Refusons la société de surveillance!

Le centre de serveurs de Facebook, en Suède. Le droit fondamental à une intimité sans encombre est rendu caduc par l’usage abusif des avancées technologiques par les États et par des entreprises dans leurs activités de surveillance.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jonathan Nackstrand Le centre de serveurs de Facebook, en Suède. Le droit fondamental à une intimité sans encombre est rendu caduc par l’usage abusif des avancées technologiques par les États et par des entreprises dans leurs activités de surveillance.

Au cours des derniers mois, l’étendue de la surveillance de masse est devenue de notoriété publique. Quelques clics de souris suffisent à l’État pour accéder à votre portable, à votre boîte courriel, à vos comptes sur les réseaux sociaux et à vos recherches sur Internet. Il peut suivre vos engagements politiques. En partenariat avec des sociétés Internet, il recueille et stocke vos données, et il peut donc prédire vos habitudes d’achat et vos comportements.

 

Le pilier de la démocratie est l’intégrité inviolable de l’individu. L’intégrité humaine s’étend bien au-delà du corps physique. Dans leurs pensées et dans leur environnement personnel et de communication, tous les êtres humains ont le droit à une intimité sans encombre. Ce droit fondamental est rendu caduc par l’usage abusif des avancées technologiques par les États et par des entreprises dans leurs activités de surveillance.

 

Une personne placée sous surveillance n’est plus libre ; une société sous surveillance n’est plus une démocratie. Pour rester valides, nos droits démocratiques doivent s’appliquer aussi bien dans le monde virtuel que dans le monde réel. La surveillance viole la sphère privée et compromet la liberté d’opinion.


Triomphes historiques

 

La surveillance des masses traite chaque citoyen comme un suspect potentiel. Elle remet en question un de nos triomphes historiques : celui de la présomption d’innocence. La surveillance rend l’individu transparent, tandis que l’État et les entreprises fonctionnent dans le secret. Comme nous l’avons vu, ce pouvoir est systématiquement abusif.

 

La surveillance est un vol. Ces données ne sont pas un bien public : elles nous appartiennent. Quand elles sont utilisées pour prédire notre comportement, nous sommes spoliés d’autre chose : du principe de libre arbitre, essentiel à la liberté.

 

Nous exigeons le droit pour tous les peuples à déterminer, en tant que citoyens et de manière démocratique, dans quelle mesure leurs données personnelles peuvent être légalement collectées, stockées et traitées, et par qui ; d’obtenir des informations sur l’endroit où elles sont stockées et comment elles sont utilisées ; d’obtenir la suppression de leurs données si elles ont été illégalement recueillies et stockées.

 

Nous appelons tous les États et entreprises à respecter ces droits. Nous appelons tous les citoyens à se lever en défense de ces droits. Nous appelons les Nations unies à reconnaître l’importance centrale de la protection de la vie privée en ligne et à créer une « déclaration internationale des droits numériques ». Nous appelons enfin tous les gouvernements à signer une telle déclaration et à y adhérer.


Cette tribune a été publiée dans Le Monde par un collectif d’écrivain, dont les Prix Nobel Orhan Pamuk, J. M. Coetzee, Elfriede Jelinek, Günter Grass, Tomas Tranströmer, Juli Zeh, Marie Darrieussecq, Philippe Djian, Catherine Millet. La liste complète des signataires peut être consultée en ligne sur le site change.org

10 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 11 décembre 2013 05 h 53

    Une réponse sensée et appropriée...

    Cette déclaration des droits numériques, appelée de tous leurs voeux par leurs signataires, se veut une réponse à tous les gouvernants de ce monde qui tremblent devant la montée de cette ode à la liberté, à la liberté d'expression, à la liberté d'opinion.
    Tout près de chez nous, les États-Unis (et leur valet, le Canada) ont voulu donner une réponse inappropriée à leurs angoisses, à leurs peurs, en édictant des mesures de surveillance, notamment par le Patriot Act et la mise sur pied de la National Security Agency (et au Canada, le Centre de la sécurité des télécommunications). Ce sont là des mesures futiles qui ne servent qu'à restreindre les libertés fondamentales.
    Sachant tout ce que nous savons de leur fonctionnement, ces agences ne servent que de faux-fuyants face aux potentiels terroristes puisque ceux-ci ne sont pas assez idiots pour rendre publics leurs desseins criminels.
    Et nullement une réponse adéquate au traumatisme vécu par les Américains face à la saga punitive du 11 septembre 2001.
    La seule réponse possible, pour ces deux pays, en ce qui nous concerne, est de travailler à établir des relations respectueuses entre les nations plutôt qu'envenimer les situations de conflit à leurs avantages pour des raisons idéologiques et religieuses.

  • Denis Miron - Inscrit 11 décembre 2013 07 h 11

    Le Sifflet d'Or ou le Goiden Whistle

    Et pourquoi pas, instituer un prix international de type Nobel, pour récompenser les Snowden, Assange et Manning, pour le courage remarquable dont ils ont fait preuve par leur action direct en amont de cette pétition et pour les aider financièrement à faire face aux conséquences?

  • André Martineau - Abonné 11 décembre 2013 07 h 47

    À la guerre comme à la guerre !

    Nous sommes en guerre au terrorisme depuis un certain 9 septembre. Quand un pays, et le plus puissant du monde, est en guerre, il est normal de suspendre les droits démocratiques pour unir les forces de la nation contre l'ennemi. Cela est vieux comme le monde. Le problème aujourd'hui, c'est que la guerre n'aura jamais de fin, donc les droits démocratiques seront de plus en plus en danger. Cette guerre au terrorisme n'a aucune chance de victoire car l'ennemi est invisible (même avec l'espionnage sophistiqué) et se renouvelle contamment, comme l'Hydre, dont les têtes repoussent quand on les coupe. Dans une guerre, il n'y a que deux options: on gagne ou on perd. Je crois que celle-là est perdue d'avance, mais en attendant, notre société va souffrir d'un déficit démocratique grandissant.

    • André Michaud - Inscrit 11 décembre 2013 11 h 42

      En effet, rester les bras croisés devant les menaces terroristes serait tout à fait irresponsable..

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 décembre 2013 13 h 03

      9 septembre ou 11 septembre?

  • André Michaud - Inscrit 11 décembre 2013 11 h 41

    Rien à cacher

    Je suis pour que l'on surveille internet pour dépister les fraudeurs, pédophiles, terroristes etc..mais l'état ne doit pas se servir de ces renseignements à des fins commerciales.

    Déjà cette surveillance a réussi à éviter des tragédie terroristes..bravo!

    Je n'ai rien à cacher, au contraire je n'hésite pas à donner mes opinions en toute transparence..et depuis mes activités de soutient à des groupes communistes dans les années 80, je dois déjà être fiché à la GRC...

    • Richard Laroche - Inscrit 11 décembre 2013 16 h 15

      Ceux qui ne font rien de mal n'ont rien à cacher.
      Ceux qui ne peuvent rien cacher ne peuvent rien faire de mal.

      L'une de ces deux affirmations devrait s'appliquer à vous, l'autre devrait s'appliquer au gouvernement. Faites votre choix et surtout, ne vous trompez pas!

  • André Lefebvre - Inscrit 11 décembre 2013 11 h 46

    Guerre???

    Une guerre dont l'un des belligérent est invisible est une guerre inexistante. Il faut cesser d'avoir peur si on veut être "libre".

    André Lefebvre