La réplique - La Fédération des femmes n’est pas en déclin!

Plusieurs opinions exprimées dans Le Devoir récemment dressaient un portrait d’une Fédération des femmes du Québec (FFQ) qui est erroné. Un féminisme individuel ? C’est à mille lieues de l’organisation à laquelle nous participons. Au contraire, depuis près de 50 ans, la FFQ a su allier lutte pour une transformation sociale avec avancement des droits et libertés collectifs et individuels.

 

En 1992, à l’appel de la FFQ, nous avons participé au forum Pour un Québec féminin pluriel, qui avait pour but d’examiner la dimension sociale et politique des inégalités vécues par les femmes. Au terme de ce rendez-vous réunissant 1000 femmes, la conclusion était évidente. La pauvreté avait un sexe. Le mouvement féministe s’est alors mobilisé autour de la marche « Du pain et des roses » de 1995. Plus de 800 femmes ont marché des milliers de kilomètres pour réclamer, entre autres, une Loi sur l’équité salariale, une augmentation du salaire minimum, la perception automatique des pensions alimentaires, la concrétisation d’un programme d’infrastructures sociales offrant des emplois de qualité aux femmes.

 

Ce grand rendez-vous de l’histoire du mouvement féministe nous a fait réaliser l’importance de renforcer l’autonomie économique des femmes. Réaliser cette autonomie suppose des conditions qui permettent un véritable respect des droits individuels et collectifs fondamentaux, dont celui à l’autodétermination, afin de permettre aux femmes de faire des choix et d’avoir du pouvoir sur leur vie et la société. Cette autonomie repose sur l’indépendance des femmes par rapport aux hommes et la fin du travail mal rémunéré ou peu reconnu des femmes. Dans cette optique, la FFQ et ses membres ont pris part aux luttes pour l’obtention d’un programme universel de service de garde, d’un Régime québécois d’assurance parentale, pour des allocations familiales décentes et pour l’accès des femmes à des secteurs d’emplois non traditionnels.

 

Les dangers du néolibéralisme

 

Au fil du temps, nous avons également compris que les politiques néolibérales affaiblissaient les gains des femmes. Pour de nombreuses femmes, l’autonomie s’amenuisait, alors que d’autres femmes faisaient des progrès sur les bancs d’école et sur le marché du travail. C’est le début d’un écart entre le discours dominant sur l’égalité entre les femmes et les hommes et celui porté par les groupes féministes. Selon plusieurs, l’égalité était atteinte. Nous avons répondu : « Un peu oui, même amplement pour certaines, mais certainement pas pour toutes. » Le travail de la FFQ était loin d’être terminé.

 

Par ces actions collectives, les femmes se sont solidarisées et ont voulu contribuer à mondialiser les luttes féministes. C’est ainsi que nous avons demandé à la FFQ de lancer l’appel pour l’organisation de la 1re action internationale de la Marche mondiale des femmes (MMF) en 2000. Des milliers de groupes de femmes à travers le monde ont répondu présents. Lors de la 3e action internationale de la MMF en 2010, pas moins de 10 000 personnes se sont rassemblées à Rimouski. Au coeur des thèmes abordés : le contrôle du corps des femmes, la militarisation, la privatisation des services publics, les conditions de vie et de travail des femmes. La FFQ a ainsi permis la naissance d’un mouvement féministe international. Treize ans plus tard, ce mouvement est présent sur cinq continents, dans plus de 50 pays, et prépare sa 4e action internationale en 2015.

 

Rassemblements courus

 

Cet intérêt pour les enjeux actuels a aussi mené la FFQ à organiser deux rassemblements, en 2003 et 2008, auxquels ont participé chaque fois plus de 500 jeunes femmes, visant à consolider la solidarité féministe chez les jeunes. Celles-ci ont adopté un manifeste qui conçoit la solidarité féministe comme « un effort pour comprendre tous les enjeux […] et nous tenir debout toutes ensemble contre les oppressions » qui marquent la vie de toutes les femmes.

