couches sociales...
    2) les nationalistes québécois veulent le pouvoir pour, après, construire la spécificité dans les institutions

    Je pense que c'est une erreur fondamentale basée sur le fait que les petits bourgeois nationalistes du Québec ont trop à perdre alors que la petite bourgeoisie juive avait tout à gagner tenant compte de la répression qu'elle subissait partout en Europe... Plusieurs intellectuels juifs ont accepté de vivre simplement et collectivement dans l'espoir d'améliorer la situation de leur communauté car, même dans le milieu universitaire, l'Europe pénalisait fortement les intellectuels juifs (un de leur premier geste, à part les groupes 'armés' pour défendre les kibboutz, fut de mettre sur pied une université qui reconnaissait les talents des jeunes juifs rejetés par l’Europe, même Einstein a joué un rôle fondamental pour financer cet université juive.

    • Grace Di Lullo - Inscrit 10 avril 2014 09 h 39

      Madame Bernier,

      Je trouve ce texte admirablement rédigé en terme de son contenu.
      Il vous montrer avec brio, qu'il nous faut construire des organisations sociales au début du processus et non pas le contraire.

      J'ai pensé au mouvement coopératif.

      Merci

    • Martin Pelletier - Inscrit 10 avril 2014 10 h 55

      Très juste. Les carriéristes péquistes ont fonctionné à l'envers. Ils ont surfé, ils ont fait des carrières complètes sur le vote nationaliste sans rien faire pour faire avancer la cause, hormis 6 mois en 80 et 9 mois en 1995.
      Lundi on a assisté à l'échec de cette classe.
      Faut retourner à la base: construire une base solide qui va nous mener à l'indépendance.

    • Tremblay Hugo - Inscrit 11 avril 2014 14 h 16




      Beau procès d'intention avec l'inflation du langage caractéristique de la gauche qui ne tient pas compte des contextes historiques très différents. entre les 2 cas. Pour Israël, la communauté international leur a donné le pays, au détriment en passant, de la communauté palestinienne. Et ne vois pas en tous cas dans QS la moindre activité pro-indépendance entre les campagnes électorales et avec Amir qui déclare aux médias anglophones, que le projet qu'il soutient vise des aménagements avec le Canada, on voit que l'ambivalence n'est pas seulement l'apanage du PQ. .Dans le cas de la Nouvelle-France, nous avons été conquis il y a 250 ans lors d'un conflit armé. Pour le grand respect que j'ai envers la situation désespéré que vivent les palestiniens a tous les niveaux. je ne ferai pas de comparaison entre la Palestine et le Québec mais il y a un point de ressemblance entre le Canada et Israël, c'est le temps. Les 2 pays occupants misent sur le temps comme facteur qui fera mourir et pourrir la situation a leur avantage.

      Tout le monde s'entend qu'une pédagogie de l'indépendance a été négligé et oublié au PQ. Ironiquement, cette pédagogie, je ne la retrouve pas non plus chez QS, qui ont certes un peu parlé d'indépendance durant la campagne mais dans des termes assez généraux, juste assez pour finalement titiller des électeurs péquistes a voter pour eux...

  • François Crépeau - Abonné 10 avril 2014 06 h 15

    La souverraineté, parlons-en!

    Il est clair qu'une grande partie des québécois-es se reconnaissent comme canadiens-nes. Pour qu'ils deviennent souverainistes, on doit les convaincre que le ROC est un autre pays afin qu'ils ne s'y reconnaissent plus. Là-dessus nous avions déjà Harper pour nous aider mais ça n'a visiblement pas suffit. Pour les convaincre, nous devons amener des arguments. Or, même si je suis les actualités quotidiennement, je les entends peu ces arguments. Je suggère que la meilleure stratégie est que nous en parlions constamment des avantages de la souveraineté. En commençant par l'Assemblée nationale. Je suggère que les 30 péquistes et les 3 solidaires de l'opposition exercent leur rôle de critique en mettant constamment de l'avant l'avantage de la souveraineté dans tel ou tel domaine. Qu'ils fassent valoir que sans la souveraineté, nous sommes bloqués sur tel ou tel aspect de notre développement économique, culturel, social, ...

    • Claude Saint-Jarre - Abonné 10 avril 2014 08 h 45

      Vous avez raison. Les avantages de la souveraineté ne sont absolument pas clairs, financièrement, et dans d'autres dimensions. Que l'art serve à nous montrer que ce serait mieux avant qu'après!