Charte des valeurs québécoises - Laïcité: quatre mises au point essentielles

L’importance des symboles religieux aux yeux des personnes qui les portent ne fait aucun doute.
Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir L’importance des symboles religieux aux yeux des personnes qui les portent ne fait aucun doute.

Depuis l’annonce officielle de la Charte des valeurs québécoises par le ministre Bernard Drainville, et même avant, des voix se sont élevées de toute part pour condamner l’interdiction de signes religieux dans le secteur public. Il est urgent de recentrer ce débat sur les véritables enjeux sociaux en cause pour éviter les dérapages.

 

1. Le marquage du territoire. Tout d’abord, il est faux de croire que la restriction de signes religieux porterait gravement atteinte à la liberté religieuse. Ce serait réduire la croyance religieuse à un simple symbole, quel que soit le sens qui s’y rattache. Ce serait aussi faire le jeu du fanatisme religieux de toutes allégeances, qui a tendance à jeter l’anathème sur les fidèles refusant ces symboles. Il est difficile d’ignorer le fait que certains mouvements sociaux instrumentalisent la religion à des fins politiques, et visent à marquer leur territoire par la propagation de symboles religieux.

 

D’où l’importance du principe de neutralité de l’État, seul garant de la liberté de conscience pour tous. Je suis d’accord avec le ministre quand il affirme que ce principe doit être personnifié concrètement par les fonctionnaires de l’État et par les prestataires de services publics, notamment les enseignants, à travers le renoncement d’afficher leurs croyances religieuses tout comme leurs allégeances politiques dans le cadre de leurs fonctions, ainsi que le prescrit déjà la loi. Cette exigence me paraît tout à fait raisonnable et on fait de la surenchère en soutenant que cela porterait atteinte aux libertés fondamentales. L’obligation d’accommodement religieux doit être considérée dorénavant comme un chemin à deux voies. Il incombe aux individus et non seulement aux institutions, comme cela a été interprété par les tribunaux jusqu’ici, de faire des accommodements pour se soumettre aux règles communes et laïques.

 

Il est dommage que la proposition du ministre n’inclue pas la même exigence de la part des élus et des municipalités, ainsi que le retrait de la croix de l’Assemblée nationale où ce symbole n’a pas sa place.

 

2. L’argument du prosélytisme ou celui de la compétence et de la non-discrimination. Certains objectent au port de symboles religieux l’argument du prosélytisme ou de la capacité des personnes à remplir leurs fonctions avec compétence et sans discrimination à l’égard des bénéficiaires des services offerts. Je crois qu’il s’agit d’un faux débat. S’il est vrai que certaines personnes font du prosélytisme, surtout auprès de leurs coreligionnaires, pour les inciter à adopter le port du symbole religieux et leur vision sociale, on ne peut présumer que ce serait le cas de toutes. Tout comme on ne peut présumer qu’une personne portant un symbole religieux ne pourrait pas s’acquitter de ses fonctions avec compétence et de façon équitable. Là n’est pas la question principale. Ce type d’argument mène à l’impasse. [...]

 

3. Le sens des symboles religieux n’est pas anodin. Le malaise suscité par certains signes religieux controversés est réel et contribue à créer des tensions sociales peu favorables au vivre ensemble. On pense bien sûr au hidjab, mais également au kirpan sikh et à la kippa juive. Il est difficile de nier que le hidjab est le centre d’attention et des critiques de la part des personnes qui défendent les principes de laïcité et de l’égalité des sexes. Les accusations d’islamophobie et de racisme qui fusent à l’endroit de tous ceux et celles qui critiquent ce symbole visent à étouffer le débat et à détourner l’attention des enjeux sociaux sous-jacents.

 

L’importance des symboles religieux aux yeux des personnes qui les portent ne fait aucun doute. Il est difficile de croire que le sens de ces symboles serait anodin et laissé au choix de chacun. Généralement, un symbole religieux est ancré dans l’histoire et dans un contexte évolutif. Le sens qu’on lui accorde peut varier d’un contexte à l’autre et d’une époque à l’autre. C’est ainsi, par exemple, que bon nombre de religieux et de religieuses catholiques ont renoncé volontairement à leur costume religieux (soutane et voile), à partir des années 1960, pour se rapprocher des communautés qu’ils et elles desservent.

 

Bien que l’adage populaire affirme que « l’habit ne fait pas le moine ! », il le fait en partie, car il impose le respect et confère à la personne qui le porte une certaine ascendance morale sur d’autres. Le symbole religieux introduit donc une barrière symbolique et une inégalité de fait entre les personnes qui le portent et les autres. Dans le cas du hidjab, par exemple, l’histoire nous montre que si plusieurs femmes l’adoptent volontairement, par piété ou pour des raisons identitaires, celles qui refusent de le porter sont souvent dénigrées et accusées d’être impudiques, harcelées et soumises à des pressions morales pour les pousser à s’y soumettre. Il ne faut donc pas se surprendre si ce symbole suscite autant d’émotion et de controverses dans tous les milieux, y compris au sein des sociétés musulmanes.

 

De plus, les symboles religieux reflètent généralement une vision de l’ordre social et des rapports sociaux entre les genres et entre les groupes communautaires. Or ces symboles tout comme les religions qui les portent sont ancrés dans des valeurs et des traditions patriarcales. Il est indéniable que l’insistance sur le port de symboles religieux, tout comme le refus de la mixité dans l’espace public, dont le hidjab n’est qu’un symbole, ainsi que l’insistance sur la pureté, la virginité et la chasteté des femmes, qui est commune aux trois grandes religions (juive, chrétienne et musulmane), contribuent à renforcer le contrôle social des femmes, au nom de valeurs culturelles ou religieuses.

