Aux arbres, citoyens!

Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir

Il y a quarante ans, la maladie hollandaise s’attaquait aux ormes. Aujourd’hui, l’agrile du frêne est l’insecte ravageur qui constitue la plus grande menace pour les arbres de Montréal. Nos rues et nos parcs comptent de nombreux frênes, mais nous risquons d’assister à leur disparition, à moins que les Montréalais assument un rôle plus actif dans la gestion de cet insecte nuisible, en suivant ses traces, notamment.

 

La tâche sera ardue. En effet, durant la plus grande partie de son cycle de vie, ce petit insecte vert métallique vit à l’abri, sous l’écorce du frêne. Il est donc difficile pour l’observateur amateur de le détecter avant qu’il n’ait commis d’importants ravages. Observer les arbres morts ou affaiblis de votre quartier afin d’y déceler l’oeuvre de l’agrile du frêne ne suffit pas ; celui-ci peut tout aussi bien s’attaquer à des arbres sains. Par ailleurs, il peut aisément se déplacer d’un arbre à l’autre.

 

Comme tant d’autres espèces envahissantes, l’agrile du frêne n’a pas sa place ici : son arrivée en Amérique du Nord remonte à quelques années. Sa présence chez nous pose problème. Il n’a pas d’ennemis naturels pour lui faire obstacle comme c’est le cas dans sa région chinoise natale. Il est probablement apparu en Amérique du Nord dans les années 1990, mais n’a été détecté qu’au début des années 2000 dans le Michigan, et à peu près en même temps dans la ville de Windsor. L’insecte a depuis proliféré et cause des dommages dans presque tout le sud de l’Ontario et l’est des États-Unis. Il est apparu au Québec il y a plusieurs années, et nous sommes maintenant contraints de prendre des mesures pour tenter d’en limiter les dégâts. Pour éviter l’extinction du frêne, la population doit coordonner ses efforts afin de contrôler la prolifération de cet insecte.

 

Bien qu’ils aient fait des pieds et des mains pour trouver une solution à ce fléau, les entomologistes n’ont pas encore trouvé de formule magique. Ils travaillent activement à élaborer une série de stratégies de gestion viables qui aident les municipalités à faire face à cette espèce envahissante. Entre-temps, l’agrile du frêne prolifère rapidement. D’ailleurs, il est possible d’en favoriser sa propagation sans le savoir, notamment en déplaçant du bois qui en est infesté.

 

Les municipalités doivent intervenir rapidement pour trouver une solution efficace à cette invasion ; un plan de gestion coordonné à grande échelle est nécessaire. On doit savoir précisément où sévit l’agrile, à défaut de quoi l’avenir tdes frênes à Montréal s’annonce plutôt sombre.

 

Parmi les pistes de solution, s’initier à la biologie et savoir où et quand l’agrile du frêne fait ses ravages, afin de le détecter plus rapidement. Les Montréalais peuvent devenir botanistes en herbe et, dans un premier temps, déterminer si des frênes se trouvent dans leur cour ou à proximité de leur maison.

 

Ils peuvent également devenir entomologistes ; une excellente idée étant donné que le monde a besoin d’expertise en matière d’insectes. Vous pouvez apprendre à reconnaître l’agrile du frêne, puis mettre vos connaissances à profit ! Gardez l’oeil ouvert pour détecter la présence de l’insecte, et nous pourrons travailler ensemble afin d’en ralentir la prolifération. Je tiens à ce que Montréal conserve ses frênes et j’espère que vous le souhaitez également.

 

Vous voulez savoir si l’agrile infeste déjà les frênes de votre quartier ? Examinez le tronc des arbres pour y détecter la présence d’orifices en forme de « D », voies de sortie de l’insecte, d’entailles sur le côté des feuilles, signe que les adultes s’en nourrissent, ou encore de galeries en forme de « S » que les larves creusent sous l’écorce pour s’alimenter. Bien qu’il soit parfois difficile de détecter les signes de nouvelles infestations par l’agrile, il demeure qu’en identifiant un arbre infesté, nous contribuons à gérer la propagation de l’insecte aux arbres avoisinants. Si vous observez un dépérissement de la cime d’un frêne, cela est peut-être l’indication d’un premier stade d’infection. Le cas échéant, adressez-vous immédiatement aux autorités de votre ville ou de votre arrondissement.


Christopher M. Buddle - Professeur agrégé, Université McGill

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11 commentaires
  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 7 mars 2014 00 h 17

    Excellent, mais...

    Je suis tout à fait d'accord à me porter volontaire pour sauver les frênes de Montréal. Mais votre article manque cruellement d'illustrations.

    "Une photo vaut mille mots".

  • François Crépeau - Abonné 7 mars 2014 07 h 39

    Quel frêne?

    Encore faudrait-il que le citoyen puisse reconnaître le frêne en question? Hélène Pineau, Montréal.

    • André Michaud - Inscrit 7 mars 2014 09 h 51

      La plupart des citoyens ne peuvent reconnaitre que les érables ( à cause des feuilles) et différencier les épinettes des sapins..

  • Jean-Marc Pineau - Inscrit 7 mars 2014 08 h 52

    Wikipédia et autres

    @ M. Francoeur :
    Une simple recherche par images sur Google vous donnera l'embarras du choix...
    J'ai été moi-même étonné de voir à quoi ressemblait cet insecte encore inconnu.
    On y trouve aussi des images permettant d'identifier les signes d'infection.

  • Jean-Marc Pineau - Inscrit 7 mars 2014 08 h 56

    J'oubliais de mentionner cet aspect important : en déplaçant du bois, de chauffage, par exemple, il se peut très bien que l'on contribue à la prolifération de cet insecte.