​L’enjeu de la charte

Par les temps qui courent, on traite souvent systématiquement de racistes des gens qui veulent assumer leur identité en adoptant une Charte des valeurs québécoises. À mon sens, le racisme, ce n’est pas d’appliquer le même traitement à tous les citoyens.

Parlant de racisme, on pourrait mentionner la Colombie-Britannique qui refuse de recevoir des documents en français dans ses tribunaux sous le prétexte d’une vieille loi coloniale de 1731 qui fait en sorte que les juges britanno-colombiens ne peuvent pas accepter en preuve des documents dans une autre langue que l’anglais. Le Conseil scolaire francophone de Colombie-Britannique a contesté cette loi, mais un jugement de la Cour suprême est venu clore le dossier. Ce jugement n’est pas tombé à la fin des années 1800 où au début des années 1900 alors qu’on a interdit l’enseignement du français dans toutes les provinces du Canada, il a eu lieu le 26 juillet 2013.

Le gouvernement de Maurice Duplessis avait voté une loi qui faisait prévaloir les textes de loi français sur le texte anglais en 1937, mais il a par la suite du la faire battre devant le tollé que cela a engendré. En 1977, la langue des lois et des tribunaux était aussi visée par la version originale de la loi 101, mais un jugement de la Cour suprême daté du 13 décembre 1979 a renversé ces dispositions. C’est à se demander si la Cour suprême réserve un traitement spécial au Québec.

La mission civilisatrice du Canada

Le Canada anglais semble régulièrement considérer que les choix de société qui se qui distinguent le Québec comme étant mauvais. Que ce soit les garderies à 7 $, les frais de scolarité plus bas, les impôts légèrement plus élevés, la loi 101, le projet de loi 14, le projet de Charte des valeurs québécoises, tout cela est à jeter aux poubelles au nom de la mission civilisatrice du Canada. Les Québécois font des choix politiques de façon démocratique et même si le Canada n’est pas en accord avec ceux-ci, la moindre des choses est de les respecter.

À ce titre, Trudeau et Mulcair semblent présentement donner dans la surenchère en pour celui qui sera le plus colonialiste des deux. Jusqu’à présent, il semble que Mulcair a pris les devant. Son expérience de charcuteur de la loi 101 en tant que directeur des affaires juridique chez Alliance Québec a dû lui inspirer de proposer d’utiliser les fonds du NPD, un parti canadien dont plus de la moitié de la députation provient du Québec, pour combattre le gouvernement du Québec avant même qu’il ne dépose son projet de loi.

Le débat aujourd’hui ressemble énormément à celui que l’on a vécu lors de l’instauration de la loi 101 en 1977, à savoir si les libertés individuelles doivent primer sur l’intérêt collectif ou si on préfère le libéralisme au républicanisme. Le Canada a depuis 1982 choisi le libéralisme et ce que la Charte propose est évidemment orienté vers le républicanisme. Historiquement, le Québec a généralement fait le choix du républicanisme. On peut penser au rejet massif de la monarchie ou à l’adoption de la loi 101 par exemple.

Un lien facile à faire

Établir le lien entre la laïcité et l’indépendance est donc très facile à faire. Le Canada et le Québec proposent deux modèles complètement différents qui sont incompatibles. L’un propose la ghettoïsation des individus ainsi que l’inversion du devoir d’intégration et l’autre propose de définir des bases communes pour encadrer la vie en société.

Quand un pays a comme première phrase de sa constitution « que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu », il est difficile de prétendre ensuite à la neutralité de cet État et surtout de dire qu’il n’y a pas de hiérarchie des droits en ce pays. Alors, quand le Québec propose d’établir une véritable neutralité de l’État et surtout quand le principe fondateur de la Charte priorise l’égalité entre les hommes et les femmes par rapport à la liberté religieuse, on comprend que la symbolique de cette charte est extrêmement forte. Elle témoigne d’une rupture fondamentale avec le modèle canadien.

En ce sens, ceux qui prétendent que le gouvernement du Québec se détourne de la question nationale en lançant le débat sur une Charte des valeurs québécoises sont dans l’erreur. Je vois difficilement ce qui pourrait être un geste de souveraineté plus fort que de rejeter la première phrase de la constitution du Canada. La constitution étant la pierre d’accise d’un pays tout comme le sont les statuts d’un parti politique, imaginez par exemple ce qui adviendrait si le Parti Québécois ou si Option Nationale bifferaient l’article 1 de leurs statuts… L’existence de ces partis perdrait alors tout son sens.

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25 commentaires
  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 2 octobre 2013 07 h 24

    Pour un Québec émancipé de la Grande Chimère

    L'être humain a inventé Dieu pour devenir son élu et se placer ainsi au dessus des autres êtres humains. Depuis ce temps, la chicane est pognée.

