Le débat sur la souveraineté ne peut nous exclure

Au terme du Sommet sur les territoires et les ressources en décembre 2012, Pauline Marois et Ghislain Picard avaient tenu un point de presse au cours duquel la première ministre disait vouloir négocier de nation à nation avec les Premières Nations.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Au terme du Sommet sur les territoires et les ressources en décembre 2012, Pauline Marois et Ghislain Picard avaient tenu un point de presse au cours duquel la première ministre disait vouloir négocier de nation à nation avec les Premières Nations.

Comme il fallait s’y attendre, la campagne a ramené sur la place publique le débat sur l’indépendance du Québec. On ne peut rien enlever à ceux qui militent pour cette option, mais il importe de rappeler qu’on oublie trop vite une réalité fondamentale qui est celle des Premières Nations et de leurs droits et titre sur l’ensemble du territoire au Québec. Il est aussi utile de revenir sur nos positions traditionnelles voulant que toute démarche vers un Québec indépendant sera confrontée à l’affirmation de ces droits par les Premières Nations. Nos opinions demeurent claires. L’argument selon lequel le Québec a tous les attributs pour devenir un pays ne lui est pas unique. Les Premières Nations ont leurs cultures, leurs langues, leur histoire et le territoire. Un territoire qui est encore, faut-il le rappeler, grevé d’un titre qui n’a pas encore fait l’objet d’un traité visant une paix durable. Ce débat qui risque de suivre la campagne jusqu’à sa conclusion soulève, par défaut, la place trop souvent négligée de nos enjeux.

 

Lorsque les Québécois ont été appelés aux urnes la dernière fois, nous avions mis au défi les partis politiques de prendre position sur l’incontournable réalité des peuples autochtones dans le contexte québécois, particulièrement quant aux obligations de l’État québécois à l’égard des droits des Premières Nations. Le déni qui persiste à l’égard de nos droits pourrait sérieusement compromettre le développement du Québec si les Premières Nations décidaient de mettre fin à l’indifférence politique, d’une élection à une autre. Mon souci constant d’éviter la rupture, en tentant plutôt de trouver le bon terrain, le bon moment pour favoriser l’engagement de part et d’autre, dans une discussion visant à trouver des formules d’accommodement, risque aussi d’être pris à partie par ces milliers de membres de nos Nations qui pourraient bien décider que notre bonne foi a fait son temps et qu’elle contribue uniquement à accumuler les frustrations. Alors que les paroles paraissent toujours sincères, les gestes qui les suivent ne sont malheureusement pas à la hauteur des engagements, prononcés le temps d’un discours. Trop souvent, je me suis retrouvé devant des politiciens allochtones qui ont le réflexe de se réfugier derrière la soi-disant complexité du dossier autochtone et l’envergure des enjeux qu’il contient. Il est juste de dire qu’il faut une certaine dose de « bravoure » pour s’engager sur le terrain des ententes avec les Premières Nations. C’était vrai avec certaines nations, ce l’est encore plus avec d’autres Nations vivant dans des régions plus fortement peuplées d’électeurs québécois…

 

Je ne me fais aucune illusion sur notre place dans cette campagne électorale, mais je souhaite malgré tout que le gouvernement qui sera aux commandes, le 7 avril 2014, ait le courage politique, trop souvent absent, de jeter les bases d’une paix durable avec nos peuples. Si ce nouveau gouvernement veut lancer un mouvement vers l’indépendance du Québec, il devra nécessairement affronter l’enjeu des droits territoriaux des premiers peuples de ce territoire. Vouloir ignorer cet enjeu, ce serait s’assurer des lendemains bien compliqués…

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43 commentaires
  • Yv Bonnier Viger - Abonné 19 mars 2014 06 h 57

    Le droit à l'autodétermination

    Oui, cette question est extrêmement importante.

    Québec solidaire propose la mise en place d’une assemblée constituante le lendemain de son élection. L’un des dossiers les plus importants que cette assemblée devra discuter est la question autochtone. On ne peut réclamer le droit à l’autodétermination sans l’accorder aux autres. La conséquence sur la structure politique du pays est considérable…

    Au plaisir de nous en reparler,

    Yv Bonnier Viger
    Candidat de Québec solidaire dans Lévis

  • Martin Pelletier - Inscrit 19 mars 2014 07 h 11

    Encore les Mowacks

    Les Mowacks vont déclarer leur propre indépendance si le PQ gagne sont indépendance.
    Je connais peu de Québécois qui vont pleurer...

    http://news.nationalpost.com/2014/03/18/quebec-moh

    • Richard Laroche - Inscrit 19 mars 2014 12 h 16

      Les premières nations auraient pu (et auraient du!) déclarer leur indépendance et leur souveraineté depuis longtemps. Ils obtiendraient une reconnaissance facilement à l'international. La seule raison qui les retient est probablement le manque de confiance en eux-même.