 

4. Éviter le double piège du racisme et du relativisme culturel. Compte tenu de cette réalité, il est erroné d’affirmer qu’on doit défendre à tout prix les symboles religieux ou que les accommodements religieux qui confortent des pratiques fondées sur des valeurs patriarcales sont nécessaires pour faire preuve d’ouverture et de tolérance, tandis que leur remise en question serait un signe de racisme et de xénophobie. Cette affirmation erronée ignore la montée des intégrismes religieux qui menacent toutes les libertés. Elle fait fi également des luttes sociales menées par tous ceux et celles qui s’opposent au fanatisme religieux, souvent au prix de leur sécurité et de leur vie. S’il faut éviter le piège du racisme lié aux amalgames abusifs, il faut également éviter l’aveuglement du relativisme culturel, qui brouille les cartes et nous empêche de dépasser la défense d’intérêts particuliers à court terme, pour assurer le respect des droits et des libertés de tous les citoyens et citoyennes à plus long terme.

 

Il faut espérer que cette Charte, qu’il aurait été préférable de nommer Charte de la laïcité, sera adoptée dans les meilleurs délais. Il faut espérer aussi que le gouvernement adoptera des mesures concrètes et efficaces visant à favoriser l’accès à l’emploi des minorités, pour qu’on cesse d’interpréter la Charte comme une mesure d’exclusion.

112 commentaires
  • Marcel Bernier - Inscrit 13 septembre 2013 00 h 30

    Excusez du peu...

    Si vous n'existiez pas, il faudrait vous inventer!
    Ma chère Yolande, vous éclairez le débat d'une façon lumineuse.
    Votre propos rejoint mes préoccupations et mes interrogations, comme citoyen, et je suis très heureux d'y trouver des réponses claires et bien formulées. Merci!
    Et je suis en parfait accord avec votre espérance que le gouvernement adoptera des mesures concrètes et efficaces visant à favoriser l'accès à l'emploi des néo-Québécois et des néo-Québécoises au même titre que tous les autres citoyens et citoyennes.

    • Nicole Moreau - Inscrite 13 septembre 2013 09 h 38

      j'ai moi aussi appricié ce texte très éclairant et pertinent et j'en remercie l'auteure de s'exprimer avec autant de précision et de modération.

    • André - Inscrit 13 septembre 2013 11 h 22

      @Clyde Paquin
      Merci pour ce lien. Ce sont deux femmes musulmanes courageuses qui risquent d’être rejetées par des membres de leur communauté, qui ont connu la répression dans leur pays d’origine, qui connaissent la signification du voile et qui se sentent libres ici au Québec de ne pas le porter.

      Il serait intéressant que Mme Mourani se mette en contact avec ces deux dames qui affirment tout le contraire de ses déclarations afin de bien comprendre qu’elle fait erreur en liant l’initiative du gouvernement à du nationalisme ethnique. Je serais plutôt porté à croire que Mme Mourani pense à son avenir politique sachant qu’aux dernières élections elle a été chauffée de très très près par les candidats du NPD et du PLC, élection qu’elle a remportée par la peau des dents dans un comté multiethnique.

    • Wedad Antonius - Inscrite 14 septembre 2013 02 h 19

      Attention dans le reportage, une seule femme est musulmane. En effet, l'autre, Madame Geadah est chrétienne et n'a jamais eu à porter le voile. Il est dommage que Radio-canada fausse la réalité.

    • Claude Lafontaine - Abonné 15 septembre 2013 10 h 02

      @ Wedad Antonius
      Vous avez raison, si Mme Geadah est chrétienne l'introduction du reportage n'est pas clair et laisse sous entendre que les deux femmes sont des musulmanes. Ceci dit l'analyse de Mme Geadah en a pas moins de valeur. Ces deux femmes nous apportent un bon éclairage sur la question, une par son vécu et l'autre par son analyse sérieuse du phénomène et de la situation, je ne doute aucunement du sérieux de ces deux femmes ni de l'impartialité de leurs commentaires.

  • Jihad Nasr - Inscrit 13 septembre 2013 01 h 37

    L'obsession

    L'auteure a une fixation on ne peut plus clair sur les femmes musulmanes (voilées): elle sait mieux qu'elles c'est quoi leur religion, c'est quoi la signification de leur voile; elle connaît mieux qu'elles c'est quoi leurs intérêts, et comment les familles musulmanes doivent se comporter et élever leurs enfants, etc. Du prosétylisme conjugué à un paternalisme outrancier.

    Il est évident que "le plus bel exemple", pour l'auteure comme pour la première ministre Pauline Marois est la France! (La Presse, "Charte des valeurs québécoises: Marois vante l'intégration à la française", 12 septembre 2012). On le sait déjà, au Royaume-Uni les gens se lancent des bombes les uns sur les autres!

    Ah non, il ne faut parler d'islamophobie et de racisme. Mais voilà que le ministre responsable du projet de la charte Bernard Drainville renchérit sur les ondes d'une radio en disant à une auditrice: au Québec, "l'islamisation est une réalité"!!! Puis il enchaîne en parlant des "musulmans modérés"!

    J'aurais pensé que l'auteure allait dénoncer avec véhémence le taux de chômage qui afflige la communauté maghrébine du Québec (près de 30%), et réclamer un sommet d'urgence pour voir comment réparer ce tort inexcusable. Ben non, l'obsession est trop forte: la femme musulmane et son voile. Pour les problématiques concrètes qui affectent réellement la vie des gens, on se contente d'espérer!

