Charte - Poursuivre sur le chemin de la laïcité équilibrée

Guy Rocher a témoigné hier devant la commission parlementaire chargée d’étudier le projet de charte de la laïcité. Le ministre Drainville a fait grand cas de la comparution de M. Rocher. Il a eu raison de le faire. Guy Rocher est l’un des bâtisseurs du Québec moderne et des sciences sociales québécoises, et sa contribution au débat mérite respect et considération. Nous proposons ici une relecture de quelques points importants de son mémoire.

 

La pierre angulaire de la position de M. Rocher est le principe voulant que « le respect des convictions en matière de religion de toutes les “ clientèles ” qui recourent aux services d’institutions publiques financées par des fonds publics ait priorité sur les convictions de tout le personnel de ces institutions ». Cette position est surprenante. Notre système est heureusement construit sur la base du principe de l’égalité des droits de tous les citoyens et il n’y a pas de « priorités » en la matière : les droits des uns doivent être mis en équilibre avec ceux des autres, y compris lorsqu’il est question de la relation entre usagers et employés. Soutenir le contraire entre en contradiction avec le principe de l’égalité des droits, ce que, comme notre mémoire le montre, n’hésite pas à proposer le projet gouvernemental.

 

M. Rocher affirme par ailleurs, sans le démontrer, que les opposants à l’interdiction générale des signes religieux pensent que « les convictions religieuses d’un(e) enseignant(e) devraient désormais avoir priorité sur les convictions religieuses des parents, des élèves, des étudiants ». C’est faux. Ceux qui s’opposent à l’interdiction des signes religieux ne soutiennent nullement que les droits des usagers doivent être subordonnés à ceux des employés. La liberté de conscience et de religion des employés ne permet, en effet, ni le prosélytisme, ni l’interférence des croyances religieuses dans le jugement professionnel ni les accommodements déraisonnables. La liberté de religion des employés doit s’harmoniser avec l’exigence de neutralité des institutions publiques et avec les droits des usagers.

 

Les critiques de l’interdiction ont souvent soutenu, depuis la commission Bouchard-Taylor, que la neutralité de l’État s’incarne dans les actes et les décisions des employés publics, et non dans leur apparence. Un fondamentaliste chrétien, par exemple, peut très bien donner priorité à ses croyances religieuses lorsqu’il est en fonction sans porter un signe religieux visible. Pourquoi lui accorder une présomption d’impartialité et le juger à ses actes, mais refuser une telle présomption à ceux qui se sentent tenus d’extérioriser leur appartenance religieuse ?

 

Approches « individualistes »

 

Lorsque M. Rocher affirme que les droits des employés ont présentement priorité sur ceux des « clientèles », il est difficile de ne pas conclure qu’il soutient implicitement que les usagers ont un droit fondamental à ne pas être exposés à l’appartenance religieuse d’autrui. Les usagers des services publics ont le droit d’être traités de façon professionnelle et impartiale, et de ne pas être harangués. Le malaise que certains ressentent à la vue d’un hidjab, d’une kippa ou d’un turban ne saurait toutefois justifier l’obligation pour celui qui le porte de choisir entre le respect de ses convictions profondes et un poste dans un organisme public. Les malaises des uns ne justifient pas la restriction des droits fondamentaux des autres.

 

M. Rocher nous met également en garde contre les approches indûment « individualistes ». Il a raison. Les droits individuels peuvent être limités, de façon raisonnable, lorsque l’intérêt public le justifie, comme c’est le cas avec la loi 101. Assurer la neutralité religieuse de l’État est un objectif noble, mais il ne nécessite pas l’interdiction du port des signes religieux visibles pour les employés des organismes publics. Si la déconfessionnalisation des institutions publiques était, comme l’affirme M. Rocher, véritablement remise en question, nous serions au front avec lui pour lutter contre une telle régression. Rien cependant ne soutient les scénarios apocalyptiques évoquant l’irruption imminente au Québec d’un intégrisme susceptible d’entamer la sécularisation profonde mise en place par la Révolution tranquille. Et si des mouvances intégristes marginales s’agitent présentement au Québec, le projet de loi 60 ne ferait rien pour les contrer.


