Accusations non fondées

Le Devoir s’est inquiété la semaine dernière de quelques cas d’étudiants ayant rédigé leurs examens en anglais à la faculté de droit de l’Université de Montréal. L’occasion est donc belle de rappeler le rôle que notre faculté joue dans l’intégration des étudiants de toute provenance à la société québécoise et l’importance que notre université accorde à la langue française.

 

Les statistiques les plus récentes montrent que moins de 1,5 % des examens ont été rédigés en anglais à la faculté de droit au cours de la première année de baccalauréat d’une cohorte de quelque 400 étudiants et que seulement 22 d’entre eux se sont prévalus, une fois ou plus, de la possibilité de rédiger leurs examens en anglais.

 

À la lumière de ces données, rien ne permet de conclure que l’Université de Montréal s’anglicise ou fait preuve de laxisme dans l’application de sa politique linguistique. En fait, non seulement un nombre infime d’étudiants se prévalent de la possibilité de rédiger leurs travaux ou leurs examens en anglais, mais ce nombre s’estompe avec le temps, preuve que la période de transition qui leur est accordée donne de bons résultats.

 

Depuis plusieurs décennies, nous avons accueilli des étudiants provenant de la communauté anglophone ou issus de l’immigration. Et au terme de leur parcours au sein de notre faculté, ces étudiants ont acquis non seulement une solide formation juridique, mais également une meilleure maîtrise de la langue française. C’est ainsi que nous comptons parmi nos diplômés le regretté Alan B. Gold, qui a été juge en chef de la Cour supérieure du Québec, et l’honorable Herbert Marx, qui a été ministre de la Justice du Québec et juge à la Cour supérieure.

 

Plusieurs générations d’étudiants se sont succédé à notre faculté depuis ces brillants juristes, mais je suis convaincu que leurs successeurs se trouvent aujourd’hui dans nos classes. Leurs noms ont toutes les consonances et leurs idéaux brillent tout aussi fort. Qu’ils apprennent à connaître à la fois le droit civil et la langue française ne peut être qu’un avantage pour le Québec et je suis fier de la contribution de ma faculté à cet apprentissage dans la langue de Maximilien Caron.


Guy Lefebvre - Doyen de la faculté de droit de l’Université de Montréal

 

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8 commentaires
  • Nicole Bernier - Inscrite 3 février 2014 09 h 14

    Enfin, la raison et la fierté de la langue française remise au centre

    ...pour contrer cette tempête dans un verre d'eau que certains pro-chartes tentent de provoquer...

    Ceux qui s'acharnent contre ces processus qui favorisent la transition d'une langue à l'autre, qui favorisent la transition des anglophones vers la maîtrise de la langue française (sans pour autant être obligé de détruire leur statut d'excellent étudiant et se rendre inaccessible aux bourses favorisant les études supérieures) indiquent quoi sur leur propre priorité ? N’est-ce pas la même chose que ceux qui, au nom de la religion catholique, s’attaquaient à toute législation qui aurait favoriser des parcours spécifiques ouvrant sur une meilleure connaissance des autres groupes ethniques ou nationaux?...

    Veut-on une université qui ne reçoit que des francophones qui ne sont pas musulmans? Quand je suis retournée aux études en 1996, tous les professeurs que j’ai eu, connaissaient ce qui avaient été produit par les Français, mais la majorité d’entre eux, ne connaissaient rien de ce qui était produit dans le reste du Canada, aux Etats-Unis ou ailleurs dans le monde… Face à la compétition internationale, il était clair que si les francophones voulaient se faire un place, comme scientifique, sans changer de pays, ils devaient commencer à lire en anglais et explorer d’autres milieux universitaires que ceux de la France.

    De plus, combien allons-nous en recevoir de ces étrangers qui peuvent rehausser le statut de l'université francophone au niveau du statu international et sa capacité de discuter des idéologies culturelles différentes (la science n'est pas objective, elle y tend en se frottant à la diversité des autres interprétations nationales) et nos jeunes doivent être capables de se décentrer.... tout en sachant reconnaître ce qui, culturellement, leur appartient...

    • Jean Richard - Abonné 3 février 2014 11 h 13

      On a parfois l'impression que vous accordez à l'anglais un statut d'universalité qu'il n'a pas. Par ailleurs, ce que vous reprochez à ces professeurs qui connaissaient TOUT de ce qui se produisait en France et RIEN (j'emploie vos mots) de ce qui se produisait dans le ROC ou aux États-Unis, vous ne semblez pas pressée de le reprocher aux anglophones du ROC ou des États-Unis. Car c'est un constat qu'on n'a pas inventé ce matin : en Occident, le plus haut taux d'unilinguisme individuel se retrouve chez les anglophones.

      Des anglophones, j'en ai côtoyé toute ma vie (je ne suis pas unilingue). Certains d'entre eux avouaient même ressentir un certain malaise devant leur incapacité à apprendre d'autres langues. C'est qu'ils ont trop souvent cru que seul l'anglais était utile. Puis un jour, ils se sont rendus compte qu'il existait autre chose que les États-Unis...

