Les distorsions les plus importantes depuis 1998

Même si les péquistes déchantaient lundi soir, ils sont les mieux représentés à l’Assemblée nationale en regard de la part des électeurs qui les ont choisis. Le PQ compte 30 députés, contre 33 avec un scrutin proportionnel.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Même si les péquistes déchantaient lundi soir, ils sont les mieux représentés à l’Assemblée nationale en regard de la part des électeurs qui les ont choisis. Le PQ compte 30 députés, contre 33 avec un scrutin proportionnel.

Les élections du 7 avril ont été celles où les distorsions causées par le mode de scrutin majoritaire uninominal à un tour ont été les plus importantes depuis les élections de 1998, soit lors des cinq dernières consultations populaires.

 

En effet, jamais pendant cette période l’écart entre le pourcentage des votes recueillis et le pourcentage de députés élus n’a favorisé autant un parti vainqueur. Les 41,5 % de suffrages accordés aux libéraux leur ont en effet permis de remporter 56 % des sièges parlementaires, soit 70 ; d’où un écart de 14,5 % en leur faveur qui leur permet de former un gouvernement majoritaire plutôt que minoritaire.

 

Équité

 

À l’inverse, ce sont la Coalition avenir Québec (CAQ) et Québec solidaire qui sont les plus maltraités par le scrutin majoritaire avec des écarts négatifs respectifs de 5,5 % et 5,2 %. En effet, la CAQ a obtenu 23,1 % des votes mais n’a fait élire que 17,6 % des députés, soit 22. Québec solidaire, lui, a obtenu 7,6 % des votes mais n’a fait élire que 2,4 % des députés, soit 3. Quant au Parti québécois, il s’en est bien tiré malgré son deuxième pire score aux urnes depuis sa première campagne en 1970, soit un écart négatif de seulement 1,4 % puisqu’il a obtenu 24 % des sièges avec 25,3 % des suffrages.

 

Une représentation strictement proportionnelle à l’Assemblée nationale aurait donné les résultats suivants : 52 députés au lieu de 70 au Parti libéral ; 33 députés au PQ au lieu de 30 ; 30 députés à la CAQ au lieu de 22 et 10 députés à Québec solidaire au lieu de 3. Un scrutin proportionnel aurait donc permis de traiter tous les partis avec équité.

 

Ces constatations confirment que la règle d’airain du scrutin majoritaire, qui régit nos élections depuis 1867, s’applique une fois de plus. Dans le but d’obtenir des gouvernements majoritaires, le parti vainqueur est fortement surreprésenté, tandis que les partis d’opposition sont fortement sous-représentés ; particulièrement les tiers partis comme Québec solidaire. Cette fois-ci toutefois, le premier parti d’opposition, le PQ, n’a quasiment pas été pénalisé par le mode de scrutin.

 

C’est d’ailleurs une constante dans l’histoire de cette formation, qui, depuis les injustices subies en 1970 et en 1973, a presque toujours été choyée par le scrutin majoritaire. En 1998, le PQ a même pu former un gouvernement largement majoritaire même s’il avait reçu moins de votes que le Parti libéral. On avait alors assisté, comme en 1944 et en 1966, à un renversement de la volonté populaire qui est un vice démocratique fondamental puisqu’un mécanisme électoral bafoue le choix des électeurs.

 

Ce fait explique pourquoi le parti fondé par René Lévesque, qui s’est battu pendant plusieurs années pour l’instauration d’un scrutin proportionnel, a fait volte-face après 1998. Le PQ est même allé jusqu’à biffer de son programme à son congrès de 2011, avec la bénédiction de Pauline Marois, un engagement en ce sens qui y avait figuré sans interruption depuis 1969.

 

Pour que chaque vote compte

 

Comme à toutes les élections, le scrutin majoritaire a également fait en sorte le 7 avril que les votes d’une majorité d’électeurs (plus de 50 %) n’ont nullement compté pour l’élection de députés qui les auraient représentés. C’est la manifestation d’un déficit démocratique qui affaiblit gravement notre démocratie représentative en lui enlevant beaucoup de crédibilité. Au contraire, avec un scrutin proportionnel, chaque vote compte.

