Un déni malsain de la part des médias anglophones

Le regroupement « Uni(e)s contre la francophobie » compte notamment dans ses rangs Mario Beaulieu (à gauche), président de la Société Saint-Jean-Baptiste, l’ex-premier ministre Bernard Landry (2e à gauche) et l’ex-député Pierre Curzi (à droite).
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Le regroupement « Uni(e)s contre la francophobie » compte notamment dans ses rangs Mario Beaulieu (à gauche), président de la Société Saint-Jean-Baptiste, l’ex-premier ministre Bernard Landry (2e à gauche) et l’ex-député Pierre Curzi (à droite).

Le regroupement « Uni(e) s contre la francophobie » publiait jeudi dernier une déclaration, parallèlement à laquelle était répertoriés un nombre impressionnant de propos stigmatisants, intolérants et parfois haineux envers les Québécois francophones, issus des médias traditionnels, des médias sociaux ainsi que de lieux publics. Les termes qui reviennent le plus régulièrement dans ces trente pages de citations sont les mots « xénophobes », « suprématistes », « nativistes », et « anglophobes ». Quant au Parti québécois, on y retrouve plusieurs références au nazisme de même que des menaces très violentes à l’endroit de notre première ministre. S’il ne fait aucun doute que le manifeste provient de groupes qui cherchent à promouvoir la souveraineté du Québec et si nous croyons que les cas répertoriés ne démontrent pas tant une phobie mais bien de l’intolérance et une stigmatisation, il n’en demeure pas moins que la véracité des propos rapportés ne fait elle non plus aucun doute. L’ampleur et la véhémence du Quebec bashing consignées devraient inquiéter les Québécois, mais, à notre avis, c’est davantage la réplique des médias concernés à ce même manifeste qui devrait nous inquiéter.

 

Écrits inquiétants

 

Dans son texte intitulé « Parcourir les toilettes pour la francophobie », Graeme Hamilton, du National Post, tourne la notion de Quebec bashing en ridicule en mettant l’accent sur les graffitis de toilettes et quelques autres exemples du manifeste — lesquels ne constituent en fait pas du bashing —, suggérant que la déclaration ne s’appuie que sur des cas marginaux venant de « têtes de noix » anonymes. Il en rajoute finalement une couche en concluant que le manifeste constitue en lui-même de l’anglophobie. Dans un texte fort similaire intitulé « Je suis désolé de me vanter, mais… », Don Macpherson de The Gazette tourne en dérision les signataires de l’initiative en les appelant les « Bernies », se félicite d’avoir été souvent mentionné dans le manifeste et s’attaque à la crédibilité de certains des signataires. Il conclut quant à lui que le manifeste est la version québécoise du maccarthysme.

 

Quelques constats s’imposent à la lecture de ces deux répliques. Premièrement, elles reproduisent en tout point le stratagème du Quebec bashing, qui consiste à apposer une étiquette négative ou dérisoire sur un débat, sur une personne, ou sur un groupe de personnes de manière à leur enlever toute crédibilité et ainsi éviter un débat de fond sur des arguments rationnels et bien intentionnés.

 

Ainsi, ce n’est pas le fait en soi de critiquer le Parti québécois ou une politique gouvernementale qui pose problème. Plusieurs Québécois, dont les soussignés, sont inquiets de la tournure du débat sur la charte des valeurs et très mal à l’aise devant sa mise en marché à titre de « valeurs québécoises ». Le problème vient plutôt du fait que la stigmatisation diffamatoire remplace l’argumentaire de façon régulière : le Quebec bashing sévit également lorsqu’on évoque nos programmes sociaux, nos finances publiques, des décisions d’associations sportives ou de l’administration de Montréal.

 

Deuxièmement, ces répliques publiées dans d’importantes entreprises de presse nient un problème criant et sérieux. Sur le plan démocratique, non seulement cette intimidation constante sape le débat sur le fond, mais elle crée de la haine qui rend impossible le dialogue.

