Charte des valeurs québécoises - Adieu coiffe, voile, corset, cape, capuche, etc.!

«Après avoir cru que ce malaise de notre société face au religieux était réglé, voilà qu’aujourd’hui il se présente à travers le phénomène de l’immigration».
Photo: La Presse canadienne (photo) Jacques Boissinot «Après avoir cru que ce malaise de notre société face au religieux était réglé, voilà qu’aujourd’hui il se présente à travers le phénomène de l’immigration».

Pour l’avoir vécue de près et du dedans, je peux parler de la période des grands «changements» qui ont touché les religieuses du Québec au moment de la Révolution tranquille.

 

En ce temps où il est question d’une Chartre des valeurs pour le Québec, j’entends dire que les religieuses ont librement choisi de laisser tomber le voile. Ce n’est pas tout à fait la vérité et je me permets de mettre les pendules à l’heure. Je ne parlerai ici que de mon propre vécu et de celui de ma congrégation.

 

Nous avons été obligées, en quelque sorte, de quitter l’habit religieux, de changer de style de vie parce que rejetées par une société qui ne tolérait plus le « religieux ». Cette même société qu’avait servie, généreusement et peut-être malhabilement, le monde des religieuses. En dehors de mes murs, je sentais sur moi le regard méprisant de plusieurs personnes. Le malaise était pénible, signifiant et grandissant.

 

Vie religieuse

 

Ma congrégation, enracinée au Québec, avait à ce moment de son histoire une supérieure provinciale, Sr Marcelle Hamelin, qui avait un sens particulier de l’écoute et du service. Dans nos communautés, elle a provoqué une réflexion sur le sens de la vie religieuse, de la place de la religieuse dans une société où s’établissaient en douce de nouveaux paradigmes. La réflexion nous a amenées à faire le choix d’entrer silencieusement au coeur de notre société pour la servir, selon nos compétences, en laissant tomber tout signe « ostentatoire ». À la manière donc de la Sagesse de l’Évangile, qui inspire douceur et humilité, nous avons poursuivi notre route. Ce choix douloureux a coûté très cher par la perte de membres compétents qui ont quitté la congrégation.

 

Après avoir cru que ce malaise de notre société face au religieux était réglé, voilà qu’aujourd’hui il se présente à travers le phénomène de l’immigration. Jusqu’où devons-nous pousser la tolérance ? L’intolérance ? La pierre d’achoppement me semble être moins la religion que l’expression ouverte de cette religion. Faut-il pour le pays qui accueille accepter maintenant turban, voile, kirpan, burqa alors que l’on a choisi la mise de côté de nos signes religieux ? Nous avons enlevé le crucifix dans les écoles pour ne pas blesser les arrivants d’une autre confession et nous acceptons le voile. Où est la logique ? Que nous le voulions ou non, les signes religieux trop apparents dressent un mur et créent un malaise. Je sais de quoi je parle. De chaque côté, nous avons des pas à faire pour aller vers l’autre sans provoquer le rejet comme les religieuses d’autrefois. Au fond, ont-elles été perdantes, ces femmes, en mettant de côté coiffe, corset, capuche ?

 

L’heure est à la réflexion

 

L’heure n’est pas aux marches dans les rues. Cela ne fait que laisser monter rejet et agressivité. Avons-nous besoin de cette violence ? Je crois que l’heure est plutôt à la réflexion sereine. Le gouvernement actuel nous donne la chance de prendre le malaise à pleins bras et de le regarder en nous demandant honnêtement : moi, que puis-je faire pour protéger la paix dans ce pays ? Nous sommes toutes et tous d’une même société. Je crois que nous n’avons pas à imposer aux autres nos choix de religion.

 

Je constate une fois de plus que le fait religieux est souvent une cause de guerres et de mésententes entre les peuples. Et pourtant, nous voulons servir Dieu, l’UNIQUE qui ne demande rien, n’exige rien. Il nous aime sans raison, sans condition et sans mesure. Le Dieu en qui je crois n’exige ni corset ni voile pour aimer et servir.

