Un CA sans contrôle à l’UQAM?

On aurait pu s’attendre à ce que le CA de l’Université du Québec à Montréal change ses pratiques après le scandale de l’îlot Voyageur.
Photo: François Pesant Le Devoir On aurait pu s’attendre à ce que le CA de l’Université du Québec à Montréal change ses pratiques après le scandale de l’îlot Voyageur.

À quoi peut bien servir le conseil d’administration (CA) de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) ? À contrôler les décisions prises par la direction (le recteur, les vice-recteurs et les cadres supérieurs) et les orientations qu’elle veut donner à l’université.

 

Ça, c’est la théorie, car dans la pratique, le CA ne contrôle rien, ça n’est pas dans ses pratiques ni dans sa culture organisationnelle. Le CA fait « confiance » et présume de la « bonne foi » de tout le monde : des membres de la direction, des doyens de faculté, des directions de département.

 

Si une décision est prise, on ne demande pas à la direction de fournir de manière transparente la documentation qui motive ses choix, car on lui fait « confiance » d’avoir pris ses « responsabilités » et d’avoir agi en conséquence. Demander que la direction justifie ses choix serait « impoli », voire supposer a priori qu’elle n’agirait pas de manière conforme. C’est pourquoi sur le CA de l’UQAM, un membre ne vote pas « contre » une résolution apportée par la direction (cela présumerait que certains décideurs ont délibérément mal fait leur travail), mais il s’abstient (ce qui veut dire qu’il n’est pas sûr, qu’il voudrait davantage d’information… qui ne viendra pas).

 

Jovialisme

 

La culture organisationnelle du CA exclut d’emblée que l’on puisse voter contre une résolution (ça plomberait l’ambiance et minerait l’esprit d’équipe). La bonne gouvernance à l’UQAM, c’est donc ça, du jovialisme où l’on fait « confiance » d’emblée que les décideurs agissent de manière « responsable ».

 

Mais alors, s’ils ne contrôlent pas les actions de la direction, que font les membres du CA lors de leur réunion ? Comme on dit en anglais, ils font du « rubber stamping », ils avalisent les décisions prises de manière « responsable » en haut lieu.

 

À quoi sert donc un CA qui ne demande rien, ne contrôle rien et ne fait qu’avaliser les décisions ? Justement à cela : à cautionner les décisions de la direction qui paraissent dès lors plus légitimes.

 

Après tout, à l’UQAM, il n’existe pas de contre-pouvoir à opposer à la direction, il n’y a que le CA. Si ce dernier cessait d’exister parce qu’on se rendrait compte de son inutilité (un peu comme le Sénat canadien), on pourrait alors voir dans toute sa splendeur et sa nudité ce qu’il est : une monarchie et non pas une démocratie participative.

 

J’imagine que ceux qui tirent les ficelles ne s’en offusqueraient pas, par contre certaines personnes y trouveraient quelque chose à redire. D’autant plus que l’UQAM se targue de sa différence, s’en drape en vantant partout sa gestion démocratique et collégiale.

 

Gouffre financier

 

Pourtant, on aurait pu s’attendre à ce que le CA de l’UQAM change ses pratiques après le scandale de l’îlot Voyageur et de la double comptabilité sous le règne du recteur Roch Denis. C’est justement le manque de contrôle sur les actions de la direction et la trop grande autonomie décisionnelle de cette dernière qui a mené l’UQAM vers un gouffre financier. Les adeptes de la « bonne gouvernance » ne cessent de nous vanter un mode de gestion transparent, efficace et imputable, un mode qui se concrétise surtout par des contrôles institutionnels, comme le CA de l’UQAM. Or, dans combien d’organismes publics trouve-t-on, comme à l’UQAM, de tels CA fantoches où siègent des membres externes peu au fait de leurs dossiers et qui croient sur parole les décideurs qu’ils doivent justement contrôler ?

 

Je ne dis pas ici que la solution est l’établissement d’un Conseil national des universités, comme le proposait l’ancien recteur de l’UQAM Claude Corbo. En effet, si le problème actuel est un contrôle bureaucratique déficient, bureaucratiser et centraliser davantage ces contrôles ne ferait qu’accentuer le problème actuel.

 

Après tout, ce n’est ni le CA ni ses membres externes qui ont tiré la sonnette d’alarme à l’UQAM lorsque la direction s’est improvisée promoteur immobilier sous la houlette de Roch Denis, ce sont plutôt les enseignant-e-s et les étudiant-e-s qui se sont positionné-e-s contre ce projet dénaturant la mission de l’université.

 

L’UQAM ne peut se débarrasser à court ou moyen termes de son CA, inefficace et non représentatif de sa communauté, pour mettre en place de réels contre-pouvoirs plus démocratiques, car l’existence du CA fait partie de la Loi sur les universités qui l’a créé. Cependant, on pourrait espérer que l’UQAM et son CA apprennent un peu de l’histoire récente, ne serait-ce qu’en troquant la « confiance » pour une dose bien saine de « méfiance » ; car actuellement, le chien de garde (le CA) ne fait qu’aboyer de concert avec la direction.


David Sanschagrin - Doctorant en science politique, UQAM

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