McGill, la médecine en Outaouais et le français

En réaction à la chronique de Michel David publiée le 22 mars, nous désirons apporter quelques précisions concernant le projet de Faculté de médecine en Outaouais. Il s’agit d’un programme de formation médicale délocalisée et non de l’ouverture d’une nouvelle faculté de médecine à Gatineau. Ainsi, les futurs diplômés, qu’ils aient été formés à Montréal ou en Outaouais, recevraient une formation équivalente et le même diplôme de médecine de l’Université McGill.

 

Concernant la langue d’enseignement, dès le début, plus de 90 % de la formation serait offerte en français, et non le quart de l’enseignement en anglais comme rapporté. D’ailleurs, nous souhaitons offrir à long terme une formation entièrement en français dès que les ressources humaines requises seront disponibles. Tout ce projet et les démarches entreprises pour le mener à bien témoignent de l’importance que nous accordons au français comme langue d’enseignement.

 

Voici quelques détails supplémentaires. La formation d’un médecin de famille nécessite un minimum de six ans. Plus de 80 % des médecins diplômés à notre Unité de médecine familiale de Gatineau (centre d’enseignement entièrement francophone de McGill) ont établi leur pratique en Outaouais. L’Université McGill offre déjà la formation médicale en Outaouais, dès la 3e année, 100 % en français. L’Agence de la santé et des services sociaux de l’Outaouais demande à l’Université McGill d’ajouter la 1re et la 2e année le plus tôt possible, afin de doter la région d’un programme complet de médecine. Principalement en raison de l’actuel manque de ressources humaines locales et non en raison du manque de financement, le plan d’affaires propose aux ministères que la Faculté de médecine de l’Université McGill offre les cours du matin à tous ses étudiants, y compris ceux du Campus santé Outaouais. Notons que ces cours représentent moins de 9,5 % de la formation pour devenir médecin de famille.

 

Cette solution temporaire nous permet d’offrir rapidement la formation médicale en région et de solliciter lesressources francophonesdisponibles pour offrir les enseignements de l’après-midi et de tout le bloc d’introduction aux milieux cliniques.

 

En conclusion, l’Université McGill, en collaboration avec l’Université du Québec en Outaouais et les partenaires pour le développement des sciences de la santé, envisage d’offrir une formation à 100 % francophone dès que les ressources humaines seront disponibles. La formation médicale serait donc temporairement offerte à plus de 90 % en français.

 

On se souviendra que lapopulation de l’Outaouais aun sérieux besoin de médecinsde famille et que notre engagement, dans le cadre du mandat du Réseau universitaire intégré de santé (RUIS McGill), est ferme : en formant des médecins localement, nous voulons contribuer à attirer et à retenir des professionnels de la santé, voilà le but du plan d’affaires et du Campus santé Outaouais.

Gilles Brousseau - Docteur en médecine, vice-doyen adjoint à l’enseignement 
de la médecine de l’Université McGill – Campus Outaouais

 

Réponse du chroniqueur :

 

Dans son édition du 17 mars, Le Droit vous citait : « La formation fondamentale représente environ 18 mois dans la formation, environ 20 % du programme. Cette partie de l’enseignement sera dispensée en anglais. » Vous dites maintenant que « plus de 90 % de la formation serait offerte en français. » Il faudrait savoir. Dans cette entrevue, vous faisiez également valoir que « la majorité des livres sont déjà en anglais » et que « ce n’est pas mauvais pour un médecin d’avoir des connaissances en langue anglaise ». Fort bien, offrons-leur des coursd’anglais, pas des cours de médecine en anglais.

 

Michel David

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19 commentaires
  • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2014 07 h 48

    Et le français?

    J'ai déjà été soigné par des médecins formés à McGill. À côté du français de certains, Mme Marois parle un excellent anglais.

    • Marko Werger - Inscrit 27 mars 2014 09 h 18

      "Mme Marois parle un excellent anglais"

      C'est la blague du jeudi, n'est-ce pas ???

      Je me tais : c'est mieux !

