Protection du public ou tremplin politique?

Il vaut la peine de porter un regard sur la situation des ordres professionnels, dont celui des ingénieurs.
Photo: La Presse canadienne (photo) Ryan Remiorz Il vaut la peine de porter un regard sur la situation des ordres professionnels, dont celui des ingénieurs.

Le contexte électoral qui prévaut sur la scène québécoise constitue un prisme teintant l’ensemble des événements de l’actualité, qu’il s’agisse de la commission Charbonneau ou des statistiques sur l’emploi. Ainsi, il vaut la peine de porter un regard sur la situation des ordres professionnels au Québec. Bien que cette réflexion concerne l’Ordre des ingénieurs du Québec, OIQ (étant donné la profession que j’exerce), le questionnement s’applique dans d’autres sphères : pharmaceutique, médicale, et tutti quanti.

 

Bien que n’ayant jamais atteint au Québec le statut quasi mythique des médecins, la profession d’ingénieur était respectée au Québec, les plus méritoires d’entre eux étant même considérés comme de « grands bâtisseurs ». L’éclatement au grand jour de pratiques scabreuses de collusion-corruption-retours d’ascenseur a, sans contredit, changé la donne. L’immense majorité des quelque 60 000 ingénieurs québécois, furieuse non seulement de la perte de réputation de la profession, mais du syndrome de la tache d’huile sur leur intégrité professionnelle, a demandé à la présidente de l’OIQ de l’époque, Maud Cohen, des mesures musclées pour redorer l’image de la profession. Ces mesures ont pris, entre autres, la forme d’une campagne publicitaire, avec un bilan modeste vu les révélations explosives à la commission Charbonneau.

 

Mme Cohen ayant quitté la présidence de l’OIQ pour se lancer dans l’arène politique avec la CAQ, Daniel Lebel a pris la relève. M. Lebel, doté d’une ferme volonté de faire le ménage et de restaurer la confiance du public en la profession, semble toutefois avoir confondu l’intégrité et le paravent d’intégrité. L’intégrité pourrait être définie comme l’application des plus hauts standards éthiques et déontologiques. Toutefois, le paravent d’intégrité consiste à surenchérir de mesures à l’efficacité douteuse et aux effets contre-productifs par rapport à l’objectif fixé.

 

L’OIQ doit assurer la protection du public, et non la protection des ingénieurs, et personne ne conteste cette nécessité. Le bât blesse cependant quand vient le temps de soutenir financièrement l’Ordre dans l’application de cette fonction ; seuls les ingénieurs sont tenus de contribuer, mais les plaintes formulées au syndic émanent du grand public. Le Conseil exécutif a imposé par règlement une cotisation spéciale substantielle afin de financer les dépenses supplémentaires encourues, et ce, malgré trois refus exprimés par les ingénieurs lors d’assemblées générales. En aucun cas la priorisation des plaintes n’a été envisagée, du moins publiquement. De surcroît, plusieurs cas relèveraient possiblement de la sphère civile et criminelle plutôt que déontologique.

 

Bref, de solides discussions internes ont lieu au sein de l’OIQ et se poursuivront au cours des prochains mois. Dans un tel contexte de discussions virulentes, il devient impératif d’interdire au président ou à un membre d’un conseil exécutif d’un ordre professionnel de briguer une charge publique, pour quelques années suivant la fin de son mandat, afin d’assurer que son intérêt lors de l’exercice des fonctions n’est que de servir le public et les membres de l’ordre professionnel : trop de gens pourraient considérer les actions posées durant le mandat comme un tremplin politique…

 

Laver plus blanc que blanc, peu importe les conséquences, favoriser ses propres intérêts sur le dos des membres d’un ordre professionnel ? Jamais, au grand jamais ! À bas la culture d’autoflagellation : surveillons la profession, mais valorisons-la également !

11 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 29 mars 2014 04 h 08

    Faux problème

    Si un président d'ordre professionnel se lance en politique en bénéficiant la renommée acquise à ce poste, ça veut donc dire que ses électeurs ont une image positive de cette profession. Il me semble que ça ne peut que bénéficier à la réputation de cette profession: tout le contraire des propos de monsieur Brodeur.

    De dire que les actions d'un président d'ordre professionnel peuvent être viciées par ses ambitions politiques est un peut court. La politique, ce n'est pas la mafia.

    • François Dugal - Inscrit 29 mars 2014 10 h 00

      "La politique, ce n'est pas la mafia"
      Ben coudonc ...

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 29 mars 2014 10 h 33

      @M. Chevalier.

      Je crois que vous avez manqué l'argument proposé. Concrètement, il s'agit de la différence entre des mesures d'intégrité et les simples actions cosmétiques.

      Que le public ait une image positive d'une profession, dans une société qui puise ses opinion dans le marketing médiatique, peut découler de ces actions cosmétiques. Pire encore, une profession dont l'Ordre n'agit que pour ses membres et dont les réalisations majeures se limitent à une augmentation de la rémunération de 50%, peut jouir du respect populaire aveugle et propulser son ancien président sur la sphère politique sans n'avoir amélioré le service envers la population.

