L’histoire au profit de l’ensemble des Québécois

L'annonce effectuée le 12 février dernier dans la Gazette officielle du Québec d’une modification du Règlement sur le régime des études collégiales en vue de l’introduction d’un élément de formation en histoire du Québec à la formation générale commune des cégeps concrétise encore davantage le projet de renforcement de l’enseignement de l’histoire nationale proposé à l’automne 2013 par les ministres de l’Enseignement supérieur et de l’Éducation, Pierre Duchesne et Marie Malavoy. Il s’agit là d’une excellente nouvelle, tant pour les futurs étudiants des cégeps que pour l’ensemble de la société québécoise, et il faut saluer la décision courageuse du gouvernement.

 

L’apparente tiédeur manifestée par des organisations patronales et syndicales du milieu de l’enseignement collégial en réaction à cette annonce doit être mise en perspective. Le retrait d’un cours complémentaire, le réaménagement des ressources professorales que cela suppose et le calendrier serré prévu pour l’introduction du nouveau cours bouleversent les acquis et suscitent de l’inquiétude. Et nombre d’entre nous auraient préféré que l’implantation de ce cours procède par l’ajout de ressources et non par le remplacement d’un cours complémentaire. Mais à trop insister sur les résistances institutionnelles suscitées par l’introduction d’un cours d’histoire obligatoire, on risque de passer à côté de l’essentiel : une meilleure formation pour les étudiants d’aujourd’hui et de demain.

 

Effacement graduel

 

 

Des études antérieures ont montré que moins du quart des cégépiens ont suivi un cours d’histoire en 2009, que moins de 5 % ont suivi un cours sur l’histoire du Québec, et qu’au fil des années, nous avons assisté à un effacement graduel de toute référence au Québec comme cadre d’application des compétences. Cette occultation est préoccupante compte tenu du fait que c’est souvent lors de leur séjour au cégep que les jeunes adultes qui le fréquentent vivent leurs premières expériences professionnelles et citoyennes signifiantes. La décision du ministre Duchesne vient corriger ces lacunes de l’enseignement collégial.

 

Nous pensons que l’introduction d’un cours d’histoire du Québec contemporain donné par des professeurs d’histoire sera de nature à consolider les acquis développés au secondaire par les étudiants des cégeps dans le champ dit de « l’univers social », à fournir un corps de connaissances, des méthodes de travail et des outils d’analyse propres à parfaire leur formation, à élargir leurs horizons et à mieux les préparer à jouer un rôle actif et positif à titre de citoyens du Québec.

 

Ce n’est pas une vaine parole de dire que nous, les professeurs d’histoire des cégeps, sommes prêts et enthousiastes à l’idée d’assumer l’enseignement du nouveau cours d’histoire du Québec contemporain et que notre dynamisme, nos compétences et notre expérience du milieu de l’enseignement seront mis à contribution afin de nous assurer que l’introduction de ce nouvel élément à la formation générale commune des cégeps soit une réussite et une source d’enrichissement pour les étudiants.

 


Professeurs et professeures d'histoire signataires:

