L’«économie de proximité» mérite d’entrer dans les programmes électoraux

Dans un contexte où les communautés locales, citoyens et élus, sont de plus en plus inquiètes des transformations de l’économie — notamment des pertes de souveraineté qu’elles entraînent sur leur territoire et leurs ressources et de la menace qu’elles font peser sur l’emploi régional —, l’idée d’un renforcement d’une « économie de proximité », ancrée dans les territoires, axée sur les besoins plutôt que sur l’offre et disposant de règles prudentielles, est perçue par plusieurs comme un espoir réinventé.

 

Les territoires ne sont cependant pas des isolats. Les choix qui les concernent exigent d’être replacés dans les débats et choix collectifs qui engagent l’avenir de la société québécoise. En ce sens, il m’apparaît évident que la vigueur et la générosité des initiatives citoyennes ne peuvent faire disparaître l’impératif d’un cadre macro-politique que seule une mobilisation de tous les mouvements sociaux pourra être en mesure d’imposer.


Des enjeux mondialisés

 

La crise que nous traversons depuis 2008 n’a rien d’une « petite crise », mais tout d’une « grande crise », comparable à celle des années 1930 par son ampleur et sa profondeur. Car la crise actuelle est globale, tout à la fois économique et sociale, dimensions auxquelles il faut ajouter, cette fois, la dérive écologique.

 

D’où la fracture de plus en plus nette entre la création de richesses sur le plan économique et le progrès social et écologique […]. Aujourd’hui, c’est la notion de transition écologique de l’économie qui a pris les devants dans les mouvements sociaux, signalant ainsi la nécessaire transformation profonde de l’économie elle-même.

 

Une réponse locale

 

Nombreuses sont les collectivités québécoises qui ont compris que le développement local passe en bonne partie par une économie de proximité renouvelée, qui passe par de nouveaux créneaux, mais aussi par la conversion écologique du tissu économique productif local plus ancien.

 

Mais attention. Si les communautés locales ont pris, en règle générale, la direction d’un développement écologique et solidaire en mettant en marche différentes initiatives à l’échelle de leur territoire, on ne peut en rester au small is beautiful. Les rapports de force inégaux qui dominent nos régions, introduits et mis en place par l’économie capitaliste de marché, se doivent d’être pris en compte et bousculés avec vigueur. Car ce sont les multinationales qui gouvernent pour beaucoup nos vies et, par le fait même, notre développement local et régional. Et ce sont leurs lobbies qui influencent le plus nos élus locaux et nationaux.

 

Pour bousculer avec vigueur les intérêts des entreprises et déplacer le rapport de force en faveur des communautés, comme l’exige la transition écologique de l’économie, il faut certes des consultations publiques périodiques entre acteurs locaux. Mais en plus de ces consultations où ce sont souvent « toujours les mêmes » qui interagissent, il nous faut des mouvements sociaux, indépendants de ces consultations qui, à elles seules, capturent trop souvent les énergies citoyennes. Il nous faut aussi un État central en lien avec les gouvernements locaux et les initiatives citoyennes vigilantes. Car dans le rapport de force, c’est l’État qui en dernière instance peut jouer un rôle majeur pour contraindre les multinationales. […]

 

Nous sommes dans un contexte où il faut inverser la tendance : faire prédominer la mobilisation et la perspective d’un « projet politique commun » plutôt que la « consultation partagée » à l’échelle locale.

 

Une action politique fédérative

 

Actuellement, deux stratégies qui se distinguent coexistent à l’échelle des territoires : celle qui mise sur l’organisation d’une revendication, la défense du droit des communautés à contrôler ses ressources, la création d’alliances entre comités de citoyens, groupes écologiques et municipalités progressistes. Et une seconde qui cherche à construire une alternative par des entreprises collectives, créatrices d’emplois et génératrices de revenus, faisant émerger des partenariats avec des institutions publiques de proximité. Les deux peuvent et doivent se rejoindre dans une action plus large et faire cause commune. […]

 

Nombreuses sont les organisations qui comprennent que ces réponses inédites de communautés locales ne suffiront pas, à elles seules, à faire avancer le chantier de la transition écologique de l’économie. Et des voix s’élèvent dans le débat public pour exiger des États que soit mise en priorité, par exemple, la conversion écologique de nos économies dans l’habitat et dans le transport, ou encore pour inviter ces mêmes États à miser en priorité sur les énergies renouvelables. […] D’autres choisissent de miser sur des institutions internationales et des États qui appuient le droit des peuples à la souveraineté alimentaire […].

 

Voilà le type de plateforme qui chemine dans certaines organisations, plateforme qui ouvre la voie à une action fédérative des mouvements sociaux pour peser sur les politiques publiques et répondre au défi d’une transition écologique de l’économie à une échelle qui dépasse le local. Pour un peu, ces idées pourraient faire leur chemin dans la plateforme des partis politiques progressistes au cours des prochaines élections.

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