« Attitude prospective »

 

Avec Guy Rocher, nous abordons la question du rapport entre religion et pouvoir public en privilégiant une « attitude prospective ». La société québécoise continuera à se diversifier. Nous croyons qu’une laïcité équilibrée est mieux en mesure de favoriser la participation pleine et entière des citoyens de tous les horizons à nos institutions publiques. Dire aujourd’hui à un étudiant au secondaire, au cégep ou à l’université qu’il ne pourra pas devenir enseignant, travailleur social, fonctionnaire, médecin ou juriste de l’État car il porte un signe religieux visible risque de favoriser le ressentiment et la désaffection. Ce n’est pas la « vision d’avenir » que nous souhaitons pour le Québec.

 

En rappelant que l’accélération de la laïcisation de l’État pendant la Révolution tranquille a fait du Québec une société plus juste et harmonieuse, Guy Rocher donne la mesure des exigences du présent. Nous devons exprimer notre reconnaissance à ceux qui, comme lui, ont rendu cette mutation sociale possible. La laïcité de l’État québécois est un acquis précieux qu’il est possible de préserver sans restreindre les droits de citoyens qui sont déjà sous-représentés dans les organismes publics.


Georges Leroux et Jocelyn Maclure - Professeurs de philosophie, respectivement à l’UQAM et à l’Université Laval. Ils font partie des signataires du mémoire « 60 chercheurs universitaires pour la laïcité, contre le projet de loi 60 ».

71 commentaires
  • Sébastien Lacombe - Inscrit 23 janvier 2014 03 h 22

    Complice d'une certaine forme d'intolérance

    Sans connaître exactement la pensée des auteurs ci-dessus, il est possible de poser différemment le débat en partant de ces deux questions:

    Existe-t-il des personnes vulnérables dans la société, qu'elles soient dépourvues du jugement acquis par l'expérience et le développement de la raison comme c'est le cas des enfants ou qu'elles soient sujettes à l'autorité arbitraire de gens qui peuvent déterminées l'orientation que peuvent prendre leur vie ?

    Et est-il de la responsabilité d'un État d'éviter que l'intimidation puisse régner sur ces personnes vulnérables ?

    À mon avis, en abordant ainsi le débat sur la laïcité qui a cours actuellement au Québec -- tout en se situant sur les intentions portées par le Rapport Proulx (1999) sur la déconfessionnalisation des écoles publiques jusqu'à l'enjeu des accommodements raisonnables --, le projet de loi sur le port des signes ostentatoires prend son sens et les débats publics ont justement comme fonction d'y suggérer des amendements que son application peut rendre nécessaire.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 23 janvier 2014 10 h 02

      Vous suggérez une vision différente intéressante M. Lacombe.

      Je suis toujours surprise de voir l'acharnement de Ms McLure et Leroux défendre la laïcité "ouverte". Comme le disait si bien Lise Payette: "Des hommes ne comprennent pas l'appréhension des femmes face au retour du religieux". Ils n'en ont pas souffert et n'en souffrent pas comme les femmes.

      Une certaine analyse philosophique, c'est bien beau, mais encore faudrait-il ancrer le tout dans une analyse sociologique, et particulièrement face à l'évolution de la libéralisation des femmes qui sont les principales concernées par tout ce retour du religieux (qui est réel, lui). Et encore plus par la subtilité des instances religieuses à vouloir s'immiscer dans la société aux dépends d'une société en processus de laïcité et de sécularisation et aux dépends des droits des femmes.