 

Je fais le voeu que la lecture approfondie et l’étude de ce qui nous est proposé comme Charte des valeurs prennent en compte la paix pour un vivre-ensemble harmonieux dans notre belle province où nous avons toutes et tous une place à prendre en tenant compte de ce qui s’est vécu et se vit dans ce pays.

 

Lire aussi › Si la consultation Internet organisée par le gouvernement du Québec s’est terminée mardi soir, celle qui se déroule dans la page Idées du Devoir et sur LeDevoir.com, dans notre section « Tous nos textes sur la Charte des valeurs québécoises » se poursuit. Vous êtes nombreux à nous faire parvenir vos textes.


Claire Dumont - Fille de la Sagesse, Montréal

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69 commentaires
  • Michel Bouchard - Inscrit 2 octobre 2013 01 h 03

    Moi aussi , je fais le voeu !

    Vous écrivez :

    " Je fais le voeu que la lecture approfondie et l’étude de ce qui nous est proposé comme Charte des valeurs prennent en compte la paix pour un vivre-ensemble harmonieux dans notre belle province où nous avons toutes et tous une place à prendre en tenant compte de ce qui s’est vécu et se vit dans ce pays."

    Si j'ai bien compris, vous nous dites que la religion doit être vécu dans notre for intérieur et uniquement chez-soi et que vous vivions de façon harmonieuse. Mais c'est ce que les Québéçois recherchent.

  • Michel Bouchard - Inscrit 2 octobre 2013 01 h 03

    Moi aussi , je fais le voeu !

    Vous écrivez :

    " Je fais le voeu que la lecture approfondie et l’étude de ce qui nous est proposé comme Charte des valeurs prennent en compte la paix pour un vivre-ensemble harmonieux dans notre belle province où nous avons toutes et tous une place à prendre en tenant compte de ce qui s’est vécu et se vit dans ce pays."

    Si j'ai bien compris, vous nous dites que la religion doit être vécu dans notre for intérieur et uniquement chez-soi et que vous vivions de façon harmonieuse. Mais c'est ce que les Québéçois recherchent.

    • Rene Le - Inscrit 3 octobre 2013 22 h 38

      C'est le «JE» qui est ostentatoire, pas la foi. Mais comme c'est le «JE» qui pratique la foi, celle-ci hérite nécessairement du «JE» et doit donc se montrer... ostentatoirement !

    • Louka Paradis - Inscrit 4 octobre 2013 16 h 43

      M. René, ce n'est pas le JE qui est ostentatoire, mais le signe, le symbole que le Je choisit (ici, le voile). La foi demeure elle-même, c'est son essence ; par contre, c'est le porteur qui change, en s'identifiant à un symbole qui est en quelque sorte accidentel. Vous ne pouvez donc pas conclure logiquement en faisant l'équation entre l'essentiel et l'accidentel : c'est un sophisme, car vous opérez un changement de sens, un glissement, pour le terme «foi».

      Louka Paradis, Gatineau

    • Rene Le - Inscrit 5 octobre 2013 00 h 34

      M. Paradis,
      Pour le croyant, la foi est un rapport au divin (symbolisez-le ou nommez-le comme vous le voulez : l'Éternel, l'Infini, l'Unique, le Plus Grand que Soi, le Surnaturel, Dieu, le Seigneur, Allah, etc.). Or la pratique de ce rapport se fait de différentes façons, suivant les différentes cultures et sociétés. Elle peut "...être vécue dans notre for intérieur et uniquement chez-soi..." comme a conclu M. Michel Bouchard à la lecture de Mme Claire Dumont, avis que je partage entièrement de par le caractère intime de ce rapport; mais, force de constater, elle est aussi vécue en mode de représentation, à travers des symboles ou "signes religieux".

      Par le JE ostentatoire, convenez que c'est le JE qui se met de l'avant, ou qui met de l'avant la foi qui l'habite (donc SA foi et non celle d'un autre) à travers le symbole ou le signe qu'il choisit. Il s'agit ici de l'exercice du JE. C'est cette pratique de la foi que je qualifie d'ostentatoire, du fait qu'elle est déterminée par le JE qui se met de l'avant. Quand un croyant dit qu'il ne peut être "croyant à temps partiel" en enlevant, ne serait-ce que pour un moment, le signe religieux auquel il donne sens et s'attache, convenez que c'est lui qui décide ainsi et que cela ne relève d'aucune obligation ou d'une quelconque intention divine. Devant un tel fait, le JE de cet individu est bien plus ostentatoire que le signe qu'il porte! Faut voir au-delà du signe, car sans le JE, point de signe.

