Consultation sur les enjeux énergétiques - L’éolien ne mérite pas d’être désigné bouc émissaire

Le parc éolien de Horns Rev est situé à 14 kilomètres de la côte ouest du Danemark, au large du port d'Esbjerg.
Photo: Agence France-Presse (photo) Jorgen True Le parc éolien de Horns Rev est situé à 14 kilomètres de la côte ouest du Danemark, au large du port d'Esbjerg.

Le 6 août, Hydro-Québec déposait à la Régie de l’énergie une demande de hausse de ses tarifs de 3,4 % pour l’année 2014-2015. La société d’État affirme que l’énergie éolienne serait responsable de 79 % de cette hausse. Cette demande arrive dans un contexte où Hydro-Québec dispose d’importants surplus d’électricité. Le récent débat autour de ces questions révèle les effets d’un problème important, présent au Québec depuis plusieurs années : l’absence d’une stratégie de développement énergétique à long terme, s’inscrivant dans un processus de transition vers une économie moderne adaptée aux défis du XXIe siècle.

 

Tentons d’abord de rétablir les faits à propos de la filière éolienne. Hydro-Québec achètera cette année de l’énergie éolienne auprès de producteurs privés à un coût moyen de 10 ¢/kWh. Ce coût peut paraître élevé comparativement au prix de vente, mais il doit être comparé à juste titre à celui résultant d’autres projets en construction. Le concept économique de coût marginal - combien il en coûte d’ajouter 1 nouveau kWh au réseau électrique aujourd’hui, et ce, quelle que soit la filière choisie - se doit d’être utilisé pour effectuer une comparaison juste. Or, ce concept fondamental semble avoir souvent été omis dans le débat actuel. À titre d’exemple, le projet hydroélectrique de la Romaine produira de l’électricité livrée aux abonnés à un coût de 9,6 ¢/kWh. Le mystère demeure d’ailleurs à savoir pourquoi Hydro-Québec persiste à aller de l’avant avec ce projet, tout en affirmant être forcée d’intégrer de l’éolien à prix élevé à son réseau électrique.

 

Surplus d’électricité

 

La situation actuelle des surplus d’électricité n’est possiblement que temporaire et conjoncturelle. Les faibles prix à l’exportation de l’électricité sont principalement dus au faible prix du gaz naturel aux États-Unis. Ce prix augmentera vraisemblablement à terme dans un contexte de politiques de plus en plus restrictives sur les émissions de gaz à effet de serre et avec la diminution à long terme des ressources en hydrocarbures. Mais pourquoi n’aurions-nous pas une attitude proactive et n’absorberions-nous pas dès maintenant ces surplus par des projets porteurs ? Un plan d’électrification massif des transports à l’échelle du Québec, de même qu’une conversion à l’électricité des procédés résiduels de chauffage au mazout et au gaz des secteurs industriels et commerciaux permettrait d’utiliser ces surplus. Cette dernière stratégie permettrait ce faisant de réduire les sorties en capitaux du Québec de 2 milliards de dollars par année et contribuerait positivement à l’essor économique des régions, à la création d’emplois chez nous, et à notre productivité en général. De tels projets seraient un magnifique pas vers l’affranchissement du pétrole et des autres combustibles fossiles pour lesquels le Québec dépense annuellement 14 milliards de dollars en importations. Ainsi, le fait de détenir des surplus d’énergie (dont l’éolien n’est responsable qu’à hauteur de 20 %) deviendrait un atout, comme il se devrait, et non pas un problème, comme nous l’entendons maintenant sous toutes les tribunes ! Mais pour ce faire, une stratégie énergétique à long terme est primordiale.

 

L’exemple du Danemark

 

Prenons comme exemple le Danemark, qui a mis en place un plan pour s’affranchir du pétrole d’ici 2050. Voilà un bel exemple de vision. Dans cette course, ce pays de 5,5 millions d’habitants, qui produit aujourd’hui 28 % de son électricité à partir de l’éolien, a l’ambition d’intégrer 50 % d’énergie éolienne dans son réseau électrique d’ici 2020. Le Québec est en parfaite position pour réaliser son plein potentiel énergétique et réaliser des objectifs aussi ambitieux, le patrimoine hydroélectrique dont il dispose lui permettant d’effectuer un couplage en parfaite synergie avec l’éolien. L’exemple du Danemark démontre de façon claire que l’éolien peut faire partie d’une stratégie énergétique viable et durable, et une fois les surplus absorbés, rien n’empêcherait l’éolien de prendre davantage de place dans le portefeuille énergétique du Québec.