      Il y a longtemps que j'attendais ce débat. Je suis servie et pratiquement pas étonnée de la réaction de plusieurs, mais je n'aurais jamais cru que les religions auraient eu autant d'appuis. Si le combat est mal engagé face aux droits des adeptes religieux selon ces messieurs, la réelle acceptation d'une société évoluée et libérée de son patriarcat aurait au moins commandé d'indiquer les pistes de réflexion pour cette libération... plutôt que d'appuyer des religions misogynes. Implicitement, vous endossez cette misogynie.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 23 janvier 2014 14 h 44

      En tant que professeure de philosophie, je seconde le commentaire de Johanne St-Amour. La philosophie est importante, mais elle ne doit pas ignorer la réalité, ce qui se passe sur le terrain. Il y a la théorie, les principes, puis il y a la pratique, ce qui se passe réellement, les contraintes et les conditions auxquelles les membres de la société doivent faire face ici et maintenant. La théorie et la pratique doivent dialoguer l'une avec l'autre, pas rester chacune de son côté.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 23 janvier 2014 16 h 39

      Ce qui est aussi odieux, ce sont ces expressions de laïcité ouverte et là maintenant "équilibrée" pour paver le chemin à des religions qui elles, ne le sont, nullement! Ça c'est scandaleux!

      Je suis d'accord avec toutes celles et tous ceux qui ont dit que le projet de loi 60 n'allait pas assez loin et qu'il fallait: revoir la fiscalité des institutions religieuses, revoir les subventions aux écoles religieuses, interdire le port de signes religieux dans TOUT le système d'éducation, soit autant pour celles et ceux qui y travaillent et pour celles et ceux qui y étudient, pour toutes les garderies subventioinnées ou non, etc. À mon avis, il y aurait également lieu d'être plus transparent dans les cours d'ECR et d'apprendre aux étudiant.e.s et aux éleves le vrai visage des adeptes des religions: les guerres qui ont été fomentées et qu'on fomentent encore en leurs noms et les discriminations qu'elles ont démontrées notamment envers les homosexuel.les et les femmes. Ou tout simplement remplacer ce cours par un cours de morale et d'éducation civique!

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 24 janvier 2014 14 h 43

      L'acharnement de ces deux philosophes contre la Charte semble venir plus de leur acharnement contre le PQ que sur des raisonnements sociologiques solides.

    • Claude Bernard - Abonné 26 janvier 2014 17 h 27

      M. Lacombe,

      Votre question n'est pas sans être biaisée; on pourrait aussi demander: existent-ils des personnes vulnérables qui travaillent au gouvernement et qui ont le même droit que tout le monde d'y travailler?
      Celui qui croit que les jeunes sont si vulnérables qu'ils vont se convertir à la religion de leur professeur parce qu'ils savent quelle est cette religion ont à en faire la preuve de façon sérieuse et autrement qu'en l'affirmant.
      En quoi la «clientèle» du ministère du transport, par exemple, voit-elle son droit traité comme inférieur? La situation n'est pas la même partout.
      Les étudiants à l'université et au cegep ne sont pas vulnérables, alors faut-il les exempter de la Charte?
      La nécessité d'affirmer d'avantage la laïcité n'a pas été démontrée par personne depuis le début de ce débat, autrement que par des généralités genre «le retour du religieux»; les religions n'ont aucun pouvoir au gouvernement, sauf preuve de contraire.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 23 janvier 2014 05 h 31

    Des fois...

    Justement; des fois je me pose la question : Est-ce que ce ne serait pas préférable de voir exactement qui on a en face de soi ? Et avoir le droit de choisir un ou une autre personne avec qui on veux faire affaire comme «client» du gouvernement comme partout.

    Si la liberté des individus est si importante, étant moi-même un individu, ma liberté de choix doit être égale à mon intervenant. On est égal ou on ne l'est pas !

    Alors, un comptoir avec plusieurs niches où est exposé un choix multiple de personnages, tous et toutes affublées de leurs signes distinctifs en toute liberté où je peux choisir toujours en toute liberté la personne ressource qui s'approche le plus de mes valeurs personnelles. Pas de chichi, pas de heurs et personne de dénigrées !

