Résultats d’élections - En 2009 comme en 2013, la division a été une source de déceptions

Avec 31 % des voix, Denis Coderre n’a réussi qu’un seul exploit, celui de recueillir moins de votes que Gérald Tremblay, lequel, en 2009, récoltait 38 % des votes.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Avec 31 % des voix, Denis Coderre n’a réussi qu’un seul exploit, celui de recueillir moins de votes que Gérald Tremblay, lequel, en 2009, récoltait 38 % des votes.

Le contexte des élections montréalaises et québécoises, respectivement du 3 novembre 2013 et du 4 septembre 2012 n’est évidemment pas le même. En revanche, l’analyse des résultats qui en ressortent est malheureusement identique. Nous avons déjà évoqué pourquoi tous les partis souverainistes ont raison d’être déçus des résultats de la campagne de 2012: malgré une performance électorale historiquement faible du Parti libéral du Québec avec 31 % des voix et 50 sièges, le Parti québécois n’a pas su décrocher la majorité qu’il souhaitait ; Québec solidaire n’a pas vu se produire de vague orange et sa progression semble stagner ; Option nationale n’a fait élire aucun député.

 

Élection montréalaise

 

Un constat similaire vaut pour l’élection montréalaise de la semaine dernière. Toutes les composantes probes, innovantes et progressistes de la scène politique montréalaise ont aujourd’hui raison d’être déçues. Si Projet Montréal a considérablement augmenté le nombre de ses élus, la mairie lui semble toujours aussi imprenable qu’en 2009, son soutien en matière de votes ayant à peine augmenté entre les deux rendez-vous électoraux. Quant à la Coalition Marcel Côté, il suffit de porter un regard sur la carte électorale de Montréal au matin du 4 novembre pour comprendre son échec.

 

Ces défaites n’avaient pourtant rien d’assuré. Avec 31 % des voix, Denis Coderre n’a réussi qu’un seul exploit, celui de recueillir moins de votes que Gérald Tremblay, lequel, en 2009, bien qu’empêtré dans le scandale des compteurs d’eau et les révélations sur la Société d’habitation et de développement de Montréal, récoltait 38 % des votes lors des élections. Ces chiffres permettent de voir que Denis Coderre n’est pas l’architecte de sa victoire. Pour leur plus grand malheur aujourd’hui, Louise Harel et Richard Bergeron en sont les artisans. Il y a fort à parier que l’aventure municipale de Mélanie Joly n’aurait jamais eu lieu, ou du moins qu’elle aurait connu beaucoup moins de succès, si les chefs des deux grands partis d’opposition à l’Hôtel de Ville, avant les élections, avaient proposé une forme ou une autre de collaboration électorale. Profitant des ponts construits lors des mois d’administration sous un conseil exécutif mixte, ceux-ci auraient pu mettre de côté la partisanerie dans le plus grand intérêt de Montréal afin d’éviter à tout prix que se reproduise un scénario comme celui de 2009.

 

Indépendantistes québécois

 

Assurément, les directions de Projet et Vision Montréal ont pris la décision de rejeter toute forme de collaboration électorale sur la base d’excellentes raisons, raisons qui leur appartiennent. Pourtant, n’est-il pas clair aujourd’hui que ces analyses ne furent pas les bonnes ? Ni sur le plan partisan ni pour Montréal. L’exemple déchirant des élections de 2009 était-il déjà trop loin aux souvenirs des responsables de la campagne de 2013 ? Avait-on déjà oublié que la division entre Louise Harel (33 %) et Richard Bergeron (25 %) avait reconduit Gérald Tremblay (38 %) au pouvoir ? Si l’histoire se répète, pour ainsi dire, toujours deux fois — la première comme une tragédie, la seconde comme une farce —, ne soyons pas surpris de voir l’« Équipe Denis Coderre » quatre longues années durant à la tête de la métropole du Québec.

 

Les indépendantistes québécois devraient voir dans les derniers résultats électoraux de Montréal un exemple supplémentaire du danger qui menace constamment leur famille politique, celui de la division. Lors des prochaines élections provinciales, si les libéraux devaient prendre le pouvoir à Québec, tout comme Denis Coderre et son « équipe », ils ne seraient pas les architectes de leur victoire. Les partis indépendantistes, par leur incapacité à s’entendre sur une forme de collaboration électorale, en seraient les artisans.

