Le ski de fond, bientôt un sport de riches?

En cette période d’Olympiques, il serait temps de ramener plus de monde sur les sentiers.
Photo: Olivier Zuida - Le Devoir En cette période d’Olympiques, il serait temps de ramener plus de monde sur les sentiers.

Je suis un skieur de fond depuis plus de 37 ans. J’ai connu l’époque du ski de fond accessible et populaire, car c’était gratuit. J’ai commencé à skier au mont Saint-Bruno, le parc était très fréquenté et on faisait la queue pour y entrer.

 

Depuis l’an 2000, on a imposé une tarification d’entrée dans les parcs, j’avais écrit une lettre de protestation contre cette mesure en insistant sur le fait qu’on priverait un bon nombre de citoyens d’un bien public. On pénalise ainsi le citoyen qui veut prendre soin de sa santé.

 

Depuis quelques années, le tarif d’entrée est passé de 3,50 $ à 6,50 $/personne/jour. L’abonnement annuel, de 16 $ à 30 $.

 

La tarification pour le ski de fond est de 13,48 $/personne/jour, plus taxes. Ça commence à faire cher pour faire 1 heure de ski…

 

L’abonnement de saison pour le ski de fond est de 161 $ plus taxes. Le tarif a augmenté constamment depuis l’an 2000. C’est maintenant plus cher qu’un abonnement de ski alpin. On peut en obtenir pour entre 100 $ et 160 $ en semaine.

 

Je concède que l’abonnement de ski donne accès à tous les centres de ski de fond SEPAQ au Québec, mais on voit rarement un Montréalais utiliser le parc d’Aiguebelle en Abitibi, ou le parc du Mont-Mégantic en semaine.

 

Le skieur de fond avec une conscience écologique ne fera pas 400 km de voiture pour skier 20 km. Si on regarde sur le site de la SEPAQ les conditions de neige, on remarque souvent que les sentiers n’ont pas été retracés, on invoque diverses raisons (bris de matériel, neige attendue, pluie, glace, etc.) justifiant le report de l’entretien.

 

Je crains que le ski de fond ne devienne un sport accessible qu’aux nantis, alors que tous les citoyens auraient intérêt à pratiquer ce sport (le plus complet qui soit). Des études scientifiques ont prouvé que le skieur de fond de plus de 80 ans a une meilleure forme physique générale que le coureur du même âge.

 

Vivre vieux et en forme serait-il réservé à une minorité ? Une pratique assidue d’une activité physique améliore la santé générale, réduisant ainsi le recours aux services de santé.

 

En Norvège, le ski de fond est un moyen de transport entre les différents villages. Les pistes sont entretenues. Il serait difficile d’en faire autant en Montérégie vu nos hivers capricieux. On devrait développer une politique d’accessibilité à ce sport pour la population en général. Réduire les tarifs d’entrée serait un premier pas dans ce sens.

 

J’ai remarqué que la fréquentation du parc du Mont-Saint-Bruno avait diminué cette année. D’habitude, les fins de semaine, les terrains de stationnement étaient remplis, on faisait même la queue au poste de péage. Je n’ai vu rien de tel cet hiver.

 

En semaine aussi, c’est moins plein. J’ai eu des commentaires sur la cherté de l’activité. Je n’ai pu que confirmer que c’était vrai. Ces commentaires venaient de professionnels (donc des nantis) qui hésitaient à payer aussi cher pour une activité d’une aussi courte durée (le skieur moyen passe environ 1 heure 15/randonnée).

 

Quand j’étais plus jeune, je mesurais l’accessibilité d’une activité à son tarif horaire : si le tarif horaire était supérieur au salaire minimum c’était trop cher payer. Du ski de fond à 19 $. C’est presque le double du salaire minimum à 10 $.

 

Si on compare en plus au ski alpin, il n’y a pas de remontée mécanique en ski de fond, ni de personnel de soutien pour assurer la sécurité des remontées. Le seul coût, c’est l’entretien mécanique des sentiers.