 

Durant la campagne, on a remarqué un intérêt accru en faveur du scrutin proportionnel. Le Mouvement pour une démocratie nouvelle a tenu un colloque et fait signer une pétition. On en a beaucoup traité dans les réseaux sociaux. Ce fut le thème de plusieurs émissions radiophoniques et télévisées. Des chroniqueurs et des éditorialistes ont aussi abordé le sujet, sans parler des nombreuses lettres de lecteurs dans les journaux. Les trois principaux partis ont toutefois encore négligé ce thème crucial. Seul Québec solidaire en a fait la promotion. Espérons que ce mouvement prendra de l’ampleur afin que la saga de la réforme du mode de scrutin, qui dure depuis près de 50 ans, prenne fin un jour.


Auteur du livre Pour réduire le déficit démocratique : le scrutin proportionnel

52 commentaires
  • simon villeneuve - Inscrit 9 avril 2014 00 h 46

    l'article souleve une evidence

    Au moins ajouter un tour de scrutin avec les 2 premiers d'une circonscription si aucun candidat a recolte 50% des voix lors du premier tour serait un minimum si la proportionnel est rejetee.

    A mon avis, n'importe quel parti politique optant une reforme du scrutin electoral aurait une serieuse option pour etre elu en 2018.
    Le monde en a assez de perdre leur vote .

    • Christian Montmarquette - Inscrit 9 avril 2014 10 h 57

      «N'importe quel parti politique optant une réforme du scrutin électoral aurait une sérieuse option pour être elu en 2018.» - Simon Villeneuve

      Québec solidaire a toujours eu le scrutin proportionnel à son programme, mais l'actuel mode de scrutin l'a toujours défavorisé; et c'est justement pourquoi on tourne en rond au Québec.

  • Carole Jean - Inscrite 9 avril 2014 04 h 55

    Un système proportionnel donne des gouvernements minoritaires et transfert la balance du pouvoir aux petits partis


    Oui je sais. Je sais que certains aimeraient voir un système électoral selon le mode proportionnel s’implanter ici, mais cela n’a aucune chance d’arriver. Pourquoi ? Essentiellement parce qu’un tel système conduit à l’instabilité politique et que les principaux partis politiques ne l’accepteront jamais.
    L’exemple est le système électoral proportionnel en Israël où les petits partis religieux poussent le gouvernement de coalition vers l’extrême droite et conduit à l’instabilité politique.

    Il serait beaucoup plus simple et plus facile d’adopter le système français de vote à double tour. Avec un tel mode de scrutin, l’élection d'un candidat dans une circonscription se fait après deux tours de scrutin, quand aucun candidat n’a obtenu 50 % des voix plus une au premier tour. Dans un tel cas, une élection du deuxième tour met en opposition les deux candidats ayant obtenu le plus haut pourcentage de votes, et le vainqueur est celui qui obtient 50 % plus une voix. De la sorte, un élu obtient toujours un minimum de 50 % d’appuis populaires. Cela est de beaucoup plus démocratique que notre système actuel où un parti forme le gouvernement avec seulement une minorité d’appuis populaires.

    Un système de vote proportionnel conduit à des gouvernements minoritaires et ce n’est pas une alternative valable parce qu’il conduit à l’instabilité politique. Un système à double tour est beaucoup plus simple à adopter et il permet de solutionner le déficit démocratique de notre vieux système britannique sans chambarder le système avec lequel les gens sont habitués.

    À quand un mode de scrutin à double tour ici pour que notre gouvernement en soit un de la majorité plutôt que de la minorité ?

    • Patrick Lépine - Inscrit 9 avril 2014 07 h 57

      C'est pratiquement deux scrutins ça, ça va coûter une beurrée!

