France-Québec: une relation privilégiée, un partenariat dynamique

Pierre Moscovici
Photo: Agence France-Presse (photo) John Thys Pierre Moscovici

J'inaugure aujourd’hui avec Pauline Marois, première ministre du Québec, un centre de montage de l’entreprise française Aerolia dans le parc industriel de l’Aéroport international Montréal-Mirabel. Cette nouvelle usine représente un investissement de 9,5 millions de dollars, et permettra la création de près de 150 emplois. Il y a quelques jours, EDF inaugurait son nouveau parc éolien en Gaspésie, alors que les groupes Danone et Servier avaient auparavant annoncé d’importants investissements au Québec.

 

Ces projets d’investissements illustrent la vitalité des relations économiques et commerciales entre la France et le Québec. Ces relations que la crise n’a pas remises en cause reposent à la fois sur des investissements croisés et des flux commerciaux, ancrage fort sur lequel nous nous appuyons pour approfondir encore notre partenariat stratégique.

 

Le Québec reste le grand partenaire de la France au Canada. 45 % de nos exportations vers ce pays lui sont destinées, et 41 % des exportations canadiennes vers la France en proviennent. Surtout, il est pour les entreprises françaises une formidable terre d’investissement : 70 % des filiales françaises présentes au Canada y sont implantées, faisant de la France le deuxième investisseur étranger au Québec. Ces liens économiques et commerciaux épousent le dynamisme croissant de la communauté française au Québec : l’attrait qu’elle exerce sur les étudiants ou les jeunes professionnels français, par exemple, ne se dément pas. Les entreprises françaises sont heureuses de bénéficier de leur implantation au Québec, plateforme idéale pour servir le marché québécois, pour se développer dans le reste du Canada, et aussi pour faire connaître leurs produits et développer leurs marchés en Amérique du Nord et sur tout le continent américain.

 

Le Québec est quant à lui la province la plus active du Canada concernant l’investissement créateur d’emplois en France, son troisième client aujourd’hui. Il représente ainsi en moyenne, depuis le milieu des années 2000, un peu plus de 60 % de l’ensemble des projets canadiens sur le territoire français. 120 entreprises québécoises y sont implantées, contribuant directement à l’emploi local, notamment dans les secteurs à forte valeur ajoutée.

 

Ces liens dynamiques, malgré la crise, témoignent d’une relation privilégiée entre la France et le Québec prenant appui sur une amitié historique qui exclut toute indifférence, et un respect qui écarte toute ingérence.

 

Mais nous pouvons encore approfondir ce partenariat.

 

Les efforts de la France pour rassembler ses partenaires européens autour d’un objectif de croissance bénéficieront au Québec, qui a entamé depuis le début de la crise une stratégie de diversification de ses marchés. L’accord de libre-échange entre le Canada et l’Union européenne, auquel la France est attachée, devrait également ouvrir aux entreprises françaises et québécoises des perspectives et des opportunités de croissance pour les dix prochaines années.

 

Sur le plan bilatéral, la France et le Québec sont en mesure de renforcer leurs liens en matière de coopération économique et industrielle dans plusieurs directions. L’innovation et la créativité, tout d’abord : un dialogue franco-québécois sur le leadership dans le secteur de l’innovation et de la créativité a été lancé lors de la dernière Conférence internationale C2-MTL (Commerce et créativité Montréal) en mai dernier. Il prendra notamment la forme de rencontres régulières des acteurs de ce secteur, et impliquera en particulier les Pôles de compétitivité et les Créneaux d’excellence. Nous avons ensuite un rôle commun à jouer dans le développement nordique, là encore avec le soutien aux Pôles de compétitivité et aux Créneaux d’excellence, et l’appui privilégié aux projets identifiés de coopération économique visant le développement nordique du Québec. En matière de développement durable, enfin, nous pouvons mener à bien les projets de coopération dans le secteur de l’économie verte, notamment les technologies propres, les énergies renouvelables et les véhicules du futur.

 

Sur la laïcité

 

Pour autant, les liens étroits qui unissent la France et le Québec ne se résument pas à des flux commerciaux ou financiers. Français et Québécois préservent ensemble un patrimoine commun inscrit dans leur histoire, leur culture, leur langue. Ce patrimoine fait la force de nos liens, et parfois, la source de nos inspirations. Ainsi en est-il lorsque la France suit l’exemple du Québec avec l’économie sociale et solidaire ou le mariage pour tous. Réciproquement, les Québécois nourrissent parfois leurs débats de l’expérience de la France, comme c’est le cas actuellement sur le thème de la laïcité.

 

Celle-ci peut naturellement être débattue : nous ne prétendons pas offrir de modèle universel, mécaniquement transposable à des réalités inévitablement différentes. Elle est aussi, parfois, incomprise. En France, la laïcité repose sur trois principes fondamentaux : la neutralité de l’État, le respect du pluralisme et la liberté religieuse. Élément constitutif du pacte républicain, elle recueille l’adhésion d’une immense majorité de nos concitoyens et sa mise en oeuvre se fait sous le regard vigilant d’organismes indépendants et sous le contrôle du juge, garant des droits et des libertés inscrits dans notre Constitution.