    • Fatehia Saleh - Inscrite 13 septembre 2013 10 h 39

      Bien d'accod avec vous, M. Nasr, merci!

    • France Marcotte - Abonnée 13 septembre 2013 13 h 10

      Vous répondez au calme par le fiel.

      Vous démontrez combien ce débat est nécessaire.

    • Claude Lachance - Inscrite 14 septembre 2013 18 h 47

      Et vous votre fixation, on peut la voir d'entrée de jeu!

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 septembre 2013 09 h 41

      Et certains ont la malencontreuse habitude de dévier du sujet, M.Jihad Nasr. Vous êtes probablement plus québécois que vous ne le pensez car vous avez adopté l'une de nos plus grande particularité !

      En toute amitié.

  • Annie-Ève Collin - Inscrite 13 septembre 2013 03 h 39

    Superbe

    "Il incombe aux individus et non seulement aux institutions, comme cela a été interprété par les tribunaux jusqu’ici, de faire des accommodements pour se soumettre aux règles communes et laïques."
    Quelle phrase superbe qui résume fort bien le problème avec les accommodements religieux : la société doit tout à l'individu religieux, lui ne doit rien à personne : il peut faire tous les caprices qu'il veut tant qu'il est capable de les faire passer sur le dos d'un dieu quelconque.

    Encore une fois, Yolande Geadah m'épate.

    • France Marcotte - Abonnée 13 septembre 2013 08 h 19

      Oui superbe comme la totalité de ce texte remarquable d'équilibre et d'intelligence.

      Ce qui m'effraie un peu, c'est qu'il exige qu'on prenne le temps de le lire et de le méditer.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 septembre 2013 09 h 23

      Oui, plusieurs incohérences à démêler : "Le sens qu’on lui accorde (au symbole religieux) peut varier d’un contexte à l’autre et d’une époque à l’autre".

      Mais l'auteure ajoute que "le symbole religieux introduit donc une barrière symbolique et une inégalité de fait entre les personnes qui le portent et les autres. Dans le cas du hidjab, par exemple, l’histoire nous montre que si plusieurs femmes l’adoptent volontairement, par piété ou pour des raisons identitaires, celles qui refusent de le porter sont souvent dénigrées et accusées d’être impudiques, harcelées et soumises à des pressions morales pour les pousser à s’y soumettre".

      Un semblant de nuance pour ensuite généraliser. La situation en Arabie Saoudite est la même qu'à Montréal! S'il fallait s'en convaincre, cette position n'est pas tant pour la laicité que contre certaines valeurs : "il est indéniable que l’insistance sur le port de symboles religieux, tout comme le refus de la mixité dans l’espace public, dont le hidjab n’est qu’un symbole, ainsi que l’insistance sur la pureté, la virginité et la chasteté des femmes, qui est commune aux trois grandes religions (juive, chrétienne et musulmane), contribuent à renforcer le contrôle social des femmes, au nom de valeurs culturelles ou religieuses".

      Le débat est définitivement mal lancé lorsque les commentaires émis plus haut servent à convaincre de la nécessité de laiciser les institutions.

    • Solange Bolduc - Abonnée 13 septembre 2013 11 h 21

      Je ne pouvais m'attendre, de votre part, à ce que vous soyiez d'accord avec ce texte aussi intelligent et bien équilibré, M. Lamy-Théberge

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 septembre 2013 11 h 58

      En revanche, je m'attendais à un argument plus étoffé de votre part, Mme. Bolduc. Est-ce si difficile d'être attentif aux arguments plutôt qu'à l'intelligence et l'équilibre des textes?

      Je soulève une incohérence dans le texte, prémisse fallacieuse sur laquelle l'édifice repose. Je ne suis pas de mauvaise foi, je cherche à débattre et à faire progresser les opinions. Tout est si figé dans ce débat, et j'en tiens le gouvernement pour responsable, pour n'avoir pas su le baliser et en éclairer la formulation. Dire qu'on doit interdire le voile car ailleurs il est imposé ne signifie rien, ce n'est pas un argument : la laicité a été imposée par le stalinisme et la maoisme, pourtant jamais nul ne voudrait la combattre en se référant à ces dictatures.

      L'auteure reconnait que le symbole est lié à un contexte, avant, dans un même souffle, d'affirmer que dans tous les cas le voile est symbole d'oppression.

      1. L'argument est donc invalide

      2. Je constate empiriquement, pour être entouré de collègues portant divers signes religieux, qu'elles sont des femmes libres, autonomes et épanouies, beaucoup plus que bien des femmes désoeuvrées ou aliénées que je rencontre. L'idée n'est pas de tout relativiser mais de cesser l'hypocrise que consiste à voir dans le voile le principal obstacle à l'égaliité homme-femme.

    • France Marcotte - Abonnée 13 septembre 2013 13 h 37

      Ce n'est pas ici le lieu idéal pour débattre, monsieur Alexis.

      On peut refuser de débattre dans de telles conditions et vouloir quand même tenter d'honorer cet espace de commentaires.

      La diversité des approches vous rebute?

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 13 septembre 2013 14 h 17

      Il y a une différence entre dire que le voile est contraire à l'égalité des sexes et dire qu'il est le principal obstacle à l'égalité homme-femme.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 septembre 2013 14 h 36

      C'est un lieu assez intéressant pour débattre, pour autant que l'on respecte les règles, comme l'absence de sophistique et la lecture respectueuse des commentaires.

      Vous pouvez refuser de débattre. mais pourquoi me reprocher de le faire, en concluant avec une fleur réthorique?