 

La technologie éolienne est mature, fiable, performante et concurrentielle, ce qui explique pourquoi elle s’impose sur tous les marchés en ne cessant d’innover. Des outils sophistiqués de modélisation de la ressource sont maintenant disponibles et font présentement l’objet de recherches actives. Les problématiques soulevées par le passé quant aux impacts sociaux et environnementaux sont maintenant mieux connues. Les préjugés tenaces alimentés par des opinions biaisées sur cette technologie battent graduellement en retraite devant l’évidence des mérites scientifiquement démontrés. L’éolien ne mérite en rien d’être érigé en bouc émissaire comme cela se produit présentement. Il serait beaucoup plus judicieux de consolider l’expertise développée jusqu’à présent dans cette filière et de l’inscrire à sa juste valeur parmi les autres formes d’approvisionnement dans une stratégie de développement nationale à long terme.

 

Cette nécessité certaine d’une stratégie énergétique pour le Québec nous fait accueillir avec grand enthousiasme la consultation publique sur les enjeux énergétiques du Québec qui s’entame ces jours-ci. Les choix que nous élaborons maintenant auront des conséquences sur notre mode de développement énergétique futur, de même que sur notre avenir économique. Ne ratons pas ce rendez-vous qui nous permettra de définir une vision et qui marquera un tournant comparable à cette époque où nous prîmes l’audacieuse décision d’être « maîtres chez nous ». Un souffle similaire pourrait faire entrer résolument le Québec dans le XXIe siècle.

16 commentaires
  • Martin Maynard - Inscrit 20 septembre 2013 04 h 23

    La comparaison avec le Danemark?

    Peut-elle vraiment tenir?
    Oui, ils produisent de l'éolien mais on oublie qu'ils produisent le reste de l'énergie avec du charbon. Le Québec n'a pas de centrale au charbon. Nos barages ne sont pas à remplacer.
    Ce qui est intéressant au Danemark ce sont ses programmes d'économie d'énergie et le fait qu'ils sont bien adoptés par la population.
    Si le Québec adoptait les programmes Danois, nous aurions des surplus pour encore 20 ans ... pire si les américains se mettent à économiser.
    La faiblesse de la demande peut durer encore longtemps. Pourquoi investir dans un parc éolien qui ne servira pas pour un autre 10ans? Et il faudra payer aussi pour les entretenir durant cette période.

    • Sylvain Auclair - Abonné 20 septembre 2013 09 h 38

      Des surplus pour 20 ans? Même si tout ce qui est maintenant alimenté en combustible fossile passait à l'électricité?

    • Jean-Yves Arès - Abonné 20 septembre 2013 13 h 16

      Effectivement m. Maynard, la situation du Danemark n’a pas grand-chose à voir avec la nôtre avec leur production électrique qui au départ était largement, (environ 80%), basée sur le charbon. Et votre commentaire sur leur choix de réduction des pertes est tout à fait pertinent et très visible sur le tableau de l’évolution des sources de leur production électrique,

      http://www.iea.org/stats/WebGraphs/DENMARK2.pdf

      Et pour faire la mesure de la différence du Danemark avec le Québec on peut voir le bilan du pays qui a la production électrique la plus semblable à celle du Québec, la Norvège.

      http://www.iea.org/stats/WebGraphs/NORWAY2.pdf

      A Sylvain, le remplacement totale des carburants fossiles est une vue de l’esprit qui n’a pas aucune chance de se produire. Les projections super-optimistes de remplacement de la moitié du parc automobile demanderait une part de 15% de la production actuelle alors que l’on exporte une quantité semblable.