 

George Santayana disait que « ceux qui ne peuvent se rappeler le passé sont condamnés à le répéter ». Espérons qu’en vue des prochaines élections, les partis politiques soient fidèles à notre devise nationale et qu’ils n’oublient pas le triste exemple que nous donnent à contempler les élections montréalaises de 2009 et 2013. Autre espoir : la prochaine fois que les militants des partis indépendantistes se verront exposer d’astucieuses justifications stratégiques à l’encontre d’une collaboration entre leurs formations politiques, ils se souviendront, eux aussi, des désastreux résultats que peut entraîner ce genre de conclusion.


Pierre Curzi - Président du Nouveau mouvement pour le Québec

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23 commentaires
  • Nicolas Bouchard - Inscrit 22 novembre 2013 00 h 31

    Excellent commentaire venant de quelqu'un ayant appuyé un parti mineur qui divisa le vote lors de la dernière élection provinciale.

    J'appuie à 100% le texte de M. Curzi et j'espère qu'il fera pression sur ON pour leur faire comprendre le sens de ses propos.

    Nicolas B.

  • Jean Lengellé - Inscrit 22 novembre 2013 00 h 35

    Un peu de rigueur svp!

    En 2009, il y avait 3 concurrents majeurs ( Résultats arrondis en %: 38, 32, 25)
    En 2013 il y en avait 4 (résultats arrondis en % 32. 26, 26, 14), et donc logiquement le vainqueur a moins de voix.
    À force de vouloir rabaisser le gagnant on finit par ignorer la réalité des chiffres et surtout à conclure que puisque le score était serré, c'est que les électeurs sont au mieux des "pas brillants"!
    Quelle opprobre y a-t-il à avoir une opinion distincte? Le contester est faire preuve de mauvaise foi. Le peuple n'a que faire du panurgisme.

    • Gilles Théberge - Abonné 22 novembre 2013 10 h 18

      Globalement d'accord avec monsieur Martin. Cela dit tant que l'on n'exigera pas par une modification du système électoral que le vainqueur obtienne 50-% plus 1 vote, soit une majorité, on continuera à avoir des dirigeants qui font ce qu'ils veulent et des infatués congénitaux comme Coderre qui se spécialisent dans le Twittage et dirigent la ville bien assis sur une minorité de votes.

      Ça aussi c'est simple à comprendre. Mais personne ne l'exige, alors ça continue à être obscène. Et vogue la galère...

    • Jean Lengellé - Inscrit 22 novembre 2013 13 h 11

      Merci pour la démonstration qui consiste cette fois à donner aux électeurs anglophones (sans preuve, évidemment...) la responsabilité du résultat!
      Pour ceux qui tiennent mordicus au 50 % +1, mais dans l'optique d'une réponse par oui, ou par non, ce qui n'est pas le cas avec 4 (quatre) options possibles, il faut admettre que la réponse minimale n'est que de 25% +1, et donc que les 32% de Denis Coderre sont largement supérieurs au 25% +1.
      Donc, pourquoi contester ce que l'on prône?

  • Hubert Collin - Inscrit 22 novembre 2013 01 h 36

    Symptôme ou maladie?

    La prolifération des partis souverainistes est un symptôme, non une cause.

    Un parti qui se dit souverainiste et qui souhaite prendre le pouvoir en invoquant pour excuse la volonté de faire avancer le Québec dans le cadre canadien, et ce, en attendant que les conditions favorables soient réalisées, eh bien un tel parti milite, de fait, pour que le Québec demeure dans le cadre canadien.

    Vouloir faire avancer le Québec dans le Canada (comme le dit la formule), en attendant les mythiques conditions gagnantes, c'est faire l'aveu (aveu d'autant plus pernicieux qu'il demeure implicite) que le Québec PEUT avancer dans le Canada. Mais dès lors, quelle population prendrait le risque de sortir de ce cadre dans lequel il est possible d'avancer, et ce d'après la confession silencieuse même de ceux qui combattent ce cadre?