    • Solange Bolduc - Abonnée 14 septembre 2013 10 h 08

      Il arrive parfois, M. Lamy-Théberge, que palabrer rend le discours trop lourd pour que l'on s'y soumette...

      Une réaction concise vaut souvent mieux qu'un discours répétitif ou interminable!

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 14 septembre 2013 11 h 12

      @Mme. Bolduc : vous avez raison, la réflexion est exigente.

      "Tout a été dit, mais comme personne n'écoute, il faut répéter" André Gide

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 septembre 2013 09 h 54

      Que certaines femmes considère comme respect envers leur Créateur le fait de porter quelque signe de soumission à Lui ne me dérange pas plus qu'il faut... mais me le faire rappeler dans un institution laïque et surtout para ou gouvernementale... c'est déplacé et surtout -pas nécessaire- ! N'oublions pas que la demande est faite pour les heures de travail !

      Je vais exagérer ici juste un 'tit peu : le portent-elles quand elles dorment ?

    • Michel Blondin - Abonné 16 septembre 2013 12 h 52

      Permettez-moi, monsieur Lamy-Théberge de vous souligner que je ne vois pas d’incohérence si vous lisez le texte ci-haut que vous citez incohérent et résumé ici dans le sens suivant ; -la barrière des symboles religieux est en fonction des cultures, pays et époques. Cependant, cette variation confirme les inégalités de fait entre personne qui le portent et les autres-. Nous parlons plutôt d’interprétation du texte ou d'un sens restrictif. Un peu d'ouverture des interprétations est nécessaires parfois. Vous devez, monsieur Lamy-Théberge, prendre en considération que toutes les langues ne sont pas de bons véhicules pour une cohérence stricte. Pour la cohérence, les Allemands Fréderich Frege, Vladimir Lukasevitch, les Britanniques George Boole et Bertrand Russell, l’américain Sanders Pierce ont fait des avancées remarquables au siècle dernier en formalisant le langage par des structures sémantiques et algébriques et faire disparaitre les incohérences des différentes langues usuelles. Pendant des siècles, plusieurs ont utilisé les imprécisions et des distorsions possibles avec les syllogismes aristotéliciens pour démontrer l’existence de Dieu et tutti quanti. On dénombre des centaines de démonstrations plus incongrues les unes des autres. Je vous invite à suivre les chemins modernes pour améliorer ce sens si prisé de la cohérence et débattre en toute sérénité de sujets publics.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 16 septembre 2013 15 h 18

      La clarté est l'ami de la cohérence, ce que Russell avait compris. En fraternisant trop avec Frege, dont j'admire l'acuité mais qui n'est pas mon livre de chevet, on risque d'emprunter le sens si touffu de la formule dont héritent les germanophones.

      C'est une belle invitation que vous me faite, mais, je vous en sais gré, je connais le chemin. En s'il faut parler d'interprétation, je préfère la rigueur de Gadamer, ou encore mieux, le respect exigeant de Ricoeur.

      Ce qui ne change tout de même strictement rien à cette histoire, étrange, non? La proposition que vous formulez : " la barrière des symboles religieux est en fonction des cultures, pays et époques. Cependant, cette variation confirme les inégalités de fait entre personne qui le portent et les autres", est totalement illogique (d'accord, Zénon y trouverait peut-être une raison particulière, moyennant quelques drachmes). Parce qu'ils ne sont pas interprétés en tout temps de la même façon, il faudrait que cela conduise (vous dites même confirme...) à une inégalité de traitement en tout temps? Quel genre d'égalité? Ne me dites pas que c'est une inégalité dans l'interprétation (tautologie)? Ou une inégalité de fait? Cela renvoie à quoi, murmure Russell? Le fait de le porter ou non (tautologie)? Est-ce un type d'inégalité sociale?

      Pour faire simple, car le jeu n'est pas de mise, est-ce qu'il est possible qu'en fonction de notre culture, au Québec, à notre époque, la barrière du symbole religieux dont nous parlons ne renvoie pas à une inégalité? Je n'ai pas la réponse, mais la poser me conduit à considérer que la réponse n'est pas évidente, donc que votre raisonnement est faux.

    • Michel Blondin - Abonné 16 septembre 2013 21 h 40

      @ Monsieur Lamy-Théberge-
      Je ne comprends pas votre raisonnement pour trouver dans le texte de Mme Yolande Geadah tellement d’incohérences que vous le réfutez. Même mon raisonnement est faux. Que manger vous! J’avais pris la précaution de vous dire que les langages ne sont pas cohérents par définition et vous avez confirmé votre compréhension des enjeux épistémologiques. Vous avez pourtant vu dans mon texte de quoi conclure que mon raisonnement est faux. Je suis enclin à croire que nous n’avons pas la même réalité comme référence bien que j’admire votre plume poétique. Je suis de formation plutôt scientifique (mathématicien) et philosophe de formation. Mais de grâce si je n’ai pas compris votre critique c’est qu’il vous manque sans doute un peu de clarté. N’abandonnez pas, on vous comprendra plus tard comme bien des génies peut-être. En attendant ce texte perfectible de cette égyptienne rejoint ma réalité.

