Une Charte, chez nous…

L’auteure Fabienne Larouche présente sa vision de la laïcité.
Photo: Jacques Grenier - Le Devoir L’auteure Fabienne Larouche présente sa vision de la laïcité.

Plusieurs me demandent quelle est ma position dans l’actuel débat sur la Charte des valeurs québécoises. Eh bien, voici… Je suis pour une charte de la laïcité qui affirme la séparation indéfectible de l’État et du religieux.

 

Je suis contre tout ce qui nie - en réalité ou symboliquement - la notion d’égalité des hommes et des femmes, peu importe l’église qui en fait la promotion. Je suis pour l’affirmation des valeurs québécoises et/ou canadiennes qui mettent la démocratie, la liberté d’être, la non-violence et le vivre-ensemble au premier chapitre de nos principes.

 

Je suis opposée à la présence de tout signe religieux dans les conseils exécutifs ou les chambres législatives, de même contre toute pratique religieuse pendant l’exercice politique, au fédéral, au provincial, au municipal ou dans l’espace scolaire.

 

J’estime qu’on doit pouvoir faire garder ou éduquer ses enfants et se faire soigner dans un espace non confessionnel.

 

Je suis contre la constitution de ghettos, religieux ou autres.

 

Je suis pour la pratique religieuse, pour ceux qui le souhaitent, dans un cadre privé, ou dans un lieu de culte, à la condition que les rites n’aillent pas à l’encontre du principe de liberté et d’égalité pour les femmes.

 

Je réprouve catégoriquement toute expression du religieux qui ostracise certaines personnes sur la seule base de leur identité personnelle.

 

Ceci étant dit, on doit aussi comprendre le parcours de ces gens qui nous viennent de pays où le religieux a souvent permis leur survie. Nous, femmes occidentales, avons pris des siècles pour nous affranchir de coutumes contraignantes. Ces femmes qui arrivent ici voilées, en tout ou en partie, doivent souvent la vie à ces pratiques religieuses. On leur a inculqué qu’elles ne sont plus rien sans ces artifices. Grâce à leurs fétiches, elles ont survécu dans des environnements hostiles, violents. Elles ont ainsi hérité d’une identité fondamentale qui les définit et les sécurise. Leur demander, sans autre forme d’assistance, de renoncer à ces signes religieux équivaudrait à transplanter une femme du XVIIe siècle à notre époque, l’instant d’un voyage en avion. On peut facilement imaginer l’angoisse…

 

Je considère souhaitable et nécessaire que ces femmes en viennent à vivre en toute sécurité dans une société où la survie ne tient pas à la pratique de rites religieux prescrits.

 

Je déplore le comportement ouvertement démagogique de certains politiques qui alimentent leur électorat à grands coups de déclarations intempestives, déclarations qui exacerbent l’insécurité de toutes ces femmes vulnérables.

 

Tous ensemble nous savons quelles valeurs ce pays défend. Si ces valeurs existent, c’est parce qu’elles nous préservent de la barbarie. Ne donnons pas bonne bouche à ces mêmes barbares qui ont voilé des générations de femmes pour mieux les dominer en faisant la démonstration que nous ne valons pas mieux qu’eux dans la démagogie et le clivage.

 

Ces femmes ont hérité d’une culture. Elles sont venues ici pour comprendre ce que notre culture à nous pouvait leur offrir de mieux. Donnons-leur du temps pour changer, s’adapter et permettre à leurs filles de s’émanciper comme les nôtres, mais sans oublier que cette émancipation est inévitable et que nous resterons inflexibles sur cet objectif. C’est tout.

46 commentaires
  • Jean Bottari - Inscrit 18 octobre 2013 00 h 17

    Ma charte

    Madame Larouche, ceci va peut-être vous rejoindre:-

    Voici ma vision d'une charte que pourrait adopter le Québec afin de mettre fin à toute ambiguïté concernant les croyances religieuses, la langue française et l'égalité entre les sexes:



    Charte de la laïcité et de l'égalité entre femmes et hommes du Québec

    1- Toute personne voulant immigrer au Québec s'engage à apprendre la langue française durant les six premiers mois de son arrivée. Pour ce faire, le gouvernement rendra accessible gratuitement un cours accéléré d'apprentissage de la langue française aux nouveaux arrivants. La personne qui ne se conforme pas à cet engagement sans raison valable pourra être expatriée vers son pays d'origine via la procédure légale d'Immigration Canada. (Entente à être négociée avec le gouvernement du Canada)

    2- Le Québec étant un État laïc, aucun symbole religieux et/ou ostentatoire n'est toléré en public.