 

La lutte contre la violence envers les femmes, l’élimination de la pauvreté, la lutte contre les discriminations vécues par les femmes et contre la mondialisation patriarcale et capitaliste sont les axes de travail adoptés par les membres de la FFQ à son Congrès d’orientation en 2003. Pour donner vie à ceux-ci, la FFQ a depuis coordonné la Campagne des 12 jours d’action contre la violence envers les femmes, milité d’arrache-pied pour contrer les reculs en matière d’avortement, travaillé à contrer la discrimination à l’égard des aînées et oeuvré pour la reconnaissance des droits des lesbiennes. Avec les changements démographiques du Québec, la FFQ a milité avec des féministes de toutes origines pour comprendre les sources d’exclusion des femmes immigrantes. Cela l’a conduite à s’intéresser aux enjeux touchant les politiques d’intégration et les formes d’oppression à l’oeuvre dans la vie de ces femmes.

 

Les membres de la FFQ sont à l’affût des changements ici et ailleurs. Le réseautage avec les féministes dans le monde nous a permis d’identifier que partout où les inégalités augmentent, on attaque le droit à l’avortement et des liens entre la militarisation et la culture de la violence ou encore comment la chaîne de production de nos vêtements repose sur des conditions de travail horribles pour les femmes.

 

Pour faire face aux enjeux de notre époque, nous avons mandaté la FFQ d’en appeler à la tenue des états généraux de l’action et de l’analyse féministes. La FFQ a tenu un premier événement permettant la nomination d’un Comité d’orientation autonome et a soutenu l’organisation de ce processus de réflexion s’échelonnant sur deux ans, qui culminera lors du Forum de novembre 2013 et qui sera l’occasion d’adopter les orientations qui influenceront le travail collectif du mouvement pour les années à venir. Depuis mai 2011, c’est donc plus de 1000 féministes qui se sont impliquées dans les états généraux. À six semaines du Forum, elles sont déjà 500 à s’être inscrites.

 

Au fil du temps, loin de représenter un féminisme individuel, la FFQ affiche son parti pris pour le droit à l’égalité de toutes les femmes. Et c’est tant mieux.

 

 

Ont signé ce texte : Membres associatives et Membres individuelles de la Fédération des femmes du Québec. 

Signataires Membres associatives

Angèle Laroche, présidente, L’R des centres de femmes du Québec
Blanche Paradis, coordonnatrice, Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec
Denise Boucher, vice-présidente, Confédération des syndicats nationaux, responsable des dossiers de Condition féminine
Jennifer Beeman, directrice par intérim, Conseil d'intervention pour l'accès des femmes au travail
Joanne Blais, coordonnatrice, Table de concertation du mouvement des femmes de la Mauricie
Manon Monastesse, directrice, Fédération de ressources d'hébergement pour femmes violentées et en difficulté du Québec
Michèle St-Denis, Comité de condition féminine du Syndicat des professeur-e-s du Cégep du Vieux Montréal
Mona Greenbaum, directrice générale, Coalition des familles homoparentales
Nathalie Villeneuve, présidente, Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale
Régine Laurent, présidente, Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec
Sophie de Cordes, coordonnatrice, Fédération du Québec pour le planning des naissances
Sylvie Lévesque, directrice générale, Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec
Viviane Doré-Nadeau, directrice, ConcertAction femmes Estrie, membre associative
Marie-Thérèse Forest, coordonnatrice Table de concertation des groupes de femmes de la Gaspésie et des Îles-de-la-Madeleine
Wassyla Hadjabi, présidente, Action des femmes handicapées de Montréal
Maria Piazza, 2e vice-présidente et responsable de l’Action féministe, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux
Renée Rodrigue, responsable nationale de la Condition féminine, Centrale des syndicats démocratiques
Denise Boileau, vice-présidente et responsable de la Condition féminine, Syndicat de la fonction publique québécoise
Manon Therrien, 2e vice-présidente, Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec
Louise Chabot, présidente, Centrale des syndicats du Québec