  • Annie-Ève Collin - Inscrite 13 septembre 2013 05 h 17

    Si le symbole religieux est important pour la personne qui le porte

    Si le symbole n'est pas anodin pour la personne qui le porte, pour reprendre le terme fort bien choisi de Madame Geadah, alors pourquoi est-ce si difficile à comprendre qu'il n'est pas anodin pour les autres non plus ? On demande souvent: "Mais qu'est-ce que ça change que la personne qui occupe la fonction X ait une kippa, une croix, un hidjab?" ou encore "Qu'est-ce que ça change, un bout de tissu sur les cheveux?" Si ça change quelque chose pour celui ou celle qui le porte, n'est-il pas logique que ça puisse changer quelque chose pour la personne qui a affaire à lui ou elle également ? Porter un symbole, c'est exprimer un message devant les autres. Les autres peuvent être affectés par ce message, positivement ou négativement.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 septembre 2013 09 h 30

      Que voulez-vous dire par important? Quel genre de message? Croyez-vous que tout symbole exprime une volonté de prosélytisme?

      Exprimer un message affecte : est-ce que le message religieux serait irrecevable, mais les autres messages acceptables?

      Ce genre de réflexion manque cruellement de nuance et de raffinement : est-ce que le complet veston-cravate vient aussi avec ses valeurs, son message, son autorité? Je le crois. Les messages qui affectent sont partout : débarrassons-nous de la publicité avant de s'attaquer aux attributs personnels, et combattons l'inégalité et la pauvreté si nous voulons contrer la violence faite aux femmes et les difficultés d'intégration.

    • Clyde Paquin - Inscrit 13 septembre 2013 09 h 54

      @ Alexis Lamy-Théberge, même sans qu'il y ait aucune "volonté de prosélytisme", le simple fait de porter un symbole religieux est une affirmation tout à fait capable d'influencer les consciences, principalement celles des enfants. C'est explicitement déclarer, dans le cas du voile par exemple; "Je crois en Allah et j'y suis soumise". Alors ne divaguons pas avec le veston-cravate SVP. Pour faire une analogie légitime, il faudrait comparer le port d'un signe religieux avec le port d'un chandail inscrit : "Dieu n'existe pas!" noir sur blanc. Si l'un est accepté, l'autre se doit de l'être, et vous pouvez immédiatement voir le ridicule de la position "anti-charte".

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 septembre 2013 11 h 00

      @M. Paquin : Ce n'est pas convaincant du tout. L'argument selon lequel la conscience des enfants serait influençable ne tient pas. Si les enseignants avaient le tiers du pouvoir d'influence que cet argument suppose, l'éducation changerait la société beaucoup plus efficacement. Nous savons bien que les parents ont beaucoup plus d'influence. Dans tous les cas, ce pouvoir d'influence des enseignants provient d'une opinion, qui plus est orientée par la conclusion qu'elle veut impriemr à l'argument. En réfléchissant, on peut aussi se demander si un fondamentaliste sans signe ostentatoire fait plus de dégât qu'une Musulmane portée le hidjab, mais ce n'est pas encore le moment de réfléchir.

      Ensuite, la comparaison avec le veston-cravate s'applique à un champ particulier. Vous pouvez refusez la comparaison, ce n'est pas un argument. L'idée est de montrer que l'expression de convictions personnelles,de hiérarchie morale, d'autorité, bref, de conscience, s'applique à tous les niveaux, jusque dans les plus banals de nos vies. On ne peut donc attaquer le voile sous prétexte qu'il porte un message : c'est le messafge qui nous dérange, alors que d'autres messages nous laissent indifférents. En soi, il n'y a pas une grande surprise ici, mais je crains que le «danger» du message religieux ne nous fasse oublier les dangers plus grands des diverses aliénations dont nous sommes coutumiers, le marketing sous toutes ses formes étant ici le paradigme.

      En outre, le flou est entretenu, consciemment je crois, dans le discours du gouvernement, concernant la place de l'héritage québécois dans cette idée de laicité, ce qui permet à de nombreux défenseurs de la Charte d'y voir l'affirmation de la pureté mythique des racines catholiques, et entretient l'idée selon laquelle la Charte est plus un bonbon nationaliste à saveur électoraliste qu'une modernisation des institutions.

    • Solange Bolduc - Abonnée 13 septembre 2013 11 h 23

      Vous vous démarquez admirablement Annie-Ève...Ça vous honore ! Pour un professur de Philo, ça promet !

    • Max Windisch - Inscrit 13 septembre 2013 11 h 49

      @Clyde Paquin
      Je ne crois pas que l'allusion au veston-cravate soit une pure divagation, quand on songe à tout l'argent englouti justement à vendre lesdits vestons, montres, colliers, voitures et autres articles fort visibles et fort coûteux. Une personne habillée pauvrement se sentirait-elle traitée justement par un fonctionnaire richement vêtu? La richesse ostensible (ou ostentatoire, si on veut réutiliser un terme populaire ces temps-ci), non seulement ça existe, non seulement ça exerce une influence, mais on pourrait même suggérer que l'influence que ça exerce ait joué un rôle absolument sérieux dans la déconstruction historique du rôle profondément humain et positif des religions.

    • Yann Ménard - Inscrit 13 septembre 2013 12 h 25

      @Clyde Paquin

      Vous devriez allez consulter cette page Facebook que j'ai créé hier. Vous allez apprécier. «Laïc ostentatoires» : https://www.facebook.com/laiques.ostentatoires?fref=ts

      J'y suggère que, si le volet de la Charte sur les symboles religieux est rejeté, alors nous devrions tous afficher nos croyances et convictions profondes, qui constituent aussi pour nous nos identités, à l'aide de chandailes imprimés. Moi, par exemple, j'irais d'un : «Dieu est une fiction nuisible» et autres slogans de la sorte.
      Bref, c'est une forme de contestation par l'absurde de l'argumentaire voulant que la neutralité vestimentaire dans les institutions consitue une atteinte à la démocratie et une rejet de croyants.