    C'est dans cette confession que la prolifération des partis souverainistes tire sa source. Chacun de ces partis, à vrai dire, multiplie l'aveu, et du même coup ces effets pernicieux. Ce n'est plus la souveraineté du Québec qui est l'enjeu, mais la meilleure façon d'avancer dans le cadre fédéral: un peu plus à gauche, un peu plus à droite.

    Et je ne parle même pas de cette monumentale erreur qui consiste à tenir en vie le BQ: ce nouvel aveu que le Québec trouve place et reconnaissance dans le Canada.

    Que dire finalement de toute cette symbolique trompeuse et hallucinatoire: notre Assemblée Nationale devrait être rebaptisée Assemblée Provinciale; une société distincte n'est distincte que si elle a des pouvoirs égaux, etc. En ce sens, si vous mettez du rouge à lèvres et un chapeau à un cochon, devient-il humain pour autant?

    Un parti souverainiste, surtout après 2 défaites référendaires, ne devrait avoir qu'un seul engagement dans sa plateforme électorale: la souveraineté.

    "Trop risqué!", direz-vous? Ne vous surprenez pas, alors, de voir les gens trembler.
    Les partis souverainistes ne croient pas à leur cause, ils n'en ont que le discours.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 22 novembre 2013 06 h 45

    La palme !

    Et nous devons tous remercier pour la victoire de Coderre... Bergeron, Joly et Côté, les perdants !

    Et quand j'entend Bergeron s'époumoner à répéter que 69% de la population n'a pas voté pour Coderre, je me demande s'il pense à tous ceux qui n'ont pas voté pour lui ! Un jour prochain, se le fera t'il remettre sur le nez ? Je changerais mon discours avant quelqu'un y pense !

    PL

  • Renaud Guénette - Inscrit 22 novembre 2013 07 h 13

    À quand des primaires souverainistes

    Comme le faisait remarquer un commentaire précédent de Hubert Collin, la prolifération de partis souverainistes n'est qu'un symptome. Pour remédier à ce fait, il faudrait organiser des primaires souverainistes. Tout cela dans le but d'envoyer les meilleurs joueurs au baton et d'éviter de présenter trois candidats de même idéologie dans le même comté.. Prenons l'exemple de la gauche en France. En complément, tous les partis devraient s'engager à modifier le mode de scrutin pour y introduire une mesure de proportionnalité plus représentative.

    • Jacques Patenaude - Abonné 22 novembre 2013 09 h 23

      Le problème aujourd'hui c'est qu'il n'y a pas une « même idéologie » commune à tous les souverainistes. Certains sont très à droite d'autres très à gauche. Il y a trente ans les positions étaient plus facilement conciliables, le PQ regroupait essentiellement deux tendances: une sociale-démocrate et l'autre nationaliste identitaire, ces deux tendances n'étaient pas en opposition l'une par rapport à l'autre. Aujourd'hui le spectre chez les souverainistes est totalement éclaté. Par exemple comment concilier les positions de PKP avec celles de Françoise David? Poser la question c'est y répondre. Le PQ en voulant être un parti ralliant tous les souverainistes de toute tendance ne réussit qu'à être le parti et encore pire le gouvernement de l'incohérence, écartelé entre sa volonté de faire plaisir à tous. En réalité je crois qu'il perd continuellement d'un côté ce qu'il gagne de l'autre. La solution: que le PQ choisisse où il se situe politiquement (gauche, droite, centriste) pour retrouver une cohérence politique nécessaire à gouverner.
      Les autres partis politique se positionneront (ce qui est d'ailleurs déjà fait dans leur cas). Les alliances pour la souveraineté viendront par la suite. Le Parti québécois ne peut plus tenter d'avoir un pied dans l'eau glacée et un pied dans l'eau bouillante et se croire ainsi au centre de l'échiquier social, économique et environnemental.

    • Jean Lengellé - Inscrit 22 novembre 2013 15 h 00

      Dans un premier temps, l'affiliation souverainiste n'a rien à voir dans une élection municipale, puisque les municipalités ne peuvent exiger leur indépendance.
      Dans un deuxième temps, Merci. ô Merci de me faire comprendre, grâce à votre exemple de la gauche en France, pourquoi leur Président M. Hollande est si impopulaire!!!!