    • Carole Jean - Inscrite 9 avril 2014 08 h 53


      @ M. Lépine,

      Ce qui coûte cher, ce sont des élections à tous les deux ans parce qu’on a un gouvernement minoritaire. Avec le système à deux tours, le gouvernement est presqu’à coup sûr majoritaire et doit avoir reçu une majorité des votes populaires. Avec un tel système, les gens peuvent voter leurs convictions au premier tour en appuyant des tiers partis, sachant bien qu’ils ne perdront pas leur vote. Au deuxième tour, la campagne électorale a déjà eu lieu et les dépenses des partis encourues, mais tous les électeurs participent à l’élection en votant cette fois-ci leurs préférences. Pour plus de démocratie et plus de stabilité, ne croyez-vous pas que cela en vaut le coût ? Moi oui.

    • Francois Gougeon - Inscrit 9 avril 2014 09 h 09

      M. Lepine,

      On peut realiser un scrutin a deux tours d'un coup en demandant aux electeurs de faire une liste de preferences au lieu de simplement choisir un parti. Si le premier choix ne passe pas au deuxieme tour, alors on passe au prochain et ainsi de suite. Cela est un peu plus complexe, certe, mais comme le mentionne Carole Jean, c'est quand meme plus efficace que des elections aux 2 ans.

    • Yvan Dutil - Inscrit 9 avril 2014 09 h 47

      Encore, l'instabilité politique. La proportionelle est utilisée sous différentes formes par la majorité des pays du monde. Statistiquement, les gouvernements sont au moins aussi stable que ceux du Québec. De plus, le cas de l'Italie est intéressant. Bien qu'il y avait des élections à tout bout de champs, les gens en place ne changeaient que très peu au final.

      Impossible de faire une réforme du mode de scrutin au Québec. L'ignorance de la population est trop grande et ce ne serait pas «démocratique« de ne pas en tenir compte.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 9 avril 2014 14 h 57

      "...deux scrutins ça, ça va coûter une beurrée!" Oui, un gros 12$ par électeur!

    • Raymond Labelle - Abonné 9 avril 2014 21 h 08

      Ça n'est pas par ignorance qu'il est impossible de faire une réforme du mode de scrutin. C'est parce que les partis qui obtiennent une majorité de sièges préfèrent la garder et ceux qui ne l'ont pas espèrent que leur tour arrivera. De plus, seul un parti au pouvoir peut faire la réforme, et il tendra à préférer le système par lequel il a été élu.

      Quant aux électeurs de ces partis, une certaine proportion de ceux-ci sont également conscients du phénomène et acceptent le système actuel pour les mêmes raisons en pleine conscience. Les gens ne sont peut-être pas si ignorants.

    • Yvan Dutil - Inscrit 10 avril 2014 09 h 02

      Non monsieur Labelle, les gens sont ignorants. Je travaille sur la question du mode de scrutin depuis douze ans. J'ai consulté des experts internatinaux, fait des expériences de scrutin expériemental et j'ai même présenté une communication scientifique à ce sujet.

      Pourtant, je suis toujours entrain de reprendre le même maudit travail d'éducation et de correction des faussetés, et ce même chez les étudiants en sciences politiques qui devrait tout savoir sujet parce que c'est la base.

      Alors, imaginez la population en générale.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 avril 2014 15 h 37

      Allez M. Dutil, je vais prendre votre parole sur l'ignorance générale - n'ayant pas votre vécu d'avoir autant tenté d'expliquer la chose. Peut-être que je me suis senti visé. Je vous assure m'y connaître sur la question.

      Dans l’absolu, il est irréfutable que la proportionnelle est plus démocratique, j’en conviens. Mes diverses considérations sur cette page portaient sur les effets de la proportionnelle au Québec, compte tenu des forces en présence, eu égard à la realpolitik. On ne peut ignorer la realpolitik lorsque l’on choisit un mode de scrutin. Et c’est pour ces raisons de realpolitik que je suis contre la proportionnelle au niveau provincial québécois.