Rosemarie Allard (Cégep de Sainte-Foy), Céline Anctil (Cégep de Sainte-Foy), Christian Arcand (Cégep Gérald-Godin), Michelle Asselin (Cégep Garneau), Frédéric Barriault (Collège de Maisonneuve)Frédéric Bastien (Collège Dawson), Stéphanie Beaupied (Cégep de Trois-Rivières), Yves Bégin (Collège Montmorency), Sylvie Bélanger (Collège Montmorency), Mathieu Boivin-Chouinard (Cégep de Granby Haute-Yamaska), Philippe Bouchard (Cégep Marie-Victorin), Guillaume Breault-Duncan (Cégep André-Laurendeau), Charles Brochu-Blain (Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne), Tania Charest (Cégep Bois-de-Boulogne), Patrice Charron (Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu), Nicolas-Hugo Chebin (Cégep Gérald-Godin), Étienne Côté (Cégep régional de Lanaudière à L’Assomption), Paul Dauphinais (Collège Montmorency), Éric David (Collège de Valleyfield), Mathieu Delisle (Collège de Maisonneuve), Boris Déry (Cégep de Victoriaville), Denis Dickner (Cégep Limoilou), Alain Doyon (Cégep de Drummondville), Andrée Dufour (Centre interuniversitaire d'études québécoises), Vincent Duhaime (Collège Lionel-Groulx), Marc-André Durand (Cégep de Saint-Jérôme), Nicolas Fleury (Cégep de Saint-Laurent), Marie Fortin (Cégep André-Laurendeau), Nicolas Fournier (Cégep de Saint-Jérôme), Pascal Gagnon (Cégep de Rimouski), Christian Gagnon (Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu), Viviane Gauthier (Collège Montmorency), Catherine Gélinas (Cégep de Rimouski), Michèle Gélinas (Collège de Maisonneuve), Luc Giroux (Cégep Édouard-Montpetit), Sylvain Guilmain (Cégep du Vieux Montréal), Julie Guyot (Cégep Édouard-Montpetit), Christophe Hugon (Cégep Édouard-Montpetit), Gabriel Jacques-Bélair (Collège de Bois-de-Boulogne), Marie-Odette Lachaine (Collège Laflèche), Sylvain Lacoursière (Collège Ahuntsic), Louis Lafrenière (Cégep Édouard-Montpetit), Luc Laliberté (Cégep Garneau), Daniel Landry (Collège Laflèche et Cégep de Trois-Rivières), Karine Laplante (Cégep du Vieux Montréal), Gilles Laporte (Cégep du Vieux Montréal), Jean Sébastien Lavallée (Cégep du Vieux Montréal), Christiane Leduc (Collège de Valleyfield), Luc Lefebvre (Cégep du Vieux Montréal), David Lessard (Cégep de Sainte-Foy), Mario Lussier (Cégep de Lévis-Lauzon), Marco Machabée (Collège de Bois-de-Boulogne), Yan Maclure (Cégep de Sorel-Tracy), Coralie Marin (Cégep de Saint-Laurent), Daniel Massicotte (Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu), Alexandre Matteau (Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne), David Milot (Cégep régional de Lanaudière à L’Assomption), Josée Morrissette (Cégep régional de Lanaudière à Joliette), Chantal Paquette (Cégep André-Laurendeau), Nathalie Picard (Cégep André-Laurendeau), Jacques Pincince (Collège Rosemont), Stéphanie Poirier (Cégep régional de Lanaudière à Joliette), Ariane Poulin (Collège Rosemont), Francis Primeau (Collège de Maisonneuve), Christine Pronovost (Cégep de Sainte-Foy), Simon Rainville (Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne), Patrice Regimbald (Cégep du Vieux Montréal), Annie-Claude Roberge (Cégep de Thetford), Raphaël Rousseau-Mercier (Cégep de Sept-Îles) Simon Roy (Cégep Garneau), Jonathan Royer (Cégep de Lévis-Lauzon), Michael Rutherford (Cégep Gérald-Godin), François Sauvé (Collège de Valleyfield), Lynda Simard (Cégep de Sainte-Foy), Hélène St-Denis (Collège Montmorency), Stéphane St-Gelais (Cégep de Sept-Îles), Geneviève Tremblay (Cégep de St-Jérôme), Samuel Trudeau (Collège de Maisonneuve), Yanic Viau (Cégep du Vieux Montréal), André Yelle (Cégep de Saint-Laurent).

 

7 commentaires
  • André Michaud - Inscrit 19 février 2014 09 h 22

    Quelle histoire?

    L'histoire est interprétée de façon différente si on est blanc ou améridien, si on est séparatiste ou non, si on est anglo ou franco.. etc...

    Comme les jeunes ont peu de notions ils se fieront-ils aveuglément aux profs ou sauront-ils développer leur esprit critique personnel ?

    • Nicolas Bouchard - Abonné 19 février 2014 10 h 23

      M. Michaud,

      Dans le milieu académique, on parle d'écoles d'interprétation. Un bon professeur saura présenter à ses élèves plus d'une interprétation différente et cela leur permettra d'éviter de voir l'histoire tel un dogme unidirectionnel mais plutôt comme une matrice pour alimenter leur réflexion.