    Et nul ne sait quand elle va s'arrêter.

    • Nestor Turcotte - Inscrit 2 octobre 2013 08 h 45

      La question de Dieu sera toujours là. Elle ne s'arrêtera jamais. Car, au fond de l'être humain, il y a une quête d'Absolu. Le théologien Richard Bergeron, dans son livre Le cortège des fous de Dieu, a répertorié plus de 500 groupes religieux au Québec qui se disent tous, être en possesion de la vérité. Les Québécois ayant abandonné le monothéisme chrétien, sont tombés dans le piège des sectes.

      Je vous conseille la lecture du livre très récent (2013) - et qui fait fureur en Europe - de Frédéric Guilaud, Dieu existe (Arguments philosophiques) publiée aux Éditions du Cerf.

      JE vous préviens: ce livre de 416 pages (29 euros) n'est pas un livre qui traite de religion. L'auteur examine la question de savoir s'il existe un être suprême, suffisamment distinct du monde pour qu'on puisse l'appeler «DIEU...

      Il faut cependant avoir une solide formation philosophique pour tenir jusqu'au bout...

    • Lise Boivin - Abonnée 2 octobre 2013 09 h 56

      Monsieu Turcotte,

      J'ai beaucoup étudié, pratiqué et enseigné la philosophie ainsi qu'un peu de théologie. Il faut que je vous dise que Dieu m'a dit hier soir qu'il n'existe pas. Bien sûr, ce n'est pas une preuve mais ça donne à réfléchir.

      Bernard La Rivière, PhD théologie

    • Michel Gagnon - Inscrit 2 octobre 2013 13 h 48

      Le questionnement sur l'existence ou non de Dieu ne restera toujours que cela: un questionnement. Aucun être humain, quelque philosophe soit-il, ne peut se prétendre plus expert qu'un autre pour répondre à ce questionnement.
      La capacité d'un tel questionnement est une caractéristique essentielle de l'être humain. C'est ce qui le distingue du règne animal. Il est donc normal de se questionner ainsi. C'est lorsque certains humains apportent des réponses que ça se gâte (c'est ce que font, entre autres, toutes les religions). Ces réponses sont de l'ordre d'élucubrations délirantes, quoique structurées (ce qui les distingue, mais pas toujours, des délires de patients psychiatriques), qui permettent de conforter l'être humain qui tolère mal de vivre dans l'incertitude de questionnements sans réponses.

      Alors lorsqu'on lit « que le Canada est fondé sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu », peut-on dire que le Canada est fondé sur un délire?

  • Nicolas Vincent - Inscrit 2 octobre 2013 07 h 49

    Hilarant

    "Par les temps qui courent, on traite souvent systématiquement de racistes des gens qui veulent assumer leur identité en adoptant une Charte des valeurs québécoises. À mon sens, le racisme, ce n’est pas d’appliquer le même traitement à tous les citoyens."

    Je la trouve bien bonne celle-là, surtout à propos d'une charte dont les exceptions comporteraient:
    - le droit des fonctionnaires de porter une "petite" croix, mais pas un kippa ou foulard
    - le droit de prière au conseil municipal
    - le maintien du crucifix à l'Assemblée Nationale

    C'est ce que vous appelez "appliquer le même traitement à tous les citoyens"? Franchement, il faudrait quand même se garder une p'tite gêne. On peut bien critiquer les autres (entendons le reste Canada, surprise surprise), mais il serait bon d'apprendre à se regarder dans le miroir de temps en temps. Si ce n'est qu'afin de gagner un peu en crédibilité.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 2 octobre 2013 12 h 27

      Il ne faudrait pas oublier qu'un grand nombre de ceux qui sont pour qu'il y ait une Charte sont d'avis qu'il faut aussi retirer le crucifix et éliminer la prière au conseil municipal.

  • Cyril Dionne - Abonné 2 octobre 2013 07 h 49

    Excellent texte M. Barsalou Duval.

  • Michel Lebel - Abonné 2 octobre 2013 09 h 48

    Dieu laisse le droit aux Hommes!

    La Charte canadienne des droits et libertés,comme son pendant québécois, n'établit pas de hiérarchie entre les droits et libertés. Il demeure que les libertés, entre autres, d'expression, de conscience et de religion sont considérées comme des libertés "fondamentales". Et ceci depuis fort longtemps!

