Pas en notre nom!

Le débat public qui sévit au Québec autour de la Charte des valeurs québécoises nous rappelle l'importance de réitérer notre attachement collectif à l'égalité femmes-hommes. En tant que femmes et féministes, nous applaudissons toute démarche qui réaffirme l'égalité des sexes et des genres. Cependant, nous craignons la récupération politique dont font l’objet nos espoirs et nos luttes. En tant que femmes et féministes, nous affirmons:

Nous, femmes et féministes, refusons de transformer certainEs de nos concitoyennes et concitoyens en «ennemiEs de la Nation» ;

Nous femmes et féministes n'acceptons pas que la lutte pour la justice sociale soit instrumentalisée afin de diviser et de marginaliser ;

Nous, femmes et féministes, refusons que le Québec importe le modèle français de la gestion de la diversité et des libertés religieuses: soyons SouverainEs! ;

Nous, femmes et féministes, croyons en la laïcité de nos établissements et institutions sans compromettre la liberté de conscience et les libertés religieuses des employéEs de l'État ;

Nous, femmes et féministes, qui luttons depuis des années pour l'accès au travail des femmes, dénonçons des mesures qui exacerberont leur exclusion et favoriseront la marginalisation économique et sociale ;

Nous, femmes et féministes, croyons que l'intégrité du Québec n'est pas menacée par la présence de signes religieux sur son territoire ;

Nous, femmes et féministes, refusons la stigmatisation des femmes qui portent le foulard et la hiérarchisation des citoyennes québécoises ;

Nous, femmes et féministes, invitons le gouvernement Marois à agir sérieusement et urgemment sur les inégalités sociales au lieu de favoriser un climat de paranoïa ;

Nous, femmes et féministes croyons en l'égalité dans la diversité ; cette Charte «des valeurs québécoises» ne parle pas en notre nom !


La Collective des féministes musulmanes du Québec : Leila Bedeir, professeure, Collège Vanier; Asmaa Ibnouzahir, membre du GIERFI; Karima Imounane, enseignante orthopédagogue; Bochra Manaï, doctorante INRS-UCS; Imane Mawassi, avocate; Rita Mawassi, enseignante orthopédagogue; Krista Riley, doctorante, Université Concordia; Nadia Touhami, membre du GIERFI


Signataires

Dalila Awada, étudiante;
Valérie Amiraux, professeure, Université de Montréal;
Sonia Ben Soltane, doctorante, Université McGill;
Nadjet Bouda, La CLES;
Julie-Anne Boudreau, professeure, INRS;
Gillian Bowman, conseillère, Collège Vanier;
Lara Braitstein, professeure associée,Université McGill;
Evangeline Caldwell, professeure, Collège Vanier;
Natalie Carlino, professeure, Collège Vanier;
Andrée Côtée, avocate et militante féministe;
Monique Dauphin, Maison d’Haïti;
Sonia Djelidi, activiste et militante des droits de la personne;
Arianne Émond;
Mariam Esseghaier, doctorante, Université Concordia;
Lise Garon, professeure associée, Université Laval;
Ruba Ghazal, conseillère en environnement et féministe;
Denise Helly, professeure, INRS-UCS;
Greta Hofmann Nemiroff, professeure, Collège Dawson;
Chantal Ismé, La CLES;
Caroline Jaquet, UQAM;
Arwen Jean Fleming, doctorante, Université Concordia;
Tzvétélina Jivkova;
Maureen Jones, professeure, Collège Vanier;
Maggie Kathwaroon, professeure, Collège Vanier;
Monika Kin Gagnon, professeure, Université Concordia;
Barbara Legault, militante féministe et consultante;
Isabelle Lemelin, doctorante;
Anne Létourneau, doctorante, UQAM;
Marilena Liguori, doctorante, INRS-UCS;
Anahi Morales, militante féministe;
Nargess Mustapha, activiste et porte-parole de Montréal-Nord Républik;
Andréanne Pâquet, Fondatrice de «Ce qui nous voile»;
Christelle Paré, doctorante, INRS-UCS;
Rosa Pires, militante féministe;
Cynthia Quarrie, professeure associée, Université Concordia;
Myriam Richard, doctorante, Université d’Ottawa;
Louise Riendeau, militante féministe;
Marie-Pier Saint Louis, professionnelle de recherche;
Kimberly Sawchuk, professeure, Université Concordia;
Jawaher Shourou, UQAM;
Khaoula Zoghlami, étudiante, Université de Montréal.
72 commentaires
  • Robert Beauchamp - Abonné 26 septembre 2013 04 h 47

    Déclaration en faveur du multiculturalisme

    Votre déclaration énonce une chose et son contraire. En fait, elle est un plaidoyer en faveur du multiculturalisme en poussant une attaque politique à peine voilée. Une adhésion au retrait de l'obligation encore hypothétique sur les signes ostentatoires dans lesi nstitutions dites anglophones ne surprendrait pas.

