Des Idées en revues - L’électrification des transports, fausse bonne idée à court-circuiter

électrification des transports apparaît intuitivement comme la voie de l’avenir. Elle permettrait au Québec de réduire ses importations de pétrole, tout en utilisant ses surplus d’électricité. Lorsqu’on y regarde de plus près, cependant, elle coûte cher, n’aide en rien à l’atteinte des objectifs de réduction des GES, et contribuera à la détérioration de la santé de la population comme à l’augmentation des inégalités. Il est temps de court-circuiter cette fausse bonne idée avant qu’il ne soit trop tard.

 

Au Québec, en 2010, 43 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) provenaient du secteur du transport. Cette année-là, la province a importé pour 11 milliards de dollars de pétrole. En moyenne, chaque ménage québécois a ainsi dépensé 1883 $ en carburant pour ses véhicules, alors que la facture d’électricité (toute québécoise !) ne s’élevait qu’à 1324 $. Dans ce contexte, l’électrification des transports semble être une évidence. Garder plus d’argent au Québec, tout en réduisant les émissions de GES ? Certainement!

 

Le gouvernement Charest a proposé en 2011 que le «Québec roule à la puissance verte!» (Plan d’action 2011-2020 sur les véhicules électriques), un élan que le gouvernement Marois entend maintenir. On vise 300 000 véhicules électriques d’ici 2020, et l’on dépensera du même coup 50 millions en rabais offerts à ceux qui en achèteront, 95 millions pour le développement de la filière industrielle du transport électrique et quelques millions de plus pour des études de faisabilité et l’électrification du transport collectif.

 

De bien belles intentions, mais quelqu’un a-t-il tenu compte de ce qui se passe sur les routes ? En 2010, les 7,9 millions de Québécois possédaient 4,4 millions de voitures et de camions légers pour le transport de voyageurs, émettant 20 % des GES du Québec. Même si on arrivait à intégrer 300 000 véhicules électriques d’ici 2020, il n’y aurait globalement aucune réduction des émissions de GES dans le secteur du transport, puisque le parc automobile continuerait de croître : on vend chaque année plus de 350 000 voitures et camions légers supplémentaires au Québec. Les émissions de GES doivent pourtant diminuer d’au moins 20 % d’ici 2020, selon les objectifs du gouvernement.

 

Un véhicule électrique coûte de 10 000 à 20 000$ de plus qu’un véhicule à essence. Les 300 000 véhicules électriques représenteront donc des dépenses de 3 à 6 milliards supplémentaires, pour les 3,29 tonnes de GES que chacun d’entre eux permettra d’éviter annuellement. Sur dix ans d’utilisation, ces émissions évitées coûteront ainsi plus de 300 $ la tonne de GES. Certes, 4,2 milliards de litres d’essence n’auront pas été achetés, et donc environ 4,2 milliards en importation de pétrole auront été épargnés. Toutefois, le montant supplémentaire investi (3 à 6 milliards) l’aura été auprès de Nissan, de Ford et d’autres constructeurs de voitures électriques étrangers. Bref, on n’aura pas retenu d’argent ici.

 

Électrifier le transport en commun, responsable de 0,8 % des émissions québécoises, pourrait être une bonne idée, si cela permettait d’améliorer la fréquence, la rapidité, la ponctualité et le confort du service. Malheureusement, ces éléments clés de l’attrait du transport en commun pour les usagers ne sont pas liés à l’électrification des autobus et des trains. Dans un contexte budgétaire difficile, ne devrait-on pas améliorer l’offre plutôt que de l’électrifier ?

 

Les dépenses personnelles en transport dépassaient les 37 milliards en 2010 au Québec. Une inquiétude continuelle se fait cependant entendre au sujet du budget de la santé, qui tourne autour de 30 milliards. La voiture électrique, plutôt que d’aider à modifier notre rapport à l’auto, continue de nous ancrer dans le paradigme « automobile » qui définit notre société. Or, une telle organisation sociale contribue à réduire notre activité physique en limitant nos déplacements actifs, et n’est pas sans impact sur l’épidémie d’obésité, les maladies cardiovasculaires et les accidents de la route. Dans cette perspective, il serait plus productif de chercher à réduire l’usage de l’auto solo que de simplement changer le carburant.

