Un «nouveau Michel Chartrand»? Vraiment?

Bernard « Rambo » Gauthier est rentré chez lui après son témoignage à la commission Charbonneau.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Bernard « Rambo » Gauthier est rentré chez lui après son témoignage à la commission Charbonneau.

On délire ou quoi ? Un « nouveau Michel Chartrand », soutiennent ceux qui sont tombés sous son charme. Or « Rambo » Gauthier n’est pas Michel Chartrand. Il est précisément ce que ce syndicaliste emblématique du Québec a combattu tout au long de sa vie : le corporatisme, le chauvinisme et l’escroquerie qui vient avec. La coupe est pleine. Le supplice a assez duré. Le temps des clarifications est arrivé.

 

Le mouvement syndical québécois est rudement mis à l’épreuve depuis quelques années, surtout ces derniers mois, encore plus cette semaine. Il est déjà pénible de supporter l’expression « les syndicats », quand les médias ne font aucune distinction entre le courant affairiste mafieux hérité du syndicalisme américain et aussi présent dans UNE organisation québécoise. Cette organisation n’est pas LE mouvement syndical québécois. Et ce courant n’est pas cette organisation, la FTQ, pour ne pas la nommer, en dépit d’une direction quelque peu vacillante à certains égards. Plus encore, je prétends que ce courant n’est pas la FTQ-Construction. Encore faut-il que la FTQ-Construction ne s’identifie pas à Bernard « Rambo » Gauthier et que le Québec progressiste, à commencer par la CSN, dénonce la claque que ces admirateurs infligent à la contribution gigantesque que Michel Chartrand a apportée à l’amélioration de la condition sociale et ouvrière au Québec.

 

Pour être Chartrand, sacrer ne suffit pas. Pour être Chartrand, il faut d’abord avoir une conscience sociale qui embrasse le sort du peuple et l’avenir de la nation. Pour être Chartrand, il faut systématiquement oeuvrer à l’unité des forces vives de la société, et non pas seulement de celle de sa petite gang. Pour être Chartrand, il faut payer de sa personne et non pas faire payer les autres. Pour être Chartrand, il faut savoir donner des coups de pieds au cul, y compris aux parasites de sa propre organisation qui compromettent l’intégrité de tout le monde. Chartrand gueulait. Il engueulait surtout, tonnant sans cesse que c’est dans l’unité, et non pas dans la division, par la solidarité et non par l’intimidation, par la démocratie, et non avec les gros bras, que la classe ouvrière améliore ses conditions de travail et de vie et change les règles de la société. Toute sa vie, Chartrand a dénoncé l’affairisme mafieux qui emprunte frauduleusement les habits du syndicalisme.

 

À ce stade-ci des travaux de la commission Charbonneau, s’interdire de dissoudre les amalgames qui entachent tout le mouvement syndical québécois serait très dangereux. Une dérive, dont on perçoit déjà la trajectoire, sera empruntée : celle qui conduit à quitter la piste des gros gibiers — ministère des Transports, gouvernance ultralibérale, travaux publics et ristournes politiques — pour suivre celle du menu fretin. Une piste moins exigeante, plus facile, plus gratifiante parce que conditionnée par une opinion publique formatée. Le mouvement syndical québécois est pluriel. L’affairisme mafieux est marginal. Il faut le dénoncer sans réserve et exiger des organisations syndicales qui en sont affligées de l’éradiquer. D’aucune manière, cependant, ce courant ne peut être l’explication aux dizaines de milliards de dollars qu’on nous a volés.

 

La Commission serait bien avisée de ne pas se laisser divertir, bien qu’elle semble malheureusement, ces jours-ci, élargir son mandat pour divertir, précisément.

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25 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 28 février 2014 02 h 42

    La métamorphose...

    Je ne sais qui peut bien faire une telle comparaison entre Michel Chartrand et Bernard Gauthier, mais elle ne s’applique pas, mais vraiment pas. N’étant pas adepte du culte de la personnalité, je vais passer mon tour, à ce sujet.
    Ce que je constate, cependant, c’est que dans le paysage syndical, nous venons d’entendre un discours différent de ce auquel nous ont habitué les bonzes de ce secteur de la société civile. Et le passage de Gauthier à la Commission Charbonneau nous a permis de constater que non, tout ne va pas bien madame la marquise dans les relations de travail sur les chantiers de construction. Si j’ose une prédiction, ce même Gauthier a pris conscience qu’il y a d’autres moyens d’élaborer un rapport de force et je suis assuré que nous n’avons pas fini d’entendre parler de lui, avec la finesse d’esprit et l’intelligence qu’il a su déployer pour faire valoir ses principes de syndicaliste.

    • Alain Lavoie - Inscrit 28 février 2014 09 h 12

      Bien d'accord avec vous, M. Bernier, la comparaison Chartran-Gauthier ne tient pas la route. Il faut se rendre à l'évidence que le syndicalisme n'est plus ce qu'il était: il en est un d'affaires et il a droit à sa place de vrai partenaire dont il faut tenir compte dans l'échiquier social.

