Les Boys, le cinéma et la culture de masse

Le film Il était une fois les Boys vient de sortir juste à temps pour la période des Fêtes.
Photo: Films Séville Le film Il était une fois les Boys vient de sortir juste à temps pour la période des Fêtes.

Le cinéma québécois, en crise selon certains, connaîtra assurément un succès au box-office avec Il était une fois les Boys qui vient de sortir juste à temps pour la période des Fêtes. Cela mettra du beurre sur les épinards des propriétaires de salles.

 

C’est le sixième chapitre de l’histoire de Stan et de ses compagnons. Cette fois-ci, on nous ramène en arrière dans le temps, en 1967, avec des Boys adolescents. Depuis 1997, soit 16 ans, que « Les Boys » occupe une place dans notre filmographie ; mais aussi dans le monde télévisuel, en plus des produits dérivés. Un vrai travail à la chaîne. À quand la websérie ?

 

Ce produit « culturel » est devenu sans conteste une marque, dont tous ont entendu, pour le moins, parler. En effet, on n’a qu’à prononcer ce titre, « Les Boys », et tout le monde sait à quoi on fait référence. Il constitue un bel exemple de la culture de masse avec son caractère commercial.

 

Mais qu’en est-il en réalité des « Boys » en continu ? Ses assises : la culture masculine avec notre sport national, le hockey ; et des histoires de gars qui l’accompagnent. À cela s’ajoute un autre trait gagnant : un humour bas de gamme, sans subtilité. Un film dont les vedettes sont des gars qui nous renvoient à répétition des images d’hommes cabotins, loufoques, voire bums et séducteurs. Puis, il va sans dire de bons comédiens. Enfin, « Les Boys » reflète bien le boys’ club du cinéma d’ici avec sa surreprésentation masculine, comme c’est le cas dans les milieux de l’humour et du sport professionnel.

 

Heureusement, le cinéma québécois ne se résume pas à de tels stéréotypes. Des hommes moins caricaturaux, c’est-à-dire sensibles, dévoués, qui pleurent, qui expriment des émotions, qui aiment sans demander rien en retour apparaissent peu à peu sur nos grands écrans. De tels films ne font pas toujours salle comble. Dommage.

 

Plusieurs diront, pour justifier la légitimité du film, que Les Boys remplit les salles de cinéma et que par surcroît, il fait ses frais. Financé par l’État, il rapporterait tout autant en taxes, ce qui reste à démontrer. Il plaît au public et ce dernier en demande ? Peut-être. On nous dira que les aventures d’Indiana Jones ont été, elles aussi, reconduites en version multiple. Toutefois, le marché états-unien n’est pas celui du Québec.

 

Popularité et qualité

 

Il est justifié de se questionner sur les raisons pour lesquelles les institutions publiques appuient de tels projets cinématographiques ad nauseam. Ne considèrent-elles que les retombées financières d’un film ? Sans tomber dans la censure, se questionnent-elles sur sa valeur artistique et culturelle ? Le cinéma, comme toute forme d’art, est une expression symbolique, un regard créatif sur le monde. Il constitue en quelque sorte un reflet de nous-mêmes.

 

La popularité au box-office n’est pas gage de qualité. À ce chapitre, le cinéma hollywoodien ne compterait que des chefs-d’oeuvre. Étendre cet esprit comptable ailleurs dans la culture ferait en sorte que le théâtre et la danse seraient à bannir, que la poésie serait interdite de publication et qu’il faudrait fermer les musées. Et combien de romans faudrait-il brûler ?

 

Cette logique dominante n’imprègne pas seulement le cinéma. Le domaine de la musique construit littéralement des tonnes de « stars ». Ces « vedettes » sont devenues des entreprises. Elles déploient des stratégies de mise en marché, de production de biens « culturels » à « consommer » le plus rapidement possible, le plus massivement aussi, et ce, mondialisation oblige, à l’échelle de la planète. Cela encourage une vision et un développement de la culture que par les prismes du flash, du succès commercial, d’une réussite chiffrée en dollars. Et que dire des valeurs promues dans certains cas ? Le fast-food culturel nuit, lui aussi, à la santé. Le mouvement de marchandisation de la culture dans nos sociétés capitalistes se porte bien.

 

Aurons-nous droit à une septième cuvée des Boys ? Une idée de scénario « gagnante » : les Boys au centre d’accueil avec du manger mou, du hockey sur table, de jeunes et belles préposées qui se feraient pincer les fesses par des petits vieux qui perdent la boule. Financé par le privé, dont l’industrie pharmaceutique, l’État aurait plus de sous pour un autre type de cinéma.


Alain Pilon - Professeur de sociologie, Collège de Maisonneuve

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