 

Sur le plan économique, nous devons aussi nous pencher sur l’incidence probable d’une telle dévalorisation publique continue. Ressources humaines Canada affirme que les composantes du succès d’un entrepreneur sont la confiance en soi, l’optimisme et la communication de son enthousiasme. Comment une nation peut-elle exhiber ces qualités lorsqu’elle est constamment diminuée dans son propre pays ?

 

Insultes et commentaires haineux

 

Finalement, nous constatons que les multiples commentaires des lecteurs du National Post en réaction au texte de M. Hamilton sont non équivoques et nous invitons tous les Québécois à les lire. En constatant les centaines d’insultes et de commentaires haineux envers les Québécois que son article suscite, M. Hamilton sait ou doit savoir que ses écrits exacerbent un racisme et une intolérance patents, lesquels, dans leur essence, reprennent une stigmatisation appuyée par le média lui-même. Mais plutôt que d’assumer ses responsabilités et de dénoncer l’intolérance, il choisit de nier le problème et d’en remettre une couche. Nous devrions nous pencher sur l’absence d’encadrement déontologique de ces médias, qui choisissent d’encourager le Quebec bashing pour vendre le plus d’exemplaires possible, tout autant qu’il faut s’inquiéter des sentiments envers le Québec que portent ceux qui les achètent. Ces chroniqueurs ne peuvent se faire les apôtres de la lutte contre l’intolérance et le racisme et en faire simultanément la promotion lorsqu’il s’agit d’attaques contre les Canadiens français et Québécois.

 

Le manifeste contre la francophobie fait-il partie d’une tactique d’un mouvement souverainiste ? Fort probablement. Il demeure que le phénomène est réel et la tâche de lutter contre ce phénomène à sa racine dépasse le clivage entre fédéralistes et souverainistes. Il y a lieu de se demander à quoi peut bien ressembler la perspective d’un fédéralisme canadien renouvelé dans un contexte de banalisation ou, pire, de promotion du Quebec bashing.

 

Il est impératif pour tous les Québécois, francophones comme anglophones, de ne pas s’embourber dans les injures. La première étape de cette lutte contre l’intolérance est de dénoncer et de combattre la complaisance, peu importe le débat et peu importe qui en est la cible.


Paul St-Pierre Plamondon, Anne De Ravinel et Jean-François Gingras - Montréal

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37 commentaires
  • michel lebel - Inscrit 20 décembre 2013 03 h 10

    Une mauvaise dynamique

    D'accord avec l'essentiel de cet article. J'ajouterais qu'il y a aussi du "Canadian bashing" ou du "Federalist bashing" de la part de certains nationalistes québécois. Le mépris engendre le mépris. Il faut absolument sortir de cette dynamique. À tous de jouer dans ce sens!


    Michel Lebel

    • Gilles Brodeur - Inscrit 20 décembre 2013 10 h 16

      L'un ne se compare pas à l'autre. Le "bashing" de médias anglophones est maintenant quasi la norme (entre autre dans les commentaires des lecteurs) celui des médias francophones est beaucoup plus circonstanciel.

    • Michael Pratte - Abonné 20 décembre 2013 10 h 20

      C'est bien vrai ça. On ne pense pas assez souvent aux pauvres Canadians qui subissent quotidiennement la haine des médias québécois, dans La Presse notamment...

    • André-Jean Deslauriers - Inscrit 20 décembre 2013 10 h 40

      M. Lebel, il n’y a rien de comparable à ce que ces medias propagent comme francophobie par rapport au «Canadian bashing» dont vous parlez.

      Il suffit de lire le compte-rendu dans le cahier de la fin de semaine du Devoir de ce qui se dit dans les journaux du canada anglais pour se rendre à l’évidence.

      Avez-vous déjà lu des chroniques ou des éditoriaux ici dans ce journal ou dans les autres quotidiens francophones, dénigrant les anglophones avec les épithètes révoltantes que ceux-ci emploient? Non!