    Me reviens à l'esprit l'exemple de Mme Blanc avec son jeune homosexuel musulman. Si la psychologue n'avait pas eu son foulard sur la tête, il n'aurait jamais su que devant lui se trouvait une madame qui a la même disposition sur sa «déviance» que le groupe qui l'a ostracisé. Quel «conseil» aurait-il reçu ? Quel regard en coin désapprobateur aurait-il pu apercevoir dans un moment d'inadvertance de la docteure ? Très gros risque !

    Et la madame musulmane qui est allé devant une autre docteure à cause de son régime; elle aurait du demander que la stagiaire sorte pour continuer son interview en tout confort et sans risque de jugement négatif, ce qu'elle n'aurait jamais su si la stagiaire aurait été nue-tête.

    Si jamais j'ai le malheur d'être obligé de passer en cours, je veux un juge au minimum sans religion, les autres... passez votre chemin

    Non, non, l'égalité pour tous comprend mon égalité aussi !

    Gardez vos signes distinctifs car je veux savoir exactement, par ce que vous portez sur la tête, ce qu'il y a dedans, pas de cachette, tout comme en Ontario !

    L'égalité est égale ou elle ne l'est pas ! C'est important pour tous ou pour personne, pas d'accommodements ! Et je suis très malcommode.

    P

    • Benoît Landry - Abonné 23 janvier 2014 10 h 08

      Complètement en accord avec vous. Un voile, ou une kippa, me ferait apparaitre chez un employé les limites intrinsèques de cette personne, sans me laisser préjuger d'une possible mauvaise foi de sa part. C'est de la pensée magique de croire que cette personne deviendra subitement neutre et capable de faire abstraction de toute son éducation en enlevant son signe distinctif pour me servir. Alors devant cette réalité je préfère qu'elle garde ses signes et il relèvera de nous et de son employeur de la dénoncer, d'intervenir s'il y a présomption de prosélytisme.

    • Jean Lapierre - Inscrit 23 janvier 2014 12 h 43

      Et par conséquent on va multiplier par 4 le nombre d'employés de la fonction publique puisque pour le respect de tous il faudra qu'à chaque guichet on puisse avoir le choix entre un non-croyant, un chrétien, un juif ou un musulman. Ah puis j'oubliais les bouddhistes et les raëliens. Et les enfants dans les garderies? Pourraient-ils avoir un choix? Et, ... Je m'arrête là. Pas pire pour régler le problème du chômage.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 24 janvier 2014 07 h 36

      Enfin M. Lapierre, quelqu'un qui entrevois l'absurdité de mon commentaire. Je commençais à désespérer !

      J'aurais du continuer en ajoutant des «niches» de comptoir avec une pour un noir, une pour un asiatique, une pour un blanc, une... enfin, vous comprenez le principe, mais j'ai manqué de place et l'évidence serait apparu trop facilement.

      J'écoute tous les jours (j'ai le temps) les représentations et je n'ai pas encore trouvé la ligne centrale qui englobera toutes les positions dans un assemblage acceptable pour tous. Un jour peut-être, il en reste quelques uns.

      Un mot me vient à l'esprit pour centrer ma position : Amalgame !

      Évidemment, pour se faire, il faut éliminer les positions trop extrêmes, d'un côté comme de l'autre.

      La vrais réponse sera quand la plupart du monde pourra dire : «Ouais, je peux vivre avec ça !»

      Mais un autre mot doit apparaitre : Tolérance ! De partout ! Car, à pratiquer la tolérance d'un seul côté devant un autre groupe qui ne l'est pas, tu te ramasses à plein ventre. Pas confortable !

      Continuons à chercher. Et ne nous enfargeons pas trop dans les limites légales qui n'ont pas vu venir ces problèmes. Les lois suivront ! Et les avocats s'arracheront la mâchoire pour les faire respecter. S'il n'y avait eu que des avocats dans l'arbre primordial, nous n'aurions jamais marché dans la savane !

      Bonne journée.

