Le SPQ Libre et la candidature de Pierre Karl Péladeau

Pauline Marois et Pierre Karl Péladeau
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Pauline Marois et Pierre Karl Péladeau

La candidature de Pierre Karl Péladeau provoque une onde de choc dans le monde politique québécois et canadien. C’est la première fois qu’un homme d’affaires de cette stature, non seulement prend publiquement position en faveur de l’indépendance du Québec, mais se porte candidat à une élection. Cependant, M. Péladeau traîne avec lui un désastreux record en matière de relations de travail avec 14 lockouts, et c’est avec raison que la FTQ le qualifie « de l’un des pires employeurs que le Québec ait connus ».

 

Le recrutement de M. Péladeau s’inscrit clairement dans une stratégie électorale pour recruter la clientèle de la Coalition avenir Québec (CAQ). Le SPQ Libre a toujours favorisé une autre stratégie électorale, soit de conquérir des voix à gauche avec un programme progressiste, de mobiliser un électorat qui, autrement, a tendance à bouder les élections. C’est une telle stratégie qui a porté le Parti québécois au pouvoir il y a dix-huit mois. La présente campagne électorale est encore jeune et nous espérons que les leçons du passé ne seront pas oubliées.

 

Par le passé, le SPQ Libre a vertement critiqué l’attitude arrogante de M. Péladeau dans ses relations de travail. Jamais le SPQ Libre ne cherchera à le blanchir de son passé antisyndical.

 

Le SPQ Libre a mené une lutte acharnée au sein du PQ pour faire inscrire dans le programme et dans la plateforme électorale une révision de la loi anti-scab. Nous déplorons vivement que cette revendication n’apparaisse pas dans la présente plateforme électorale.

 

Cependant, il ne s’agit pas ici de négocier une convention collective avec M. Péladeau. Nous passons du terrain syndical au terrain politique. Notre lutte est une lutte de libération nationale et, comme nous l’avons souvent écrit, cette lutte implique, par sa nature même, différentes classes sociales et groupes sociaux dans un front uni.

 

Dans notre histoire, le Parti québécois a constitué le lieu de ce rassemblement politique, de ce front uni. Dès sa création, il regroupait un large éventail politique, allant des créditistes à la gauche syndicale. Qu’il accueille aujourd’hui dans ses rangs un représentant du milieu des affaires aussi illustre que M. Péladeau est un signe d’une importante évolution de la situation politique au Québec et au Canada.

 

Dans notre livre Le SPQ Libre et l’indépendance du Québec. Dix ans de lutte au sein du Parti québécois, nous mettons en garde contre le danger de confier la direction du mouvement souverainiste et du Parti québécois à des éléments du milieu des affaires.

 

De malheureuses expériences historiques nous ont appris qu’ils pouvaient être vulnérables aux pressions économiques de nos adversaires et que certains s’étaient rapidement empressés de remiser le drapeau national dans lequel ils s’étaient drapés après avoir obtenu des concessions du Canada anglais. À cet égard, les intérêts de Québecor au Canada anglais doivent être pris en compte.

 

Pour le SPQ Libre, la candidature de Pierre Karl Péladeau pose un nouveau défi à la gauche et au mouvement syndical. La solution de facilité serait de se retirer de la coalition souverainiste et de rejoindre Québec solidaire, un parti qui, à son dernier congrès, a rejeté la notion même de coalition en bannissant toute entente avec d’autres partis, y compris Option nationale !

 

Dans le contexte politique actuel, rallier et voter pour Québec solidaire ne peut mener qu’à favoriser l’élection du Parti libéral de Philippe Couillard et laisser la voie libre à Stephen Harper et à son attaque frontale contre le mouvement syndical.

 

La véritable voie d’avenir est de s’appuyer sur le courant progressiste au sein du Parti québécois, fort présent comme en témoignent les candidatures de nombreux syndicalistes, progressistes et féministes, pour le développer et renforcer son influence au sein de la coalition souverainiste.

 

Seule une victoire du Parti québécois peut permettre l’adoption de la charte de la laïcité et des autres mesures progressistes de sa plateforme électorale. Seule une victoire du Parti québécois peut mettre sur la défensive le gouvernement Harper. Seule l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement majoritaire du Parti québécois ouvre la voie vers l’indépendance du Québec.

