Montréal, métropole culturelle, francophone et cosmopolite

Ce qui m'a amenée à faire le saut en politique municipale et ce qui me conduit, aujourd'hui, à ne pas solliciter un second mandat auprès des électeurs, relève du même élan; l’audace.

En 2009, j'ai été séduite à l'idée de faire élire la première mairesse de l'histoire de Montréal, mais aussi par le projet de faire de Montréal la ville hôtesse de l'exposition universelle de 2020. Un projet culturel fort, à la mesure des ambitions d'une métropole culturelle d'envergure du 21e siècle. Les deux idées sont mortes au feuilleton, pour différentes raisons, trop longues à résumer ici.

Un fait demeure, c'est dans le secteur culturel que je souhaitais œuvrer et c'est ce que j'ai fait pendant 4 ans. D'abord comme porte-parole de l'Opposition officielle dans ces dossiers, puis en tant que membre du comité exécutif de coalition responsable de la Culture, du patrimoine et du design, depuis novembre 2012.

Dans mes rêves les plus fous, c'est le poste que je rêvais d'occuper sur la scène municipale. La chute de Gérald Tremblay et la mesure exceptionnelle qui consiste à l'élection d'un nouveau maire par le conseil m'ont amenée à en assumer les fonctions. Le hasard est curieux, il provoque les choses.

Dans mon cas, c'est un pur ravissement que je vis chaque jour depuis ma nomination. Un ravissement qui tranche par rapport à ce que je vivais dans l'apprentissage aride, mais formateur de conseillère... dans l'opposition. Si l'étiquette d'ex-journaliste fut rapide à poser, on ne devient pas ex-journaliste du jour au lendemain. Ce regard critique sur le monde et la liberté de penser et de dire qui s'y rattache ont fait partie de mon identité depuis trop longtemps pour s'évanouir devant des lignes de parti.

Heureuse donc, dans mes fonctions et les occasions de me réjouir et de prendre plaisir ont été nombreuses et absolument mémorables. Des dossiers que j'ai pu, humblement contribué à finaliser avec la collaboration essentielle des fonctionnaires, du milieu de la culture et des responsables politiques des gouvernements supérieurs, j'en conserverai une grande fierté.

Un accord historique a été conclu pour pérenniser les ateliers d'artistes à Montréal et ainsi être conséquent avec l'idée qu'une métropole culturelle prend soin de ses artistes en leur facilitant l'accès à des lieux de création abordables.

Un programme ambitieux de rénovation, d'agrandissement et de construction des bibliothèques (le RAC) a été renouvelé, bonifié et recentré sur ses objectifs ce qui permettra d'accélérer le rattrapage par rapport aux grandes villes canadiennes de plus de 500 000 habitants. Oui, Montréal tire malheureusement de la patte, mais on vient de se donner les moyens de corriger le tir. Une ville de savoir et de culture place la bibliothèque au cœur de l'aménagement de ses quartiers. Deux nouvelles bibliothèques ouvrent leurs portes cet automne dont une, dans l’arrondissement où je réside depuis 25 ans.

Le comité exécutif a donné une suite positive à la consultation entreprise  sur les quartiers culturels en accompagnant les arrondissements pour faire en sorte que l'urbanisme et la culture soient pensés ensemble quand il est question de redessiner notre cadre de vie. Il faut intégrer des artistes, des designers et des organismes artistiques dans la conception et la réalisation des projets urbains d’aménagement de toutes échelles.

J'aimerais viscéralement que Montréal devienne un jour, une destination incontournable au niveau de l'art public. Cette idée, une utopie il n'y a pas si longtemps, chemine maintenant dans la tête de nombreux mécènes, citoyens, experts du bureau d'art public et elle trouve écho dans la bouche de la première ministre du Québec qui a engagé des sommes importantes en art public dont bénéficiera la métropole. J'ai eu le plaisir d'annoncer les lauréats de plusieurs concours en art public, dont celui de la rue Jeanne-Mance au cœur du quartier des spectacles, celui du Planetarium et celui du carrefour Pie-IX /Henri-Bourassa. Plus de 2 millions de dollars ont été investis par la ville cette année. Un coup de barre clair pour mettre le cap sur l'art public.

J'ai eu l'immense privilège de prendre la parole au nom de Montréal à l'ONU au cours d'un débat sur la culture et le développement durable, le 12 juin dernier. Rarissime qu’une ville s’adresse aux pays membres de l’Organisation des Nations unies dans son enceinte. Cela dit, je sentais que la voix de notre ville avait toute la légitimé d’y être exprimée puisque nous avons été la première ville au monde à reconnaître, à travers toutes nos instances, la culture comme quatrième pilier du développement durable, au même titre que l’économie, l’environnement et le social. Et Montréal, en tant que coprésidente de la commission culture de Cités et gouvernements locaux unis (CGLU), joue un rôle de premier plan dans l’actualisation de l’Agenda 21 de la culture, soit un document international fondateur et fédérateur des politiques culturelles.

Pourquoi alors je ne me représente pas? Parce que j’ai le désir de continuer à servir la ville que j’aime, Montréal, métropole culturelle, francophone et cosmopolite, autrement que comme élue municipale. Alors que certains élus voient leur engagement à long terme, j’ai pour ma part saisi l’occasion qui m’a été présentée en 2009, mais mon intention personnelle n’a jamais été d’y passer ma vie. Je salue l’arrivée en campagne électorale de nouveaux candidats de tous les horizons professionnels qui croient en l’importance de la démocratie municipale. Plus que jamais, l’engagement citoyen est essentiel. Pour changer les choses, il faut s’impliquer.

Pendant quatre ans, j’ai côtoyé des conseillères et des conseillers, des mairesses et des maires dévoués qui remplissent leur mandat de manière exemplaire et ils méritent toute ma considération. Quoiqu’on perçoive, la charge d’un élu envers ses citoyens est exigeante.

Quant aux femmes et aux hommes engagés dans la fonction publique à Montréal, sachez qu’ils ont notre métropole à cœur et qu’ils sont animés au quotidien par le bien commun de tous les Montréalais. Les malheureux cas dont on a abondamment parlé au cours des derniers mois constituent l’exception qui confirme la règle. Nos fonctionnaires sont compétents et intègres. J’en témoigne.

En terminant, je remercie les milliers de citoyens qui m’ont accordé leur confiance, les collègues du conseil de ville, et tout particulièrement les fonctionnaires passionnés et partenaires précieux du milieu des arts, de la culture, du patrimoine et du design  qui ont si généreusement cheminé avec moi.


Élaine Ayotte

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