    Robert Beauchamp

    • Johanne St-Amour - Abonnée 26 septembre 2013 09 h 15

      Et comme le disait Djemila Benhabib: en Turquie et en Tunisie les fonctionnaires de l'État ne portent pas de signes religieux. L'insistance de ces femmes est tout simplement du nombrilisme, soulignait-elle dans une émission sur la première chaîne.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 26 septembre 2013 10 h 20

      Précision: l'insistance de ces femmes à porter le voile est simplement du nombrilisme disait donc madame Benhabib.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 26 septembre 2013 11 h 06

      Mesdames les signataires,

      Le Coran n'étant pas qu'un livre religieux parce qu'il contient de nombreux versets qui traitent de charia, donc de droit familial, de sentences, et même de règles de guerre, etc., y a-t-il des affirmations qui rebutent votre fondement féminisme?

      Mais plus encore, pourriez-vous spécifier en quoi se distingue le supposé féminisme musulman du féminisme?

    • Mathieu Massicotte - Inscrit 26 septembre 2013 13 h 01

      @St-Amour Tenez-vous en à ce que vous connaissez. "Le Coran n'étant pas qu'un livre religieux parce qu'il contient de nombreux versets qui traitent de charia, donc de droit familial, de sentences, et même de règles de guerre" Ma pauvre dame, cela est vrai de tous les livres religieux, la bible y compris. Votre raisonnement que cela fait du Coran un livre "non-religieux" est absurde et parfaitement ridicule et n'a strictement rien à voir avec la question de cette charte.

      Ensuite, il est risible de constater tous ces québecois qui citent Mme. Benhabib. On la cite parce qu'elle provient de la culture que nous démonisons, et elle entretient la trame narrative dominante qui veut faire de L'islam un péril en la demeure. Elle donne donc une supposé crédibilité à une intolérance généralisée, elle rationalise un ressentiment né de l'ignorance. Mme. Benhabib parle pour elle, pas pour l'islam et certainement pas pour ces femmes qui ont rédigé et signé ce manifeste, qui oui, sont musulmanes et capables de libre pensée.

    • Louka Paradis - Inscrit 26 septembre 2013 13 h 17

      Féminisme individuel ou féminisme collectif ? Lequel a le plus fait progresser les femmes ? Poser la question, c'est y répondre. Il y a malheureusement des femmes qui s'égarent et qui jouent sans s'en rendre compte le jeu des intégristes. La FFQ et QS sont complètement tombés dans le panneau. El le CSF allait suivre le même chemin, n'eût été la vigilance du gouvernement. Bravo Mme Maltais !

      Louka Paradis, Gatineau

    • Johanne St-Amour - Abonnée 26 septembre 2013 14 h 34

      M. Massicotte

      Avez-vous remarqué qu'il est question ici de féminisme "musulman"? Si cet article concernait d'autres féminismes "religieux", j'aurais un commentaire semblable. Toutes les religions sont discriminatoires envers les femmes.

      À vous lire, on comprend que vous ne connaissez pas réellement Mme Benhabib. C'et une intellectuelle très rigoureuse. Mais j'aurais pu vous parler de Irshad Manji, Necla Kelewk, Talisma Nasreen, Nyamko Sabrini, Nonie Darwish, Ayaan Hirsi Ali, Wafa Sultan, Michèle Vianès, Chardott Djavann, Wassyla Tamzali... Vous voulez d'autres noms?

    • Johanne St-Amour - Abonnée 26 septembre 2013 14 h 43

      "Le féminisme est le premier ennemi des djihadistes" affirme le Dr Tawfik Hamid, un médecin né au Caire qui se décrit comme ancien djihadiste.

      "Plus loin, en réponse à la question lui demandant de désigner « l'ennemi » -- l'Occident, les non-musulmans quels qu'ils soient, les juifs ? -- le Dr Hamid est très clair : « L'Occident, mais tout particulièrement les droits des femmes. Pour nous, le premier ennemi c'était les droits des femmes ».

      "...le féminisme se situe, parmi les griefs de l'islamisme militant, plus haut que la disparition historique du Califat ou de l'Empire ottoman, ou même que la « catastrophe » de la création d'un état juif au Moyen-Orient."

      "Les musulmans auraient peut-être pu supporter que la modernité relègue leur culture derrière les succès perpétuels de la civilisation occidentale, mais ils n'ont pu tolérer la remise en cause de leur statut patriarcal domestique. Leur fibre fanatique, tenue serrée par la réduction territoriale, technologique, militaire, géographique et économique de l'islam au cours des quatre siècles précédents, a pris le dessus lorsqu'elle s'est trouvée titillée sous leur propre toit par leurs épouses et leurs filles."

      Ici:
      http://www.postedeveille.ca/2009/12/selon-tawfiq-h

  • Robert Beauchamp - Abonné 26 septembre 2013 05 h 12

    Les accomodements

    Alors que notre réseau d'éducation a été déconfessionnalisé, que l'on a converti nos chapelles de collèges en bibliothèques et en salles de musique, McGill et Concordia ont initié l'ouverture de salles de prière soi-disant pour accomoder, mais aussi pour attirer une clientèle sans aucun souci sur la pression exercée sur le reste du réseau.
    Toujours bande à part, ça frise le mépris.