26 commentaires
  • Robert Morin - Inscrit 12 mars 2014 04 h 43

    Pragmatique

    Merci M. Laviolette pour votre franchise et votre pragmatisme. Vous êtes pleinement conscient de l'énergie nécessaire à la lutte pour faire du Québec un pays. Il est clair plus que jamais que QS n'est pas un parti pour l'indépendance du Québec.

    • Benoît Landry - Inscrit 12 mars 2014 10 h 08

      Lors de la campagne de 2012, ON et Qs se sont montrés ouverts à une entente et le PQ n'a même pas envoyé un accusé réception de la demande de groupes de citoyens inquiets de la division des votes. Alors de prétendre aujourd'hui que Qs n'est pas ouvert alors que ce parti est pratiquement le seul qui favorise le pluralisme en politique grâce à la proportionnelle est mensonger

    • J-Paul Thivierge - Abonné 12 mars 2014 10 h 25

      Les conditions que proposaient surtout Qs et moindrement ON étaient tellement envahissantes que le PQ devait laisser passer !
      Comme les conditions que la CAQ proposaient pour accepter le budget N Marceau et éviter des élections ;
      notamment l'abolition de la taxe santé ... comment combler le manque à gagner causé par la décision de P Couillard de localiser le CHUM au 1000 St Denis.

    • Jean-Sébastien Rozzi - Inscrit 12 mars 2014 11 h 42

      M. Morin,

      Le PQ ne promet pas de référendum s'il est élu (même majoritaire).
      QS, oui !

      Regardez dans votre cour avant de faire la morale aux autres.

  • Yves Côté - Abonné 12 mars 2014 06 h 16

    Le peuple pense par lui-même...

    Monsieur Laviolette, avec tout le respect que je vous dois, jusque quand le SPQ tiendra-t-il encore cette position et quelques autres comme des preuves de la tolérance d'esprit du PQ ?
    Quand on est sur un bateau alors que celui-ci ne va pas dans la bonne direction, c'est pas parce qu'on est assis dans les radeaux de sauvetage qu'on ne va pas dans le même sens...
    A mon avis, après avoir donné à un nombre déterminant d'indépendantistes l'impression que l'amplitude de la dérive du PQ pouvait leur permettre d'être inclus, Madame Marois se sert maintenant de leur enthousiasme et de l'espoir fort qui semble en rennaître pour simplement mettre plein gaz à droite... Avec la belle promesse, belle mais creuse, que ce ne sera pas si pire que ça pour le peuple.
    Sauf que les gens ordinaires ont souvent des comportements extraordinaires... et ils ne cèdent pas au urgence électorale dans lesquelles un gouvernement réussi à les placer.
    Et écoutez bien ce que ces gens disent, parce qu'ils n'ont aucune confiance en Madame Marois et ses techniques de tordage de bras à la démocratie. Les petits, les sans-grades, je ne l'invente pas, se méfient tellement de la Dame de béton et du Parti libéral, son opposant principal, qu'ils n'ont pas le coeur à aller voter. Sauf chez les anglophones chez qui on sait entretenir la peur d'un Québec français de langue.
    Ils n'ont tellement pas le coeur à aller voter, que je me demande s'ils n'auraient pas en fait le coeur à ne pas aller voter; puisque le PQ réussit à dénigrer auprès d'eux, mais sans arguments véritables en contenu, nos deux autres partis indépendantistes...
    Pour le meilleur comme pour le pire parfois, le peuple pense par lui-même et je crois que c'est bien ce qu'il est à faire présentement. En commençant par les jeunes.
    Et alors, malgré ce qu'on lui dit de faire, il surprend alors bien des spécialistes et des politiciens par ce qu'il en décide. Démocratiquement et en ne se conformant pas aux diktats.
    Vive le Québec libre, Monsieur