    • Clyde Paquin - Inscrit 13 septembre 2013 13 h 49

      @ Alexis Lamy-Théberge, je travaille dans une école primaire depuis 7 ans. Je peux vous affirmer sans me tromper que les enfants sont carrément des éponges. Ils nous miment, répètent ce que l'on dit, ce que l'on fait, nous sommes des exemples, des héros, et cela plus l'enfant est jeune. La moindre des choses lorsque l'on possède ce genre de pouvoir est de tout faire afin de l'utiliser de façon neutre et impartiale. Et l'on peut porter un argument à son extrême comme vous le faites encore avec le chemise/cravate, mais il n'y a rien dans mon jeans/T-shirt d'aujourd'hui qui affirmait quoi que ce soit aux enfants sous ma responsabilité. Rien qui leur disait si j'étais riche ou pauvre, rien qui leur disait que Dieu n'existe pas, rien qui leur disait que la religion est un cancer, rien qui leur disait que je suis soumis à Allah, rien qui leur disait que je suis souverainiste, fédéraliste, marxiste ni témoin de Jéhova. Ayons du respect pour la conscience de nos futures générations et laissons-les libres de tout culte aux endroits où ils passent la moitié de leur temps, et où ils ont droit de recevoir une éducation laïque dénuée de tout parti pris religieux.

    • Annie-Ève Collin - Inscrite 13 septembre 2013 14 h 24

      Houlà ! que de réactions suscitées par mon commentaire !
      J'aimerais faire une petite mise au point : quand je dis que le symbole religieux fait une différence non seulement pour celui ou celle qui le porte, mais qu'il peut aussi en faire une pour les autres, je ne veux pas dire que c'est forcément du prosélytisme. Ça peut en être mais ce n'en est pas toujours. Il y a plusieurs façons dont un symbole peut avoir un impact sur ceux qui le voient. Ce qui est certain toutefois, c'est que si un symbole ou un vêtement a de l'importance pour vous, il peut en avoir aussi pour les autres. Il a de l'importance parce qu'il a une signification ; s'il a une signification pour vous il peut en avoir une pour les autres.

      L'exemple du veston-cravate n'est pas fou : ce n'est pas porté pour faire du prosélytisme, mais ça a certainement un impact sur d'autres gens de voir un homme ainsi vêtu. La minijupe et le décolleté ne sont pas faits pour faire du prosélytisme, mais ils ont un impact sur ceux qui les voient (du moins une partie d'entre eux) ; ils peuvent faire passer un certain message (passer un message n'est pas toujours faire du prosélytisme).

      Madame Bolduc, vous me faites rougir. Arrêtez avant que je m'enfle trop la tête :-)

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 septembre 2013 14 h 45

      Mon Dieu, une éducation libre de tout parti pris religieux, je suis entièrement d'accord avec vous. Le point, je vous invite à relire, est que le message déborde l'apparence, et que toute apparence est un message.

      J'espère que tout éducateur insérant le créationnisme dans un cours de science sera démis de ses fonctions. Est-ce le cas?

      J'attendrai que vous répondriez au reste du commentaire avant de poursuivre, je ne veux pas me répéter.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 septembre 2013 15 h 43

      Merci Mme. Colin, je suis tout à fait d'accord avec votre mise au point. C'est un exemple de clarification qui aurait dû être émise par le gouvernement dès la formulation des orientations de la Charte.

    • Cyril Dionne - Abonné 13 septembre 2013 17 h 45

      @ Clyde Paquin

      Comme vous M. Paquin, j'enseigne dans une école primaire et secondaire. Et vous savez aussi bien que moi que pour l'école primaire et secondaire en incluant le CPE, la plupart des apprenants n'ont pas encore atteint un seuil d'indépendance cognitive, sociale et émotionnelle. En d'autres mots, ils n'ont pas encore la faculté de bien filtrer l'information reçue pour prendre une décision éclairée. Ils ne sont pas encore assez subtils et sont facilement influençables aux discernements et préjugés des adultes. Plusieurs croient encore au Père Noël.

      Il ne faut pas se leurrer, les enseignants, qu'ils le veuillent ou non, ont une influence très importante envers leurs élèves. Et si ceux-ci font la publicité de leur croyance personnelle via des signes ostentatoires, ce comportement sera capté par un auditoire très réceptif puisque que cela vient de la personne qui a l'autorité en salle de classe.

      Et ceux qui disent le contraire n'ont jamais mis les pieds dans une salle de classe en tant que pédagogue.

    • Clyde Paquin - Inscrit 13 septembre 2013 19 h 35

      Pour le reste de votre commentaire, je suis d'accord. Je suis d'avis que le crucifix aurait dû être retiré de l'AN avant le dépôt de la charte, je suis d'avis qu'insister sur nos "racines" catholiques donne des arguments à ceux qu sont contre la charte. Si le PQ avait inclus le retrait du crucifix, inclut dans l'interdiction tous les signes visibles quels qu'ils soient, les croix dans le cou, les bagues, etc., s'ils avaient gardé l'appellation "Charte de la laïcité", je crois qu'avec tout ça le flou serait réglé. Mais je pense qu'ils se gardent ces options et qu'ils pourront faire ce genre de changements.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 septembre 2013 21 h 49

      @ M. Paquin : même s'ils le font, je déplore le flou entretenu qui a permis aux nationalistes identitaires de se reconnaître dans cette Charte. C'est la partie électoraliste du débat qui ne me semble allumer que pour suscite des divisions et aller chercher les couronnes et certaines agglomérations frileuses, comme Québec, des mains de la CAQ. Sur le dos de l'immigration, à un point tel qu'on se demande si c'est une Charte de la laicité, des valeurs ou de l'immigration.

