De l’exclusion des expatriés

Les systèmes électoraux québécois et canadiens considèrent que je n’ai pas mon mot à dire, car j’ai laissé physiquement mon beau pays depuis plus de deux ans. Ils m’ont enlevé mon droit de vote. Je me renseigne sur les nouvelles québécoises et canadiennes quotidiennement afin de me tenir au courant de l’état dans lequel je retrouverai mon pays, au cas où j’en aurais un jour besoin ou, aussi prétentieux que cela puisse paraître, au cas où il aurait besoin de moi.

 

Je tiens à savoir dans quel contexte évoluent ma famille et mes amis. Plusieurs émigrés vous diront la même chose : l’appartenance à mon pays n’a jamais été aussi forte que depuis mon départ, ce qui ne m’empêche pas de m’intégrer à mon pays d’accueil.

 

Un citoyen qui sort des frontières de son pays s’enrichit inévitablement. Pour ce pays, se passer de l’influence de son vote est de l’hermétisme, de l’exclusion. Il connaît le monde sous un angle différent, et son apport démocratique devrait être souhaité. De plus, dans certains cas, il est ambassadeur de la culture québécoise et canadienne et de son savoir-faire.

 

Mon envolée lyrique sur l’idée de garder ses droits démocratiques à l’étranger vous semble farfelue ? Voyons comment plusieurs pays assez bien en vue traitent la question.

 

• France : droit de vote à l’étranger à vie et, depuis les dernières élections, la planète est divisée en 11 circonscriptions ayant 11 sièges à l’Assemblée nationale.

 

• Royaume-Uni : droit de vote à l’étranger pour 15 années et cette restriction est en voie d’abolition.

 

• Allemagne : jusqu’en 2005, droit de vote pour 25 années et depuis 2005, à vie.

 

• Canada : cinq années.

 

• Québec : deux années.

 

Je me suis ensuite dit que le Canada est un pays d’immigration, les gens y entrent plutôt qu’ils en sortent, cela pourrait être la cause de cette divergence…

 

• États-Unis d’Amérique : à vie.

 

Un Américain, un Français, un Allemand, un Britannique est fier que l’un des leurs aille à l’étranger pour représenter son pays et aussi, ce qui est le plus important, aille à l’étranger pour aller chercher de la nouvelle expertise. C’est comme ça que les États-Unis se sont bâtis, en allant chercher l’expertise étrangère, non seulement avec l’immigration, mais aussi avec les contacts à l’international. On ne peut pas donner de signe plus clair à un citoyen qu’on ne le soutient pas qu’en lui enlevant ses droits démocratiques.

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