    • Denise Ouellet - Abonnée 12 mars 2014 13 h 10

      Comme je suis d'accord avec votre commentaire! Depuis plusieurs élections on tente (PQ-PLQ-CAQ-ADQ) de gagner des votes fonder sur la peur et non pas sur des idéaux, sur des exclusions et non sur des inclusions, sur l'économie à tout prix plutôt que sur le bon sens. Savez-vous à qui profite ces milliards$ engloutis dans l'économie. Pas aux citoyens ordinaires en tout cas!
      C'est de plus en plus vrai au PQ, comment peut-on s'allier un PKP en croyant fermement que grâce à lui la popularité du parti augmentera. Ce n'est pas moi qui en bénéficierai, ni mon voisin ou mon collègue de travail...
      En lisant la lettre de SPQ Libre, je me disais que le mot "libre" devrait être retiré du nom... Il n'a plus le sens qu'on lui avait attribué!

  • Benoît Landry - Inscrit 12 mars 2014 06 h 54

    Et pourtant

    Le PQ s'allie au gouvernement Harper pour développer le pétrole sans étude du Bape sur l'oléoduc.

    Il ne faudrait pas oublier non plus que PKP est un grand chum de Stephen Harper....

    Le jupon dépasse au PQ tentez-vous de le voiler ?

    • J-Paul Thivierge - Abonné 12 mars 2014 10 h 37

      Il serait inutile de dépenser pour un BAPE sur le Enbridge 9 B qui est en existence et de ce fait de juridiction fédérale.
      Par ailleurs c'est un moindre mal ; si Enbridge respecte les 18 conditions du CMM, Coderre et Équiterre pour 20 ans à renégocier. Comme les 300,000 barils par jour comblent les besoin Québécois, c'est un argument fondamental pour se concerter et tout faire pour empêcher le gros oléoduc de TCPL ; Énergie EST qui n'a aucune utilité ni avantage pour le Québec ; qui est pour désenclaver le sale bitumineux en ouvrant la côte est à l'exportation via des pétroliers de IRVING oil, une pétroliàre voyou [ désastres Irving whale et lac Mégantic ] En sortant le polluant bitumineux Albertain vers l'est et l'ouest permet de lui donner 15 % plus de valeur sans pour autant payer de droits de passage significatifs et autres normes plus sévères.

      En conclusion ; l'essentiel c'est NON au passage d'Énergie EST en sol Québécois !

  • Nestor Turcotte - Inscrit 12 mars 2014 07 h 50

    Deux empires

    On est passé de l'empire Desmarais à l'empire Péladeau. Dans le premier cas, c'était inacceptable. Dans le deuxième cas, c'est digne de louange. Deux Québécois pourtant...L'un vendu aux gros intérêts canadiens, l'autre....?

    • Raymond Saint-Arnaud - Inscrit 12 mars 2014 11 h 06

      L'autre est du côté des Québécois, et non pas contre les Québécois.

    • Denise Ouellet - Abonnée 12 mars 2014 13 h 17

      Ce n'est pas de l'empire dont il faut avoir peur mais de l'importance qu'on accorde à ces quelques privilégiés bien souvent au détriment du commun des mortels!
      J'aimerais bien moi avoir mon mot à dire sur les priorités étatiques et non seulement le jour des élections. On le sait bien, une fois élu ils oublient même notre nom... Félix Leclerc l'a tellement bien dit et depuis ce temps ça n'a tellement pas changé!
      Quand ce sont les riches qui définissent les priorités sociales il y a tout lieu de s'inquiéter. Ils adoptent les causes qui se vendent bien et un assisté social ça se vend mal (sarcasme)

    • Yves Côté - Abonné 13 mars 2014 03 h 27

      A mon tour, Madame Ouellet, d'humblement vous accompagner en opinion.

  • Richard St-Estèphe - Inscrit 12 mars 2014 07 h 58

    SPQ Libre, mais ignoré

    La disparition du renforcement de la loi anti-scabs démontre que votre groupe ne fait pas le contre-poids face à Péladeau (et imaginez, il n'est que candidat!)

    Son arrivée démontre que le PQ n'est plus un parti de gauche, et que les progressistes doivent impérativement quitter le navire pour QS.

    P.S. Qu'en pense Pierre Dubuc? Il n'a pas voulu co-signer votre lettre?