      PL

    • Claude Bernard - Abonné 26 janvier 2014 20 h 53

      M. Lefebvre,

      Votre preuve par l'absurde fonctionne pour les deux camps: autant il est ridicule (et islamphobique), de refuser d'être servi par une musulmane, à la Saaq par exemple, autant il peut y avoir des cas ou un professionnel doit se récuser s'il perçoit qu'il y a incompatibilé entre lui et son client.
      De même, un juge juif peut refuser d'entendre une cause entre juif et un musulman (même si ledit juge ne porte pas de signe «ostentatoire»).
      On ne peut traiter un Sikh comme un «homme sandwich» qui ferait de la réclame pour sa religion alors que celle-ci n'accepte pas facilement les convertis (et peut-être même ne les accepte pas du tout).

  • André Chevalier - Abonné 23 janvier 2014 06 h 02

    Pas de laïcité molle et complaisante!

    «... le principe de l’égalité des droits»
    Ça sort d'où ce principe? Selon moi, c'est à la société de décider de les hiérarchiser.

    «Ceux qui s’opposent à l’interdiction des signes religieux ne soutiennent nullement que les droits des usagers doivent être subordonnés à ceux des employés.»
    C'est pourtant ce que la position des anti-chartes donnerait dans les faits.

    « Un fondamentaliste chrétien, par exemple, peut très bien donner priorité à ses croyances religieuses lorsqu’il est en fonction sans porter un signe religieux visible.»
    On entend ce sophisme à répétition! Venant de philosophes, c'est bizarre.
    On peut rétorquer qu'il est légitime de penser que si un employé tient tant à faire état de ses croyances par des symboles religieux, il y a toute les chances qu'à chaque fois que ses prescription religieuses seront en conflit avec ses devoirs d'employé de l'état, ce seront les considérations religieuses qui prendront le dessus.

    « Les malaises des uns ne justifient pas la restriction des droits fondamentaux des autres.»
    Affirmation gratuite!

    «...il est possible de préserver (la laïcité de l'état) sans restreindre les droits de citoyens qui sont déjà sous-représentés dans les organismes publics.»
    Pourquoi des groupes religieux devraient-ils être représentés dans les organismes publics supposément neutres si ce n'est pas dans le but d'y mettre l'empreinte de leurs convictions religieuses?

    • Carole Jean - Inscrite 23 janvier 2014 15 h 19


      Il est archi-faux de penser que les citoyennes et citoyens ont la liberté de choix de faire affaires ou non avec l'État-monopole, comme semble le supposer les auteurs de la lettre. Personne ne peut se soustraire de recourir aux services publics.

      L'argumentation de M. Leroux et de Mme Maclure a pour conséquence ultime de placer les droits des employés de l'État au-dessus des droits de ceux et celles qui les paient, c'est-à-dire les contribuables. Il n'y a pas égalité des droits ici, mais plutôt une inégalité des droits. C'est M. Rocher qui est logique là dessus, non pas eux.

      Le droit d'être payé pour faire du prosélytisme politique ou religieux sur les lieux de travail n'existe nulle part au monde. C'est du sophisme légaliste que de prétendre le contraire.

      L'État qui se proclame officiellement neutre face aux croyances religieuses, et surtout face à l'intégrisme religieux, ne peut pas laisser ses employés projeter une image ou une apparence de parti-pris religieux. Il s'agirait d'une contradiction fondamentale.

      Présentement, il y a consensus à l'Assemblée nationale sur au moins un point, et c'est celui selon lequel le gouvernement du Québec doit amender la Charte des droits du Québec pour officialiser la neutralité religieuse de l'État québécois.

      Une fois cette neutralité déclarée, par conséquent, il serait des plus incongru que les employés de l'État puissent de leur propre chef décider de faire du prosélytisme religieux et venir contredire cette neutralité dans les faits en portant des insignes religieux ou autres accoutrements religieux afin de faire passer des messages sectaires n'ayant rien à voir avec le travail pour lequel ils sont rémunérés.

      Peut-être que le jupon pro-religions établies des auteurs paraît un peu trop.

  • Marc Lacroix - Abonné 23 janvier 2014 06 h 40

    Un individualisme outrancier !