      Sans rancune pour cette discussion musclée.=:0).

    • Raymond Labelle - Abonné 10 avril 2014 16 h 56

      Réponse au seul argument fort contre la proportionnelle (petits partis, poids démesuré) : oui, c’est une tare, mais les petits partis ne peuvent pas exagérer dans leurs revendications, étant donné leur taille. De plus, en pesant les avantages et inconvénients de tous les modes de scrutin, cette tare ne suffit pas à disqualifier la proportionnelle par rapport aux autres mode de scrutin, lorsqu’on voit les choses de façon globale.

    • Yvan Dutil - Inscrit 10 avril 2014 17 h 50

      Encore là c'est un mythe. En moyenne les partis ont le même poids politique que le pourcentage reçu. J'ai simulé des milliers d'élections et c'est ce qui ressort. Le problème est que tout le monde ne se souvient que des cas où les petits partis ont du pouvoir et jamais de cas où ils étaient dans l'opposition.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 avril 2014 09 h 32

      Poids démesuré des petits partis en proportionnelle. Par exemple, le parti vert en Allemagne qui, avec 6% du vote, a eu des ministres et forcé des politiques aux gouvernements de coalition. On peut s’en réjouir si on aime ces politiques, mais il s’agit d’un poids réel plus grand que son appui populaire.

      Par exemple, les partis religieux de le très-droite israélienne, ayant fait coalition avec le Likoud, et ayant eu une forte influence sur les politiques gouvernementales. Peut-être même un facteur poussant à la colonisation dans les territoires occupées.

      Ça n’arrive pas toujours, ça n’arrive pas dans toutes les juridictions, les petits partis, comme je l’ai déjà écrit (me lit-on?) doivent quand même généralement modérer leurs revendications en fonction de leur taille.

      Mais mythe? Fantasme? Hallucination? Non, ça existe, l’histoire l'a déjà rencontré le phné.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 avril 2014 10 h 23

      « J'ai simulé des milliers d'élections et c'est ce qui ressort. » Je vous avoue que je suis très sceptique quant à la possibilité pour des simulations mathématiques de rendre compte du caractère qualitatif des dynamiques politiques.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 9 avril 2014 05 h 55

    Compte

    Jusqu'où devrait-on aller ? Dans chaque conté il n'y a qu'un seul gagnant. Peu importe le nombre d'électeurs. Un seul vote le met immédiatement devant tous les autres, peu importe la division derrière lui ou elle. Il n'y a toujours qu'un seul gagnant ! Et ce n'est pas au poucentage que le calcul est fait mais au nombre total.

    Comme dans le petit, le grand ! Le reste n'est que bruit de fond des perdants !

    PL

  • Sylvain-Samuel Brûlé - Inscrit 9 avril 2014 06 h 15

    La proportionnelle changerait le comportement des électeurs

    Il ne faut pas oublier que la proportionnelle changerait le comportement des électeurs et que les différents partis n'auraient PAS eu le score en pourcentage qu'ils ont eu à cette élection.

    • Yvan Dutil - Inscrit 9 avril 2014 09 h 47

      Enfin, un commentaire sensé!

    • Raymond Labelle - Abonné 9 avril 2014 10 h 21

      Oui, mais les orientations politiques seraient les mêmes. La proportionnelle ne change pas un fédéraliste en souverainiste, ou quelqu'un de droite en quelqu'un de gauche.

      Par exemple, le bassin de 63% de la population qui a voté pour la CAQ et pour le PLQ aurait peut-être plus de partis à sa disposition pour exprimer plus finement ses positions. Il y aurait moins de vote stratégique, mais la proportionnelle ne changerait pas ce bassin en électeurs de gauche souverainistes.

      Peut-être que nous serions condamnés pour l'éternité à avoir des gouvernements formés par une coalition des partis élus par ce bassin de la population.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 avril 2014 10 h 50

      Avec une proportionnelle en 1976: pas de gouvernement ou de coalition qui instaure les mesures suivantes: loi 101, loi sur le financement des partis politiques, loi sur le zonage agricole, assurance-automobile, etc.

