L’Europe, un marché prometteur?

Des manifestants dénonçant les mesures d’austérité à travers l’Europe ont manifesté le mois dernier devant la Banque d’Italie.
Photo: Agence France-Presse (photo) Filippo Monteforte Des manifestants dénonçant les mesures d’austérité à travers l’Europe ont manifesté le mois dernier devant la Banque d’Italie.

Le premier ministre du Canada et le président de la Commission européenne ont affirmé leur entente politique pour un accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne (UE). Les discours officiels affirment à répétition que cet accord est bon pour le Canada et le Québec, car l’UE est un grand marché solvable ; qu’il fournira des occasions pour les entreprises exportatrices ; que la libéralisation des échanges est toujours bonne pour l’économie, car elle porte la croissance et le développement ; enfin, que l’UE défend la protection des droits et un modèle social tels que rien de néfaste ne peut venir d’elle.

 

Nous, en tant que citoyens européens, sommes désolés de devoir démentir ces propos lénifiants : non, l’UE n’est pas un modèle de développement durable et de justice sociale, non elle ne constitue plus une terre d’occasions économiques évidentes : car elle s’applique à elle-même des politiques d’austérité généralisée qui l’emmène à des régressions sociales mais aussi démocratiques très préoccupantes.

 

Impératifs financiers

 

Tout au long de la crise, nous avons vérifié, étape par étape, que l’ordre du jour européen était entièrement dicté par les impératifs des marchés financiers, quitte à sacrifier les populations. Les dettes publiques des pays dits de la périphérie — la Grèce, l’Espagne, le Portugal, l’Irlande — ont donné lieu à des spéculations qu’il n’a jamais été sérieusement question d’entraver, tandis que les banques étaient renflouées par les deniers publics. Les peuples ont été et sont encore les victimes de politiques insensées de « redressement des comptes » : en Grèce, avec des cures drastiques d’austérité, la situation sanitaire et la misère deviennent dramatiques, mais la dette a néanmoins augmenté. En Espagne, le taux de chômage dépasse les 25 %, et un jeune sur deux est touché. Au Portugal, la précarité a déclenché un exode de la jeunesse vers l’étranger — ironie de l’histoire, souvent vers les anciennes colonies. Partout, l’activité économique est en berne et les discours officiels euphoriques sur la « reprise » ne parviennent pas à masquer l’enlisement européen. Même l’Allemagne, présentée comme championne européenne de la croissance, table sur un chiche 0,3 % pour l’année prochaine.

 

Loin de chercher à apporter des réponses sérieuses à ce que vivent réellement les populations européennes, l’Union européenne et les gouvernements se réfugient dans l’idéologie en prétendant que le renforcement du libre-échange pourrait apporter des solutions. Mais la liberté totale de circulation des marchandises et des capitaux, instituée par les traités au sein de l’UE et de plus en plus systématiquement pratiquée avec les pays tiers, a favorisé la précarisation de l’emploi et la concentration des revenus : elle est donc au coeur des mécanismes de la crise actuelle. Pourquoi vouloir encore la renforcer ?

 

Dans ces conditions, de quelles occasions de marché parlent vos dirigeants quand ils tentent de vous faire accroire que l’UE est l’eldorado des investisseurs ?

 

Personne ne pense sérieusement que l’Accord économique et commercial global (AECG) entre l’UE et le Canada serait de nature à améliorer cette situation. Au contraire, en augmentant le pouvoir des multinationales canadiennes et européennes, en restreignant le droit des pouvoirs publics à améliorer ou simplement à maintenir des normes de sécurité sociale, sanitaire ou environnementale, cet accord ne pourra que contribuer à aggraver les inégalités et les injustices des deux côtés de l’Atlantique. C’est si clair qu’on n’ose toujours pas dévoiler le texte de l’AECG et en débattre sérieusement : les peuples concernés — pour qui tout cela serait si bénéfique — n’ont pas voix au chapitre, les « experts » savent ce qui est bon pour eux.

