Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole - Le Québec de 2014 n’est pas la Norvège des années 1970

Photo: Illustration Tiffet

Le Manifeste pour tirer profit collectivement de notre pétrole souligne l’urgence d’agir pour la croissance économique du Québec. Cet objectif est louable, sachant que les revenus énergétiques permettent d’assurer la stabilité financière de l’État québécois.

 

Cependant, l’hypothèse d’enrichissement collectif basée sur les revenus du pétrole est un leurre et oriente le Québec sur un mode de développement à court terme. Actuellement, les redevances sur le pétrole varient de 5 à 12,5 %, un prélèvement nettement insuffisant pour nous enrichir collectivement. Dans ce contexte, l’exploitation des hydrocarbures n’est profitable que pour une poignée de compagnies pétrolières plutôt que pour l’ensemble de la société.

 

Il serait plus judicieux de baser dès maintenant l’objectif de croissance économique du Québec vers la diminution à long terme de notre dépendance envers les hydrocarbures que de tenter d’en accroître l’exploitation. Seul un important virage vert peut permettre de répondre à cet objectif. Avec de telles orientations, le Danemark a vu son économie croître de 78 % depuis 1980 alors que sa consommation d’énergie est demeurée constante et que ses émissions de gaz à effet de serre ont diminué. L’exemple du Danemark démontre de façon claire qu’un tel objectif est réalisable. À ce titre, mentionnons que ce pays, doté d’une vraie vision d’avenir, a récemment développé un plan, autofinancé, pour s’affranchir des combustibles fossiles d’ici 2050, tirant profit du potentiel de développement de technologies vertes et de l’efficacité énergétique. Considérant son potentiel énergétique renouvelable très favorable, le Québec pourrait avantageusement s’en inspirer.

 

À long terme, la compétitivité économique du Québec dans un contexte global de réduction des gaz à effet de serre doit passer par la création de nouvelles possibilités vertes pour les entreprises plutôt que par un mode de développement passéiste basé sur les énergies fossiles. Seules des politiques claires avec des orientations strictes s’inscrivant dans un tel virage permettront d’assurer une croissance économique soutenue à long terme pour le Québec.

 

La Norvège se ravise

 

L’exemple de la Norvège cité dans le manifeste est trompeur, et ce, pour plusieurs raisons. Tout d’abord, on y compare une décision qui serait prise aujourd’hui, au Québec, concernant l’exploitation de ses ressources pétrolières avec une décision prise il y a quarante ans en Norvège. Si le Québec veut se comparer avec la Norvège, il devrait étudier ce que ce pays considère maintenant pour l’avenir. Des experts norvégiens mentionnent qu’il est grand temps que le pays ralentisse son exploitation pétrolière et commence à mettre l’accent sur de nouvelles façons d’assurer sa prospérité une fois l’ère du pétrole terminée.

 

Par exemple, la compagnie Statoil, détenue à majorité par l’État norvégien, se tourne maintenant vers l’énergie éolienne. D’autres avancent même que continuer à mettre l’accent sur le pétrole en Norvège pourrait provoquer une catastrophe économique. De plus en plus de voix s’élèvent ainsi pour réclamer le développement d’autres industries, réalisant qu’il sera difficile de le faire le jour où il n’y aura plus de pétrole ou lorsque ce ne sera plus profitable de l’exploiter, tel que le rapporte un récent article d’Aftenposten. Cet article cite même en exemple le Danemark et la Suède comme pays développant d’autres industries afin de diversifier leur économie.

 

Davantage de risque

 

Exploiter le pétrole dans le Golfe du Saint-Laurent est de surcroît beaucoup plus risqué que dans la mer du Nord, si l’on en croit les résultats de l’Évaluation environnementale stratégique commandée par le ministère des Ressources naturelles à cet effet. Les conditions climatiques et océanographiques de ces deux milieux sont aussi très différentes, ce qui rendrait un déversement dans le golfe du Saint-Laurent beaucoup plus catastrophique. Le Québec serait de plus, selon cette étude, mal préparé pour répondre à un tel déversement.

 

Le contexte global actuel nous appelle aujourd’hui à concentrer tous nos efforts dans l’affranchissement des combustibles fossiles. S’il s’engage dans l’exploitation du pétrole, le Québec ne fera que renforcer sa dépendance et accusera rapidement un retard par rapport à toutes les nations qui auront dirigé leurs efforts dans la transition vers l’après-pétrole.

 

Dans le manifeste, on trouve cette phrase : « Oui, nous continuons de consommer du pétrole au Québec et la tendance n’est pas à la diminution. » Si tel est le cas, c’est que des mesures suffisantes pour réduire notre consommation n’ont pas été mises en place. De telles mesures, combinées à une transition rapide vers les énergies renouvelables, se doivent d’être adoptées au Québec pour le bien des générations futures.