    3- Les femmes et les hommes résidants au Québec sont considérés par nos lois comme étant des êtres égaux en tout points et ce peu importe leur nationalité, leur orientation sexuelle et leurs croyances religieuses.

    4- Toutes les sociétés d'État provinciales offrant des services aux citoyens du Québec le font de façon respectueuse envers les immigrants, mais sans tenir compte des préférences religieuses et coutumes qui auraient pour effet de brimer l'égalité entre hommes et femmes. L'égalité entre femmes et hommes devra primer en tout temps sur la religion.

    5- Toutes les personnes oeuvrant pour un organisme municipal, para municipal, provincial ou para provincial ne peuvent en aucun temps imposer leurs valeurs religieuses à autrui. De plus, ces personnes ne peuvent en aucun temps porter le voile, la burqa, le niqab ou tout autre accoutrement religieux ou politique qui, selon les us et coutumes et les lois du Québec, ne respecte pas le principe d'égalité entre les femmes et les hommes. Quant au secteur privé, il est de la responsabilité de l'employeur

    • Gilles Théberge - Abonné 18 octobre 2013 12 h 21

      Je trouve qu'il y'a plusieurs aspects intéressant dans la position que vous exposez monsieur Bottari. Cependant vous savez sans doute que leur mise en œuvre est pratiquement impossible tant que le Québec reste enferré dans le carcan de la charte de Trudeau.

      Pour être libre il nous faudra tout d'abord nous libérer de ce qui à mes yeux est un cloaque. Et faire notre indépendance.

    • Olivier Mauder - Inscrit 18 octobre 2013 22 h 34

      Votre point numéro 2 porte à confusion. Quand vous dites « qu'aucun symbole religieux et/ou ostentatoire n'est toléré en public », vous voulez sans doute dire dans la fonction publique et non pas en public.

  • Michel Bouchard - Inscrit 18 octobre 2013 01 h 34

    Vous dites !

    Vous dites " Je suis contre la constitution de ghettos, religieux ou autres" .
    C'est en créant une charte que ces femmes vont pouvoir s'émanciper et trouver la réponse sur le pourquoi elles sont venues s'établir ici. Elles n'ont , j'espère , pas suivies leurs maris pour de simples raisons religieuses. Je crois que la maxime " qui prend mari, prend pays " alors que moi je dis " qui prend un nouveau pays , suit ce pays " prend tout son sens. Je ne suis pas contre la venue ces femmes , mais qu'elle laisse leur religion de côté lorsqu'elles sont en public.

    • Benoît Landry - Abonné 18 octobre 2013 06 h 48

      Vous n'avez pas compris l'essence du commentaire de Mme Larouche" les femmes ( et ls hommes) du Québec ont évolué en s'élignant des religieux sur une période qui a duré quelques décennies dans bien des cas. Comment peux-t-on demander à des immigrants dans l'insécurité de l'adaptation à une nouveau pays de faire une démarche semblable en ... quelques jours. Exigez cela veut dire ne rien comprendre à la psyché humaine....

    • Gilles Théberge - Abonné 18 octobre 2013 12 h 23

      En établissant des règles claires monsieur Landry...

    • Johanne St-Amour - Abonnée 18 octobre 2013 16 h 52

      M. Landry, d'abord je ne crois pas que tous les immigrants se sentent dans l'insécurité: il n'y a aucune preuve de cela. Et la majorité des immigrants, principalement musulmans, ne pratiquent pas leur religion.

      La position de Mme Larouche s'apparente en partie à la position de QS concernant les signes religieux, parti que vous appuyez si je ne m'abuse. Mais je crois que Mme Larouche fait fausse route. Prenons l'exemple de Mme Dalila Awada qui était à TMLP il y a qq semaines. Cette jeune femme est née ici, elle est de 2e génération et elle a décidé à l'adolescence de porter le voile. Ça ne rime pas du tout avec les arguments de Mme Larouche.

      Également, Mme Benhabib l'affirmait: on ne voyait pas de jeunes filles de 6-7 porter le voile avant à Montréal, maintenant oui.

      Mme Larouche, fait du relativisme culturel ici. Et quand il a été temps par exemple pour les religieux et religieuses catholiques d'enlever leur costumes religieux, ça n'a pas pris des décennies: la directive est venue une bonne journée et Hop!