 

Enfin, la mobilité individuelle basée sur l’automobile réduit l’accès aux services (magasins, institutions scolaires, établissements de santé, etc.) de ceux qui n’ont pas de véhicule, soit les plus pauvres de la société. Une plus grande équité passerait par une meilleure accessibilité, requérant un urbanisme renouvelé bien plus que des bornes électriques.

 

L’électrification des transports coûte cher, n’aide en rien à l’atteinte des objectifs de réduction des GES pour 2020, et contribuera autant à la détérioration de la santé de la population et à l’inégalité des chances. Il est temps de court-circuiter ce projet et de se donner vraiment les moyens de réduire la consommation de pétrole, tout en augmentant la mobilité de tous. Le covoiturage, le transport actif et l’amélioration des transports en commun sont les clés de la réussite à court terme. Il sera toujours temps plus tard d’électrifier les véhicules, quand ce projet sera bien branché sur la réalité du transport au Québec.

 

 

Pierre-Olivier Pineau - Professeur titulaire à HEC Montréal

27 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 15 octobre 2013 06 h 36

    Où sont les urbanistes?

    Pierre-Olivier Pineau a raison. J'apprends avec étonnement que les dépenses personnelles en transport sont supérieures au budget de la santé. Et il faut ajouter les dépenses publiques pour la construction et l'entretien des routes et des ponts... Donc 37 milliards + combien au total?

    M. Pineau exprime son opposition aux subventions pour le développement des transports électriques. Cependant, on comprend que le problème n'est pas là. Le vrai problème est l'étalement urbain. Et les gouvernements québécois n'ont jamais pris les moyens pour imposer un aménagement urbain dont la densité aurait été suffisante pour rendre efficace et efficient le transport en commun.

    Encore cette fois, au lieu d'imposer un minimum de densité aux banlieues, le gouvernement essaie de faire croire que l'électrification des transports est la solution. Le prof Pineau essaie d'attirer l'attention sur l'aménagement urbain et son lien direct avec le transport. Ce que les urbanistes du Québec n'ont jamais fait autrement qu'en catimini.

  • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 octobre 2013 07 h 27

    plus tard !

    2040 c'est dans 27 ans et 2040 est la date «limite» où si nous ne faisons «rien» «maintenant» toutes ces discussions n'auront servi à rien !

    27 ans !

    Une auto, qu'elle soit électrique ou à gaz ne transporte que 4 passagers max. Un train électrique par contre... beaucoup plus !

    27 ans !

    Combien de temps pensez-vous que ça prend pour construire un réseau de trains électriques ? Sans «rajouter» toutes ces années où nous ne commençons pas ?

    27 ans !

    La réponse nous appartiens pendant que nous produisons de l'électricité pour absolument rien pour absolument personne à de plus en plus grand coûts !

    27 ans !

    Si l'une de mes petites filles donne naissance à un enfant l'année prochaine, il ou elle n'atteindra pas ses 30 ans dans un monde où il est encore possible de vivre comme aujourd'hui (minimum) !


    Mais... nous aurons discuté, même intelligemment des fois !

    PL

  • Claude Saint-Jarre - Inscrit 15 octobre 2013 08 h 44

    Le monorail

    Je pense que le monorail qui se rendrait dans les grandes villes de toutes les régions serait super. S'il y a des dédendeurs de cette idée, manifestez-vous!

  • Marie-Michelle Poisson - Inscrite 15 octobre 2013 08 h 54

    Tellement d'accord avec vous M. Pineau!

    "Il est temps de court-circuiter ce projet et de se donner vraiment les moyens de réduire la consommation de pétrole, tout en augmentant la mobilité de tous.Le covoiturage, le transport actif et l’amélioration des transports en commun sont les clés de la réussite à court terme."

