Tumulte autour de la laïcité - Il faut continuer de débattre

Le MLQ souhaite réagir aux propos de Michel David (« Respirer par le nez », Le Devoir, 26 novembre 2013) concernant le débat « Québec laïque ? » tenu le 23 novembre à l’UQAM.

 

Le lendemain du débat, le MLQ a publié un communiqué regrettant le fait que Mme Alexa Conradi (FFQ) ait été huée et contredite par des membres de l’auditoire, interrompant certaines de ses interventions. Nous souscrivons par ailleurs entièrement au souhait de Michel David pour que tout le monde « respire par le nez ». Cela dit, certains éléments de l’article de M. David (et d’autres parus dans divers médias) nous apparaissent donner une version déformée des faits et nous aimerions apporter quelques précisions. Nous en profitons pour informer le public qu’une vidéo intégrale du débat sera très prochainement mise en ligne par la Commission citoyenne multimodale pour les droits et l’harmonisation des relations interculturelles de l’UQAM, organisatrice de l’événement. Tous pourront alors juger par eux-mêmes.

 

Premier réel débat contradictoire

 

Cet événement constituait le premier réel débat contradictoire (avec un panel équilibré selon les points de vue) sur la question de la charte de la laïcité. Or, tant Amir Khadir qu’Alexa Conradi ne pouvaient ignorer qu’il s’agit d’un sujet qui soulève les passions à l’heure actuelle. Par ailleurs, on ne peut affirmer que l’auditoire ait été « agressif ». Tout au plus a-t-il manifesté son enthousiasme comme sa désapprobation à quelques reprises, ce qui est courant lors de débats animés.

 

Mme Conradi nous a quelque peu consternés par certaines déclarations entourant l’événement… Dans la semaine précédente, elle avait notamment affirmé à propos de Djemila Benhabib : « Ce sera la première et la dernière fois que je m’assois à la même table qu’elle. » Après le débat, elle a décrit celui-ci comme une « session de défoulement » et a expressément blâmé « les organisateurs » pour les réactions de l’auditoire. Ce faisant, elle omet de mentionner que sa propre attitude réfractaire a contribué au climat de l’événement. Surtout, ceci laisse penser que l’auditoire était contre elle personnellement, ce qui n’est pas le cas. Certaines personnes ont plutôt réagi à certains de ses propos. Notons que Mme Conradi a été chaudement applaudie à plusieurs reprises par ce même auditoire.

 

Par ailleurs, on ne peut ignorer que la position de la FFQ concernant le port de signes religieux dans la fonction publique suscite de la dissidence jusque dans ses propres rangs et il est manifeste que cette dissidence s’est exprimée lors de ce débat. Le MLQ, en tant que coorganisateur de l’événement, n’est pour rien dans cette situation. Encore une fois, le MLQ considère que tout débat doit se faire dans le strict respect du droit de parole de tous et déplore que Mme Conradi soit partie. Nous jugeons cependant qu’elle a fait preuve de manque de professionnalisme en agissant de la sorte. Soulignons, a contrario, que plusieurs féministes partisanes de la laïcité ont fait face à des auditoires très hostiles ces derniers temps, notamment lors des récents travaux préparatoires aux états généraux de la FFQ, sans pourtant quitter la salle…

 

En solidarité

 

Mais c’est au sujet de M. Khadir que l’article de M. David rapporte le plus erronément ce qui est arrivé. Celui-ci donne à croire que M. Khadir, pourtant habitué à la controverse, aurait quitté en réaction à une foule trop « agressive » et en même temps que Mme Conradi. Ceci n’est pas exact. Après le départ de Mme Conradi, M. Khadir est resté quelque 15-20 minutes pour poursuivre le débat. Ce n’est qu’à la suite d’un aparté de son attachée politique que M. Khadir s’est levé pour déclarer qu’il partait, en ajoutant qu’il le faisait en solidarité avec Mme Conradi. On ne peut donc prétendre que M. Khadir ait réagi spontanément, et encore moins en réaction à une salle devenue trop hostile.

 

Nous comprenons que le débat sur la charte et la laïcité au Québec soulève les passions, mais nous ne souscrivons pas aux analyses voulant que celles-ci soient si échauffées qu’il faille cesser de débattre. Et nous n’admettons pas que le débat de cette fin de semaine soit récupéré comme une démonstration en ce sens.


Lucie Jobin - Présidente du Mouvement laïque québécois (MLQ)

38 commentaires
  • Guy Chicoine - Abonné 29 novembre 2013 05 h 13

    Continuons le débat !

    Chacun peut et DOIT exprimer son point de vue : c'est le devoir d'expression.
    Chacun doit garder actif son sens critique tout en cherchant à comprendre le point de vue opposé.
    Souvent, on vante le "juste milieu" ... Sans perdre de vue que l'intolérable est intolérable.
    Une société démocratique, de droits, ne peut tolérer qu'on se serve de CES droits pour les réfuter, le ef user.

  • Michel Lebel - Abonné 29 novembre 2013 06 h 14

    On choisit...

    Il ne faut pas cesser de débattre? Prière de transmettre ce souhait au minstre Drainville qui s'est récemment défilé lors d'un débat prévu à l'Université Concordia. Pas très brave le ministre!


    Michel Lebel

    • Sylvain Auclair - Abonné 29 novembre 2013 08 h 17

      Sans doute le ministre avait-il jugé que sa présence empêcherait le débat.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 29 novembre 2013 08 h 19

      Il n'a pas manqué de bravoure mais les circonstances présentaient un danger et il faudrait blâmer les réseaux sociaux qui invitaient au désordre et la vie de M. Drainville est importante aussi. Et vous M. Lebel, auriez-vous mis votre vie en danger pour faire le brave?