 

À Bromont, en ski alpin, on peut trouver des tarifs saisonniers qui varient de 100 $ à 300 $ environ. On a développé une politique de bas tarifs et la station s’est développée.

 

Comment se fait-il qu’on puisse offrir du ski à 10 $/jour au parc de la Mauricie ainsi qu’à celui de la Gatineau, de même qu’à Craftsbury au Vermont (là-bas, on fait de la neige pour allonger la saison de ski) ?

 

En cette période d’Olympiques, il serait temps de ramener plus de monde sur les sentiers, de profiter du bel hiver enneigé. Dans les années 1970, une des retombées des Olympiques fut de faire prendre conscience au Québécois moyen qu’il devait se remettre en forme. Le Suédois de 60 ans était en meilleure forme que le Québécois de 25 ans.

 

On a vu nos compatriotes fréquenter les centres de ski de fond, se mettre au jogging, bref, s’activer. Quarante ans plus tard, il n’est pas trop tard pour se rattraper. Une dimi- nution des tarifs serait un pas dans la bonne direction.

19 commentaires
  • André Chevalier - Abonné 22 février 2014 02 h 21

    Un service qui devrait être public

    Chez nous, à Chute-Saint-Philippe dans la région de Mont-Laurier, le ski de fond, c'est 5$/jour pour les plus de 18 ans, gratuit pour les enfants (y compris pour l'équipement) et 25 $ pour la passe annuelle. Pour la raquette, tout est gratuit.
    L'activité est largement subventionnée par la municipalité de Chute-Saint-Philippe, ce qui devrait être le cas partout.

    http://www.chute-saint-philippe.ca/loisirs-culture

    André Chevalier
    Club de ski de fond de Chute-Saint-Philippe

  • Josette Allard - Inscrite 22 février 2014 05 h 55

    C'est très vrai

    J'ai commencé à skier il y a 41ans. Les tarifs n'ont eu de cesse d'augmenter. Pour bien des familles avec deux ou trois enfants c'est devenu un sport trop dispendieux.

  • Bernard Terreault - Abonné 22 février 2014 08 h 06

    Appui à 100%

    Je vous appuie à 100%. Ski, vélo, natation et autres activités cardiovasculaires constituent des investissements en santé plus rentables et bien moins coûteux que les mégahôpîtaux !

  • François Beaulé - Abonné 22 février 2014 08 h 20

    Tarifs excessifs

    Avec les taxes pour un adulte, le tarif du ski de fond est de 15,50$ par jour. Ce tarif n'inclut pas le droit d'accès au parc provincial. Le «forfait» incluant l'accès est de 21,60$ par jour.

    Entretenir des pistes de ski de fond est facile et peu coûteux. Il ne coûte pas 15$ par skieur, c'est impossible. La SEPAQ devrait ouvrir ses livres pour que les citoyens puissent déterminer le coût réel de l'entretien des pistes et le moyen de le réduire, si nécessaire.

  • Bernard Terreault - Abonné 22 février 2014 08 h 26

    J'en rajoute

    Ski de fond, vélo et natation sont aussi des activités qui risquent peu de causer des blessures ou des dommages aux cartilages et aux tendons. Ce sont des mouvements aussi naturels que la marche tout en étant plus stimulants, plus exigeants. Le pire qui puisse vous arriver c'est de vous sentir tout raide pour une journée ou deux si vous avez dépassé votre limite habituelle. Ce sont des sports pour tous, même ceux qui ne se pensent pas des athlètes, tout en n'étant pas pépères comme le golf. Par opposition, la course à pied extrême ou le hockey peuvent totalement abîmer les genoux, le ski alpin ou acrobatique cause maintes fractures tout en n'étant pas vraiment cardio, le tennis peut vous abîmer le coude au point de devoir abandonner, etc.