      Affirmer que oui, est purement de la mauvaise foi ou de la malhonnêteté intellectuelle.

      Quant au «Federalist bashing», à ce que je sache être contre une doctrine politique n’est pas un signe de racisme ou de xénophobie.

    • Marc Provencher - Inscrit 20 décembre 2013 10 h 58

      @ M. Lebel: «Il faut absolument sortir de cette dynamique.»

      Une bonne façon de sortir de cette dynamique - à laquelle M. Lebel a lui-même abondamment participé à l'époque de Cité Libre "deuxième manière" (la manière monomane et borgne) - consiste à tenir en joue les exaltés des deux camps simultanément, tout en restant soi-même d'un bord ou de l'autre car il faut en même temps éviter de semer le "qualunquismo" (que je traduirais par "nihilisme populaire"), et montrer les similitudes entre les techniques de persuasion et d'exaltation respectives des petits soldats. (Ainsi en 1996-97, je m'étais fort amusé à relever la ressemblance frappante entre la rhétorique de Josée Legault et celle de William Johnson, qui tous deux avec une comique incohérence 1) hurlaient qu'il n'y avait pas de "purs et durs" dans leur camp respectif, seulement dans celui d'en face et 2) tonnaient sans répit contre les "moutons" (Legault) ou le "lamb lobby" (Johnson) de leur propre camp! Or s'il y a des mous, c'est la preuve qu'il y a des durs! Chose dont nos deux oiseaux ne semblaient guère en état de s'aviser...)

      En tout cas, avec la polarisation qui a suivi le référendum de 1995, jamais je n'ai vu une telle inflation d'incompétence et d'ignorance sur la question des fascismes, probablement la pire depuis la gogauche post-68 ("CRS, SS!" etc). Un problème majeur est que celui qui ose répliquer sur le "fascisme" d'opérette - par exemple à Don MacPherson ou à Jacques Parizeau, pour prendre seulement deux exemples récents - va aussitôt être disqualifiée comme ayant partie liée au camp ennemi : bon vieux truc de la classe militante.

      Pour moi, ça fait longtemps que le combat principal n'est plus pour l'unité de notre fédération (et pas "nation", comme on dit souvent par erreur) ou l'indépendance de notre patrie (et pas "nation", comme on dit souvent par erreur), mais bien contre l'immonde et périlleux galvaudage des notions de racisme, de facisme et de nazisme.

    • Simone Lussier - Inscrit 20 décembre 2013 11 h 59

      M. Deslauriers - je vous cite: Avez-vous déjà lu des chroniques ou des éditoriaux ici dans ce journal ou dans les autres quotidiens francophones, dénigrant les anglophones avec les épithètes révoltantes que ceux-ci emploient? Non!

      Bien dit et tellement vrai. Facile a soutenir aussi - leur mépris n'est pas du tout cammouflé...

    • Jacques Patenaude - Abonné 20 décembre 2013 13 h 15

      Pourquoi le Devoir et la Gazette ne font-ils pas une entente pour publier leurs éditoriaux et leurs chroniques portant sur le Québec et le Canada dans le journal de l'autre. On pourrait comparer....

      La presse et le National Post pourraient d'ailleurs faire la même chose!

      Je crois qu'on constaterait vite que les mots que Richard Bain a prononcé lors de l'attentat du Métropolis ne viennent pas de son seul délire.

    • Hubert Collin - Inscrit 20 décembre 2013 13 h 40

      @ Mme Lussier et M. Deslauriers,

      En vous lisant, j'éprouve la sensation désagréable de me revoir enfant, essayant de convaincre ma pauvre mère que c'était mon frère qui avait commencé: "Maman, maman, c'est lui qui a dit des gros mots, c'est lui qui m'a traité de chien, de face de rat; moi je ne l'ai dit qu'une fois."

      Cette mentalité infantile transpire à travers tout le discours visant la défense du fait français et/ou de la souveraineté.

