Attaques contre les peuples autochtones

Jeudi 17 octobre, la GRC attaque une barricade de la nation Elsipogtog au Nouveau-Brunswick. Depuis le 29 septembre, elle bloquait l’accès aux véhicules de la compagnie South Western Energy Resources (SNW, Texas), laquelle menait des travaux d’exploration et des tests sismiques sur le territoire micmac, en vue d’y exploiter du gaz de schiste. Depuis l’été dernier, diverses actions contre la compagnie ont été menées par la population locale, entraînant plusieurs arrestations. L’assaut de la GRC contre la barricade a été lancé la veille d’une journée nationale d’action fixée au 18 octobre, et quelques jours après le Jour de Christophe Colomb - jour de célébration de 521 ans de génocide contre les peuples autochtones des Amériques… En réponse, une vague de protestations et d’actions de solidarité s’est répandue à travers le pays le jour même.

 

C’est aussi le 17 octobre, à des milliers de kilomètres, qu’en Colombie l’armée a ouvert le feu contre la mobilisation autochtone. La Minga sociale, autochtone et populaire avait commencé lundi 14 octobre avec plus de 120 000 personnes, qui répondaient à l’appel de l’Organisation nationale indigène de Colombie (ONIC), pour dénoncer « l’échec évident du modèle économique, l’invasion des projets miniers énergétiques et les mégaprojets sur les terres ancestrales des indigènes, des fermiers et des descendants africains ». Alors que l’État colombien parle de paix, les peuples autochtones sont victimes d’attaques armées des forces de l’ordre colombiennes. Les organisations sociales et de défense des droits de la personne en Colombie dénoncent l’utilisation par l’armée d’armes non conventionnelles, de cas de tortures et de détentions illégales. Rappelons que, toute l’année durant, les secteurs des caféiculteurs, des cultivateurs de pommes de terre, des miniers artisanaux, de la santé et de l’éducation ont été en mobilisation, ayant notamment culminé avec la grève du secteur agricole qui dura 21 jours en septembre dernier, pour marquer leur opposition, principalement aux accords de libre-échange et à la certification de semences. En Colombie comme ici, les peuples autochtones luttent contre un modèle de développement « extractiviste » - basé sur l’exploitation industrielle des ressources minéro-énergétiques des sols. Le bilan de ce modèle est éloquent : destruction des écosystèmes, pollution des sources d’eau potable, guerres, déplacements de populations, criminalisation des résistants… La liste est longue.

 

L’opposition aux projets «extractifs» se fait sentir au Québec : gaz de schiste, Malartic, île d’Anticosti, Gaspésie, Plan Nord, renversement de la ligne 9 d’Enbridge… Et tandis que gouvernements et compagnies investissent en publicité et en politiques de «responsabilité sociale» pour endormir les consciences, le bilan des compagnies minières, pétrolières et gazières dans le monde continue de donner raison aux plus radicaux des opposants.

 

Bien que cela soit essentiel, s’opposer aux projets au Québec ne suffit pas quand on sait que trois compagnies minières sur quatre dans le monde sont enregistrées au Canada et que l’on connaît les exactions commises pour faire monter une action à la Bourse de Toronto. (D’ailleurs, ce sont les cas qu’examinera le Tribunal permanent des peuples. Il jugera les politiques minières du Canada dans le monde au cours de plusieurs sessions entre 2014 et 2016.) C’est le modèle de développement au complet qu’il faut changer.


Blandine Juchs et Mélissa Leblanc - Projet accompagnement solidarité Colombie

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