  • François Ricard - Inscrit 20 septembre 2013 05 h 54

    L'éolien: une technologie en mutation

    L'éolien est une source d'énergie extrêmement importante qui jouera un rôle considérable dans les années à venir.
    Mais voilà le hic: dans les années à venir.
    Il vaut mieux le mettre de côté pour le moment.
    La technologie éolienne est, elle aussi, en pleine évolution.
    Quand on pense à l'énergie éolienne, l'image qui vient à l'esprit est de tours avec grandes pales. Mais on a récemment mis au point de nouvelles turbines à axe vertical qui n'ont pas besoin de tourner. Ces éoliennes peuvent être installées sur des immeubles existants. Monaco s'est déjà muni de ces types d'éoliennes.

    • Yvan Dutil - Inscrit 20 septembre 2013 07 h 48

      Pour des raisons de physique fondamentale, le rendement des petites éoliennes est pathétiques. Souvent, ces éoliennes ne produisent pas assez d'énergie pour couvrir celle qui a servie à leur frabrication ou même la consommation du système de monitorage.

    • Richard Laroche - Inscrit 20 septembre 2013 12 h 32

      @Yvan Dutil
      Pour des raisons de physique fondamentale, le rendement des petites éoliennes peut être très intéressant ou très pathétique.

      Ça dépend seulement de la vitesse moyenne des vents, de la localisation géographique, altitude, localisation architecturale, modèle, etc. Par exemple, les éoliennes à axe vertical réagissent mieux à régime de reynolds élevé alors que les éoliennes à axe horizontal tirent avantage d'un écoulement laminaire, d'où l'intérêt de leur grande taille.

      Les éoliennes de petite taille ont depuis longtemps prouvé leur valeur et leur rentabilité incontestable dans diverses applications.

      C'est pas très sérieux scientifiquement de rejeter bêtement tout l'éolien sans faire de distinction technique et contextuelle.

    • Yvan Dutil - Inscrit 21 septembre 2013 08 h 57

      Pour un raison obscure, la première version de ce commentaire n'a pas passé à travers le filtre.

      Pour en revenir à nos moutons, d'après la littérature scientifique que jai lu, les petites éoliennes ne sont pas rentables quelle que soit leur configuration sauf dans des conditions particulières assez rares.

  • Yvan Dutil - Inscrit 20 septembre 2013 06 h 56

    L'exemple Danemark

    Petit détail important, le prix de l'électricité au Danemark est de 30 ¢/kWh. À ce prix là, toutes les technologies sont intéressantes et rentables. Il suffit de mettre les prix dans une conférence sur l'énergie et de voir les Danois présenter des machins archicompliqués pour sauver un kWh.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 20 septembre 2013 13 h 28

      En effet, le prix de l’électricité résidentielle au Danemark est la plus élevé d’Europe quand toutes les taxes sont incluses. Ce prix très élevé doit entre être en place pour motiver et justifier la réduction des pertes.

      En 2011 ce prix était de 21.67 c€/kWh.

      Au taux de change aujourd’hui on parle de 37.50¢ le kWh, soit près de 5 fois plus cher que le nôtre ! La facture annuelle moyenne des ménages passerait de 1,800$ à quelques 9,000$...

      http://www.statistiques.developpement-durable.gouv

  • François Beaulé - Inscrit 20 septembre 2013 08 h 45

    Une éolienne est éphémère

    Une éolienne a une faible longévité. Il faut refaire de forts investissements après quelques années (20 ans?) pour remplacer les éoliennes usées. Alors que les barrages hydrauliques durent des siècles. Après quelques décennies, le prix de l'électricité produite à La Romaine va diminuer beaucoup quand le coût du barrage sera amorti. À ce moment, les éoliennes installées aujourd'hui ne produiront plus d'électricité, elles auront été mises à la casse depuis longtemps.

    Il est irrationnel d'installer maintenant des éoliennes éphémères alors que le Québec dispose d'importants surplus d'électricité.

    De plus, les investissements pour l'aménagement de centrales et de barrages hydroélectriques accordent de bons salaires à beaucoup plus d'ouvriers, de techniciens et d'ingénieurs québécois que le montage d'éoliennes à partir de pièces fabriquées et conçues à l'extérieur du Québec.