    • ANDRÉ PIKUTELEKAN - Inscrit 19 mars 2014 13 h 04

      Les Mohawks d'Akwesasne pourront se rattacher à l'Ontario ou l'état de New-York avec lesquel ils ont des frontières communes

      Ceux de Kahnawake sont suffisament nombreux et dévelopés pour être totalement indépendant

      Quand à Kahnesatake... Qui sait???

    • Michel Vallée - Inscrit 19 mars 2014 14 h 33

      @Martin Pelletier

      <<Les Mowacks vont déclarer leur propre indépendance (...) Je connais peu de Québécois qui vont pleurer...>>



      Quel commentaire méprisant, qui d’emblée exclut les Mohawks de la société québécoise.

      C’est en raison d’attitudes comme la vôtre si les Mohawks sont déterminés à mener leurs affaires de leur bord et à leur guise, et qu’ils sont déterminer à vivre en marge de la société québécoise.

      D’ailleurs, c’est la détermination de cette communauté qui fait qu’elle échappe à l’atmosphère de tiers-monde qui prévaut chez nombre de villages amérindiens au Canada.

      La Confédération iroquoise (i.e. Haudenosaunee) existait avant l’arrivée des Européens. Elle était une société organisée d’une façon particulière entre les différentes nations qui la compose, et elle perdure aujourd’hui tant et si bien qu’elle est dans le bottin téléphonique… Il ne faut donc pas s’étonner qu’ils manifestent et qu'ils revendiquent avec ardeur leur désir de s’autogérer.

  • Robert Henri - Inscrit 19 mars 2014 07 h 33

    Le débat sur la souveraineté ne peut exclure les autochtones

    Le débat sur la souveraineté ne peut exclure les autochtones. Tout comme les autochtones ne peuvent à quelques pourcent de la population québécoise empêcher le Québec de prendre en main son avenir. Une voix autochtone vaut une vois allochtone. Ni moins, ni plus. Les déclarations d'indépendance comme celle que les Mohawks songent à faire ne peuvent qu'être nulles et non avenues. Les nations autochtones étant toutes dispersées sur l'ensemble du territoire et sont souvent opposées les unes aux autres. Bien sur, les droits des autochtones doivent être reconnus. Bien sur, nous devrons négocier avec les autochtones. Ce serait la plus belle des occasions pour eux de se débarasser de la loi abjecte qu'est la Loi sur les Indiens, véritable loi d'apartehid.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 19 mars 2014 09 h 58

      La même réflexion qui prévalait dans le Canada colonial! C'est fascinant comment quand les autres font quelque-chose ils sont le mal incarné, et quand on réclame la même chose, c'est tout à fait légitime.

      Le Haut-Canada refusait la représentation proportionnelle tant que la population francophone (du Bas-Canada) était plus élevée. Dès que la population du Haut-Canada a dépassé celle du Bas-Canada, les «Anglais» se sont faits les champions de la représentation proportionnelle. Vous réfléchissez exactement de la même manière.

      Si ces nations autochtones veulent leur indépendance sur leurs territoires ancestraux, c'est leur plus grand droit. Et tout projet d'indépendance politique pour le Québec devra prévoir des négociations de bonne foi et de nation à nation avec les Premières Nations. Ce faisant, le Québec se révèlerait être l'Etat le plus honnête et intègre des Amériques, et son indépendance et romprait de façon marquante avec l'impérialisme colonial du gouvernement canadien.

  • Léonce Naud - Abonné 19 mars 2014 08 h 01

    Le titre indien au Canada

    Sur quoi repose le titre Indien au Canada ? Autrement dit, dans le cours d'une vie, quand devient-on un Indien et quand cesse-t-on d'en être un, et pour quelle raison ?

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 19 mars 2014 10 h 00

      Et Québécois? À partir de quand appartient-on à une nation et à partir de quand cesse-t'on d'y appartenir?

    • Michel Lavigne - Inscrit 19 mars 2014 10 h 43

      Je pense que c'est jusqu'à 3 générations d'une mère autochtone, à moins qu'une d'elle épouse aussi un autochtone, alors là, encore le cycle des 3 générations qui recommence. Quelqu'un peu préciser?

    • Léonce Naud - Abonné 19 mars 2014 11 h 32

      S'ils le désirent, Blancs, Rouges, Noirs, Jaunes ou Verts peuvent choisir de faire partie de la nation québécoise, ou canadienne, ou américaine, ou française, ou russe, selon affinités et après examen côté moeurs et santé. Cependant, un bébé Noir, Vert ou Blanc à la naissance ne pourra jamais faire partie d'une 'nation' indienne. Pour quelle raison ?

    • Michel Lavigne - Inscrit 19 mars 2014 12 h 21

      @ Mr. Naud

      ... de la même façon que je ne serai jamais un québécois ''de souche'' puisque fils d'immigrant. Le problème, c'est que ''de souche'' est un titre qui ne défini en rien une nation, contrairement aux premières nations autochtones.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 19 mars 2014 14 h 05

      Pourquoi donc pensez-vous, M. Naud?

