Nouvelle approche face à l’itinérance

La complexité du phénomène de l’itinérance au Canada demande une approche intégrée qui prend en considération les problématiques inhérentes vécues par ces hommes, femmes et jeunes vivant dans des conditions de pauvreté extrême.

 

La détresse psychologique, les graves problèmes de santé physique, la toxicomanie, le manque d’emploi ne sont que quelques exemples des défis auxquels nous faisons face.

 

Après plusieurs années à soutenir une variété d’approches et de programmes visant l’itinérance, le gouvernement fédéral a pris la décision de changer les orientations de la Stratégie de partenariats de lutte contre l’itinérance (SPLI) en soutenant presque exclusivement les projets du type « Logement d’abord » en plus de réduire de 12 % les fonds octroyés. Sans remettre en cause le besoin en programme d’accessibilité au logement, il est inadéquat, voire dangereux, de réduire l’itinérance à la simple question du logement. Il est impératif de s’attarder aux causes qui mènent ces personnes à la rue afin de mieux prévenir l’itinérance.

 

À travers le Canada, plusieurs projets ayant abordé l’itinérance sous diverses approches obtiennent d’excellents résultats. À Montréal, c’est via la mise en place en décembre 2012 du premier pôle de services en itinérance par la Société de développement sociale de Ville-Marie (SDSVM) que nous pouvons apprécier ce type d’approches. En mobilisant les milieux des affaires, institutionnel, culturel et communautaire (STM, Fondation Bombardier, corporation Makivik, CSSS, Médecins du Monde, CHUM, Projet autochtone du Québec, etc.), la SDSVM, premier courtier en valeurs sociales en Amérique du Nord, a su mettre en place des actions concrètes pour lutter efficacement contre l’itinérance.

 

Pour répondre aux besoins croissants des sans-abri se réfugiant dans le métro, ils ont embauché un intervenant social qui travaille dans la station Place-des-Arts en concertation avec les employés de la STM ainsi que les services de police, afin de rejoindre les personnes itinérantes et de les diriger vers les ressources adéquates. Une salle de consultation médicale a également été construite afin que des spécialistes de la santé (médecins, infirmières et psychologues) puissent offrir des soins adéquats à cette clientèle. Ce projet hors du commun prévoit également des interventions qui ciblent les personnes issues des Premières Nations et des communautés inuites en situation d’itinérance afin de mieux servir cette population en pleine croissance au centre-ville de Montréal.

 

Pas juste une question de logement

 

La SDSVM s’est également associée à des chercheurs de l’Université Laval afin de quantifier les résultats de leurs actions. Cette recherche rigoureuse leur a permis de démontrer hors de tout doute que l’itinérance n’est pas uniquement une question de logement. Par exemple, 15 % des sans-abri ont un diplôme universitaire, une personne itinérante sur cinq a moins de 30 ans, un tiers des personnes sondées n’ont pas travaillé depuis au moins cinq ans, 28 % sont nées en dehors du Canada et 31 % sont autochtones.

 

Ce premier pôle de services en itinérance a permis à près de 300 sans-abri qui cherchent refuge dans le métro de recevoir de l’aide, des soins médicaux, des repas et des références vers divers services sociaux.

 

La phase 2 de ce projet prévoit des ateliers culturels pour des refuges autochtones, d’augmenter à trois les intervenants qui couvriront cinq stations de métro du centre-ville de Montréal ainsi que le financement d’un service de soins médicaux de proximité. Le but est d’offrir des possibilités concrètes de réinsertion pour redonner une dignité humaine aux personnes qui se retrouvent en situation d’itinérance et les préparer à se réinsérer socialement.

 

Dans un pays membre du G8, il est inacceptable que des citoyens vivent et parfois meurent dans des conditions de pauvreté extrême. Il est plus que nécessaire de connaître l’ampleur du phénomène partout au pays et d’offrir la marge de manoeuvre nécessaire aux organismes présents sur le terrain. Nous avons la responsabilité, en tant que gouvernement, de soutenir adéquatement les initiatives concrètes, novatrices et diversifiées. En ce sens, nous ne pouvons que saluer le travail effectué par la Société de développement social de Ville-Marie qui aura su incarner le leadership dont nous avons tant besoin pour résoudre le phénomène de l’itinérance.

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.