      J'ai une question pour tous ceux qui aiment brailler et faire le décompte mesquin des injures qu'ils ont reçus et lancés: Quelle maman essayez-vous de convaincre de votre innocence? Quelle maman voulez-vous émouvoir en dépeignant le supposé martyr qui vous est réservé? Voulez-vous que l'ONU réprimande le ROC et le mette en punition dans le coin? Qu'est-ce que vous voulez au juste? Vous ne vous sentez pas la carrure ni la contenance de faire ce que quelqu'un qui se respecte ferait, soit répliquer, soit ignorer l'injure? Vous voulez compenser la petitesse dans laquelle vous pataugez en implorant une instance supérieure de redistribuer les torts? Vous adoptez la mine décrépite des perdants et des humiliés et espérez que l'on vous traite en gagnant respectable? Vous voulez apprendre à conduire et vous n'avez pas même encore appris à vous lever et à marcher? Vous cherchez bien loin les causes de mépris qui sont pourtant sous votre nez...

    • John Patrick - Inscrit 20 décembre 2013 14 h 45

      C'est bien de voir finalement qu'il y a des gens qui réalisent que c'est d'un ridicule de décider de généraliser une section du Canada alors qu'on est tous bien différents. La charte des valeurs est l'exemple même de s'approprier le terme "valeurs québécoises" alors qu'elle touche à la religion, sans parler du fait qu'elle ne fait pas du tout l'unaminité des gens vivant au québec (ce qui, malheureusement pour certains ici, signifie les québécois).

    • Simone Lussier - Inscrit 20 décembre 2013 15 h 24

      M. Collin - si on regarde les commentaires auxquels vous faites référence, votre riposte frise la démesure. On dirait plutôt un exercice de défoulement...

    • Marc Provencher - Inscrit 20 décembre 2013 15 h 35

      @ John Patrick: « (les) gens vivant au Québec (ce qui, malheureusement pour certains ici, signifie les Québécois).»

      Voilà qui est très bien dit. De même, ce sont les gens vivant au Canada qui sont les Canadiens. Les notions "identité canadienne" et "identité québécoise", martelées depuis longtemps par les nationalismes canadien et québécois, sont toutes les deux problématiques, car elles présument, chacune à leur échelle respective, que citoyenneté - fait politique, juridique et administratif - et identité - fait culturel et historique - se correspondent. C'est dans l'idée de les faire se correspondre par une politique identitaire d'État - culture publique commune pour les uns, multi"cultur"alisme pour les autres - que les Deux Turpitudes se fourvoient depuis des décennies. Du fait qu'il y a deux lingua franca à l'échelle du Québec comme du Canada, la notion d'identité nationale, naïvement importée d'États-nations dont l'unité démocratique, fut le résultat d'une Révolution (Angleterre 1648-1688, États-Unis 1776, France 1789), est inopérante et inadéquate : car les frontières culturelles et les frontières politiques ne se correspondent pas. La même chose fut vraie pour l'Italie, et c'est pourquoi il est si inquiétant de savoir que John A. MacDonald avait transposé en 1867 au Canada la "phrase célèbre" de Massimo D'Azeglio au Parlement italien en 1861, qui venait de faire le tour du monde:

      D'Azeglio 1861: "Nous avons fait l'Italie, il nous reste maintenant à faire les Italiens!"

      MacDonald 1867: "Nous avons fait le Canada, maintenant nous devons faire les Canadiens!"

      Dans un pays comme dans l'autre, c'était là une gaffe monumentale.

  • Hubert Collin - Inscrit 20 décembre 2013 03 h 50

    Un peu de respect pour nous-mêmes avant tout

    Je me considère comme un souverainiste et un francophile radical. Il y a peu de choses, dans le monde politique, qui me fasse plus mal que l'échec de la souveraineté et la disparition possible de notre héritage français. Peu de chose; à vrai dire une seule, soit de voir les québécois, francophones ou non, souverainistes ou non, paléo- ou néo-, quémander le respect sur la scène confédérée du théâtre canadien, en jouant la carte de la victime et en pleurnichant comme des enfants malaimés.