    • Yann Ménard - Inscrit 29 novembre 2013 08 h 58

      Quel commentaire malhonnête !
      Drainville ne s’est pas « défilé » de débattre. L’anarchiste professionnel Jaghi Singh, qui ne fait aucune excuse pour la violence et les saccages, lui promettait un « comité d’accueil » envenimé, tandis que Concordia disait ne pas pouvoir assurer sa sécurité. Franchement, la rigueur intellectuelle ne vous étouffe pas.

    • David Boudreau - Inscrit 29 novembre 2013 09 h 20

      Il y a une différence entre un débat ou l'assistance se partage selon l'opinion et qui réagit de manière ponctuelle à certains commentaires, et une assistance qui vous prévient d'avance qu'on vous attend de pied ferme et que vous allez passer un mauvais quart d'heure. Pour ma part ce n'est pas ce que je nommerais un appel au calme et au dialogue.

    • Michel Gagnon - Inscrit 29 novembre 2013 10 h 06

      Bien d'accord avec le commentaire de Yann Ménard (et quelques autres).
      Et dire que les opposants à la Charte ne cessent de répéter que les partisans de la Charte sont de grands intolérants.
      Hypocrisie, quand tu nous tiens...

    • lawrence desrosiers - Inscrit 29 novembre 2013 10 h 08

      Ce n'est pas très grave cette baliverne, elle est dans la bonne moyenne de ses ragots habituels.

    • Micheline Carrier - Inscrite 29 novembre 2013 12 h 18

      Il faudrait apprendre à lire. Dans son communiqué, le ministre Drainville affirme que l'Université oncordia n'a pu leur donner des garanties qu'elle pourrait assurer la sécurité des participant-es. Une université invite un ministre, une députée libérale et un militant de QS à débattre, mais elle ne peut pas assurer la sécurité de ces personens et des participant-es en son enceinte. Est-ce un moyen pour que le débat soit annulé ou du je-m'en-foutisme de la part de cette institution? Une partie des subventions qu'elle reçoit du gouvernement, donc des contribuables, ne devrait-elle pas être consacrée à assure la sécurité et la démocratie. On annonce à l'avance que le ministre sera chahuté - et peut-être davantage. mais la sécurité? Connais pas.

    • Julien Villeneuve - Inscrit 29 novembre 2013 12 h 37

      Jaggi Singh, bien que pour la diversité des tactiques, ne ferait pas de mal à une mouche. Crainte pour la sécurité? De la part d'une petite poignée de manifestants du communautaire? Soyez sérieux.

  • Gilles Théberge - Abonné 29 novembre 2013 07 h 12

    Raciste et Xénophobe

    Voilà le type d'argument dont usent de plus en plus allègrement les opposants à la Charte. On l'a vu hier encore, et ça devient pratiquement un leitmotiv, particulièrement dans le segment anglophone de Montréal.

    Est-ce qu'ils sont sur le point de franchir le point de Godwin ?

  • Marc-Antoine Daneau - Inscrit 29 novembre 2013 07 h 19

    Débattre? Pourquoi? Qu'est-ce qui n'est pas clair?

    Tu travailles pour l'État?
    Oui ou non?

    Oui - tu représentes la collectivité et doit être neutre.
    Non - tu ne représentes que ta personne et peut faire ce que tu veux.

    C'est tout, il n'y a pas de discussion à y avoir, sinon on peut bien discutter pour savoir si la Terre est ronde ou non, ou si le feu brûle et ce genre de chose.

    • Julien Villeneuve - Inscrit 29 novembre 2013 12 h 39

      Je suis enseignant, M. Daneau, et je ne représente ni la collectivité, ni l'État, et ce n'est pas mon rôle de le faire. Je passe outre votre analogie boiteuse.

    • Cyril Dionne - Abonné 29 novembre 2013 17 h 12

      Moi aussi je suis enseignant et notre rôle doit se jouer dans la neutralité la plus complète. Nous sommes payer par l'État et donc, nous sommes des fonctionnaires. Et si nous représentons l'État, nous représentons aussi la collectivité. Nous ne sommes pas là pour faire de la propagande pour une telle ou telle religion, mais bien d'enseigner les connaissances et les compétences. Il me semble qu'avec tous les problèmes qu'on rencontre de façon journalière dans les écoles publiques, on n'a pas besoin d'en rajouter.

      Et c'est complètement inopportun d'introduire des signes religieux dans les écoles primaires, secondaires et des CPE qui ne sont pas le bienvenu. Dans la sphère éducationnelle, les non-dits comme les objets ostentatoires religieux portés par les enseignants ou les élèves en salle de classe ont une dimension didactique qui dépasse l’entendement pour tous les pédagogues dignes de ce nom. Vu que le niveau langagier des élèves n’est pas encore très développé, l’arbitraire qu’ils créent de leur milieu dépend justement d’indices visuels.

  • Pierre Grandchamp - Abonné 29 novembre 2013 07 h 24

    On choisit..en effet!

    Drainnville n'est pas allé à Concordia pcq Concordia n'était pas en mesure de garantir la sécurité. D'ailleurs ce n'est pas la première fois qu'une conférence, ou débat, y est annulée.

    Il n'y a pas si longtemps, une conférence d'un conférencier reconnu comme un islamiste radical a dû y êttre annulée.

    • André Le Belge - Inscrit 29 novembre 2013 11 h 46

      Non pas un conférencier, pas deux mais trois islamistes radicaux prêchant la haine du roumi...