  • Gaetane Derome - Abonnée 2 octobre 2013 02 h 07

    J'ai bien aime avoir votre point de vue.

    J'aime entendre le point de vue d'une femme qui a deja porte des vetements religieux dont un voile.Et je vous remercie pour votre lettre.
    Vous dites:"Que nous le voulions ou non les signes religieux trop apparents dressent un mur et creent un malaise."Et vous avez raison.

    Par ailleurs,votre point de vue est interessant car il est vrai que ce n'est pas juste pour vous si on acceille maintenant hijab,turban,kipa dans la fonction publique apres vous avoir demander de retirer vos habits religieux.Par contre je n'ai pas bien compris votre position par rapport a la charte,il faudrait m'eclairer sur ce point..

    • Matthieu Jean - Inscrit 2 octobre 2013 08 h 19

      Je me risque à dire que, selon moi, elle est en faveur de la Charte :

      "Le Dieu en qui je crois n’exige ni corset ni voile pour aimer et servir." sic

    • Jean-Marc Simard - Abonné 2 octobre 2013 08 h 20

      "Je fais le voeu que la lecture approfondie et l’étude de ce qui nous est proposé comme Charte des valeurs prennent en compte la paix pour un vivre-ensemble harmonieux dans notre belle province où nous avons toutes et tous une place à prendre en tenant compte de ce qui s’est vécu et se vit dans ce pays." C'est clair il me semble. Elle est en faveur

      Merci pour ce texte, Madame Claire Dumont. J'apprécie votre lucidité.

  • Matthieu Jean - Inscrit 2 octobre 2013 02 h 10

    Vous êtes une fille de la Sagesse...

    ... mais ce ne sont pas tous le nouveaux arrivants, installés ou non, qui règlent leurs vies sur l'Évangile. J'ai bien peur que de nombreuses frictions sont à prévoir, peu importe l'issue dans l'instauration d'une Charte.

    La paix, on peut la demander mais je crois qu'elle ne nous sera probablement pas donnée comme le monde la donne, du moins pas pour notre temps. Jn. 14, 27

    "La réflexion nous a amené à faire le choix d’entrer silencieusement au coeur de notre société pour la servir, selon nos compétences, en laissant tomber tout signe ostentatoire" sic
    Le mot-clé que vous employez ici est "servir", le but ultime de la vocation religieuse chrétienne.
    Mais qu'en est-il de ceux qui professent autrement et dont le but ultime est d'assujettir à des valeurs et des comportements supersticieux et barbares du 7ième siècle?

    Je suis cependant complètement d'accord avec le principe qu'il faut absolument éviter la violence sous toutes ses formes.

    • Olivier Mauder - Inscrit 2 octobre 2013 09 h 40

      Dans le voile, il y a un aspect politique, moral, juridique, etc. Je me trompe peut-être mais il faut remonter quasiment à l'époque d'avant les Lumières pour voir toutes ces significations dans le catholicisme : tribunaux religieux, Droit divin, etc.

    • Olivier Mauder - Inscrit 2 octobre 2013 09 h 40

      Dans le voile, il y a un aspect politique, moral, juridique, etc. Je me trompe peut-être mais il faut remonter quasiment à l'époque d'avant les Lumières pour voir toutes ces significations dans le catholicisme : tribunaux religieux, Droit divin, etc.

  • Jacques Boulanger - Inscrit 2 octobre 2013 06 h 16

    La religion dans la religion

    Belle réflexion ma soeur. Empreinte de douceur et de Foi. Même les profanes pourraient tiré parti de votre sagesse. Quand le vêtement qui revêt devient l’objet d’un culte quasi-frénétique, il y a lieu de s’interroger sur le sens véritable des croyances qui permettent un tel dérapage.