Louis-Étienne Boudreault - Candidat au doctorat, DTU Wind Energy, Danemark

Simon-Philippe Breton - Ph. D., Professeur adjoint, Department of Earth Sciences – Wind Energy, Uppsala University, Suède

17 commentaires
  • Pierre Labelle - Inscrit 20 janvier 2014 06 h 02

    Vaincre la dépendance.

    Les formules miracles n'existent tout simplement pas, seule la volonté de changer peut faire la différence. Comme d'autres, avant et après moi, il y a de cela maintenant dix huit ans, j'ai décidé de vendre mon auto et de ne plus en posséder. J'utilise mes deux jambes, mon vélo, le transport en commun si nécessaire. Ma tondeuse fonctionne à l'électricité, elle fait le même ouvrage que si elle était à essence sauf que; son énergie est plus propre et provient de chez-nous. L'hiver je me sert de mes deux bras et de ma gratte pour déblayer la neige, pas de souffleuse à essence comme plusieurs de mes voisins, pourtant beaucoup plus jeunes que moi. Nous avons pris des mauvais plis, après tellement d'années il est difficile de s'en départirent, mais pas impossible. Malgré tout le respect que j'ai pour les signataires de ce; Manifeste pour tirer profit etc...., je m'inscrit en faux avec cette "solution utopique" qu'est la leur. Nous comparés 40 ans plus tard avec la Norvège, ces signataires nous prennent-il pour des tarés? Ce qui était vrai pour la Norvège il y a 40 ans, aurait peut-être pus l'être pour le Québec à la même époque, mais 40 ans plus tard.... Ce n'est pas en entretenant de telles chimères que nous allons vaincre notre maudite dépendance au pétrole. Et comme à chaque fois que je tiens ce genre de propos, ils va s'en trouver pour me parler des sacs de plastique qui sont fabriqués avec des dérivés du pétrole etc... Avec ce genre d'argument puéril ces personnes tentent de légitimer leur dépendance, peut-être que le silence serait de mise.

  • Guy Vanier - Inscrit 20 janvier 2014 06 h 21

    continuons.....

    nous devons continuez de marteler cette nouvelle vision de l'avenir pour le Québec.

  • Francis Renaud - Inscrit 20 janvier 2014 07 h 18

    Désinformation ou...

    Merci Messieurs de nous éclairer d'un point de vue différent.

    Avec toutes les voix qui s'élèvent en ce moment, j'espère que nos élus feront un examen de conscience.

    L'avenir n'est pas au pétrole. L'avenir est à définir autrement dans un ère post-pétrole.

    On ne peut pas dire que ceci n'est pas réaliste, pragmatique, scientifique ou de la désinformation. Nous avons les bases pour un débat respectueux et intelligent.
    Aux pétrolières et au Gouvernement, nos élus, tous confondus de parlés de façon transparente.

    En auront-ils le courage? Sophisme ou vérité?

    • Marie-Maude Lalande - Inscrite 20 janvier 2014 14 h 46

      Personne ne prétend que l'avenir est au pétrole. Pas même le gouvernement. Mais en attendant vous que soit électrifié la majorité des transports comme le grand chantier compte faire, vous mettez quoi dans votre voiture au juste?

  • Jean Claude Pomerleau - Inscrit 20 janvier 2014 09 h 18

    Débat sur l'électrification des transports

    Venez faire entendre votre voix :

    Lundi à 18H00 au Petit Medlay (St Hubert et Beaubien) aura lieu un débat sur l'électrifcation des transport au Québec

  • François Beaulé - Inscrit 20 janvier 2014 10 h 14

    S'aligner sur la scandinavie

    Dans plein de domaines, la Suède, le Danemark et la Norvège sont des modèles. Les gouvernements québécois successifs manquent de vision et de courage pour suivre ces modèles. Le gouvernement devrait participer plus activement à la direction de l'économie et à l'aménagement du territoire, de l'habitat et à la planification des transports en corélation avec l'évolution de l'habitat.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 janvier 2014 16 h 43

      La Suède, le Danemark et la Norvège sont des pays. Le Québec ne peut pas prendre les décisions qu'ils ont prises, parce que la plupart d'entre elles se prennent à Ottawa.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 21 janvier 2014 10 h 51

      Donc on justifiera ad nauseam les erreurs de notre gouvernement à Québec, au sein des compétences qu'il contrôle déjà, par le fait que le Québec n'a pas encore accédé à l'indépendance?