Une laïcité ouverte… à la démagogie

Depuis le début du débat sur la charte, certaines organisations favorables à la « laïcité ouverte » prétendent que les limites proposées à la liberté de religion préfigureraient des reculs aux droits des autres minorités, dont les minorités sexuelles. N’ayant aucun intérêt pour les enjeux qui préoccupent la communauté LGBT, comme le retour des intégrismes, les défenseurs de la « liberté de religion menacée » n’ont d’autre choix que d’avoir recours à la démagogie pour tenter de nous rallier à leur cause.

 

Il y a d’abord eu le président de « Québec inclusif », Rémi Bourget, qui, après avoir omis de parler de cette dimension de la diversité dans son manifeste de fondation, a tenté d’utiliser la question en comparant homophobie et islamophobie. Puis ce fut au tour d’une Association LGBT pour un Québec inclusif inconnue à revenir à la charge en prétendant qu’« il est légitime pour nous de craindre qu’un gouvernement qui attaque aussi facilement une minorité au nom de la majorité puisse éventuellement décider d’attaquer les droits de nos communautés ». Plusieurs médias se sont empressés d’en faire la porte-parole de la communauté LGBT parce que Xavier Dolan, Manon Massé et Alexa Conradi, la présidente de la FFQ, y sont associés, alors qu’elle est l’aile LGBT de « Québec inclusif » et qu’elle soutient une position à cent lieues du sentiment majoritaire de la communauté LGBT.

 

Et puis, c’est au tour de la Commission-Jeunesse du PLQ de prétendre que « l’adoption de la charte pave la voie à d’autres atteintes aux droits et libertés de toutes les minorités [et] pourrait même permettre… de s’attaquer aux droits de la communauté des lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT) ».

 

Ces intervenants ont en commun d’être pour le port de signes religieux et pour défendre ce point de vue, ils font tout pour minimiser l’homophobie religieuse, qui est pour eux une épine au pied. Car en l’occultant, on peut prétendre que le port de signes religieux ne crée aucun malaise auprès des LGBT. La réalité est tout autre et, en partant du point de vue des LGBT discriminées par à peu près toutes les religions, le port de signes religieux crée un obstacle de plus pour l’accès aux services gouvernementaux pour des communautés qui y ont toujours eu difficilement accès. Comment une adolescente qui découvre son orientation sexuelle pourrait-elle se sentir à l’aise d’en parler à un psychologue portant une croix catholique si elle sait que cette religion condamne l’homosexualité ? Comment un immigrant gai d’un pays musulman, où sa vie était menacée, pourrait-il se sentir à l’aise de consulter une médecin portant le voile et lui parler de sa sexualité ?


L’invention d’une menace laïque

 

Alors qu’ils refusent de considérer l’impact négatif de cette rupture de la neutralité religieuse, ces différents intervenants sont en mal de trouver un autre argument pour nous convaincre de les appuyer. Ils se rabattent alors sur cet argument délirant que le gouvernement qui se propose d’affirmer la laïcité, une laïcité qui est la meilleure garantie de nos droits en mettant l’État à l’abri des influences religieuses, pourrait aisément s’y attaquer.

 

Cette accusation est sans substance puisque les limites proposées à la liberté de religion ne sont pas une attaque aux droits de minorités, et sont justifiées compte tenu des multiples contradictions entre les dogmes des principales religions pratiquées au Québec et les droits reconnus aux citoyens.

 

Elle est d’autant plus ridicule que le Parti québécois a été associé à toutes les avancées des droits LGBT, depuis l’ajout de l’orientation sexuelle comme interdit de discrimination à la Charte québécoise des droits en 1977 jusqu’à l’adoption de la Loi sur l’union civile en 2002 et le projet de loi 35 adopté par l’Assemblée nationale, en passant par la reconnaissance des couples de même sexe.

 

De la part du Parti libéral, c’est d’autant plus ridicule puisqu’après avoir refusé d’inclure l’orientation sexuelle comme interdit de discrimination en 1975, ses contributions se sont limitées à donner suite à l’oeuvre entreprise par les gouvernements péquistes : audiences publiques de la Commission des droits de la personne en 1993 et un Groupe mixte de travail sur l’homophobie dont les travaux ont débuté en 2004 et les premiers résultats, un plan d’action contre l’homophobie, ne furent obtenus qu’en 2011 en fin de 3e mandat, plan qui ne répondait qu’à 20 % des besoins minimaux établis.


La réalité de la vie

 

Ce genre d’accusation me rappelle les propos d’un activiste gai de l’Université Concordia qui avait justifié son opposition au Oui en 1995 en prétendant qu’un Québec indépendant serait un État « homophobe » et « raciste ». Or, la réalité de la vie depuis, c’est que tous les votes à la Chambre des communes en faveur des droits LGBT n’ont pu être gagnés qu’avec l’appui massif des députés du Québec, surtout bloquistes, autour de 80-90 %, contre toujours moins de 50 % dans le reste du Canada. C’est bien simple : sans les députés québécois, les LGBT au Canada n’auraient aucun droit et le gouvernement Harper aurait pu revenir à la définition hétérosexiste du mariage, son premier engagement électoral en 2006.

 

Rien n’est plus faux que de prétendre que c’est l’affirmation de la laïcité qui est une menace pour les minorités sexuelles. Nos communautés savent trop bien qu’« Étant donné la prégnance de la morale religieuse, les personnes homosexuelles sont demeurées longtemps dans l’ombre. La doctrine religieuse servait alors de caution à leur stigmatisation », comme le rappelait dès les premières lignes le rapport du Groupe mixte de travail sur l’homophobie. Et elles comprennent bien que ce sont ceux qui s’acharnent à défendre les privilèges religieux, qui s’alignent objectivement sur le programme de Stephen Harper en attaquant la laïcité, qui constituent la véritable menace à nos droits.

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Cette lettre compte quelques 600 cosignataires.

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