Le retour des libéraux n'est pas souhaitable

Marc Bellemare
Photo: Clément Allard - Archives Le Devoir Marc Bellemare
Aussi longtemps que la commission Charbonneau n'aura pas fait toute la lumière sur la corruption qui ronge le Québec, je crois que nous devons faire preuve d'une grande prudence dans nos choix démocratiques. Il faut éviter de remettre les rênes du pouvoir au Parti libéral du Québec, qui fait actuellement l'objet de nombreuses enquêtes criminelles.

Dans la foulée des débats qui ont cours, il y a un fond de scène que nous avons peut-être perdu de vue et qui, pourtant, doit être central dans notre choix du 7 avril prochain, soit une commission d'enquête publique dont le mandat est de déterminer l’étendue de la corruption dans notre société.

Comme le gouvernement libéral de Jean Charest a ignoré pendant deux longues années la demande insistante de plus de 80 % des Québécois de mettre en place cette commission, la juge Charbonneau a été incapable de compléter son mandat avant le présent rendez-vous électoral. Elle a investigué le monde municipal et les syndicats avant de s'attaquer au plat principal, celui de la politique provinciale, là où logent les pires craintes.

Entre le manque d'appétit du peuple québécois pour un troisième référendum sur l'avenir constitutionnel du Québec et le risque de redonner le pouvoir aux libéraux sur lesquels reposent les soupçons les plus lourds, il n'y a, à mon avis, aucune hésitation à avoir. Le Québec ne peut d'aucune façon replonger dans le manque d'intégrité, sous peine de voir son économie en souffrir et le cynisme atteindre un niveau inégalé. 

Le ménage doit se poursuivre, tout comme la restauration éthique de nos institutions. La Commission Bastarache a démontré que les collecteurs de fonds faisaient la pluie et le beau temps dans le gouvernement Charest. Aux post-its libéraux sur les nominations de juges et au patronage libéral dans notre réseau de garderies, il faut ajouter la perquisition policière des locaux du PLQ en juillet dernier que le chef Philippe Couillard a choisi de cacher à la population et même à ses propres députés.

Le principal collecteur de fonds du PLQ, Marc Bibeau, a aussi été perquisitionné. Le mandat fait état d’échange d’enveloppes et d’une activité de financement libérale ayant rapporté plus de 425 000 $ dont on aurait étrangement perdu la trace. Cette dernière n’apparaîtrait pas aux états financiers du Parti libéral et Philippe Couillard lui-même ne peut en expliquer l’absence. Ces seuls faits font frémir et donnent à penser que les libéraux ne méritent pas l’absolution des électeurs. Pas maintenant du moins.

Le poing levé de Pierre Karl Péladeau en faveur de l'indépendance du Québec est un geste spectaculaire qui a fait basculer la campagne électorale dans une fausse élection référendaire. Les libéraux en ont profité pour tenter de faire oublier leur bilan désastreux sur le plan de l’éthique. C’est essentiellement la même équipe que Monsieur Couillard propose aujourd’hui pour diriger le Québec.  

La première ministre Marois sait fort bien que l'heure n'est pas au choix entre un Québec indépendant ou le Canada. De tous les chefs péquistes qui ont défilé depuis 50 ans, elle est sûrement la plus raisonnable et le plus pragmatique sur la question nationale. C’est pourquoi je suis convaincu qu’un nouveau gouvernement dirigé par Pauline Marois, même majoritaire, ne tiendra pas de référendum dans un prochain mandat. 

Les Québécois ne doivent donc pas laisser la proie pour l'ombre. Le prochain gouvernement devra principalement se consacrer à remettre l'État et ses institutions sur le chemin d'une intégrité sans faille. Pour l’heure, en attendant le rapport final de la commission Charbonneau, je suis convaincu que seul le Parti québécois est en mesure de mener à bien cette mission primordiale.

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36 commentaires
  • m. valade - Inscrit 31 mars 2014 00 h 18

    Merci.

  • Marcel Bernier - Inscrit 31 mars 2014 00 h 48

    D'une telle évidence...

    On s’entend absolument sur le constat qu’il ne faut en aucun cas que le Parti libéral du Québec puisse poursuivre son œuvre de démolition de notre État-nation en devenir.
    Toute l’œuvre de Jean Charest et des députés-es de ce parti consistait essentiellement à détruire ce que les différents gouvernements péquistes avaient laborieusement édifié concernant la salubrité de nos mœurs électorales, la prédominance de la langue française dans les milieux de travail et l’affichage, un choix éclairé et optimum de nouveaux arrivants pouvant s’insérer harmonieusement dans notre tissu social et des politiques d’accueil leur permettant de ce faire de la façon la plus judicieuse possible.
    Et pourquoi cela? Tout simplement pour que le Québec ressemble à une province typiquement canadienne.

  • simon villeneuve - Inscrit 31 mars 2014 02 h 17

    fait du bien ...

    ... de "lire" le gros bon sens !

    ps: felicitation aux liberaux en passant, qu'ils ont reussient a faire croire au peuple, un referendum c'est pas bon. Etre democrate ne veut pas dire de l'etre juste quand le sujet d'un referendum fait notre affaire. Un referendum, a part les elections, est un acte des plus democratique qui soit et devrait etre celebrer et non rejeter peu importe le sujet qu'il implique !

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 31 mars 2014 08 h 21

      Et un référendum n'est qu'une question qu'on vous pose. La réponse vous appartient.

      Sauf que... les libéraux n'oseront jamais vous la poser. Ils ne vous en donnent pas le «droit» !

      Bonne journée.

      PL

    • Cyril Dionne - Abonné 31 mars 2014 13 h 29

      Une élection provinciale est en quelque sorte, un référendum sur le meilleur parti qui pourrait gouverner. Elle permet aux citoyens de choisir leur gouvernement et leurs représentants. Elle permet aussi de donner à ceux qu'ils ont choisis, la légitimité requise pour exercer le pouvoir.

      Je pense que plusieurs libéraux n'ont jamais pu comprendre ce concept démocratique.

  • Carole Jean - Inscrite 31 mars 2014 03 h 49

    La Commission Charbonneau sur la corruption et les libéraux du PLQ.


    Quand un ancien ministre de la justice nous dit qu’il y a encore des choses à connaître sur les libéraux et qu’on devrait s’abstenir de voter pour eux tant que la Commission Charbonneau sur la corruption n’aura pas déposé son rapport, je le crois. Ce serait plus prudent. Non !

  • Jean-Marc Pineau - Inscrit 31 mars 2014 04 h 33

    Merci

    Merci, Monsieur Bellemare.
    J'admire votre lucidité et votre franchise !
    Dommage que d'autres de vos anciens confrères n'aient pas le même sens des responsabilités, le même respect de soi, la même attitude digne, la seule qui soit acceptable.
    Vos arguments sont convaincants. Saura-t-on les apprécier ?