    À la "suprématie de Dieu" prévue au préambule, il faut ajouter, pour être complet, la "primauté du droit". Le préambule sert à interpréter un texte juridique; mais il ne crée pas un droit substantif.
    Si ma mémoire est bonne, plus d'un député à l'époque, sinon Trudeau lui-même, s'opposaient à l'inscription d'une référence théiste, mais l'invocation fut mise. Dieu ne fut jamais consulté à ce sujet! J'accorderais, au plan politique et juridique, une importance bien relative à sa désignation dans le préambule de la Charte canadienne. De plus Dieu n'aime pas s'imiscer dans les affaires terrestres: il laisse les Hommes libres de leurs décisions!


    Michel Lebel

    • Michel Gagnon - Inscrit 2 octobre 2013 13 h 19

      «De plus Dieu n'aime pas s'imiscer dans les affaires terrestres: il laisse les Hommes libres de leurs décisions!»

      Qu'en savez-vous, M. Lebel?
      Avez-vous un lien privilégié avec Dieu?

    • Michel Lebel - Abonné 2 octobre 2013 14 h 02

      @ Michel Gagnon,

      Pour un chrétien, Dieu laisse l'Homme entièrement libre de ses décisions; il l'aime trop pour ne pas respecter sa liberté.

      "Ses" décisions incluent évidemment aussi les décisions de nature politiques. Cette liberté est ainsi que Dieu, par exemple, n'est pas intervenu pour empêcher l'Holocauste. Grave omission qui en interpelle toujours plus d'uns encore de nos jours.

      Enfin je n'ai pas de lien privilégié avec Dieu!! Il intervient où et quand il veut!!


      Michel Lebel

    • Marcel Bernier - Inscrit 2 octobre 2013 17 h 09

      Qui peut m'imposer un dieu quel qu'il soit et faire pression sur ma conscience! Il faut bien que ce soit un constitutionnaliste éduqué par les Jésuites pour outrepasser son pouvoir et déterminer qu'un dieu règne suprêmement sur le Canada sans avoir consulté les citoyens canadiens et les citoyennes canadiennes, eu égard à la diversité de croyances, d'approches philosophiques et de non-croyance qui ont cours dans la population.

  • Jean Richard - Abonné 2 octobre 2013 10 h 14

    Racisme ou colonialisme ?

    L'attitude, passée et présente, d'une bonne majorité de Canadians face au français ne tient pas du racisme mais du colonialisme. L'anglophone est, de ce côté-ci de l'Atlantique, un colonisateur, et ça ne date pas d'hier. Au cours de l'histoire (du Canada), les anglophones d'ici se sont donné des outils pour contenir toute ambition du français de reprendre sa place et sans doute pour certains esprits, de le faire disparaître.

    Du meilleur vers le pire, il y a chez les Canadians, quand il est question de langue et de culture francophone, une attitude qui va de l'envie de cohabiter pour une petite minorité, à une intolérance, voire une arrogance pour une minorité considérable avec entre ces extrêmes un mélange d'ignorance et d'indifférence pour la majorité. Dit autrement, l'attitude va du paternalisme du bon colonisateur à l'arrogance de cet autre colonisateur qui vit comme un échec le fait que les francophones existent encore. Quant à l'ignorance au centre de l'échiquier, elle est le lot des cultures dominantes, domination qui résulte en bonne partie du colonialisme.

    De leur côté, est-ce que les Québécois francophones sont racistes ? J'ai côtoyé bien des gens qui me laissent craindre que ce soit parfois – et trop souvent le cas. Et depuis cette histoire de charte, j'ai rencontré des gens qui, s'ils avaient été français auraient sûrement voté pour Le Pen, des gens qui jusque là hostiles au PQ ont viré capot. Avec sa charte, le PQ est-il en train de faire le plein de vote au sein de la droite nationaliste ? Je le crains. La droite nationaliste, elle n'est pas colonisatrice : elle est plutôt raciste.

    • Jean-Charles Morin - Inscrit 2 octobre 2013 20 h 00

      Vous opposez colonialisme et racisme alors que le premier n'est qu'une forme du second. Penser que sa langue, sa culture et sa civilisation sont supérieures aux autres, c'est penser en raciste. Le colonialisme n'est que la volonté du raciste d'imposer ses nobles valeurs et son mode de vie aux autres, par la force s'il le faut. Que voulez-vous, quand on est naturellement généreux, il faut y mettre l'effort devant l'ingratitude de ceux qu'on colonise.

      D'autre part vous semblez confondre, pour les francophones, le racisme avec le désir bien légitime de vouloir conserver son identité. Non pas parce que nous la croyons supérieure mais parce que c'est la seule que nous avons et qu'elle vaut bien la peine de survivre encore un peu. La mépriser en la croyant inférieure à celle de l'autre est une forme de racisme, la pire qui soit car elle est dirigée contre soi-même.