 

La laïcité n’est pas une entrave à la liberté, mais, pour nous Français, la condition de sa réalisation. Elle n’est jamais dirigée contre les individus ni contre leur conscience : elle garantit l’égalité de traitement de tous les élèves et l’égale dignité de tous les citoyens. Ce que nous avons à coup sûr en partage, entre Français et Québécois - et quelques autres nations dans le monde -, c’est un attachement profond à la liberté, à la démocratie et à l’État de droit.

 

Les relations fortes et pérennes sont celles qui savent se renouveler. La relation privilégiée entre la France et le Québec n’est ni nostalgique ni déclinante, elle est dynamique et vivante. Elle regarde résolument vers l’avant, elle s’appuie sur la vitalité de relations culturelles, économiques et commerciales qui lui permettent de s’approfondir constamment, pour notre bénéfice commun.

4 commentaires
  • Yves Côté - Abonné 27 septembre 2013 05 h 32

    L'ère Sarkozy...

    Enfin, un peu plus d'un an après l'accession au pouvoir de Monsieur François Hollande, l'ère Sarkozy est selon moi, maintenant définitivement tournée. Par la lettre du ministre d'aujourd'hui autant que par ses initiatives, Monsieur Moscovici rééquilibre de manière officielle la position de la France. Celle-ci revenant à une neutralité politique, toutefois bienveillante, au sujet de l'indépendance républicaine éventuelle du Québec.
    Avec un Etat français qui se montre dorénavant indépendant des grandes fortunes canadiennes, se libérant d'abord d'une amitié présidentielle troublante, nous sommes revenus à une position historique plus éclairée : celle du "ni ingérence, ni indifférence".
    Tous les Québécois et les Français amoureux de liberté et de démocratie ne pourront que s'en réjouir et remercier les responsables de ce changement.
    Cependant, ici en France, il restera encore à l'actuel gouvernement de faire entendre ouvertement sa différence. A mon avis, il faut que les Français eux-mêmes puissent envisager les choses autrement que ce qu'on ne leur donne encore trop souvent à faire.
    Soit, de manière trop singulièrement folklorique...
    (suite ci-dessous)

  • Yves Côté - Abonné 27 septembre 2013 05 h 32

    L'ére Sarkozy...(suite)

    A ce titre, il faut se rappeler le dernier grand battage médiatique qui fut organisé à propos du Québec. Celui-ci, des plus orienté pro-canadian, comme si le Québec sans le Canada n'existait tout simplement plus, y fut organisé en 2008 pour le 400è anniversaire de Québec . Une actualité que j'ai largement suivi alors et que j'ai dénoncé comme une mascarade de la vérité, dans un petit ouvrage qui fut très modestement publié en France. Pardon d'en parler...
    S'il n'appartient à personne qu'aux Québécois eux-mêmes de déterminer le cadre politique général de leur avenir, que la France montre dorénavant une politique moins partisane et complice à l'égard des prétentions canadiennes de maîtriser constitutionellement et de dominer électoralement le destin du Québec, cela ne peut qu'être positif pour tout le monde estime et respecte la liberté des peuples.

    Plus que jamais aujourd'hui, je terminerai ici comme à mon habitude par Vive le Québec libre !
    Mais cette fois-ci, en y ajoutant sur un même pied et de tout coeur : Vive la République Française !

  • Jean Lapointe - Abonné 27 septembre 2013 08 h 41

    Ça change pas mal de Sarkozy.

    «Ces liens dynamiques, malgré la crise, témoignent d’une relation privilégiée entre la France et le Québec prenant appui sur une amitié historique qui exclut toute indifférence, et un respect qui écarte toute ingérence.» (Pierre Moscovici)

    Voilà ce qui est la position de la France d'aujourd'hui.

    Nous ne leur sommes pas indifférents à cause surtout de nos passés communs. Ça laisse des traces.

    Mais il n'est pas question pour eux de s'ingérer dans nos affaires parce qu'ils nous respectent, ce qui veut dire qu'ils respectent aussi les choix que nous faisons.

    Mais cela n'empêche pas que des liens dynamiques puissent exister entre le Québec et la France. Bien au contraire, ça les stimule.

    Ça change pas mal de Sarkozy.

  • alain maronani - Inscrit 27 septembre 2013 18 h 42

    Subventions...

    Ce mot au pluriel résume l'ensemble...comme Bombardier Transport avec son usine a Calais...pour fabriquer des trains pour le système féroviaire francais...des subventions aussi...

    Les relations privilégiées c'est pour la galerie et pour le discours de circonstance...

    Les socialistes francais, Mitterrand en premier, à son époque, sont plutôt tièdes...et franchement seul Michel Rocard s'intéresse encore à ce qui se passe ici, les francais n'ont pas oubliés les efforts canadiens des 2 dernières guerres et le Canada, n'en déplaise a tant d'autres, bénéficie d'une excellente image en France..

    Les gaullistes ne représentent plus personne en France, et pour ceux qui pensent avec imprudence que Sarkozy c'est terminé...ils pourraient avoir une surprise en 2017...ou avant.

    Et Sarkozy n'est pas ma tasse de thé...