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2014 10 h 22

      J'ai dit: Mme Marois parle un excellent anglais si on le compare au français de certains médecins formés à McGill. Rappelons que tous les professionnels sont tenus par la loi à être capables de rendre leurs services dans la langue officielle du Québec.

    • Gilles Théberge - Abonné 27 mars 2014 11 h 28

      Doit-on comprendre que monsieur Marko Werger lit mal le français qu'il n'ait pas compris ce que vous écrivez monsieur Auclair?

      J'ai personnellement connu des personnes, plus qu'une, qui à cause de leur adresse domiciliaire ont du être dirigées vers un hôpital anglophone.

      Ces personnes ont du faire face à des médecins de McGill justement. Ce fut éprouvant pour ces personnes parce que ces médecins ne comprenaient rien de ce que leurs disaient ces patients, et ils n'étaient pas capables de communiquer en français avec ces mêmes patients.

      Théoriquement tous les professionnels de la santé sont supposés comprendre et parler français pour recevoir leur diplôme de médecine. Or en ce qui a trait aux médecins sortant de McGill cette mesure est une farce sinistre. Et un scandale inacceptable.

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2014 14 h 44

      Le médecin que j'ai dû consulter parlait français, bien que difficilement. Si je rencontrais un médecin ou un infirmière qui ne parlaient pas du tout le français, je ferais une plainte formelle à leur ordre professionnel.

  • Robert Beauchamp - Abonné 27 mars 2014 08 h 38

    La réplique

    Bien d'accord avec la réplique de M. David. Il faut aussi être conscient que si la formation se donne en anglais ou avec des livres en anglais, cela ne prépare-t-il pas certains médecins à passer de l'autre côté? Pasteur s'exprimait en français. Le français est une langue plus que bien adaptée au monde scientifique. Formons les nôtres avec nos fonds propres à l'égard de nos besoins. Pas besoin de former nos ressources en leur facilitant le passage pour aller ailleurs. Si elles veulentlefaire, qu'elles le fassent selon leur propre initiative. Protégeons nos investissements en ressources humaines.
    Robert Beauchamp

    • Marko Werger - Inscrit 27 mars 2014 09 h 25

      "Le français est une langue plus que bien adaptée au monde scientifique"

      Le science parle anglais. Toute la recherche est faite en anglais. Les congrès scientifiques sont en anglais. Tous les "papers" sont en anglais.

      S'il vous plaît, renseignez-vous !

    • André Le Belge - Inscrit 27 mars 2014 10 h 49

      @ Marco Wenger C'est pourquoi, il faut définitivement abandonné l'enseignement de la médecine en Français et le faire en anglais: tout serait bien plus scientifique vu que toute la science est en anglais. N'est-ce pas?

    • Gilles Théberge - Abonné 27 mars 2014 11 h 42

      La science parle anglais. Ces propos de Monsieur Marko Werger ne méritent pas qu'on s'y arrête tellement cest ridicule et surtout méprisant dans leur absolutisme.

      Comme dit Claude Hagège, imposer sa languie c'est imposer sa pensée. Il est évident que c'est un objectif d'hégémonie de la pensée que s'emploieà renforcer le monde anglo-saxon.

      Tout le monde ne pense pas comme ça heureusement. Il y a des scientifiques (quoi, des scientifiques?) qui l'on bien compris, notamment ceux de l'école de mathématiques de France.

      Voici ce que dit le professeur Lafforgue au sujet de l'usage de la langue en sciences.

      En passant, Laurent Lafforgue a déjà reçu la médaille Field, qui est l'équivalent du Nobel.

      http://www.ihes.fr/~lafforgue/textes/pourlascience

      Monsieur Werger aurait intérêt à lire ce texte...

    • Sylvain Auclair - Abonné 27 mars 2014 12 h 23

      La plupart des médecins ne sont pas des scientifiques, mais des praticiens. Très peu font de la recherche.
      Et, en tant que praticiens, ils doivent pouvoir parler la langue de leur clientèle.