    Robert Beauchamp

  • Gisèle Filion - Abonnée 26 septembre 2013 06 h 25

    Votre laïcité ouverte sur l'intégrisme est un détournement de sens

    Vous femmes fémininistes musulmanes de la Collective des femmes féministes musulmanes du Québec , ne croyez-vous pas que le fait de vouloir porter, en tout temps et en tout lieu, vos symboles religieux, jusque dans la fonction publique, dévoile une façon intégriste de pratiquer sa religion. La preuve, certaines de vos coreligionnaires sont capables de faire cette concession, sur le port de symboles religieux, sans prétendre renier leur foi. Tiens donc!
    Moi, je crois que plus on tient mordicus à faire entrer son symbole religieux dans la sphère étatique, plus la religion que ce symbole représente est suspecte d'avoir des visées politiques. Sinon qu'aurait-elle besoin de forcer la sphère étatique? Quant l'intégrisme veut s'immiscer dans l'état, à la façon d'un cheval de Troie, oui l'intégrité du Québec est menacé. Oui la démocratie est menacée par la théocratie. Démocratie et théocratie sont inversement proportionnelles.
    Vous qui vous vantez de vouloir pratiquer une laïcité ouverte, ouvrez donc vos yeux sur ce qui se passe dans le monde. Ne voyez-vous pas que partout où l'intégrisme progresse dans une société, les droits des femmes reculent, si seulement ils existent...
    Non, mais c'est inimaginable que vous vous prétendiez féministes. C'est une usurpation, un détournement de sens! C'est exaspérant d'entendre ça!
    On ne vous entend pas souvent répondre aux arguments que l'on vous soumets,par exemple quant on met en contrepoids à vos exigences, l'égalité de tous, etc.
    Ah oui! le droit au travail... dites-vous? Je reviens avec ça un peu plus loin.

    • Johanne St-Amour - Abonnée 26 septembre 2013 09 h 59

      Féminisme musulman!

      Voici un extrait d'un article de Chahla Chafiq, écrivain et sociologue, paru dans Le Monde, ici http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/09/un-

      "La théorie du féminisme islamique, en faisant de l'islam la source et l'horizon de la praxis féministe, projette, au-delà de la volonté de ses concepteurs et de ses défenseurs, un islam essentialisé qui croise parfaitement les objectifs de l'islamisme et va à l'encontre de l'autonomie créatrice projetée par le féminisme. En créant une étiquette identitaire, il renvoie les féministes qui agissent depuis des décennies dans des pays islamiques dans la case des non-authentiques.

      Là où l'avenir des droits démocratiques dépend du rapport de forces entre les islamistes et les défenseurs de la démocratie séculière, ces aspects agissent en défaveur des causes féministes."

    • Michel Thériault - Abonné 26 septembre 2013 10 h 02

      Excellent commentaire madame Filion, j'abonde dans le même sens ! Que je suis fatigué d'entendre tous les commentaires négatifs sur ceux qui sont pour la Charte. Nous avons réussi à nous débarasser de la religion au Québec et là on ne doit surtout pas lâcher prise. À ceux et celles qui me traiteront d'intégriste de la laïcité, je le prendrai comme un compliment.

    • Solange Bolduc - Abonnée 26 septembre 2013 10 h 16

      C'est tellement vrai, Mme St-Amour !

  • Caroline Moreno - Inscrit 26 septembre 2013 06 h 44

    La majorité

    La Charle parle en notre nom ; celui de la majorité. C'est ça la démocratie.

    • Michèle Poupore - Inscrite 26 septembre 2013 07 h 00

      Il me semble que le PQ est un gouvernement minoritaire, non?

    • Baruch Laffert - Inscrit 26 septembre 2013 08 h 14

      La tyrannie de la majorité est une conséquence indésirable de la démocratie par laquelle une majorité peut opprimer une minorité si la démocratie n'est pas accompagnée de la reconnaissance de certains droits pour protéger les minorités.

    • J-F Garneau - Inscrit 26 septembre 2013 09 h 10

      La Charte ne parle pas encore en "notre" nom. Cest un projet de loi, d'un gouvernement minoritaire.

    • Michel Bouchard - Inscrit 26 septembre 2013 10 h 15

      Démocratie : Système politique, forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple.

      (...)

      Si je vais à Rome, je fais comme les Romains. Si je vais au Québec, je fais comme les Québeçois... Si la charte est acceptée par le peuple, elle doit être suivie à la lettre. C'est ça la démocratie

    • Cyril Dionne - Abonné 26 septembre 2013 13 h 07

      @ Baruch Laffert

      Et la tyrannie de la minorité, c'est beaucoup mieux dans une démocratie M. Laffert ?

    • Baruch Laffert - Inscrit 26 septembre 2013 15 h 49

      @ Cyril Dionne

      Aucunement.

  • Jean-Pierre Marcoux - Abonné 26 septembre 2013 06 h 50

    Affirmations gratuites

    Ayant lu ce qui précède et bénéficiant de la possibilité de commenter, je voudrais simplement dire que je ne partage pas ces affirmations et souhaite que la Charte soit votée le plus vite possible.