Membres individuelles

Michèle Asselin, présidente de la FFQ de 2003 à 2009 et toujours membre active
Michèle Boisclair
Nancy Burrows
Nicole Caron
Martine Éloy
Élisabeth Germain, Collectif régional Léa-Roback
Lise Gervais
Berthe Lacharité
Louise Lafortune
France Lavigne
Julie Leclerc
Chantal Locat
Imane Mawassi
Délice Mugabo
Charlotte Thibault


 

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15 commentaires
  • Michel Bouchard - Inscrit 10 octobre 2013 00 h 57

    Si j'étais une femme....

    Si j'étais une femme , je l'aurais co-signé cette lettre.

  • Yves Gravel - Inscrit 10 octobre 2013 07 h 30

    Qui?

    Collectif d'auteurs, membres associatives, membres individuelles, c'est assez vague. Peut-on être assez fière et honnête pour mettre des noms. Merci

    • Marie-Claude Huot - Abonné 10 octobre 2013 20 h 02

      Il y a une longue liste de noms... il suffit de lire jusqu'en bas...

  • Pierre Grandchamp - Abonné 10 octobre 2013 07 h 41

    Le voile et l'égalité des femmes

    La position de la FFM sur les signes religieux chez les employés de l'État est en complète contradiction avec "le droit à l'égalité de toutes les femmes".

    "L'égalité pour toutes" ne peut être signifiée que par la laïcité.

    • Bibiane Bédard - Abonnée 10 octobre 2013 18 h 25

      Y a-t-il un milieu plus laïc que le monde du proxénétisme ?
      Et pourtant y a-t-il égalité hommes-femmes ?

      Y a-t-il aussi milieu plus laïc que les cliniques d'avortement ?
      Alors pourquoi ferment-elles les yeux sur l'avortement sélectif de foetus-filles, de la part de femmes de certaines ethnies qui traversent les frontières de l'Ontario pour venir au Québec pour une échographie et un avortement si c'est une fille ?

      Laïcité n'est en rien garante d'égalité.

  • Jean-Roch Nelson - Inscrit 10 octobre 2013 08 h 13

    féministe!!!!!!!

    je rigoles quand j'entends les mots, combat féministe,au Québec.Lise Payette,Denise Bombardier,etcetc.Ces gens,qui dans leur salon feutré,verre de vin a la main ou tasse de thé,cogitent et écrivent en déclamant que le combat doit continué.Pour moi une vraie féministe,c'est Malala qui risque sa vie pour un vrai combat,le droit a l'éducation pout tous qui mene a l'égalité et a la liberté.Ici le grand combat des féministes c'est quoi? Les féministes du Québec déterminent que la femme voilée est soumise,meme si celle-ci dit non,son probleme est qu'elle ne le sait pas.Tu peux manifester les seins a l'air,pas de problemes,mais mettre un foulard sur sa tete,quelle calamité.La notion d'égalité homme -femme ici, ne devrait meme plus etre un sujet de discussion ,c'est un fait acquis,sauf pour quelques individus,et cela il y en aura toujours.Vous devriez concentrer vos efforts sur la facon de démarrer une entreprise pour les femmes,et donner comme modele les Lise Watier,Denise Verreault et Cora Tsouflidou.Ainsi plutot que de vous plaindre que les méchants hommes ne vous cede pas leurs places vous montriez aux femmes comment batir la leur

  • Maxime Dion - Inscrit 10 octobre 2013 08 h 45

    Frigo vide...

    <<Depuis près de 50 ans, la FFQ a su allier lutte pour une transformation sociale avec avancement des droits et libertés collectifs et individuels. >>

    Ah ! Oui ? Alors, pourquoi depuis une cinquantaine d’années suis-je encore témoin de tant de femmes chef de famille monoparentale au Québec qui sont nécessiteuses, avec un frigo quasiment vide et des enfants sans loisir en quête d’un petit-déjeuner à l’école ?