    Quand j'assiste à un tel spectacle dégradant, qui rajoute au mépris provenant des autres le mépris provenant et retourné contre soi, j'ai une réaction viscérale de honte, de honte immense, insupportable.

    Avant de vouloir apprendre aux autres à nous respecter, commençons donc par nous repecter nous-mêmes. Vous parlez, dans votre dernier paragraphe, de combattre la complaisance; mais ce combat ne devrait-il pas être mené avant tout dans nos propres rangs, pour qu'on cesse enfin, avant même toute souveraineté, de quêter une forme de reconnaissance dès le départ frelatée, laquelle, si nous la recevons par miracle un jour, nous laissera exactement au même point qu'avant.
    L'échec de la souveraineté n'est pas à porter au compte du Canada; elle est à porter au compte des québécois.
    La menace que subit le français ne provient pas de l'anglais mais de l'indifférence même des francophones.
    L'identité québécoise n'est pas menacée par les communautés culturelles et/ou par le fédéralisme, mais par le mépris de soi qui anime ceux qui voudraient être reconnus avant même d'exister.
    Si le Québec devient un jour un pays, le reste du Canada le respectera et ce de façon toute naturelle; et si ce reste de Canada ne respecte pas le nouveau pays du Québec, eh bien, qu'est-ce qu'on en aura alors à foutre?

    • Michel Thériault - Abonné 20 décembre 2013 09 h 42

      M. Collin, votre texte a le mérite d'être est très clair et résume si bien ma pensée. 100% d'accord avec vous, sur toute la ligne.
      Merci.

    • - Inscrit 20 décembre 2013 10 h 33

      Sages propos ! L'essentiel de ce que vous dites est tout à fait vrai. Il n'en tient qu'à nous ...

      Toutefois, en attendant, on doit bien se défendre des agressions, sinon on ne serait que digens du mépris dont nous sommes l'objet.

    • Jean Richard - Abonné 20 décembre 2013 11 h 11

      « La menace que subit le français ne provient pas de l'anglais mais de l'indifférence même des francophones. » – La langue est un des véhicules de la culture et la culture angloaméricaine est très impérialiste et très puissante. Et cette culture, elle est soutenue par nos médias.

      La culture proprement dite – Pensons ici à la musique, au cinéma, au théâtre : l'angloaméricain domine largement, avec l'appui délibéré des médias, y compris ceux qui sont censés promouvoir la culture canadienne (la SRC bien sûr).

      La culture professionnelle et industrielle – Deux secteurs industriels occupent au Québec une place considérable : l'aéronautique et l'informatique. Ce sont justement deux domaines où le français a pratiquement disparu. Ainsi, au siècle dernier, on a créé une école de pilotage publique rattachée au cégep de Chicoutimi. L'objectif : augmenter la proportion (très faible à l'époque) du personnel francophone à bord des avions. Aujourd'hui, à cette école, on apprend dès le départ que le français n'a plus sa place dans un cockpit et on veille à ce que les futurs pilotes parlent un anglais impeccable. De quoi remettre en question cette école, qui coûte cher et n'a plus sa raison d'être.

      La culture générationnelle – Les valeurs rattachées à la culture francophones font souvent partie de celles qu'on laisse aux « vieux » et qu'on n'entend pas partager. Plus que jamais les jeunes considèrent le français comme un boulet et passent de plus en plus à l'anglais. Le français n'est pas nécessairement rejeté, mais il est relégué au second plan. De là dire que le français disparaîtra avec les babyboomers il n'y a qu'un pas, facile à franchir. L'anglicisation fulgurante de la jeunesse place le français en situation précaire. Rien n'indique que la situation soit provisoire. Les babyboomers n'ont qu'à se dire qu'à deux mètres sous terre, qu'importera les mots et les paroles qu'ils ne pourront plus entendre.