    • J-Paul Thivierge - Abonné 23 septembre 2013 12 h 43

      Quoiqu’on en dise il y a beaucoup de positif à la production éolienne
      Sur une base de calcul comme celle de l’hydroélectrique de 50 ans l’éolien avec un FU de 30 à 40 % est aussi rentable que les nouveaux projets à 9 ¢ du KWh comme la Romaine.
      À long terme, quand les prix du gaz seront normaux, l’éolien deviendra exportable avec profit.
      Enfin et surtout, pour améliorer l’acceptabilité sociale de l’éolien, il est primordial de prioriser l’implantation des prochains parcs éoliens sur les terre publiques inhabitées à proximité des lignes et des postes de Hydro, selon des recommandations déjà déposées à la Régie de l’énergie. Cette décision favoriserait une production plus efficace et plus économique tout en respectant mieux les citoyens et les paysages québécois.
      Pour les prochains projets communautaires il est primordial de s’assurer d’un très fort support populaire local.

      Selon moi l’éolien est positif
      --- pour la santé économique
      Pour maintenir des emplois et les expertises en région pour la période avant les besoins de réfection de la première génération vers 2016
      Ensuite, le cout de production pour la deuxième vie devrait être environ 5 ¢ du KWh considérant qu’on installe de nouvelles pales et une nacelle génératrice rénovées pour poursuivre l’exploitation régulière. Les accès, les transformateurs, les contrôleurs, les interconnexions et les tours étant déjà remboursés, Il y forte économie.
      Bien tenir compte des échanges de crédits au CO2 à 4 ¢ du KWh que le Québec pourra recevoir quand la bourse du carbone sera en application
      --- pour la santé Physique
      Plus on exporte d’énergie propre, moins on subit de retombés du panache de pollution néfaste à notre santé provenant des centrales à gaz, au charbon ou au pétrole des États-Unis.

      Jean-Paul Thivierge
      Analyste consultant énergie

      Il faut s’assurer que les Québécois deviendront fournisseurs aussi de technologies électriques ; les génératrices et les contrôleurs… pas juste des tours et de

  • Amélie Blanchet Garneau - Inscrite 20 septembre 2013 11 h 50

    Commentaires qui manquent de vision...

    La lecture de ces quelques commentaires sur cette lettre d'opinion m'inquiète sur la vision à court terme des Québécois... Pour avancer, il faut prendre des risques (calculés, mais tout de même des risques) et penser au-delà du court terme. Je ne vois dans ces commentaires aucun souci de l'environnement... Oui, la question économique reste le nerf de la guerre, mais à quel prix? Le Québec tarde déjà trop à faire les bons choix. Et que dire de l'hydroélectricité... Pour ceux qui seraient tentés de ne voir que le positif de ces projets qui n'offrent plus un avenir aussi rentable que par le passé, je vous invite à regarder le documentaire "Chercher le courant" qui offre une perspective davantage critique axée sur l'avenir de l'énergie au Québec et des choix que nous devons faire MAINTENANT.

    • Jacques Gagnon - Inscrit 20 septembre 2013 14 h 54

      Tout à fait d'accord avec vous. En fait les opposants manquent de vision à long terme et ne considèrent pas le développement économique sous-jacent, la mission d'Hydro-Québec et la méthode choisi pour adjuger les projets éoliens. On ne s'émeut que sur le fait qu'il y ait des surplus actuellement dans un conjoncture passagère où même les projets hydro-électriques ne trouvent pas leur justification dans le marché local.

      Dans les années soixante on disait que l'on exporterait notre hydro-électrique savoir, mais un barrage ça ne se vend pas. Les maîtres des technologies de l'énergie éolienne, dont Marmen est un éloquent exemple, exportent leur produit maintenant dans des marchés avides d'énergie, avec grand succès. Ceci s'est fait grâce à nos « inutiles » projets locaux et aux conditions des appels d'offres gérés par Hydro-Québec.

      Mais n'oublions pas non plus madame Garneau qu'il y a ici une allergie voire une aversion pour l'entreprise privée, voilà aussi pourquoi nous traînons la patte dans le développement de notre économie.