    Aux auteurs, vous dites:

    "[…] Dire aujourd’hui à un étudiant au secondaire, au cégep ou à l’université qu’il ne pourra pas devenir enseignant, travailleur social, fonctionnaire, médecin ou juriste de l’État, car il porte un signe religieux visible risque de favoriser le ressentiment et la désaffection."

    N'est-ce pas là nier carrément le fait qu'une population puisse mettre de l'avant certaines valeurs, comme celle de l'égalité des sexes ou de refuser les discriminations basées sur l'orientation sexuelle ou d'autres valeurs égalitaires au nom au nom des valeurs religieuses ? Au nom de la religion, nous pourrions nous attaquer à n'importe quel principe sous-jacent à la construction de nos sociétés !

    Non, désolé, je n'achète pas cette vision. Je pense qu'il est normal qu'un jeune homme musulman accepte de suivre des cours à l'université avec des femmes — malgré ses croyances — et qu'il est tout aussi normal qu'une professeure se départisse de son voile pendant qu'elle donne son cours à des jeunes. Si la jeune musulmane voilée refuse de suivre son cours en éducation sous prétexte qu'elle ne pourra donner de cours en gardant sa parure, c'est — son choix. Je tiens à préciser que je ne vise pas les musulmans ou les musulmanes directement, c'est l'individualisme qui se referme sur un communautarisme religieux ou culturel (qu'il soit musulman, ou autre) et qui m'apparait opposé à un principe de — vivre ensemble, dans un même pays.

    • Benoît Landry - Abonné 23 janvier 2014 10 h 14

      "N'est-ce pas là nier carrément le fait qu'une population puisse mettre de l'avant certaines valeurs, comme celle de l'égalité des sexes ou de refuser les discriminations basées sur l'orientation sexuelle ou d'autres valeurs égalitaires au nom au nom des valeurs religieuses ? Au nom de la religion, nous pourrions nous attaquer à n'importe quel principe sous-jacent à la construction de nos sociétés !"

      Alors soyez cohérent et exigez que l'État cesse de subventionner les écoles privées religieuses qui encouragent des valeurs opposées à celles que vous prétendez vouloir défendre. L'État ne doit pas encourager d'une main et interdire de l'autre

    • Michel Harvey - Inscrit 23 janvier 2014 15 h 17

      M. Lacroix,

      Je vous propose de lire la réponse féministe de l'Institut Simone de Beauvoir. Je sais bien que ça ne changera pas votre point de vue, il reste que le mémoire est touffu et bien construit au niveau épistémologique.

      http://wsdb.concordia.ca/about-us/official-positio

    • Marc Lacroix - Abonné 23 janvier 2014 20 h 46

      M. Harvey,

      J'ai lu le mémoire et le reproche que je peux lui faire est le suivant:

      En gros, le projet de loi 60 marginaliserait encore plus les femmes musulmanes sans s'attaquer véritablement aux intégristes; mais quelles sont les alternatives suggérées par l'Institut ? Je ne vois aucune option suggérée par ISdB !

      Je ne suis pas un extrémiste, encore moins un athée fanatique, cependant lorsque je vois ce qui arrive au Moyen-Orient, la ghettoïsation des populations en fonction de leur religion, me semble un piège à éviter.

  • François Beaulé - Abonné 23 janvier 2014 06 h 46

    Les points faibles de l'argumentation

    « Le malaise que certains ressentent à la vue d’un hidjab, d’une kippa ou d’un turban ne saurait toutefois justifier l’obligation pour celui qui le porte de choisir entre le respect de ses convictions profondes et un poste dans un organisme public »

    Cette assertion est fausse. Les convictions, profondes ou non, sont dans la tête des gens et non pas dans leurs vêtements. Les gens qui portent des signes religieux auraient à choisir entre le port de ces signes et un poste dans un organisme public, en contact direct avec les citoyens. La plupart choisiront de garder ou d'obtenir le poste et de laisser le signe religieux au vestiaire. Ils garderont en tout temps leurs convictions profondes et continueront de porter leur signe religieux en dehors de leurs heures de travail. L'expérience de la France valide mon opinion et invalide les spéculations des deux philosophes.