    • Raymond Turgeon - Inscrit 28 février 2014 11 h 28

      Pour la finesse, on repassera.
      Les discours à la ''Rambo'' me sont très familiers; rien de nouveau pour moi. Certes, il n'est pas dépourvu d'intelligence, bien évidemment, et il soulève des problématiques qui existent réellement, mais ses dérives abusives sont inacceptables.
      Pendant 10 ans, j'ai été président d'un syndicat affilié à la CSN dans une scierie de bois franc dans les Hautes Laurentides, un milieu de travail à l'époque (1988 à 1998) au bas mot rétrograde, et je pèse rigoureusement mes mots.
      La fin ne justifie pas les moyens. Moi aussi j'ai songé à distribuer des paires de claques et dans mon cas, je subissais un harcèlement direct d'une lourdeur difficile à immaginer. Je m'en suis bien gardé.
      Rambo aurait eu intérêt à alerter les médias et à exercer des pressions politiques (avec l'appui de sa centrale) pour faire respecter les travailleurs qu'il représente et favoriser leur perfectionnement.
      Doit-on penser que la FTQ endossait ses méthodes plutôt que d'utiliser les moyens que je propose, et qui pourtant constituent la manière normale et civilisée de se battre?
      Et quand j'étais portier au Café Campus, de 1975 à 1977, Michel Chartrand était le président du Conseil central de Montréal.
      J'ai aussi eu le bonheur de recontrer Chartrand à l'occasion de quelques unes de ses conférences et croyez-moi, il imposait le respect et suscitait l'admiration par la qualité de ses valeurs et de son engagement.
      Rien en commun avec un culte; Rien en commun avec Rambo.

      Raymond Turgeon

  • Jean-Robert Primeau - Inscrit 28 février 2014 07 h 52

    Bravo !

    M. Larose a parfaitement raison. On se laisse berner par un boulé qui est très manipulateur. Le rapprochement de Rambo avec Michel Chartrand est odieux.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 28 février 2014 09 h 29

      Me revient à l'esprit la phrase de Chartand : «On va leur montrer à vivre ces %/?*/%?& de monde-là !» Son travail n'est pas terminé ! Et son organisme a été infiltré par des poux !

      Entre choisir Arsenault pis son chum qui coûte cher ou Gauthier, je n'hésite pas beaucoup. Entre un gars qui tergiverse et un autre qui applique mille livre de pression contre 999 livres de résistance, j'opte pour celui qui pousse !

      Est-ce qu'on oublie que le combat de Chartand et Gauthier est le même : S'opposer devant des entrepreneurs qui coupent tout ce qui bouge ?

      Michel Chartand était traité de la même manière par les autorités que Gauthier l'est aujourd'hui, comme une nuisance publique ! Et vous retombez dans le même panneau.

      On apprendra donc jamais !

      PL

    • Jérémie Poupart Montpetit - Inscrit 28 février 2014 12 h 45

      @ Mr. Lefebvre,
      la différence, c'est que chartrand n'est pas allé voir les entrepreneurs de la côte nord en leur disant: "écoute mon grand, soit tu prends 90% de travailleurs de ma gang pis tu nous sert de la soupe a 50 000$ par an, soit tu décrisse pis on pète ton chantier".

      J'avoue que c'est tout Chartrand ça... *cynisme*
      JPM

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 1 mars 2014 07 h 22

      Je me souviens que Chartrand et Larose n'étaient pas des poètes non plus. Ils étaient vigoureux eux aussi. J'en reste là.

      PL

  • Michel Mondat - Inscrit 28 février 2014 08 h 29

    Une insulte!

    Cette affirmation est une insulte pour le grand homme et le grand humaniste du Québec que fut Michel Chartrand.
    Comparer ce bandit et ce voyou de grand chemin à quelqu'un qui a influencé et inspiré plusieurs générations tient du délire.
    De plus, et c'est là l'effet pervers de la commission Charbonneau, donner la parole à ce genre de malfrat, rire de ses boutades, le traiter avec un respect et une diligence exagérés, sans compter l'angélisme et la mièvrerie des commissaires, revient à cautionner ses agissements en lui offrant une vitrine que lui-même n'aurait jamais espérée.
    La commission Charbonneau, c'est comme si on demandait aux dames de Saint-Anne de discuter de la violence au hockey!

  • Claude Saint-Jarre - Abonné 28 février 2014 08 h 30

    Gros gibiers

    Je suis tout à fait d'accord avec monsieur Larose, surtout la question des gros gibiers éludée, auxquels j'ajouterais Hydro-Québec et la construction des barrages sans besoins réels qu'il y en ait plus. J'espère que la Commission lit le Devoir!

  • Jacques Morissette - Inscrit 28 février 2014 09 h 36

    Heureusement que les gens sont intelligents pour ne pas tomber dans ce piège.

    C'est tellement facile de cibler quelqu'un en disant qu'il est à l'image de tout ce qui a odeur de syndicalismes. Ça pourrait même ressembler à une invitation à une chasse aux sorcières. Heureusement que les gens sont assez intelligents de ne pas tomber dans ce type de piège.