Charte des valeurs - Ottawa doit bloquer Québec

Le vivre-ensemble se fonde sur divers textes, dont la Magna Carta de 1215.
Photo: La Presse canadienne (photo) Le vivre-ensemble se fonde sur divers textes, dont la Magna Carta de 1215.

Éventuellement il faudra que le gouvernement fédéral s’oppose officiellement au projet de Charte des valeurs québécoises, si elle reflète les propositions déjà connues, parce qu’elle contredirait plusieurs des droits fondamentaux acquis de haute lutte depuis des générations.

 

Même si on pense qu’un affrontement avec Ottawa fait partie des objectifs poursuivis par le gouvernement du Québec, pour des raisons partisanes, il me paraît important que le gouvernement fédéral conteste lui-même le projet de Charte des valeurs québécoises, parce qu’elle contredit l’esprit et la lettre des dispositions des chartes canadienne et québécoise relatives aux droits d’expression de son opinion et de son orientation religieuse. Tous les citoyens, et les dirigeants politiques en particulier, doivent savoir que le respect des droits de la personne n’est pas optionnel.

 

Il n’est pas inutile de rappeler ici que les droits et libertés inscrits dans les chartes les plus récentes ne sont que la formulation en des termes renouvelés de ce que les générations précédentes ont cru bon de codifier à leur façon.

 

Il faut savoir que la codification des droits individuels, reconnaissant à chacun la jouissance de droits égaux et inaliénables, a de tout temps préoccupé les humains.

 

C’est grâce à des luttes et des gains répétés que l’individu a pris une place de plus en plus honorable et respectée dans la société. La reconnaissance de son individualité, de son droit au respect de même que de la liberté d’exprimer son opinion et ses croyances religieuses a été formulée de façon de plus en plus précise au cours des siècles. Bien sûr, durant des époques dominées par des « Barbares », ces droits individuels ont été bafoués ou éliminés, mais la détermination à préciser et à faire respecter l’essentiel des droits individuels s’est poursuivie, comme en font foi les documents les plus anciens.

 

En vérité, ce qui fonde aujourd’hui notre vivre-ensemble pacifique et harmonieux s’est construit depuis le code Hamurabi, du nom du roi de Babylone, en l’an 1750 avant notre ère, en passant par le cylindre de Cyrus, roi de Perse, 600 ans avant notre ère ; la Magna Carta de 1215 en Angleterre ; l’acte de l’Habeas Corpus en Angleterre, en 1640 ; le Traité de Paris et la proclamation royale de 1763 établissant les droits des autochtones au Canada ; la déclaration d’indépendance des États-Unis en 1776 qui a inspiré la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 en France ; les pactes internationaux, l’un relatif aux droits civils et politiques et celui relatif aux droits économiques, sociaux et culturels mis en force par l’ONU en 1976 ; la Déclaration des Nations unies sur les droits des autochtones en 2007 ; la Déclaration universelle des droits de l’homme de l’ONU en 1948 et les autres chartes, plus récentes, que nous connaissons mieux, celle du Canada et celle du Québec.

 

Aucun recul dans ce domaine ne devrait être acceptable. Les arguments en faveur des droits collectifs s’opposant à certains droits individuels ne peuvent affaiblir l’obligation de respecter d’abord les droits fondamentaux de la personne.


Georges Paquet - Ottawa

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