      L’orientation politique des gens qui ont voté pour le PLQ et l’Union nationale allait contre ces mesures – quand bien même leurs opinions auraient été exprimées plus finement par moins de vote stratégique et plus de partis politiques. Or, ces électeurs étaient majoritaires.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 avril 2014 11 h 15

      Par ailleurs, c’est peut-être un moindre mal (ou un plus grand bien, selon la perspective du lecteur) d’être gouverné par le PLQ majoritaire seul, plus près du centre, avec notre mode de scrutin, que par une coalition de partis centristes et plus à droite dans le cadre d’une proportionnelle.

    • Yvan Dutil - Inscrit 9 avril 2014 12 h 52

      Monsieur Labelle, vous ne comprenez pas l'idée. Avec la proportionnelle, les partis ne receuillent pas le même nombre de voix. Alors, revenir sur le passé ne fait pas de sens.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 avril 2014 20 h 39

      Ce que je dis, c'est que la proportionnelle ne change pas un souverainiste en fédéraliste ou quelqu'un de gauche en quelqu'un de droite. Je ne fais qu'illustrer avec un exemple - tirer profit de l'expérience passée - méthode scientifique, isoler les variables - expérimentation.

      Pour vous faire plaisir et être plus facile à comprendre, prenons un exemple actuel. Par exemple, dans le bassin de la population de gauche et souverainiste, avec la proportionnelle on pourrait croire qu’il y aurait eu plus de partis peut-être que QS et le PQ pour représenter ce bassin, et que les partis plus à gauche auraient eu plus de vote que le PQ actuel, car il est fort possible que des gens plus à gauche que le PQ aient voté pour ce parti à cause de notre mode de scrutin et du vote stratégique.

      Mais, dans une proportionnelle, les partis souverainistes et de gauche ne vont pas aller piger dans le bassin de la population fédéraliste et de droite. J’imagine mal comment les gens qui ont voté pour le PLQ et la CAQ dans note système actuel voteraient pour des partis souverainistes et/ou de gauche avec la proportionnelle - vous croyez ça vous ? Expliquez-moi alors - qu’est-ce que je ne comprends pas précisément?

      Avec la proportionnelle, nous sommes condamnés à être gouvernés par des coalitions de centre et de droite pour l’éternité. Les seules fois où le PQ a pris le pouvoir, c’est parce qu’il a profité de la division du vote fédéraliste et de droite. Sinon, il ne peut y arriver, car la majorité de la population est fédéraliste et de droite, proportionnelle ou pas.

    • Yvan Dutil - Inscrit 10 avril 2014 09 h 09

      Encore une fois votre raisonnement est erroné. D'une part, il y a un continuum de positions politiques. Des outils comme la boussole électorale le montre clairement. Les partis politiques se découpent des tranches de cet électoral. À l'heure actuelle, il y 4 partis politiques significatif : PLQ, PQ, CAQ et QS. Dans un système proportionnel, il y en aurait 6-7. Si il y a une coalition majoritaire, elle ratissera large. C'est justement l'idée de la proportionnelle. D'ailleurs, dans un système uninominal, les partis se doivent d'être des coalitions.

      Si ce sont des partis de centre doit qui arrivent à former des coalitions, bien c'est parce que la population est de centre droit. On appelle cela de la démocratie et cela semble vous poser un problème.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 avril 2014 12 h 14

      Oui M. Dutil, je préfère les déformations de notre mode de scrutin où il est possible d'avoir autre chose que du centre ou de la droite au gouvernement, de temps en temps, même si ça ne reflète pas la volonté populaire, alors que la chose devient impossible avec la proportionnelle, justement parce que cette dernière reflète mieux la volonté populaire. Entendons-nous, nous parlons seulement du Québec au provincial ici.