    Pour ce faire, il faut à court terme bloquer le projet de déploiement massif des compteurs "intelligents" émetteurs de radio fréquences qui constituent un maillon clé au niveau de la recharge des véhicules. Un système de collecte de données automatisées qui génèrera à lui seul une telle quantité de données numériques, qu'il nécessitera la construction et l'alimentation électrique de serveurs immenses dont un sera situé dans la région de Drummundville ( incidemment dans un milieu humides sensé être protégé...). Sans compter une dépendance accrue au tout électrique qui nous rend particulièrement vulnérables non seulement en période de pointes hivernales mais de surcroit une dépendance au numérique qui nous rend terriblement cyber-vulnérables au virus informatiques, au piratage et (pourquoi pas ?) au cyber-terrorisme. Les compteurs "intelligents" sont le maillon failble du système; des appareils fragile,soumis aux intempéries, à la portée du grand public, partout et en réseau... Des compteurs désormais capables de collecter des données personnelles de consommation des tous les appareils domestiques et capables de moduler la consommation de certains de nos appareils en période de pointe, lorsque la recharge des véhicules sera jugée prioritaire par exemple!
    Pour garantir l'autonomie et la sécurité, la santé et la vie privée "keep it simple" "small is beautifull"; des quartiers repensés pour les piétons et les transports collectifs, certes! Comme en Europe, la recette est éprouvée. Des compteurs électriques mécaniques fiables et discrets, un enjeux à court terme pour se donner le temps de réfléchir aux fousses bonnes idées qu'on tente de nous imposer.

    • Simon Chamberland - Inscrit 15 octobre 2013 21 h 26

      Aucun rapport.

      Les compteurs intelligents ne peuvent pas connaître quel appareil est utilisé ou non.

      Ces appareils ne sont pas une menace pour la santé. Par contre, les gaz d'échappement des voitures des releveurs de compteurs le sont.

    • Marie-Michelle Poisson - Inscrite 15 octobre 2013 23 h 08

      Informez-vous M Chamberland.

      Le nouveau compteur comporte deux antennes réceptrices/émettrices de RF. La deuxième antenne présente dans le compteur de nouvelle génération porte le jolie nom de Zigbee et est distinée à communiquer avec tous les appareils ménagers dotés de puces et les appareils électroniques.

      Ces appareils sont certainement une menace pour la santé humaine lorsqu'ils sont situés dans les appartements, à l'intérieur de domiciles. Pire encore lorsque les compteurs sont groupés et situés à proximité immédiate des résidents. En ces cas la densité de puissance peut atteindre 19 000 000 uW/m2 à 5 cm de distance. Nous trouvons de ces compteurs dans des chambres à coucher, des cuisines, des ateliers, etc. Plusieurs personnes passent de longues heures à moins d'un mètre de ces compteurs.
      L'argument du gaz d'échappement des voitures des releveurs ne tient pas puisque, nous pourrions demander à HQ de donner l'exemple et de se doter d'une flotte de véhicules électriques pour aller effectuer ses relèves. Et je suis certaine que M. Pineau ne verrait aucune objection à électrifier les véhicule de service.

    • Simon Chamberland - Inscrit 16 octobre 2013 08 h 17

      Au contraire Mme Poisson, je suis très bien informé.

      Il n'y a aucun plan pour doter les appareils électroménagers de puces de contrôle. Le protocol zigbee n'est pas destiné à faire communiquer un compteur avec les appareils électroménagers, et même s'il l'était, c'est très facile à désactiver.

      Il faut se renseigner auprès de sources fiables et non pas sur des sites de pseudo-science à saveur conspirationniste.

      L'intensité des émissions des compteurs ne présente aucun danger pour la santé. Ni en termes de puissance, d'exposition totale ou de fréquence.

    • Marie-Michelle Poisson - Inscrite 16 octobre 2013 10 h 11

      Nos sources sont fiables. Nous vous invitons à visiter le site Refusons les Compteurs et vous pourrez facilement le constater. Je vous invite aussi à utiliser des arguments sensés et non pas à avoir recours à des affirmations péremptoire comme : '' L'intensité des émissions des compteurs ne présente aucun danger pour la santé '' puisque la controverse scientifique bat son plein présentement et que les effets potentiellement cancérigènes de l'exposition au RF sont reconnus par l'OMS ou du dénigrement comme lorsque vous insinuez que nous référons à ''des sites de pseudo-science à saveur conspirationniste''.
      Je ne sais quels sont vos intérêts personnels à vous montrer aussi virulent, mais si j'osais verser dans le dénigrement péremptoire à mon tour, je vous dirais que le ''négationnisme'' dont vous faite preuve n'est certainement pas une attitude scientifiquement acceptable. En général, pour ce que nous avons observé dans de nombreux dossiers similaires tels ceux de l'amiante, de la cigarette, des pesticides, des réchauffements climatiques et j'en passe, c'est que les discours farouchements négationnistes visant à maintenir artificiellement la controverse malgré les évidences qui s'accumulent au cours des années est savamment entretenue par les lobbies de l'industrie. Dont incidemment, l'une des techniques les plus utilisées à l'ère des réseaux sociaux consiste à engager des trolls.

