Journée internationale des migrants - Des politiques nuisibles à la santé des personnes

Médecins du monde Canada a été fondé en 1996. Le réseau international de Médecins du monde est présent dans 79 pays.
Photo: Agence France-Presse (photo) Gérard Julien Médecins du monde Canada a été fondé en 1996. Le réseau international de Médecins du monde est présent dans 79 pays.

En cette Journée internationale des migrants, Médecins du monde Canada, tient à témoigner des impacts majeurs des politiques d’immigration sur la santé de certaines personnes vivant sur notre territoire. L’histoire de Mme Awan illustre de façon extrême ces conséquences néfastes. Mais elle n’est, hélas, qu’un exemple parmi des centaines d’autres qui sont placés devant un dilemme intenable, celui de renoncer à des soins médicaux au péril de leur vie ou de consulter à l’hôpital au risque d’être arrêtés par des agents de l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC).

 

En 2010, Mme Awan quitte le Pakistan pour le Canada en raison de violences et de menaces récurrentes de la part d’extrémistes religieux sur sa famille. Elle est accompagnée de son mari et son petit-fils Ali. Elle rejoint sa fille qui avait reçu le statut de réfugiée 10 ans plus tôt pour les mêmes motifs. Mme Awan présente déjà une santé fragile, victime d’un d’infarctus du myocarde quelques années plus tôt.

 

Mme Awan et son mari se voient refuser l’asile au Canada. Dans ce contexte de stress psychologique et social majeur, elle est hospitalisée au printemps 2013 pour détérioration cardiaque. Pendant son hospitalisation, son mari est expulsé. Aussitôt arrivé au Pakistan, ce dernier est victime d’un attentat à l’arme à feu et vit caché depuis cet événement. La santé de Mme Awan se détériore et sa date d’expulsion doit être reportée à quelques reprises. Trois mois plus tard, Mme Awan se présente à l’ASFC pour recevoir un avis d’expulsion. Victime d’un malaise au bureau de l’agence, elle est hospitalisée d’urgence. On diagnostique un second infarctus du myocarde et une insuffisance cardiaque. Convoquée à nouveau deux semaines plus tard, elle subit un nouveau malaise au bureau de l’ASFC et elle est reconduite à l’hôpital. Cette fois, les agents la suivent et affirment publiquement qu’elle sera expulsée dès son congé hospitalier. Ses médecins traitants interviennent, jugeant qu’il est dangereux de l’expulser dans un tel contexte de fragilité. Son député, Thomas Mulcair, intervient pour exiger que l’avis du cardiologue traitant soit respecté : attendre six semaines de stabilité avant l’expulsion.

 

Mme Awan choisit de ne pas se présenter à son expulsion prévue au mois d’août. Depuis, elle se réfugie dans une église pour éviter une mise en état d’arrestation. Un suivi médical de fortune est prodigué par Médecins du monde à l’église grâce à la contribution de plusieurs médecins bénévoles. L’équipe médicale est unanime sur l’état précaire de sa santé, exacerbé par le stress psychologique intense imposé par cette réclusion forcée.

 

Les avocats de Mme Awan obtiennent un ordre de l’ONU pour annuler son expulsion et pour la reprise d’une couverture des soins de santé. Dans les jours qui suivent, Mme Awan est hospitalisée à deux reprises pour un d’ulcère digestif et pour oedème pulmonaire secondaire à son insuffisance cardiaque, globalement aggravée. L’investigation révèle aussi une lésion suspecte, suggérant un cancer. Peu après sa sortie de l’hôpital, un tribunal fédéral casse l’ordre de l’ONU. La patiente est à nouveau contrainte à se réfugier en sanctuaire.

 

Graves problèmes de santé

 

À ce jour, Mme Awan présente des problèmes de santé graves et multiples. Le risque d’un nouvel infarctus et de mort subite est significatif, surtout dans le contexte de stress qui lui est imposé. Mme Awan a besoin de soins médicaux et on ne peut les prodiguer indéfiniment dans un sous-sol d’église. Les médecins sont très inquiets pour sa santé si cette situation intenable devait perdurer.

 

Médecins du monde demande qu’on permette à cette dame malade d’avoir accès à des soins de santé en fonction de ses besoins et auxquels toute personne a droit en toute dignité. Quelle mesure administrative justifie la souffrance imposée à cette dame et à sa famille ? Quelle image projette le Canada par cet acharnement contre une personne malade sans défense ?

 

Nous témoignons aujourd’hui pour demander au gouvernement canadien de remédier à cette situation dans les plus brefs délais. Il est temps qu’il accorde un statut légal à Mme Awan et qu’il renoue avec la tradition d’accueil et d’humanité de notre pays.


Nicolas Bergeron - Président de Médecins du monde Canada ; Ainsi que les médecins bénévoles qui ont soigné Mme Awan : Dre Marie-Jo Ouimet, médecin bénévole MdM ; Dr David Béchard, médecin bénévole MdM ; et Dre Marie-Munoz, médecin bénévole MdM.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Grisé - Abonné 18 décembre 2013 10 h 00

    Qui?

    Votera pour ce parti conservateur la prochaine fois.C est une grosse goutte qui fait deborde le vase.Infame et .incomprehensible.Cette femme malade devait etre une dangeureuse terroriste disciple d Al-Qaida....... J-P.Grise