Projet de loi 52 sur les soins de fin de vie - L’Opus Dei n’est pas un lobby

L'article « Mourir dans la dignité - L’influence discrète de l’Opus Dei » publié le 29 octobre dans Le Devoir reflète un malaise qu’il me semble important de relever et de clarifier. Les idées soulevées dans l’article touchent la sécularité, l’autonomie personnelle, la liberté de conscience et le respect pour la vie privée.

 

L’Opus Dei est une institution laïque de l’Église catholique. Ce sont donc des personnes laïques qui en font partie. Ses membres y reçoivent une éducation sur la foi tant sur le plan intellectuel que spirituel. Chacun pense et réfléchit sa foi. L’institution comme telle n’a pas d’autre raison d’être que de l’outiller pour vivre sa foi dans son individualité et avec sa propre personnalité. On n’accepterait pas de se faire dire quoi penser, comment agir ou ne pas agir. Si c’était le cas, personne n’en voudrait, ce qui n’est pas le cas.

 

L’accent est surtout mis sur la responsabilité personnelle lorsqu’on parle de formation dans l’Opus Dei. Personne ne se fait dire et ne peut dire à qui que ce soit de prendre une couleur politique déterminée ou une ligne d’action sociale ou culturelle particulière. Ceci explique pourquoi aucun membre ne peut s’approprier de représenter l’Opus Dei, car comme institution, elle n’a pas de ligne d’action autre que d’aider les chrétiens à être cohérents avec leur foi en la vivant dans la vie courante. Le seul qui peut parler au nom de l’Opus Dei est le prélat et les vicaires des différentes circonscriptions géographiques où oeuvre l’Opus Dei, directement ou à travers leur porte-parole.

 

Quand on arrive à un sujet qui relève de la loi naturelle et donc du code moral judéo-chrétien, ce n’est pas non plus l’Opus Dei qui dicte aux membres comment penser et quoi faire sinon l’enseignement de l’Église catholique clairement exposé dans le Catéchisme de l’Église catholique (révisé et publié en 1992 par le pape Jean-Paul II). Les membres de l’Opus Dei, comme beaucoup de catholiques, y adhèrent en pleine connaissance de cause et en toute liberté et responsabilité personnelle.

 

Pas de motif caché

 

On reproche à l’Opus Dei de ne pas divulguer la liste de ses membres et de là, bien souvent lui vient l’étiquette d’association secrète. Les membres individuellement sont totalement libres de dire leur appartenance à l’Opus Dei à qui que ce soit. La non-divulgation de la liste de ses membres relève du respect de la vie privée de chaque individu. Il ne devrait pas être difficile de comprendre cette manière d’agir puisqu’elle est pratique courante dans nombre d’associations culturelles et professionnelles. Aucun médecin ne donnerait la liste de ses patients au journaliste ou à quiconque appellerait à son bureau pour obtenir cette information. Cela relève du sens commun.

 

Il n’y a pas de motif caché derrière cela, sinon la conviction que la foi relève du domaine privé et que chacun en parle de la façon et dans les circonstances qui lui semblent appropriées. Les membres seront heureux de parler de leur appartenance à l’Opus Dei avec les personnes avec qui elles ont un rapport personnel de confiance.

 

Revenons-en à l’article en question et au malaise soulevé au sujet de ces médecins qui ont présenté leurs mémoires en commission parlementaire. Devaient-ils révéler leur appartenance à l’Opus Dei, si appartenance il y avait ? Non. Ils n’y sont pas allés en tant que représentants de l’Opus Dei puisqu’ils ne peuvent pas le faire comme nous l’avons expliqué précédemment.

 

Pour mieux nous mettre en contexte, posons-nous la question suivante : est-ce qu’un juif doit révéler sa religion et la synagogue dont il est membre ? Est-ce qu’un protestant doit dire à quelle branche il est affilié ? Est-ce qu’un catholique doit dire qu’il appartient aux Focolari, à Communion et Libération, aux Chevaliers de Malte, aux Chevaliers de Colomb, à l’ordre du Saint-Sépulcre, à Marie-Jeunesse, ou à la communauté de L’Emmanuel ? Devraient-ils commencer un mémoire à l’Assemblée nationale avec une telle introduction ? La réponse est évidente.