    • Simon Chamberland - Inscrit 16 octobre 2013 19 h 28

      Mme Poisson, avant de me traiter de négationniste ou de troll au service d'une industrie ou d'une autre, ou de parler de contreverse scientifique, il faudrait commencer par lire les quelques 20 000 études sur le sujet. La conclusion est assez simple : les fréquences et intensités utilisées ne sont pas dangereuses.

      Par un simple calcul, si votre 19 E6 uW/m^2 à 5 cm est exact, à 1 m de distance cette intensité baisse 4,75 E4 uW/m^2 à 1 m de distance. Pour faire moins peur, on peut même jouer sur les unités. à 1 m de distance, l'intensité n'est plus que 47,5 mW/m^2. 47 milliwatts au mètre carré, par émission durant moins de 5 secondes.

      Je n'ai aucun intérêt personnel autre que de voir le débat guidé par la rigueur scientifique et non des peurs irrationnelles. On a vu le même dérapage avec la fluoration, où des opposants à la fluoration étaient incapables de distinguer élément et composé.

    • Yvan Dutil - Inscrit 17 octobre 2013 06 h 46

      Madame Poissson, il n'y a pas de controverse sc ientifique. C'est carrément IMPOSSIBLE physiquement que les compteurs est le moindre effet sur la santé. Cette controverse, c'est carrément de la pseudoscience amplifiée par l'inculture scientifique encouragée par des gens qui ont étudié en sciences humaines, mais qui se retrouve malheureusement trop souvent dans des postes de décision et par l'égo des médecins qui se pensent meilleurs que les physiciens avec leur expériences bâclées et biaisées de niveau cégeps.

  • Jean Richard - Abonné 15 octobre 2013 10 h 07

    Très bon résumé

    M. Pineau résume assez bien la situation. Le gouvernement du Québec fait fausse route avec son projet brumeux d'électrification des transports. Politique axée sur l'automobile individuelle, transports collectifs qu'on veut électrifier mais qu'on oublie d'améliorer, sans parler du côté social – des subventions à ceux qui ont les moyens d'acheter des voitures électriques, mais qui ne feront rien pour améliorer l'accessibilité aux transports pour les autres... Bref, un manque de vision. À moins que derrière tout ça, il y ait des lobbies bien organisés qui sont assez puissants pour orienter l'action gouvernementale. Les lobbies de l'électricité pourraient bien avoir remplacé ceux du pétrole, même si plusieurs vont s'obstiner à nier l'existence des premiers.

    Parlons d'activité physique et de santé. Pourquoi le gouvernement du Québec est-il prêt à subventionner généreusement ceux qui achèteront une Ford ou une Nissan électrique, mais oubliera totalement ceux qui choisissent plutôt un vélo à assistance électrique ? Ce type de vélo permet d'augmenter de façon sensible la vitesse de déplacement du cycliste moyen, et il le fait non pas en remplaçant l'énergie humaine par l'électricité, mais en doublant la première par la seconde. Le moteur n'intervient que si le cycliste pédale.

    Le vélo à assistance électrique a beaucoup plus d'avenir que la voiture individuelle. Ce qui freine son expansion, ce sont les problèmes de stationnement et de vol. Des investissements dans les infrastructures cyclistes seraient beaucoup plus efficaces (pour la santé publique et celle de l'atmosphère) que des subventions à Ford et à Nissan. Mais le gouvernement de Mme Marois semble l'ignorer totalement. Manque de vision, soumission aux lobbies ou électoralisme (le vote de la banlieue passe par la voiture individuelle) ?