      Et avec notre mode de scrutin, si le PLQ gagne, je préfère être gouverné par lui seul que par une coalition de partis du centre et de la droite sous une proportionnelle, puisque le PLQ est relativement centriste. Et ceci, même si une proportionnelle reflétait mieux la volonté populaire.

      Votre explication sur les 4-5 partis n’était pas nécessaire : j’avais clairement manifesté avoir compris tout cela dans mes interventions précédentes (par exemple, en envisageant la proportionnelle, je n’écrivais pas « coalition PLQ-CAQ », j’écrivais, « coalitions de partis de droite et du centre », précaution fondée justement par ma compréhension du phénomène - en plus j’ai explicitement mentionné à plusieurs reprises que la proportionnelle représentait la volonté populaire plus finement par plus de partis).

      On peut, au nom des principes démocratiques, accepter d’être condamnés pour l’éternité à être gouvernés par des coalitions de partis de droite et du centre, puisque la conséquence de la proportionnelle est que la volonté populaire est mieux reflétée au Parlement.

      Je veux juste que ceux qui envisagent la proportionnelle soient conscients qu’elle est à ce prix. Question de prendre une décision plus éclairée.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 avril 2014 16 h 49

      Tous les arguments contre la proportionnelle, dans l’absolu, me semblent faibles, sauf un : les petits partis, devenant nécessaires pour donner une majorité à une coalition, ont un poids démesuré par rapport à leur appui réel dans la population.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 avril 2014 21 h 07

      Réponse au seul argument fort contre la proportionnelle (petits partis, poids démesuré) : oui, c’est une tare, mais les petits partis ne peuvent pas exagérer dans leurs revendications, étant donné leur taille. De plus, en pesant les avantages et inconvénients de tous les modes de scrutin, cette tare ne suffit pas à disqualifier la proportionnelle par rapport aux autres modes de scrutin, lorsqu’on voit les choses de façon globale.

      PS: J'avais par distraction placé cette intervention au mauvais endroit.

  • Raymond Labelle - Abonné 9 avril 2014 08 h 30

    Et si QS obtenait une majorité avec 40% du vote?

    Si un jour le PQ quasi-disparaissait et QS obtenait une majorité avec 40% du vote, instaurerait-il la proportionnelle?

    Si oui, QS risquerait fort de devoir composer avec une Assemblée constituée en majorité de députés orientés comme le PLQ et la CAQ aujourd’hui. QS devrait alors sacrifier ses grands projets : nationalisation des mines, Pharma-Québec, révision de la fiscalité, et les autres projets qui lui tiennent à cœur.

    Petite illustration de pourquoi les gouvernements ne proposent pas de changer le mode de scrutin.

    • Christian Montmarquette - Inscrit 9 avril 2014 11 h 00

      Quand même..

      Y'a pas que le vote qui compte en politique.

      Si Québec solidaire progresse, il risque fort de se faire entendre et de faire progresser ses idées dans la population.

    • Yvan Dutil - Inscrit 9 avril 2014 12 h 56

      Oui et alars? Les choix politiques seraient plus proches de ce que la population veut.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 avril 2014 14 h 23

      On ne change pas de mode de scrutin comme on change de chemise. Vous devez penser aux conséquences à long terme de l'instauration de la proportionnelle, et non pas seulement au fait que cette fois-ci QS aurait eu plus de députés si on avait eu la proportionnelle.

      Nous ne sommes pas devins ni l'un ni l'autre, mais pour ma part je serais très surpris que dans un avenir prévisible plus de 50% de la population du Québec devienne souverainiste et aussi à gauche que QS.

    • Raymond Labelle - Abonné 9 avril 2014 15 h 15

      Pour M. Dutil. Je suis parfaitement conscient qu’un système proportionnel reflète plus fidèlement la volonté populaire – vous n’avez pas besoin de m’en convaincre. Ce que j’ai fait dans mes diverses interventions, c’est examiner les conséquences politiques possibles qu’aurait l’application d’un tel système au niveau provincial québécois en particulier.