      Autrement, concernant l'influence des enseignants, il reste bien du chemin à faire pour en saisir la réelle portée. La part des parents et plus largement de l'entourage est beaucoup plus importante, et je ne crois pas qu'une enseignante voilée donnera à ses élèves le gout de l'Islam, plus qu'à titre de curiosité, à moins qu'elle n'en parle constamment, comme un enseignant pourrait prôner la souveraineté ou l'anticapitalisme et insuffler quelques arguments. Durant la Révolution tranquille, les religieux enseignants n'ont pas réussi à maintenir la foi dans les coeurs, avant même de retirer leur soutane.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 13 septembre 2013 21 h 50

      @ M. Paquin : même s'ils le font, je déplore le flou entretenu qui a permis aux nationalistes identitaires de se reconnaître dans cette Charte. C'est la partie électoraliste du débat qui ne me semble allumer que pour suscite des divisions et aller chercher les couronnes et certaines agglomérations frileuses, comme Québec, des mains de la CAQ. Sur le dos de l'immigration, à un point tel qu'on se demande si c'est une Charte de la laicité, des valeurs ou de l'immigration.

      Autrement, concernant l'influence des enseignants, il reste bien du chemin à faire pour en saisir la réelle portée. La part des parents et plus largement de l'entourage est beaucoup plus importante, et je ne crois pas qu'une enseignante voilée donnera à ses élèves le gout de l'Islam, plus qu'à titre de curiosité, à moins qu'elle n'en parle constamment, comme un enseignant pourrait prôner la souveraineté ou l'anticapitalisme et insuffler quelques arguments. Durant la Révolution tranquille, les religieux enseignants n'ont pas réussi à maintenir la foi dans les coeurs, avant même de retirer leur soutane.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 septembre 2013 10 h 32

      «les religieux enseignants n'ont pas réussi à maintenir la foi dans les cœurs, avant même de retirer leur soutane.» Bien malgré eux, vous en conviendrez et si vous voulez être complètement honnête, vous admettrez qu'ils essaient encore pour se trouver une faille pour se faufiler !

      J'apprécie votre volonté de discuter. Alors, je vais vous présenter situation fictive : Un juge portant khipa condamne un musulman à 3 ans de prison. Est-ce que ce musulman pourrait contredire ce jugement pour cause de parti pris contre sa religion par un homme qui la combat depuis Abraham et qui lui jette au visage par le port d'un signe ostentatoire le dilemme que ceux-ci vivent depuis celui-ci ? Comme observateur extérieur, j'aimerais bien voir ce combat. Mais comme plusieurs autres, j'aimerais mieux l'éviter... malgré que ce serait intéressant.

      Autre sujet que vous avez relevé : Le signe ostentatoire ne demande aucun effort de parole pour envoyer un signal clair contrairement à l'argumentation ! Un enfant qui se fait consoler par une femme à tête découverte ne possèdera pas d'engramme reliant la compassion avec un signe religieux très visible, quel qu'il soit d'où une tendance pourrait subvenir dans un avenir plus ou moins rapproché. Le but de l'exercice : ne pas influencer ! J'ajouterais : ni positivement, ni négativement. Considérer un cerveau d'enfant comme un produit fini est une grave erreur, ils sont des éponges et ne font aucunes distinctions réfléchies, ils additionnent !

      Bonne journée.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 15 septembre 2013 11 h 02

      1. Bien malgré eux peut-être, mais la loi ne s'applique pas (encore) aux consciences. Alors qu'ils fassent du prosélytisme dans le métro ou en cognant aux portes le samedi matin, bien que ça me chatouille, je ne demandrai pas à l'État de légiférer contre ça. Notre culture citoyenne critique est capable de venir à bout des obscurantismes, même si certains demeurent.

      2. Je n'ai pas eu connaissance qu'un homme jugé coupable par une juge plaide la misandrie féministe pour se disculper. C'est sûrement arrivé, pourtant personne ne demande l'embauche de juges asexués. La neutralité individuelle n'existe pas, bien qu'on puisse y tendre ou s'en éloigner. De toutes façons, je ne crois pas que personne n'ait nié qu'une personne en situation d'autorité légale ne doive se soumettre à cette exigeance de ne pas afficher d'allégeance, c'était aussi dans le rapport Bouchard-Taylor. On a vu ce que ça donne lorsque des juges jouent au golf avec des politiciens, les étudiants s'en souviennent.

      3. L'aspect des éducatrices en garderie, et des enseignants, est plus contestable, j'en conviens. Je réitère d'abord que mon opposition à cette Charte tient au fait que ce soit une Charte de l'immigration qui ne s'accompagne d'aucune mesure d'intégration sociale des nouveaux arrivants (francisation liée à l'insertion à l'emploi selon les compétences reconnues) et qu'ainsi elle ne devient qu'une stratégie électoraliste nourrie par les peurs identitaires injustifiées (les Québécois doivent se lever ; ils viennent chez nous et veulent nous imposer leur manière de vivre, etc.). Ensuite, tout en restant méfiant envers tout prosélytisme, je demeure à ce stade convaincu que le message envoyé par le hijab n'est pas un message de soumission ou de supériorité morale. J'aimerais savoir ce que les enfants en pensent, mais assurément nous n'assistons pas à une vague d'islamisation des touts-petits malgré l'omniprésence des éducatrices voilées.