    • Peter Kavanagh - Inscrit 3 février 2014 12 h 38

      M. Richard, sans accorder un statut d'universalité à l'anglais, c'est quand même la langue qui est la plus étendu. Je ne parle évidement pas du nombre d'individu qui la parle mais bien d'une lanque que l'on retrouve partout. J'ai beaucoup voyagé ( et non, pas seulement au USA et en Europe) et c'est toujours l'anglais qui est utile quand vous ne connaissez pas la lanque locale. Que ce soit en Asie, em amérique du sud, en afrique ou en scandinavie. Vous trouverez toujours quelqu'un qui parle anglais contrairement au Français, à l'allemand ou l'espagnol.

    • Nicole Bernier - Inscrite 3 février 2014 15 h 24

      Donc, M. Richard, vous avez la capacité d'affirmer que les professeurs qui m'ont formée n’avaient pas ce biais francophile, lequel est aussi limité que le biais anglophile pour développer une pensée scientifique...

      Les professeurs que j'ai eus étaient d'une vieille école qui avaient extrêmement valorisé les différents courants français et ils étaient capables de parler de plusieurs d'entre eux, je n'ai eu qu'un seul professeur capable de faire une analyse comparative entre les courants français et anglais (d'Angleterre) et qui étaient capables de les situer par rapport à leurs références aux ancêtres européens cités comme les premiers intellectuels du monde occidental (Aristote et Platon); j'ai adoré ce professeur bien que nous ne partagions pas la même idéologie, car il m'avait fait comprendre comment le conflit entre ces deux mondes avaient alimenté le monde intellectuel occidental, mais il n’aimait pas les Américains et les Canadiens n’avaient aucun intérêt. Je j'ai pourtant adoré, car grâce à son travail de synthèse et de comparaison, j'avais pu entrevoir l'importance des débats entre différentes cultures universitaires pour concevoir le monde et la difficulté de ne pas rester enfermer dans ces tautologies comme intellectuels.... C'est le seul professeur, qui au cours de ma formation de bac et de maîtrise et de ma tentative au doctorat, était capable d'expliquer l'histoire des différents courants de la modernité en sociologie. J’ai pris un seul cours en philo pour rattacher ces connaissances, avec certains courants allemands. Les professeurs que j’ai eus étaient des francophiles fiers de l’être.

      Je ne discute pas ici de comment le milieu anglophone doit se développer au Canada, car il me faudrait suivre de plus près ce qu’ils argumentent et ce qu’ils sont… mes efforts vers le monde anglophone sont passé par des recherches interpellant davantage les autochtones canadiens et américains, donc, je connais mal le milieu anglophone sauf sur ce sujet...

  • Robert Henri - Inscrit 3 février 2014 09 h 17

    Ce qui inquiète c'est...

    Ce qui inquiète c'est que vous dites deux fois en deux paragraphes qui se suivent au sijet des étudiants «de la possibilité de rédiger leurs examens en anglais». Vous dites même qu'ils peuvent s'en prévaloir. On dirait que vous insistez pour leur en faire prendre conscience. C'est ça qui devrait être changé. Il faudrait que celui qui veut présenter ses travaux en anglais le fassent à l'université anglause «non subventionnée» et que ceux qui veulent faire leurs études en français le fassent à l'université française subventionnée. Pour les universités anglaises subventionnées, il y a les provinces anglaises. Au lieu de subventionner des institutions anglaises ici, je subventionnerait des institutions françaises dans le Canada anglais. Il y a peut être des erreurs dans mon plan, mes idées mais c'est comme ça que je vois les choses. Et puis ce n'est pas parce qu'on veut survivre et se développer comme on le veut chez nous, ça ne veut pas dire qu'on rejette l'autre.

  • Gilles Théberge - Abonné 3 février 2014 10 h 12

    Sauf le respect que l'on vous doit

    On peut se rappeler que dans son ouvrage majeur «rédaction et interprétation des lois», le juge Pigeon fait beaucoup porter l'accent sur la qualité de la langue.

    Il peut-être difficile de concevoir que la langue anglaise puisse dans le cas de noptre code civil, être jugé de valeur équivalente à la langue française pour en comprendre le sens profond.

  • Patrick Boulanger - Abonné 3 février 2014 13 h 52

    Bizarre votre article M. Lefebvre

    M. Lefebvre, vous dites qu'à la lumière des plus récentes statistiques « [...] rien ne permet de conclure que l’Université de Montréal s’anglicise ou fait preuve de laxisme dans l’application de sa politique linguistique. ». Je suis bien d'accord avec vous là-dessus puisqu'on ignore de quelle année date vos statistiques et qu'il est difficile d'avoir les idées claires sur cette question-là quand les statistiques sur lesquelles vous vous appuyez ne touchent que la rédactition des examens. En outre, pourquoi n'avez-vous pas comparé vos plus récentes statistiques avec celles qui les précèdent pour étayer votre idée que « [...] rien ne permet de conclure que l’Université de Montréal s’anglicise ou fait preuve de laxisme dans l’application de sa politique linguistique. »?

    • Patrick Boulanger - Abonné 3 février 2014 19 h 25

      J'aurais plutôt dû écrire ceci à la deuxième phrase de mon commentaire précédent : Difficile d'être en désaccord avec vous là-dessus puisque d'une part, nous ignorons de quelle année date vos statistiques et d'autre part, il est difficile d'avoir les idées claires sur cette question-là quand les statistiques sur lesquelles vous vous appuyez ne touchent qu'à la rédaction des examens.