      Les Ordres professionnels ne sont pas au service de la population mais au service de leurs membres. Ils jouissent néanmoins d'une attention médiatique qui permet d'imposer des vues à l'opinion public, ce qui aisément peut se transformer en courroie de tranmission pour un agenda politique.

      Ce n'est pas un faux problème.

    • Gaetane Derome - Abonnée 29 mars 2014 13 h 52

      M.Theberge,
      Vous dites:"une profession dont l'Odre n'agit que pour ses membres et dont les realisations majeures...augmentation de la remuneration..".Je pense qu'ici vous vouliez parler des medecins mais vous vous etes trompez ce n'est pas le College des Medecins du Quebec qui negocie au nom des medecins,le College(qui est l'Ordre ici) se limite a la protection du public et evidemment verifier la formation des medecins.Ce sont les deux Federations medicales qui negocient avec le gouvernement pour la remuneration,la FMOQ pour les omnipraticiens et la FMSQ pour les specialistes.

    • Andres Garcia - Inscrit 29 mars 2014 23 h 30

      M. Chevalier,

      Pas nécessairement la visibilité médiatique est réliée à une bonne reputation ou moins encore à une bonne performance. Être le président d'une ordre professionnelle aide à être reconnu par le publique par le biais des médias, ce qui ne veut pas dire que le publique connaît les décisions et la qualité de gestionnaire du président.

      Malheureusement, Mme Marois s'appuie sur la fantasie de l'intégrité de M Lebel pour gagner plus des votes. Comme les medias repètent les arguments de Marois et Lebel sans se questionner si cette intégrité est vraie ou pas, le publique devient trompé et croit voter pour une personne intègre et transparent tandis que la tenure de M Lebel à l'OIQ a été tout autre que transparent.

      PKP est l'example vivant d'une personne très connue mais avec une réputation douteuse comme bon patron. Peut-on dire qu'il sera élu parce qu'il jouisse d'une bonne réputation? Je ne le crois pas.

      Andres

    • Gaetane Derome - Abonnée 30 mars 2014 18 h 37

      A Andres Garcia,

      Vous dites:"PKP est l'exemple ...mais avec une reputation douteuse comme bon patron".
      J'aimerais que vous me definissiez ce qu'est un "bon patron".Car il est rare que j'entends un travailleur dire que son patron est "bon"...;)

  • François Dugal - Inscrit 29 mars 2014 08 h 57

    Surveillons la profession

    Les ponts tombent, les viaducs s'effritent, les routes se désagrègent: surveillons la profession!

  • Richard Coulombe - Inscrit 29 mars 2014 10 h 12

    A nous d'y voir ...

    J'abonde dans le sens de M. Brodeur ... et de M. Chevalier. C'est maintenant aux membres de se prendre en main et de choisir des dirigeants de l'ordre qui auront à coeur la protection du public et l'épanouissement de la profession, et de les appuyer de façon convaincante. Au fil des ans, les membres ne se sont pas trop occupés des affaires de l'ordre, soit pas dépit, soit convaiçus que l'Ordre était contrôlé par les grandes firmes. Je suis le premier à plaider coupable. Cette apathie a conduit à des dérives au cours des dernières années, avec conséquence que la profession en est ressortie passablement amochée dans l'opinion publique. A nous maintenant de réparer les pots cassés ...

    Ricahrd Coulombe
    Ingénieur retraité

  • Raymond Labelle - Abonné 29 mars 2014 20 h 44

    Ne pas sacrifier l'intégrité pour faire économiser que les ingénieurs paient moins de cotisations annuelles.

    Me semble qu'après ce qu'on a vu à la Commission Charbonneau, il est normal que l'Ordre prenne des mesures extraordinaires.

    Si des ingénieurs se révoltent contre des mesures par leur Ordre visant à assurer une meilleure éthique, cela n'améliorera pas beaucoup la perception déjà écorchée qu’en a le public.

    Quant au fait que l'on devrait s'en remettre aux interventions juridiques (civiles et criminelles) plutôt qu’à la déontologie, cet argument fait peu de cas des possibles dérives éthiques des ingénieurs. Dans les cas où on en est rendu aux interventions juridiques, il est déjà bien tard - l'Ordre doit prévenir et essayer le plus possible qu'il ne soit même pas nécessaire d'en arriver là.

    Et tant mieux si la probité devient rentable politiquement. Ça va faire du bien aux citoyens du Québec dans leur ensemble.

  • Normand Murray - Inscrit 30 mars 2014 12 h 10

    La déontologie élastique.

    Avec tout les tribunaux administratifs de ces ordres l'incompétence est pour ainsi dire une vague notion inapplicable dans son fondement car la majorité des cas soumis de ses ordres sont inopérants par collusion ou le silence est primordiale. Car pour consulter les registres d'infractions ceux si sont frappés d'interdictions légales administratifs voter par nul autre que les professions concernées on se protègent entre nous.P.S:Même les faits exposés sont en grande majorité frappés d'interdiction de publication lors du procès de plus le huis clos est plus souvent qu'autrement le mode employer de ses (tribunaux administratifs).Juge et parti quoi de mieux.