Le libre-échange Canada-Corée, une nécessité

Stephen Harper avec la présidente sud-coréenne, Park Geun-hye, à Séoul
Photo: La Presse canadienne (photo) Sean Kilpatrick Stephen Harper avec la présidente sud-coréenne, Park Geun-hye, à Séoul

Après dix ans d’efforts, l’Accord de libre-échange Canada-Corée vient enfin d’être conclu. Ce premier accord commercial du Canada avec un pays asiatique est un développement majeur.

 

Plusieurs pays ont déjà signé des accords de libre-échange avec la Corée du Sud, dont notamment les États-Unis et l’Union européenne. Il était urgent que le Canada fasse de même, afin que nos exportateurs bénéficient sur le territoire coréen des mêmes avantages que les exportateurs américains et européens. L’accord Canada-Corée pourrait aussi donner un coup de pouce aux négociations en cours avec d’autres pays asiatiques, dont au premier chef le Japon.

 

Pourquoi les négociations commerciales avec l’Asie sont-elles si importantes ? Parce que l’Asie est en train de devenir le centre économique du monde. De 1980 à 2013, le poids de l’Asie dans l’économie mondiale est passé de 20 % à 37 %. Pendant ce temps, le poids combiné de l’Amérique du Nord et de l’Union européenne a glissé de 58 % à 40 %. Il est normal que le Canada veuille accéder plus librement aux marchés asiatiques, et tout particulièrement aux trois grands marchés de l’Asie de l’Est (Corée du Sud, Japon et Chine). Avec la Corée, il ne reste qu’à ratifier l’accord qui vient d’être conclu. Avec le Japon, des négociations en vue d’un accord de partenariat économique ont été lancées en 2012. Avec la Chine, un premier accord, qui porte sur la promotion et la protection des investissements étrangers, a été signé en 2012. Le reste est encore à venir.

 

Le nouvel intérêt que le Canada porte à l’Asie de l’Est ne veut pas dire qu’il va négliger ses relations commerciales avec l’Europe et les États-Unis. L’Accord économique et commercial global conclu avec l’Union européenne en octobre dernier doit bientôt être signé et ratifié. Du côté des États-Unis, l’Accord de libre-échange nord-américain (qui inclut le Mexique) est toujours là. On sent cependant une certaine déception du côté canadien. L’appréciation du dollar canadien, la concurrence asiatique accrue au sud et la récession de 2008-2009 et ses séquelles ont freiné les exportations canadiennes vers les États-Unis. En matière d’échange de services et de mobilité des ressources humaines, le progrès est lent. Les mesures de sécurité prises aux États-Unis après la tragédie du 11 septembre 2001 ont fait augmenter le coût d’exporter aux États-Unis.

 

Ottawa voudrait bien régler ces dossiers avec Washington, mais le gouvernement Obama est manifestement plus intéressé par le développement de ses relations commerciales avec les pays du Pacifique que par leur amélioration avec le Canada. Il semble accorder la priorité à la négociation d’un accord de partenariat transpacifique avec les nations du bassin du Pacifique. Rien de surprenant : les Américains comprennent aussi bien que nous que l’avenir économique de la planète se joue en Asie.

 

Pourquoi le Canada a-t-il choisi la Corée pour négocier son premier accord commercial en Asie de l’Est ? La Corée du Sud est la 12e puissance économique mondiale. Elle devance même le Canada, qui est au 13e rang. Son économie a cinq fois la taille de celle du Québec. En Asie, elle arrive au 4e rang, derrière la Chine, l’Inde et le Japon. Au cours des 20 dernières années, sa croissance économique a été plus rapide que celle de n’importe quel autre grand pays avancé. Son niveau de vie a doublé. De tous les pays d’Asie, la Corée est le plus ouvert au commerce international. Ses industries sont les plus intégrées aux chaînes de production en Chine, ce qui en fait un corridor de choix pour quiconque veut commercer avec le géant asiatique. En même temps, l’économie canadienne et l’économie coréenne sont très complémentaires. L’avantage canadien est dans les ressources naturelles et la haute technologie, alors que l’avantage coréen est dans le manufacturier et les technologies intermédiaires.

 

Une étude coréenne récente sur les effets de l’Accord de libre-échange Canada-Corée donne à croire qu’il pourrait entraîner une hausse de 70 % à 100 % des échanges entre les deux pays à court terme. Appliqués tels quels au Québec, ces chiffres voudraient dire que nos exportations annuelles vers la Corée augmenteraient de 300 à 400 millions de dollars. Nul doute que nos avions, nos appareils de simulation et nos produits agroalimentaires — notamment la viande de porc — seront immédiatement favorisés. À long terme, les effets seront encore plus importants si nos écoles de gestion et nos entreprises forment les nouvelles générations à la culture coréenne, établissent des réseaux avec les Coréens et cherchent activement à s’intégrer aux chaînes de production coréennes.

 

Évidemment, pour la culture, c’est bien parti : nous sommes déjà plusieurs à conduire des Hyundai, à téléphoner « intelligent » avec des Samsung et à regarder la télé sur nos écrans LG.


Respectivement professeur associé et professeur émérite de sciences économiques à l’UQAM

À voir en vidéo