Des Idées en revues - Gérons les risques, pour éviter un autre 2008

Durant la dernière crise financière, des banques importantes ont fait faillite, alors que des banques centrales ont eu à sauver un grand nombre d’autres institutions financières. Ces sauvetages ont servi à protéger les marchés financiers à court terme, sans résoudre les problèmes de fond associés à cette crise. La finance structurée est souvent mentionnée comme la cause de la dernière crise financière ; il n’est pas évident que ce soit le cas. La crise qui s’est étendue au monde entier est plutôt due à une mauvaise gestion des risques, soit des problèmes d’agence dans la titrisation des dettes hypothécaires, des mauvais critères de notation et de tarification de produits structurés, des problèmes de conflit d’intérêts des agences de notation, un manque de transparence dans les marchés, la recherche de rendements élevés par les hauts dirigeants des institutions financières et la faiblesse des banques centrales et des agences de réglementation à comprendre toutes les implications du nouvel environnement financier.

 

Problèmes de gestion des risques

 

Quatre problèmes majeurs de gestion des risques sont reliés à la finance structurée durant cette période.

 

1. Absence de contrats incitatifs. Les banques étaient peu incitées à la vigilance et à la surveillance des risques des emprunteurs immobiliers parce qu’une large portion de leurs prêts était titrisée sans clause contractuelle optimale. En effet, elles pouvaient transférer tous leurs risques de défaut aux marchés financiers.

 

2. Mauvaise notation des produits structurés. En tant que partie prenante de la titrisation, les intermédiaires achètent des actifs à long terme, comme des prêts hypothécaires, et les financent avec des titres adossés à des actifs tels que le papier commercial (PCAA). Obtenir une notation élevée des agences de notation est essentiel pour faire des profits. Lorsque la crise financière a commencé, le papier commercial a été décoté et les intermédiaires n’ont pu continuer à le faire rouler. Cette situation a entraîné le déclin de plusieurs banques et une crise de liquidités dans plusieurs marchés, comme du papier commercial au Canada. Il était difficile pour les agences de notation d’évaluer ces actifs de plus en plus complexes, car elles ne disposaient d’aucun modèle ni des données nécessaires pour le faire.

 

3. Mauvaise tarification.Une autre cause de la crise de 2007 réside dans les prix de ces instruments financiers structurés, souvent trop bas et ne reflétant pas leur vraie exposition au risque. Ces produits contenaient du risque systémique non pris en compte dans la tarification. Un risque systémique apparaît lorsque des événements dans un marché influent sur d’autres marchés. Ces externalités ont été amplifiées par un manque de transparence dans les marchés. Dans le cas des PCAA au Canada, plusieurs investisseurs ne savaient pas si ces produits étaient contaminés par des produits subprimes américains, mais toutes sortes de rumeurs circulaient. Nous savons maintenant que seulement quelques fiducies détenaient des produits contaminés, représentant 6 % du marché.

 

4. Mauvaise réglementation. Les fonds de retraite et les fonds de couverture ne sont pas réglementés dans la plupart des pays. La réglementation de Bâle II doit elle-même être mise en cause, parce qu’elle a réduit significativement le capital requis pour les actifs AAA, dont les obligations des pays européens. Les investisseurs furent donc attirés par ces obligations et les nouveaux produits structurés AAA, alors que les vendeurs étaient motivés à obtenir la cote AAA pour ces produits. En effet, les bons du Trésor offraient des taux plus faibles, alors qu’ils ne représentaient pas vraiment des risques plus bas aux yeux des investisseurs n’utilisant que les cotes AAA des agences de notation pour prendre leur décision.

 

Leçons à tirer

 

Différentes leçons doivent être retenues pour une meilleure gestion des risques. La première est de toujours appliquer les règles de base de la gestion des risques, quel que soit le contexte économique. Plusieurs investisseurs ont perdu des sommes importantes durant la crise financière en n’appliquant pas les principes de base de la gestion des risques.

 

Les émetteurs de produits structurés doivent être plus responsables. Ils doivent conserver une fraction importante des paniers de prêts qu’ils émettent : possiblement la tranche complète d’équité et une fraction des tranches plus seniors en présence de corrélation des risques.

 

Nous avons besoin d’une plus grande transparence dans le découpage des produits structurés. Les participants au marché et les chercheurs doivent être capables de répliquer la composition des produits structurés. Des bases de données publiques doivent être disponibles pour étudier la composition de ces produits.

 

La notation de ces produits requiert aussi plus de transparence. Tout bon chercheur ou investisseur devrait être en mesure de répliquer et valider les notations annoncées des produits structurés.

 

La haute direction et le conseil d’administration des institutions financières doivent davantage faire reposer leur décision d’investissement sur la gestion des risques. Ils doivent utiliser de l’information détaillée sur la gestion intégrée des risques de leur entreprise et pondérer ces risques avec ceux des nouveaux investissements. Le conseil d’administration des institutions financières doit être composé d’individus qui comprennent les risques des produits dérivés et structurés.

 

En résumé, plus de vérification diligente par rapport au risque est nécessaire.

 

 

Georges Dionne - Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en gestion des risques, HEC Montréal

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