 

Et pourquoi alors faudrait-il qu’un catholique mentionne qu’il fait partie de l’Opus Dei ? Pour pousser plus loin l’exemple, est-ce qu’un athée devrait dire qu’il est athée avant de parler en commission parlementaire sur sa position sur l’euthanasie ?

 

Peur des convictions

 

Au coeur de toute cette question est la peur que les convictions religieuses teintent les prises de position. À ce prix, seulement les athées auraient pleinement droit au débat sur la place publique. Ils apportent pourtant eux aussi leurs couleurs particulières et leur conception de l’être humain. La neutralité est une construction idéologique et une illusion. Il est évident que chaque personne arrive avec son bagage d’éducation, de valeurs, de lectures, etc.

 

L’Opus Dei a un objectif exclusivement spirituel. Il n’est pas un groupe de pression, ni un lobby. S’il l’était, les journalistes auraient raison de dénoncer qu’il y a secret et que ses membres manquent de transparence. Mais puisqu’il ne l’est pas, il était tout à fait normal que les membres de l’Opus Dei n’aient pas à divulguer cette information avant de parler.

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44 commentaires
  • Josette Allard - Inscrite 1 novembre 2013 07 h 05

    Ah ouin

    Allez raconter celà à de vieux espagnoles qui ont bien connu le régime de Franco jusque dans les années soixante-dix. Ils pourraient vous parler de la douceur et des intentions bienveillantes de l'Opus Dei, lié de façon plus qu'étroite à ce régime faciste.

    • Baruch Laffert - Inscrit 1 novembre 2013 07 h 48

      Comme l'auteure l'explique dans son texte, l'Opus Dei en tant qu'organisation ne prend pas de positions politique. Si des membres de cet institut étaient ministres sous Franco, d'autres y étaient ouvertements opposés. Chacun est libre d'avoir ses propore convictions politiques, mais aucun n'a le droit de prendre position au nom de l'Opus Dei.

    • Jean Jacques Roy - Inscrit 1 novembre 2013 10 h 03

      @Baruch Laffert. Voici un point de vue extérieur: *
      "(...) Les membres de l’Opus Dei se divisent en plusieurs catégories. Les supernuméraires, qui représentent 70 % des plus de 90 000 membres dans le monde, sont des hommes et des femmes mariés avec des vies professionnelles. Ils contribuent financièrement à l’institution, consacrent une partie de leur journée à la prière (...) Les numéraires, qui représentent environ 20% des membres, sont des hommes et des femmes s'engageant au célibat et qui vivent dans des centres gérés par l’Opus Dei. Ils ont une carrière à l’extérieur du centre mais remettent l’essentiel de leurs revenus à l’organisation. Le clergé et le personnel travaillant dans les centres composent le reste de l’organisation.
      (...)
      L’Opus Dei s’est toujours défendue de faire partie des sociétés dites secrètes, mais l’organisation, parfois surnommée la « sainte Mafia », s’est toutefois méritée de nombreuses critiques depuis sa fondation. Certains historiens ont notamment relevé la présence de nombreux membres de l’institution dans le régime autoritaire de Franco en Espagne jusqu’en 1978, ou tenté de montrer des liens entre l’Opus Dei et certains dictateurs sud-américains comme Augusto Pinochet au Chili et Alberto Fujimori au Pérou. De nos jours, on reproche parfois à l’Opus Dei de recruter ses nouveaux membres parmi l’élite de la société afin de mieux propager ses valeurs conservatrices catholiques. Il est vrai que l’organisation administre de très nombreux centres situés sur des campus universitaires, offrant ainsi des résidences aux étudiants. L’Opus Dei possède 6 centres au Québec dont deux résidences universitaires.
      En 1982, le Pape Jean-Paul II a donné à L’Opus Dei le statut de prélature personnelle.(...) Le fondateur de l’Opus Dei a été canonisé (par Jean-Paul II) en 2002, seulement 27 ans après sa mort."
      ----------------------------
      *Source: http://lesignesecret.historiatv.com/les-societes/o

  • Johanne Archambault - Abonnée 1 novembre 2013 07 h 09

    Pas tout à fait la question

    Une longue et défendable argumentation, qui détourne l'attention du reproche central fait à certains opposants à la loi, soit d'avoir revêtu des identités diverses pour paraître plus nombreux qu'ils ne sont en réalité. Et ils ont pu agir ainsi parce qu'ils ont de puissants moyens. Ni démocratique ni... évangélique. Johanne Archambault

  • Gilles Delisle - Inscrit 1 novembre 2013 07 h 29

    Institution condamnable et à proscrire de nos murs!