    • Hubert Collin - Inscrit 20 décembre 2013 12 h 22

      @ M. Jean Richard

      Vous pouvez bien évoquer tous les impérialismes du monde et jouer une fois de plus la carte de la victime si ça vous chante; mais à ce compte, si les forces dominantes sont si puissantes, si elles nous saisissent dès le berceau, le combat n'est-il pas déjà perdu?

      Personnellement, quand je constate notre échec, je ne pointe pas vers l'ouest canadien ni vers le sud avec un doigt accusateur et amer, mais je me regarde dans le miroir.
      Ce que j'y vois, habituellement, c'est une attitude défaitiste qui cohabite, voire qui ouvre allègrement la porte, à tous les impérialismes, seraient-ils d'extrême orient. J'y vois une adoption des valeurs anlgo-saxonnes qui couve en sourdine derrière une langue française qui ne reconnaît plus son propre esprit, de telle sorte que nous ne parlons encore français que par inertie, non pas parce que nous en avons encore le souffle et la volonté.
      En ce sens, voyez la pauvreté désastreuse du discours qui prétend défendre le français: un ramassis d'incantations et de pleurnicheries dont la petitesse et l'auto-mérpis latent ne peuvent résulter qu'en un échec cuisant.
      En me regardant dans le miroir, je vois surtout, non pas un Empire et une fédération qui, derrière mon épaule, tireraient les ficelles et en me conditionnant dès la naissance; mais un grand confort, une grande indifférence, une résignation croissante et un argumentaire déficient et complaisant.
      J'y vois l'attitude des hystériques et des esclaves qui adorent en secret leur maître, car ceux-ci les dispensent d'exister tout en les laissant ronronner avec condescendance dans leur complainte de phoque en Alaska.
      Je vois surtout que nous flirtons avec cette schizophrénie typiquement québécoise en vertu de laquelle, en plus de voir et d'entendre des choses qui n'existent pas, nous disons des mots auxquels nous ne sommes plus tout à fait sûr de croire. Nous ronronnons comme des chats: la litière agglomérante de nos discours a besoin d'être changée.

  • Simone Lussier - Inscrit 20 décembre 2013 06 h 47

    Le terme francophobie...

    ... n'est pas assez fort. Même avant le débat de la Charte, je le voyais, je le vivais, je ressentais cette haine et ce ridicule très fortement et, tristement, très vivant, dans mon milieu de travail. À sens unique aussi. Jamais les Anglos ne se permettraient de s'acharner sur les minorités visibles comme ça. Si bien dit dans cet article: ces chroniqueurs ne peuvent se faire les apôtres de la lutte contre l’intolérance et le racisme et en faire simultanément la promotion lorsqu’il s’agit d’attaques contre les Canadiens français et Québécois. Je lisais la Gazette en ligne depuis qq temps pour les faits divers et je ne la lis plus. Il était de plus en plus difficile pour moi de parcourir des articles au ton cynique et très personnel - on ne couvrait plus les sujets mais on attaquait les sujets. Comme une victime d'abus, je justifiais ces propos hargneux et moqueurs: ils ont le droit de critiquer. Je me suis réveillée un jour blessée avec trop de preuves pour continuer d'excuser ce que je constatais. Je constatais le comportement de la Gazette qui n'ouvre son blogue au lecteur que très rarement, ouvrir tout grand les portes des écluses lorsque les articles portent sur la ridiculisation et l'infériorisation des francophones. Le pattern était tellement évident que ç'a m'a été difficile de voir les choses en face. Je me souviens d'un article tellement insultant au temps des dernières élections sur les francophones qui ne donnent pas de pourboire à Burlington. Le blogue était ouvert et son contenu était digne de haine, rien n'y était bloqué. J'étais rouge de colère. (suite plus bas)

  • Simone Lussier - Inscrit 20 décembre 2013 07 h 04

    Le terme francophobie (suite)

