Le documentaire Partenaire invisible, essentiel cri à l’aide pour les aidants

Le film de Caroline Vadeboncoeur et Sylvie Rosenthal est le cri du coeur des proches aidants pour un soutien concret. Sur la photo, Louise prend soin de sa mère Thérèse.
Photo: Source RDI Le film de Caroline Vadeboncoeur et Sylvie Rosenthal est le cri du coeur des proches aidants pour un soutien concret. Sur la photo, Louise prend soin de sa mère Thérèse.

Au Québec, un individu sur sept offre un soutien à un proche vivant avec des limitations, et toutes et tous sont susceptibles de devoir affronter cette réalité au cours de leur vie. Ces personnes se nomment des « personnes aidantes », des « proches aidants », des « aidants naturels ». Ce sont elles qui assument 80 % du soutien à domicile, une contribution estimée à au moins 25 milliards de dollars par année au Canada. Ce sont ces personnes qui sont partenaires, tant de leur proche aidé que de l’ensemble de la société québécoise. Mais ce sont des partenaires qui demeurent confinés dans l’ombre. Des partenaires invisibles. C’est ce qu’illustre le documentaire de Caroline Vadeboncoeur et de Sylvie Rosenthal, justement intitulé Partenaire invisible, diffusé le 19 septembre aux Grands reportages sur RDI.

 

Les personnes aidantes ne bénéficient pas d’une réelle reconnaissance. Elles sont nommées, certes, dans plusieurs politiques gouvernementales, mais il semblerait que cette reconnaissance en est une davantage de façade que bien réelle. L’une des plus flagrantes illustrations de cette non-reconnaissance réside dans le fait que le gouvernement prône le soutien à domicile, mais offre très peu, en retour, de services qui soient adaptés à la réalité de millions d’aidants. Comme le rapporte Me Jean-Pierre Ménard dans le documentaire, « la pratique est aux antipodes du discours politique ». Le rapport annuel 2012-2013 de la protectrice du citoyen, madame Raymonde Saint-Germain, rendu public mercredi, confirme que des compressions dans les services directs à la population sont observées en santé et services sociaux. Une telle contradiction est lourde de conséquences, alors qu’elle entraîne chez les aidants, qui ont un urgent besoin de répit, de l’épuisement, de l’isolement, des problèmes de santé et même la mort.

 

Dans le film, une aidante de 24 ans aux études universitaires doit mettre en veilleuse son avenir. « De voir plus loin, c’est trop me demander pour l’instant », dit-elle. Le manque de reconnaissance des personnes aidantes s’exprime également par l’absence de mesure de conciliation. Certaines personnes aidantes doivent alors réduire leurs heures de travail ou encore quitter prématurément leur emploi […]. Ils s’appauvrissent alors à prendre soin d’un proche. Une telle situation est inacceptable.

 

Le manque de services déploré par les aidants du documentaire Partenaire invisible est en concordance avec la « Plateforme de revendications communes » réalisée par le RANQ à la suite d’une consultation de près de 300 personnes aidantes dans 15 régions du Québec. Toutes et tous sont unanimes à l’idée qu’on ne répond pas ou très peu aux besoins des aidants et qu’une profonde méconnaissance de leur réalité est palpable dans les CLSC. À la lumière de cela, il est urgent que la situation s’améliore.

 

Ma mère est atteinte de la maladie d’Alzheimer depuis six ans et toute la famille est solidaire afin qu’elle demeure à la maison. Nous avons tricoté un horaire de semaine dont chaque journée est assurée par l’un de nous ou une personne-ressource. Si ce n’était de notre cohésion et de notre imagination, il nous aurait été impossible de la garder à domicile. Une offre de service plus substantielle nous permettrait de sortir la tête hors de l’eau.

 

La force et la richesse de Partenaire invisible résident dans le fait qu’il met en avant une parole qui trop souvent est ignorée dans notre société. Je rectifie le mot parole par « cri ». Partenaire invisible est un cri. Un cri du coeur à l’ensemble de la société québécoise afin que toutes et tous, tôt ou tard concernés, réclament à nos gouvernements un véritable, sincère et réel support aux aidants. Félicitations aux deux coréalisatrices du film pour leur contribution à l’illustration de cette situation.

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3 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 27 septembre 2013 08 h 51

    Quand tu ne ne «fitteras» plus dans le décor

    «...toutes et tous sont susceptibles de devoir affronter cette réalité au cours de leur vie.»

    Quand tu ne «fitteras» plus dans le décor, tu seras expulsé dans la marge pour aller vivoter en attendant la fin.

    «Ce sont elles (les personnes aidantes, souvent des femmes) qui assument 80 % du soutien à domicile, une contribution estimée à au moins 25 milliards de dollars par année au Canada.»

    On sauvera des sous sur ton dos, toi qui toute ta vie a été honnête, a payé religieusement tes impôts, a cessé de fumer, t'es gardé en santé.

    On ne te voit plus dans le décor, ni celle qui te lave, te soigne.

    Faut jouer du coude pour être subventionné, t'es trop discret avec tes malaises ordinaires de vieux grincheux, t'es pas assez sexy, papy.

  • Bernard Gervais - Inscrit 27 septembre 2013 14 h 27

    Un documentaire que tous devraient voir

    Comme bien d'autre personnes que je connais, j'ai regardé Partenaire invisible à la télévision (RDI). Touchant ! À revoir et à recommander à ceux qui veulent en savoir plus sur l'immense contribution des aidants naturels à notre société !

  • Daniel Lemieux - Abonné 27 septembre 2013 17 h 52

    Disponible (gratuitement) sur TOU.TV de Radio-Canada

    À la rubrique « Films en documentaires ». À voir.