    • Claude Lachance - Inscrite 18 octobre 2013 17 h 44

      Il y a peut-être deux types de religions. Celle qui se répend dans chacunes des activités des individus 24 heures par jour et qui prend toute la place dans tous les lieux de l'activité humaine...comme une pieuvre géante qui n'a de frontière que celle qu'on lui impose .Et l'autre qui est plus près d'une attitude spirituelle qui danse dans la conscience des êtres qui aspirent à une vie meilleure et fait partie de l'intime et qui surtout ne définit en aucune manière l'individu dans ses rapports sociaux sans diktats , sans arrogance. et comme disait l'athée « Dieu merci, dieu n'existe pas».

  • Carl Brabant - Abonné 18 octobre 2013 01 h 48

    Culture ou diktat

    Entre le début du XXe siècle et le milieu des années '70, le voile avait disparu en Turquie, en Égypte, en Iran, au Maroc, en Tunisie.

    Par contre, il a toujours été porté dans les pays du Golfe (Arabie saoudite, Qatar).

    Il est réapparu depuis la fin des années '70 en Afrique du nord, en Iran et finalement en Turquie. Le voile est l'étendard de la reconquête de l'occident par l'islam. Il coïncide avec la montée en puissance du salafisme. Le tout est financé par les pétrodollars. Comme signe culturel ou religieux, ce n'est pas très convaincant.

    Attention donc à ces symboles politiques qui se cachent derrière des prétendus signes religieux.

  • Nancy Leblanc - Inscrite 18 octobre 2013 06 h 24

    Parlons donc de temps.

    Puisque vous parlez de laisser du temps à l'émancipation, seriez-vous d'avis madame Larouche, comme j'ai lu ailleurs, que celles qui sont déjà en poste garde leurs voiles (à l'intérieur d'une limite de 3-5 ans) et que les nouvelles engagées n'aient plus l'autorisation de le porter.

    Qui va gérer ça? Comment?

    Il n'y a pas de commune mesure entre un voile sur la tête et l'émancipation de la femme qui le porte.
    Enlever un voile, ça prend 30 secondes, un p'tit coup de peigne et puis voilà!

    Vous parlez d'angoisse.
    Moi je réserve ma compassion pour des situations pires, mais vraiment pires que celle-là. Je souffre dans mon coeur pour et avec celles qui, harcelées par leurs maris ou leurs pères, en bavent pas mal plus pour leurs survie à la maison qu'au travail.

    Et pour garder mon beat sur la veine du temps, je veux dire et répéter:

    C'est la Charte de la dernière chance! Après il sera trop tard.

    • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 18 octobre 2013 08 h 59

      Trop tard pour quoi?

      La charte ne changerait strictement rien au sort de celles qui «en bavent pas mal plus à la maison qu'au travail.»

      Devrait-on croire que les épouses musulmanes sont les seules à subir des violences à la maison?

      Desrosiers
      Val David

    • Nancy Leblanc - Inscrite 18 octobre 2013 12 h 06

      En tout cas au travail, sous le chapeau d'une Charte qui les oblige à laisser certaines valeurs et leurs représentations à la maison, elles ont plus de possibilités de se rappeler que l'émancipation est possible.

      Comme madame Larouche, je parle de temps. Bien sûr, ça ne changera rien tout de suite, tout de suite... là là.

      Monsieur Desrosiers, vous savez comme moi qu'il y a deux sortes d'abuseurs:
      1.- Ceux qui proviennent de groupes sociaux qui font la promotion de la violence, de la soumission et de l'asservissement de la femme.
      2.- Ceux qui proviennent de groupes sociaux qui criminalisent les abus faits aux femmes.

      Je ne saurais vous dire si les femmes musulmanes sont plus violentées que les autres. Mais je peux certainement vous dire qu'elles sont intrinsèquement plus vulnérables, ce à cause de l'isolement et de la mentalité du groupe social auquel elles appartiennent. On en a eu assez de documentaires télévisés, avec des témoignages de premières mains, pour s'en faire une idée qui fait pas mal le tour du sujet.

  • Marie-M Vallée - Inscrite 18 octobre 2013 08 h 52

    Étapisme

    Le Québécois en général aime bien l'étapisme. Petit train va loin et pendant ce temps, il disparaît de la carte même du Québec.

    P't'être bin que oui; p't'être bin que non. Voilà notre devise.