    Ou encore un article sur la dureté des lois sur l'éducation en français dans lequel un nouvel arrivant, étudiant au doctorat, accusait le gouvernement d'être cruel parce que ses enfants devaient passer au français maintenant qu'il faisait une demande de résidence permanente, règles qu'il connaissait très bien avant de prendre sa décision. Avant de porter des accusations de cruauté, cet homme oubliait-il sa propre cruauté lorsqu'il a transplanté sa famille dans un nouveau pays de son propre chef, les séparant ainsi de leurs amis, de leur langue, de leurs familles, accusations qu'il dirigeait maintenant vers nous. La Gazette n'a nullement contemplé cet aspect. Encore une fois, blogue ouvert, propos vicieux en quantités indistrielles. Je ne lis plus la Gazette. J'étais excédée... Certains francophones qui ont des intérêts pécuniers se joignent aussi aux rangs des anglos et tournent le dos à leur propre culture en usant des mêmes arguments lus dans la Gazette. Ah ce que l'argent peu faire et transformer certains. J'ai grandi dans l'ouest de l'île de Montréal à une époque où les familles francos étaient chose rare. J'ai appris l'anglais en même temps que le français. Je me suis toujours identifiée comme canadienne. Lors de ma vie adulte, j'ai quitté le Canada pour plus d'une dizaine d'années sans y revenir durant cette période. Le choc à mon retour. Plus personne de parle français dans les milieux de travail. J'envoye un courriel à mon équipe pour me faire répondre par un nouvel arrivant, sur un ton dédaigneux, d'user de l'anglais dans mes courriels dorénavent. Je participe à un meeting de 15, tous parlent français. Un retardataire se joint, un nouvel arrivant qui ne parle pas français et qui exige que le meeting se tiennent en anglais - 360 et le meeting devient anglo. J'étais choquée pour être polie. Je me demandais ce qui se passait chez nous. Nouveaux arrivants qui se nourrissent de cette culture QC bashing... Je suis devenue souverainiste depuis mon retour. Fière.

    • - Inscrit 20 décembre 2013 10 h 41

      Touchant, posé, serein.

      Les propos d’une personne debout. Votre respect de vous-même et des vôtres transpirent de vos paroles !

    • André-Jean Deslauriers - Inscrit 20 décembre 2013 13 h 54

      Bravo Mme Lussier de dire les vraies choses telles qu’elles sont dans la réalité.

      Je ressens une blessure profonde quand je lis ces tissus de propos haîneux et surtout quand je vois des francophones les appuyer ou du moins les excuser.

      Je suis indépendantiste depuis toujours et ce qui me désole au plus haut point, c’est de me rendre compte que si rien ne change, je ne verrai jamais l’indépendance se réaliser de mon vivant.

      Une des grandes tristesses de ma vie, sinon la plus grande après celle de la mort de ma mère.

    • John Patrick - Inscrit 20 décembre 2013 14 h 55

      Si vous pensez que la situation est unique au Canada (Québec), détrompez-vous. Il faut faire la différence entre la mondialisation et les intentions volontaires de vouloir détruire le Québec (ou la langue française..).

      En Asie, ça ne prend qu'un Blanc et le meeting se passe en anglais aussi. En Afrique, même chose. En Amérique du Sud, même chose.

      L'anglais est la langue commune. Un jour, ce sera peut-être le mandarin.

      Ceci étant dit, un montréalais anglophone devrait dans cette situation avoir la décence d'apprendre un français fonctionnel. Un Ontarien qui s'installe au Québec aussi. Mais s'il ne le fait, c'est sa perte, pas la vôtre. On parle ici d'affaires, d'entreprises. L'affirmation que "plus personne ne parlent français dans les milieux de travail" est tout simplement fausse, surtout pour les grandes entreprises, où la grande majorité des gens travaillent. Est-ce qu'il y a de l'anglais de plus en plus? Bien sur! Le lien avec le reste du Canada..? Bienvenue au 21e siècle.