    Le propre de toutes institution religieuse est de s'inflltrer dans toutes les sphères de notre société, bien au-delà de leur soi-disante implication religieuse. Celle-ci en est une qui date, à travers le monde. A l'heure où le Québec essaie d'empêcher les religieux venus d'ailleurs de s'imposer dans la sphère publique, on a vu récemment que la dite institution religieuse a bien tenté de noyauter une Commission parlementaire sur la question délicate d'un projet de loi sur les soins en fin de vie. Rien de moins! Plus grave encore que le port de signes religieux ostentatoires, ces membres de sectes essaient d'influencer un débat capital en commission parlementaire de facon non seulement discrète mais secrète! Comme toutes les autres sectes, celle-ci doit être combattue par tous les moyens pour garder une société civile à l'abri de tout ce qui pourrait ressembler à une intrusion du religieux dans nos vies.

  • François Dugal - Inscrit 1 novembre 2013 08 h 07

    En avant soldats

    «En avant soldats, en avant soldats,
    Soldats du Christ à l'avant-garde.
    En avant soldats, en avant soldats,
    Le Christ nous regarde,
    En avant, bataillon!»
    Chant de mon enfance à l'école primaire des Sœurs de la Providence à Salaberry-de-Valleyfiels

    • François Dugal - Inscrit 1 novembre 2013 12 h 05

      Correction,
      À la deuxième ligne, on devrait lire:
      «Croisés du Christ à l'avant-garde»

  • Alain Lafond - Abonné 1 novembre 2013 08 h 34

    Pourquoi alors vos membres s'opposent ?

    J'espère que les membres de l'Opus Dei lirons avec attention votre lettre et en particulier le passage ou il est mentionné que l'Opus Dei n’a pas d’autre raison d’être que d’outiller ses membres pour vivre leur foi dans leur INDIVIDUALITÉ et avec leur propre personnalité.


    Je présume ici, peut-être faussement (!), que parmi les «outils» que l'Opus Dei propose à ses membres, l'aide médicale à mourir n'en fait probablement pas partie. Je présumerais même que cette voie ne serait nullement encouragée. Je me trompe ?

    D'un autre côté, je peux aussi présumer qu'aucun membre de l'Opus Dei n'a donc de problème avec ce projet de loi puisqu'il ne les affecte pas individuellement. Par conséquent, tous les membres devraient ainsi reconnaitre que les autres personnes peuvent vivre différemment, avoir des valeurs différentes et ainsi, eux aussi, ne pas vouloir se faire dicter leur conduite.

    Le projet de loi 52 vise en particulier cela: Permettre à ceux qui le désirent, et uniquement à ceux-là, et à condition que ceux qui le désirent le manifestent de manière très explicite, tout en répondant à plusieurs critères, de se prévaloir d'une aide médicale pour mourir.

    Dans un tel cas, pourquoi quelqu'un s'opposerait à ce projet de loi qui, en fait, n'enlève rien à personne, mais redonne simplement la liberté de mourir à ceux qui le désirent ?

    Les opposants doivent réaliser que ce projet de loi ne les empêchent nullement de vivre leur fin de vie comme ils l'entendent, sans considérer l'option de demander qu'on les aide à mourir.

    Le projet de loi permet seulement à ceux qui ne pensent pas comme eux de choisir de terminer leur vie en recourant à l'aide médicale. Ce projet de loi vise aussi à protéger le médecin compatissant et infiniment respectueux de son patient en lui permettant de répondre à ce besoin librement et clairement exprimé par un être humain sans risque de représailles.

    Alain Lafond
    Sherbrooke

    • Jacqueline Boisclair - Inscrite 1 novembre 2013 14 h 20

      Bien dit, M. Lafond !