      C'est une question de préférence. Par exemple, ça m'aurait dérangé que le PQ n'ait pas pu assainir et faire progresser le Québec avec les mesures fondamentales adoptées dans son premier mandat de 1976 (financement des partis politiques, loi 101, etc.), ce qu’il n’aurait pu faire avec la proportionnelle (j’explique pourquoi dans une autre intervention). Si ça ne vous dérange pas que le Québec n’ait jamais été capable d’adopter de telles mesures (("et alors?"), je n’y puis rien. J’affirme que grâce aux déformations de notre système électoral, nous avons pu faire des progrès que nous n’aurions pu faire autrement. Eh oui, contre la volonté de la majorité que ces mesures ont pourtant bien servi…

      De même pour l’avenir. Si le PLQ vient au pouvoir, je préfère le voir gouverner seul que de nous voir gouvernés par une coalition de partis du centre et de droite, le PLQ étant plus centriste (j’explique plus en détail dans d’autres interventions sur cette page).

    • Yvan Dutil - Inscrit 9 avril 2014 17 h 55

      Encore une fois votre argumentation est fausse. Si la volonté populaire est là, une majorité des députés va être d'accord aussi et l'idée va passer, mêm dans un système proportionnel. De plus, le Parlement peut prendre de l'avance sur le peuple.

    • Raymond Labelle - Abonné 10 avril 2014 10 h 20

      M. Dutil, vous écrivez "si la volonté populaire est là", nous sommes d'accord là-dessus, j'avais compris. La volonté populaire des personnes qui ont voté CAQ et PLQ dans le mode de scrutin actuel et qui forment 63% de la population. Avec un parlement formé dans une proportionnelle par cette majorité de la population qui prendrait de l'avance. Un hénaurme "si".

      Je comprends très bien que ce 63% de la population pourrait être plus finement représentée par plus de partis représentant une plus grande variété de tendances avec une proportionnelle: une représentation plus raffinée de la majorité au centre et à droite.

      Ma thèse centrale, c'est que les gens qui ont voté PLQ et CAQ dans notre système électoral (63% de la population) ne vont pas se transformer en souverainistes de gauche parce que l’on introduit la proportionnelle. Vous n’êtes pas d’accord? Vous croyez qu’une partie significative des gens qui ont voté PLQ et CAQ dans notre système voteraient pour des partis souverainistes de gauche si on introduisait la proportionnelle?

    • Yvan Dutil - Inscrit 10 avril 2014 11 h 30

      C'est ce que je disais. Votre problème est que la cause de l'objection est que les idées souverainsites de gauches sont moins populaires que les idées de centre-droit fédéralistes. Avec son facteur d'amplification, le système actuel ne fait qu'empirer la situation.

      En fait, comme bien du monde, la démocratie c'est juste bon quand cela fait votre affaire.

    • Raymond Labelle - Abonné 11 avril 2014 10 h 11

      "Avec son facteur d'amplification, le système actuel ne fait qu'empirer la situation." Facteur d'amplification vers le bas lorsque le parti a moins que tel seuil d'appui, facteur d'amplification vers le haut lorsqu'un parti dépasse un certain seuil, selon également l'imprévisible division du vote entre d'imprévisibles autres partis (je parle de notre système actuel). Il est incomplet de ne parler que de facteur d'amplification vers le bas en toutes circonstances.

      Mais, dans le système actuel, il y a une petite chance que, dans telle conjoncture spéciale... qui me semble plus grande que celle que les souverainistes de gauche (en plusieurs partis sous une proportionnelle, je sais, je sais), voire les souverainistes tout court, forment plus de 50% de la population du Québec dans un avenir prévisible.

      "En fait, comme bien du monde, la démocratie c'est juste bon quand cela fait votre affaire."

      Au nom de la démocratie, les partisans de QS peuvent choisir de ne jamais voir leurs projets aboutir plutôt que de conserver une chance de les rélaiser dans notre système actuel. Ils auront le mérite d'être de grands démocrates s'ils persistent dans ce choix.