      Nicolas B.

    • Guillaume Fournier - Inscrit 19 février 2014 15 h 02

      La question de la "vérité" est au centre des réflexions historiennes depuis plus de 40-50 ans. Il y a d'importants débats entre les différentes factions de chercheurs des sciences pour s'assurer de créer un savoir vérifiable et, surtout, près de la vérité. Aujourd'hui, la prise en compte des "races", genre, sexe, provenance, etc, sont au coeur des préoccupations historiques.

      Ce serait comme remettre en question les principes chimiques d'aujourd'hui, sous le fait que certaines expériences échouent. Si vous désirez en savoir plus, des sites comme "JSTOR" et "CAIRN" sont des bases de données sur les articles scientifiques de recherche, dont l'histoire, et vous trouvez amplement de débats sur ces questions d'interprétation.

  • André Fournier - Inscrit 19 février 2014 11 h 25

    Quelle histoire?

    Quelle interprétation peut-on apposerà certains faits? Jacques Cartier est le premier Français à mettre ses pieds au Canada. Samuel de Champlain a bel et bien fondé la ville de Québec. Le Canada est devenu un pays incluant le Québec en 1867. Pierre Laporte a été tué par des crapules. La souveraineté a subi deux défaites par vote lors de deux référendums. Et j'en passe. La seule façon d'interpréter certains faits est de mentir! Ou d'y trouver des motifs artificiels pour expliquer les faits. Ça ce n'est pas de l'histoire, mais de la fabulation.

    • Loraine King - Abonnée 19 février 2014 14 h 26

      Définitivement que Pierre Laporte a été tué par des crapules, des manipulateurs et menteurs. Ceci n'est pas sujet à une interprétation quelconque. Ce qui est discutable c'est de faire croire à des gens sensés que Pierre Laporte est mort parce qu'il a tenté de fuir, qu'il aurait vécu s'il avait obéit aux crapules dont les gestes furent prémédités. Cela est de la fabulation de premier ordre que seuls quelques illuminés peuvent prendre au sérieux.

    • Guillaume Fournier - Inscrit 19 février 2014 14 h 59

      Étant un chercheur en histoire, je peux vous répondre. Cette question est cruciale dans le domaine historique, mais aussi dans n'importe quelle autre science. Un chercheur en médecine peut trafiquer ses "groupes tests" pour obtenir des résultats probant pour des médicaments; cela s'est déjà produit et se produit encore aujourd'hui.

      Néanmoins, la méthode historique est comme la méthode scientifique; utilisation de documents de référence, vérification par des pairs, analyses/compte-rendus, etc.

      Il est évident que l'idéologie peut s'infiltrer, comme dans tous les domaines de recherche. Par exemple, le gouvernement canadien et d'autres organisations "nationales" (force armée, par exemple), ont leurs propres historiens, et il est inutile de dire qu'ils sont influencés, à différents niveaux, par cela. Mais les spécialistes du domaine sont aptes à juger de ces travaux et d'affirmer s'ils sont effectués dans les règles de l'art.

      Comme le disais M. Bouchard plus haut, il y a plusieurs écoles historiques, non pas pour des raisons idéologiques, mais souvent des écoles historiographiques qui vont focaliser sur certains aspects (économie, social, histoire par le bas, etc, dont les noms sont connus par les spécialistes tels que les révisionnistes, post-modernistes, etc, etc).

      Il faut s'assurer que ce soit les professionnels de la recherche qui supervice la création de ces documents, en spécifiant les différentes analyses historiques, et non un seule groupe qui "fabrique la vérité historique", ce qui arrive fréquemment dans les manuels d'histoire en Europe et en Asie.

      Ici, nous craignons tellement que l'histoire "blesse" qu'elle est dénaturée et vidée de son contenu historique. Les "faits" ne sont pas le but de l'histoire (voir ici une date), mais l'analyse des causes et des impacts des évènements, mentalités et processus historiques sur la société et ses individus.

  • gaston bergeron - Abonné 19 février 2014 12 h 47

    Ni « interpréter » ni «mentir ou expliquer »

    ...mais voir, chercher, savoir et réfléchir.