    Ce n'est par ailleurs pas qu'une question de malaise. Il s'agit de l'image de l'État incarnée par ses fonctionnaires. C'est une question d'apparence pas de conviction. Les vêtements et les bijoux contribuent à l'apparence des gens et de l'institution qu'ils représentent, ni plus ni moins.

    «Dire aujourd’hui à un étudiant au secondaire, au cégep ou à l’université qu’il ne pourra pas devenir enseignant, travailleur social, fonctionnaire, médecin ou juriste de l’État car il porte un signe religieux visible risque de favoriser le ressentiment et la désaffection.»

    Voilà encore une spéculation erronée des auteurs de l'opinion. Au contraire, les étudiants sauront qu'ils auront la liberté de ne pas porter de signes religieux quand ils travailleront pour l'État. Ils suivront l'exemple de leurs professeurs et maîtres d'écoles qui auront accepté de ne pas porter de signes religieux dans l'exercice de leurs fonctions.

    L'argumentation hautement spéculative des deux philosophes, confrontée à la réalité, s'effondre.

    • André Chevalier - Abonné 23 janvier 2014 07 h 30

      «L'argumentation hautement spéculative des deux philosophes, confrontée à la réalité, s'effondre.»

      Pour certains philosophes, la réalité doit se plier à leurs modèles indiscutables.

    • Max Windisch - Inscrit 23 janvier 2014 09 h 49

      Si on gagne une plus grande apparence de neutralité, au prix d'une neutralité effective bafouée, s'est-on approché de la vérité? Un État neutre pratiquerait impunément la ségrégation religieuse, et se dirait et croirait vraiment neutre? Désolé, vous pouvez y croire si vous voulez, mais en ce qui me concerne ça ne colle pas.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 23 janvier 2014 14 h 50

      Monsieur Chevalier,
      vous avez malheureusement raison (je le reconnais même si je suis professeure de philosophie).

    • Carole Jean - Inscrite 23 janvier 2014 17 h 04


      En effet, qui est le plus discriminé ?

      La citoyenne ou le citoyen qui se fait brimer dans ses croyances et ses convictions par un fonctionnaire en autorité qui impose son prosélytisme religieux à tout le monde, ou la personne qui ne veut pas travailler pour l'État neutre et laïque ? Ce dernier a un choix; le premier n'en a pas.

    • François Beaulé - Abonné 23 janvier 2014 17 h 45

      Monsieur Windisch, il n'est nullement question de ségrégation religieuse en lien avec le projet du gouvernement du Québec. Il s'agit d'une mauvaise interprétation de votre part.

      Par contre, la ségrégation religieuse existe au Québec depuis de nombreuses années. Elle est exercée par les écoles religieuses privées qui sont malheureusement subventionnées par l'État. Je compte sur vous pour appuyer le mouvement qui revendique la cessation des ces subventions. En effet, l'État devrait cesser de favoriser cette séparation des élèves selon la religion de leurs parents.

    • Max Windisch - Inscrit 23 janvier 2014 20 h 52

      @M. Beaulé,
      Ne dit-on pas essentiellement: les personnes voilées (ou portant un signe visible) d'un côté, le reste de l'autre? En quoi n'est-ce nullement de la ségrégation religieuse? D'autant qu'une fois que le gouvernement lui-même aura piétiné ce droit, qui le défendra? Si le gouvernement s'autorise à refuser à ces gens un travail, sur quelle base forcerait-il ensuite un employeur à ne pas l'imiter? (en ce qui concerne les écoles religieuses, on ne peut pas parler de ségrégation puisque l'adhésion est volontaire)

      @Mme Jean,
      Vous dites "brimer", "prosélytisme", et "absence de choix". L'effort de regarder un signe religieux se compare-t-il vraiment, d'après vous, à celui de ne plus trouver d'emploi? Pensez-vous que toute expression visible de sa religiosité soit du prosélytisme? Ce n'est pourtant pas ce que dit la déclaration des droits de l'homme.