      Disons que lorsque des peuples sont maintenus sous tutelle et que la gouvernance qui leur a été imposée est fragmentée et ne représente pas les Nations qu'ils forment, il est plus que difficile de développer un principe de citoyenneté qui permet d'adhérer à une nation.

      La réponse devrait pourtant être évidente, puisque c'est ce à quoi beaucoup de Québécois aspirent.

    • Léonce Naud - Abonné 19 mars 2014 15 h 18

      À : Jean-Christophe Leblond,

      Le Titre indien apparaît-il à la fécondation d'une personne, à sa naissance ou plus tard lors d'une cérémonie ? J'attends votre réponse sur ces trois possibilités, dont l'une est forcément la bonne.

      En passant, je suis un ancien «Research Officer» du Ministère fédéral des Affaires indiennes et du Développement du Nord

    • Gaetane Derome - Abonnée 19 mars 2014 19 h 25

      En tout cas M.Naud,j'ai une arriere grand-mere autochtone,et ai herite de sa couleur de peau,pourtant il semble que ce titre m'echappe ainsi qu'au reste de ma famille..De toute facon,ici au Quebec,ne sommes-nous pas des quebecois(es)?
      Tant qu'aux autochtones,d'ou vient leur revendication de titres et de droits sur le territoire,puisqu'a l'origine les premieres nations etaient des peuples nomades.
      Et pourquoi s'allient-ils au Canada lorsqu'on sait que ce sont les anglais qui les ont mis dans des reserves?

  • Pierre Marcotte - Inscrit 19 mars 2014 08 h 17

    Bien peu d'informations...

    Beaucoup de boucliers, peu de faits. Les traités avec les autochtones ont été signés avec la couronne britannique, la plupart à l'époque coloniale. En se séparant, le Québec aura le loisir de conserver ou non ces alliances. Je pense qu'il serait temps de moderniser ces traités et de revoir en profondeur notre relation avec ces Premières Nations. De la même façon, leurs droits et privilèges leur ont été donnés par cette même couronne; une sécession implique que ce ne sont plus les terres de la couronne, donc tous les droits en découlant deviennent nuls et non avenus.
    Pour le droit à l'autodétermination, bien sûr qu'il faut respecter le principe pour les autres. Il faut garder à l'esprit que les revenus des réserves parviennent pour la plupart du fédéral. Peu de réserves ont un système scolaire, médical, social, etc. C'est bien beau dire qu'ils veulent être autonomes, grand bien leur fasse, mais encore faut-il avoir la structure pour s'auto-suffire. Ou à tout le moins, d'être capables de se donner les moyens d'éventuellement être capables de s'auto-suffire.
    Le régime paternaliste dans lequel le fédéral les a enfermé depuis des générations n'a pas permis cette option. En ce qui me concerne, pour l'instant, ce sont tous des citoyens Québécois.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 19 mars 2014 10 h 01

      Décider pour un autre de sa nationalité est un crime selon la Convention de Genève. La nationalité canadienne a été imposée contre leur gré aux autochtones. Si la nationalité Québécoise leur est imposée, c'est tout aussi criminel.

      Vous dites: «En ce qui me concerne, pour l'instant, ce sont tous des citoyens Québécois.» Ça n'est pas à vous de le décider.

    • Pierre Marcotte - Inscrit 19 mars 2014 10 h 48

      Je conclus donc que vous êtes d'accord avec tout le reste de ce que j'ai dit.
      Je vais toutefois préciser ma pensée, pour la mettre en ligne avec le reste de mon texte : en devenant indépendant, les autochtones ne seront plus citoyens canadiens, donc non plus sujets royaux. Leur statut de "Première Nation" devra être revu et/ou reconduit, mais leur citoyenneté sera *alors* Québécoise.

    • Michel Lavigne - Inscrit 19 mars 2014 11 h 27

      "En se séparant, le Québec aura le loisir de conserver ou non ces alliances"

      Vous verrez bien ce que vous réserve les membres des premières nations. Ils vont vous ramener à la réalité assez vite! Mais de toute façon, tout ce débat est futile. La séparation , la majorité n'en veux pas.

    • Pierre Marcotte - Inscrit 19 mars 2014 13 h 40

      @M. Lavigne: ce que vous dites là ressemble étrangement à des menaces : "Vous verrez bien ce que vous réserve les membres des premières nations".

      Je vous donne le bénéfice du doute.

    • Michel Lavigne - Inscrit 19 mars 2014 14 h 46

      Mr Marcotte,

      Vous faites peur au monde en parlant de menaces! Avez-vous seulement lu l'article dont il est question ici?

      Si oui, que dites vous de ceci:

      ''Si ce nouveau gouvernement veut lancer un mouvement vers l’indépendance du Québec, il devra nécessairement affronter l’enjeu des droits territoriaux des premiers peuples de ce territoire. Vouloir ignorer cet enjeu, ce serait s’assurer des lendemains bien compliqués…''

      Al;ors, pour vous, c'est des menaces ou une simple prise de conscience de la réalité que les ''de souches'' ne peuvent pas imposer leur volonté aux ''autres'' par la force?