  • Céline A. Massicotte - Inscrite 20 décembre 2013 07 h 19

    Bof...

    La différence majeure entre les anglophones canadiens et nous, citoyens du Québec, c'est qu'en 1012, il y avait 34,88 millions de Canadiens, et qu'au Québec nous n'ateignions pas encore les 8 millions.

    Partant de là il va de soi que ce qu'on appelle le Québec bashing est de beaucoup supérieur à ce que pourrait être un certain Canadian bashing, qui existe aussi, mais pas dans les médias officiels, je veux dire de la part des journalistes, mais de journalistes patentés, oui (je songe à Vigile sur le net, mais aussi à des mouvements plus marginaux qui se contentente d'affiches sur les poteaux. Mais on ne peut faire abstraction de commentaires sur les réseaux sociaux, dans les forums des journaux.

    Le problème chez une majorité de Québécois indépendantistes, c'est leur fausse vision de ce qu'implique le mot colonisé: pour eux les fédéralistes Québécois seraient les seuls à être colonisés. Je crois qu'au contraire les colonisés, en majorité sont justement ceux qui voudraient faire du Québec un pays. La raison en est simple: les fédéralistes ont un pays alors que nous... nous n'en avons pas.

    Partant de là, et l'option stagnant, nous sommes d'éternelles victimes et cette brochette presque exclusivement mâle posant ici en victimes, et avec un tel sérieux qu'il porte à sourire, le confirme à mon avis. Nous sommes innocents de nature, nos défaites sont le fait des autres, des circontances, c'est ce que nous disent nos chefs, les chef péquistes. Nous faisons bien pitié, quoi.

    Partant de là, il faut chercher les responsables, les coupables, ailleurs. hors d'un certain nous. Ainsi en va-t-il dans l'affaire Mourani: on a vu Landry hier pratiquement renié sa position contre l'interdiction du voile pour toutes les fonctionnaires (ou dit autrement, interdiction de signes religieux dit ostentatoires) sauf que... bon, il n'y a pas beaucoup d'Indien-ne-s dans notre fonction publique...

    • Jean Alfred Renaud - Inscrit 20 décembre 2013 11 h 06

      Quelques dates, au hasard de la mémoire, qui explique bien des choses:
      1) En 1982, rapatriement illégal et imposition d’une constitution Canadian à l’un de peuple fondateur du Canada;
      2) En 1970, la crise (sic) d’octobre, Trudeau envoie l'armée au Québec pour terroriser la population;
      3) En 1940, la crise de la conscription, Camillien Houde, maire de Montréal, est interné dans un camp de concentration en Ontario;
      4) En 1917, la crise de la conscription, 1er avril 1918 à Québec où l’armée canadienne a ouvert le feu sur ses propres citoyens et tuée quatre personnes dans la foule et fait plus de 70 blessés;
      5) En 1900-1920, lors de l’élimination des droits des francophones en Ontario, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick, etc.…
      6) Entre 1870 et 1930, l’exil de millions de Québécois aux États-Unis (13 millions en 1980);
      7) En 1885, massacre des Métis francophones et la pendaison de leur chef Louis Riel;
      8) En 1837-38, oppression et exécution des Patriotes;
      9) En 1759-1800, lors de l’occupation militaire;
      10) En 1759, avant et lors de la prise de Québec, Wolf à fait éliminer plus de 30% de la population du Québec (incluant les Autochtones), en plus des violes et des pillages;
      11) En 1755-1763, oppression, exécution et déportation des Acadiens.

      Il y a le conjecturel du jour, mais tout cela s'inscrit dans la tendance lourde de l'histoire.

    • André Le Belge - Inscrit 20 décembre 2013 11 h 26

      Le Québec bashing fut flarant lors de la discussion sur le port des ornements ostentatoires que certains dénomment religieux, lors du débat sur la charte des valeurs laïques!