    • Gaetane Derome - Abonnée 27 mars 2014 16 h 30

      M.Werger,
      Il est vrai que la plupart des livres de medecine et aussi articles scientifiques sont en anglais.Et ceci est vrai aussi pour les Facultes de Medecine de Montreal,Sherbrooke et Laval aussi.Pourtant,dans ces facultes les cours se donnent en francais,ainsi que les stages de medecine.Et les etudiants de medecine sortent de ces Facultes en parlant la langue de Moliere.

  • Robert Hannah - Inscrit 27 mars 2014 08 h 59

    Priorité - qualité d'enseignement

    La priorité devrait être la qualité d'enseignement, avec une orientation vers le français dans la mésure possible, selon les ressources disponibles, sans ratios abitraires imposés par la bureaucratie. C'est evident que la majorité de la recherche mondiale en médicine est fait en anglais.

    • Gilles Théberge - Abonné 27 mars 2014 11 h 47

      Il semble monsieur Hannah que récemment le premier coeur artificiel autonome ait été développé et posé chez un patient, en France. Ça se passait il y a quelques mois.

      La première reconstruction d'un visage sur une personne sévèrement défigurée a été réalisée par une clinique française il y a déjà quelques années.

      Apparemment tout cela a été conçu et développé en français.

      Ah oui, j'oubliais, il parait que les fusées Ariane sont régulièrement lancées en français à Kourou en Guyane.

      By jove, et elles ne tombent pas...?

    • Robert Beauchamp - Abonné 27 mars 2014 12 h 59

      La majorité de la recherche ne se fait pas en anglais. Elle est majoritairment diffusée en anglais dans les revues scientifiques internationales.

    • Frédéric Lacroix - Inscrit 27 mars 2014 13 h 09

      La langue d'une publication ou la langue dans laquelle les livres américains sont écrits ne sont pas des facteurs pertinents dans ce débat.

      Ce n'est pas parce qu'un livre est écrit en anglais que l'on doive enseigner en anglais.

      Si les médecins de famille sont formés en anglais, ils ne seront pas capables de communiquer correctement avec leurs patients francophones. On peut imaginer le risque d'erreur médicale qui en découle...

    • Gaetane Derome - Abonnée 27 mars 2014 19 h 47

      Bien d'accord avec vous,M.Lacroix.

  • Monique Bisson - Abonné 27 mars 2014 12 h 26

    L'Outaouais et la médecine en français

    N'en déplaise aux âmes chagrines, l'Outaouais fera toujours partie du Québec et l'enseignement s'y fera en français, que ce soit l'enseignement de la médecine ou de toute autre science. Dans ce contexte, M. Brousseau, la « plus riche » université du pays a certes les moyens de donner toute la formation en médecine, incluant la formation fondamentale, soit 20 % de la formation, comme vous le disiez vous-mêmes dans l'article du Droit du 17 mars 2014, en français. Nous croyons tellement en vos compétences que nous attendons avec impatience votre offre de cours entièrement en français, et ce, dès le début de la formation en médecine. Rien de moins de la part d'une si grande université, surtout, quand on sait que l'Université d'Ottawa offre cette formation en français.

    Pour terminer, j'ai pris bonne note d'un conseil et je me suis renseignée. Le 28 mars 2012, Claude Hagège, linguiste polyglotte, rapportait les propos de Laurent Lafforgue, mathématicien français émérite, : « Ce n'est pas parce que l'école de mathématiques française est influente qu'elle peut publier en français; c'est parce qu'elle publie en français qu'elle est puissante, car cela la conduit à emprunter des chemins de réflexion différents ».

    Merci M. David de continuer à suivre le dossier, nous faisons de même en Outaouais.

    Monique Bisson, Gatineau

  • odle gallant - Inscrit 27 mars 2014 12 h 46

    Français et médecine: problème de qualité ?

    Les médecins français sont formés en français, les pays francophones forment leurs médecins et infirmières en Français. Les francophones ont-ils des ressources de moins bonne qualité pour autant? devrait-on mettre en doute leur qualité médicales?
    La parution de certaines recherches (même pas toutes) se fait en anglais. Elles ne sont dans cette langue qu'après traduction. Les parutions en lague originale sont assez faciles à trouver (heureusement)! Arrêtons de croire qu'il faut se former en anglais ou mourir idiot.