 

Division des peuples

 

En Europe, le sacrifice de la souveraineté populaire aux exigences du marché entraîne une division aggravée entre les peuples et favorise la recherche de boucs émissaires. Montent partout des nationalismes de nature xénophobe et raciste.

 

Ainsi, la question mérite d’être posée : les dirigeants du Québec et du Canada disent que l’Union européenne est la terre de toutes les promesses ; mais des promesses pour qui ?


*ATTAC, l’Association pour la taxation des transactions financières et pour l’action citoyenne, existe dans plus de 30 pays. Ce réseau rassemble les ATTAC de Norvège, de Finlande, du Danemark, de Wallonie-Bruxelles, de Grèce, de Pologne, d’Islande, d’Italie, d’Allemagne, de France, du Portugal, d’Autriche et d’Espagne.

3 commentaires
  • Bernard Terreault - Abonné 15 novembre 2013 10 h 14

    Nous sommes avertis

    A court et moyen terme en tout cas, l'Europe va au mieux stagner. L'euro est trop fort pour la majorité de ses membres. L'Europe politique actuelle est une pseudo-fédération qui a à la fois tous les défauts du centralisme et des égoismes nationaux. Dans tous les cas, ça ne sera pas un marché intéressant pour le Québec ni pour le ROC. Dommage, sa culture a tant donné à l'humanité. Sans l'éveil rationaliste qui s'y est amorcé à la Renaissance, s'est répandu chez les colons d'Amérique, puis s'est communiqué à une bonne partie du monde, nous serions peut-être encore au Moyen-Âge, prisonniers de mythes religieux et sans toutes les avancées de la science.

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 15 novembre 2013 14 h 56

    Correction

    "l'éveil rationaliste" s'est manifesté au XVIIIà siècle. La Renaissance fut celle des Arts.

  • Alain Harrison - Inscrit 18 novembre 2013 20 h 24

    les alternatives, un peu d'imagination et de questionnement

    Le questionnement, l'auto-éducation et les tables de réflexions peuvent être un puissant levier...); les tables de réflexions peuvent agir de manière multidimensionnelle: pédagogie, guide, échange, participation, questionnement, conscensus, etc..
    Attention à la désinformation téléguidée par la sphère financière: qui contrôle une armada de perroquet. Ici au Québec, les analyses "sociales"-économiques sont restraintes par l'idéologie des marchés et de sa main invisible.

    Le Vénézuéla, le Peuple vénézuélien est en train de faire naître la démocratie directe.
    L'Argentine est la mère des coopératives qui ne cessent de naître.

    L'Amérique du Sud échappe à la sphère financière ?

    Où trouver de nouvelles proies ? Quand la finance se retourne.
    L'Europe est en train de faire renaître les vieux démons, une conséquence directe des manipulateurs financiés et politiciens-affairistes. Voir: la Grèce, Naples (les enfants à la merci de la mafia, l'éducation à la dérive...Vive la mondialisation et ses promesses de richesse...Une parodie des plus tristes.

    Vous savez au Québec, une nouvelle phraséologie est née (une découverte de la comission Gomery): je ne me souviens pas, je n'étais pas au courent, personne ne m'en a parlé...Ha si j'avais su
    En plus une nouvelle manière de faire de la classe politique (les affairistes) non au pétrole de l'ouest, mais la mondialisation (finance-patronat), ben ça va être bon pour l'économie (la pensée unique), y en a d'autres: temps limite des maires-corruption, référendum d'initiative populaire (il s'agissait de réfléchir aux balises), élection à la proportionnelle au calandre grec, and so on...
    La voiture électrique (qui a tué la voiture électrique) avait fait ses preuves (question de batterie). D'une simlicité de matériel... Puisque les compagnies automobiles ont démontré leur incompétence. La jeunesse montante devrait réclamer les brevets des inventions séquestrées par les grandes compagnies.
    Comment, en remplaçant les incapables a