    • Alexis Lamy-Théberge - Inscrit 15 septembre 2013 11 h 08

      J'ajouterai ceci : étant partisant de l'approche pédagogique de la philosophie pour enfants, j'ai appris à ne plus considérer les enfants comme des éponges mais comme des créateurs sélectifs. Ils réagissent très bien, dès le primaire, à l'invitation à remettre en question leurs opinions et à questionner celles des autres. Pour une société issue d'un patriarchat dogmatique de berger, c'est difficile à croire, pourtant il s'avère que l'esprit critique peut jaillir lorsqu'encouragé.

      À tout prendre, les valeurs affectives promues par les éducatrices en garderie et la rigueur des enseignant-es m'apparaissent plus essentielles que leur neutralité religieuse. Ça ne signifie pas qu'il faut se fermer les yeux, mais plutôt qu'il faut savoir viser juste dans nos exigeances.

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 16 septembre 2013 09 h 19

      «savoir viser juste dans nos exigences.» Et c'est exactement ce qui est proposé par la charte.

      Merci de l'exercice.

  • Michel Lebel - Abonné 13 septembre 2013 07 h 23

    La démonstration n'est pas faite.

    Un tribunal n'aura pas à interpréter toute la symbolique plurielle des signes religieux. Ce n'est pas de sa compétence. Il devra plutôt simplement se demander si le signe porté est pour cette personne une pratique religieuse. Je crois personnellement que croix, kippa et hidjab, pour nommer que ceux-ci, sont des pratiques religieuses défendues par la liberté d'expression et la liberté de religion. Et que de telles pratiques ne peuvent être restreintes par législateur que pour des raisons objectivement fort sérieuses. À ce jour, le gouvernement québécois n'a pas fait une claire démonstration de l'existence de ces "raisons fort sérieuses", telles que définies par la jurisprudence.

    Michel Lebel

    • Yann Ménard - Inscrit 13 septembre 2013 11 h 32

      Vous auriez dû lire au lieu de répéter la même cassette…
      Le problème avec les déclarations de principes que vous nous servez à répétition sur cette question est qu'elles sont complètement décontextualisées : ce sont de grandes idées qui semblent surgir dans un vacuum. Vous n'avez apparemment aucune idée de ce qu'est une société où les individus "appartiennent" à des communautés, ce qui s'exprime depuis leurs uniformes jusqu'aux épiceries qu'ils ont "le droit" ou non de fréquenter, sans compter qui ils peuvent fréquenter et marier, etc. Moi, j'ai bien connu ça en Malaisie et dans le Sud de la Thaïlande. Et avec, vient la ségrégation communautaire : pas imposée, mais voulue comme naturelle par des individus à qui on inculque jour après jour qu’ils sont différents (voire plus purs et moraux). Pas d'interactions chaleureuses entre ces communautés qui se regardent en chien de faïence, avec mépris, quand ça ne vire pas à la violence.

      Par ailleurs, vous faites fi de ce que porter un uniforme confessionnel/communautariste entraine come conséquences pour les individus, alors que vous ne parlez que de liberté. Croyez-vous qu’un soldat qui revêt un uniforme, même par choix, devient plus libre de ses actes ? C’est la même chose ici. Non seulement un individu identifié par un uniforme religieux devient plus facilement contrôlable par sa communauté, mais ça devient très difficile pour lui d’apostasier un jour. Une croyance vécue de manière discrète et privée est meilleure garante de la liberté de conscience.

      Bien sûr, une femme voilée aujourd’hui vous parle de son choix et de sa liberté. Mais elle ne peut concevoir — comme tout croyant — qu’elle pourrait un jour changer d’idée. Or, la laïcité vise à protéger cette option aussi. Certaines fois, des lois aux apparences restrictives à court termes ont des buts libérateurs à long termes. Mais c’est difficile à voir, apparemment.

    • Gisèle Filion - Abonnée 13 septembre 2013 11 h 40

      Si les arguments pour empêcher l'affichage de symboles politiques dans la sphère étatique, vous semblent acceptables, pourquoi n'en serait-il pas de même, pour la neutralité religieuse? Lire à cet effet l'excellent article de Christian Rioux : Laïcité et communaitarisme. La raison sérieuse pour restreindre l'affichage de symboles politiques ne pourrait-elle pas tout autant valoir pour l'affichage de symboles religieux?

    • Michel Lebel - Abonné 13 septembre 2013 13 h 00

      Ne vous en faites pas, je lis beaucoup, je compare, j'essaye de réfléchir... mais, à un moment donné, il faut faire des choix. C'est ainsi que je vois aller le débat actuel. Je fais des choix, en pensant au bien de notre société. Mais j'ai aussi l'humilité de penser que je peux me tromper. C'est cela la vie!

      Michel Lebel

    • Pierre Lefebvre - Inscrit 15 septembre 2013 10 h 51

      «telles que définies par la jurisprudence. »

      Et nous savons tous que la jurisprudence est toujours un pas en arrière de la société et qu'elle doit s'ajuster constamment à la nouvelle situation à plus ou moins long terme... souvent plus long que court. Pourrions-nous vous entendre sur ce fait, M. Lebel ?

      Je constate avec bonheur que vous avez adopté un de mes terme préféré «Réfléchir». Quel soulagement de me rendre compte que je n'écris pas pour rien et en plus (quel cadeau) que vous pouvez vous tromper. Je jouis. La vie est vraiment belle aujourd'hui !

      Toujours en toute amitié et une légère dose d'humour. Je ne suis pas toujours d'accord avec vous, mais qu'à cela ne tienne, je vous salut tout autant.